Pour les notes se référer au prologue.


Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 8 ~

Séparations (1/2)

Les jours passèrent et déjà deux semaines s'étaient écoulées depuis l'arrivée de Gabrielle à Imladris. Elle paraissait sereine et évoluait sous les regards d'Elrond et de Linolen. Elle souriait plus souvent et il lui arrivait même d'éclater de rire aux différentes facéties des jumeaux Elladan et Elrohir. Ce matin-là, elle s'était levée de bonne heure, à vrai dire depuis deux jours elle était de nouveau sujette à ses cauchemars. Elle appréhendait donc le sommeil et quand elle s'y glissait, elle se réveillait en sursaut, incapable de se rendormir. Elle avait donc quitté sa chambre et avait trouvé refuge dans un petit coin où un petit ruisseau coulait. Là, elle s'assit dans l'herbe et y resta un petit moment.

Dans sa bibliothèque, Elrond était soucieux. En effet, des nouvelles lui étaient parvenues et pas des plus réjouissantes. La veille, Aragorn lui avait annoncé son prochain départ. Il devait aller à la rencontre de Gandalf. Ses capitaines l'avaient informé que des mouvements de troupes d'orcs s'étaient fait ressentir. Il était à présent clair que les choses recommençaient à s'agiter sur les Terres Maudites du Mordor et que le Seigneur des Ténèbres était sur le qui vive. Il fut sorti de sa méditation par un coup à sa porte.

« Entrez ! »

La porte s'ouvrit et la silhouette de Linolen se dessina.

« Seigneur Elrond, puis-je me permettre de solliciter une entrevue ? »

Elrond lui fit signe d'entrer, il remarqua le visage grave de Linolen.

« Eh bien Linolen vous voici bien soucieux. Il y a un problème avec Gabrielle ? »

Linolen s'inclina devant Elrond avant de répondre.

« Non, Gabrielle va bien. Je viens juste vous prévenir de mon départ. Je dois retourner aux Havres. »

Le Seigneur d'Imladris hocha la tête avant de porter son regard sur un groupe d'elfes qui passait dans la cour avant de se retourner vers le guérisseur des Havres Gris.

« L'avez-vous prévenue ? »

Linolen secoua la tête.

« Pas encore, ces derniers jours elle semblait si bien que je n'ai pas osé lui annoncer mon prochain départ. Mais à présent il est plus que nécessaire que je retourne là où l'on a besoin de moi.

- Je comprends bien. De toute façon l'escorte qui va partir pour la Lorien ne tardera pas non plus, je ne préfère pas que le voyage s'éternise car les routes sont de moins en moins sûres. »

Elrond se rapprocha de Linolen et posa une main sur son avant bras.

«N'ayez crainte. Elle saura se montrer forte comme à son habitude et elle n'est plus seule à présent. »

Linolen soupira.

« Je sais qu'elle sera comme à son habitude mais je ne peux m'empêcher d'avoir le cœur serré. Je la connais depuis si longtemps, je la considère comme bien plus qu'une amie et mon sentiment de vouloir la protéger est encore plus fort qu'avant, surtout maintenant qu'elle… »

Il s'interrompit et ferma les yeux.

« … Maintenant qu'elle a commencé à accepter ? Au contraire Linolen, c'est maintenant que vous devez la laisser. Quand elle vous reviendra, car elle vous reviendra, elle ne sera plus comme avant et vous ne l'aimerez que davantage. Gabrielle a parfaitement conscience de la situation, il faut lui faire confiance et la laisser emprunter ce chemin qu'elle a entrepris depuis qu'elle est ici. »

Il rouvrit les yeux et hocha la tête.

« Je crois savoir qu'elle est là où elle a pris l'habitude d'aller quand elle est matinale. Rejoignez-la et venez me retrouver par la suite. »

Linolen s'inclina et sortit de la pièce laissant Elrond à ses réflexions.

oO§Oo

Le dos à un arbre, Gabrielle avait les yeux clos et fredonnait un doux air qu'on chantait aux Havres :

« On vit un navire blanc
menu comme un papillon
sur les flots bleus de la mer
avec des ailes comme des étoiles.

La mer était lourde d'écume,
de vagues couronnées de fleurs.

Le navire brillait
de lumières dorées.

Le vent filait à grand bruit
pareil aux feuilles des forêts,
les rochers blancs
brillaient sous la lune argentée.

Comme un corps entrant dans la tombe,
la lune descendit à l'Ouest ;
depuis l'Enfer l'Est éleva
des ombres noires.

La voûte des cieux s'affaissa
sur les cimes des collines.

Le navire blanc gisait sur les rochers;
au milieu de cieux rouges
le soleil aux yeux mouillés
laissa tomber des larmes de brume,

Sur les dernières plages
après la dernière nuit
dans les derniers rais de lumière -
après la dernière nuit
sur la grève brillante. »

Elle fredonnait encore quand une voix la fit s'arrêter.

« Voici une bien triste chanson demoiselle. »

Ouvrant les yeux, elle vit, agenouillé en face d'elle, Haldir qui lui offrit un simple sourire.

« Elle est chantée lors des soirées aux Havres. En souvenir d'un ancien temps. »

Haldir hocha la tête.

« Vous êtes de la Lórien n'est-ce pas, je me souviens quand vous vous êtes présenté que vous m'avez dit : je suis Haldir de Lórien. »

Le Gardien s'assit en tailleur face à Gabrielle.

« C'est cela oui, je suis de la Lórien et c'est moi qui suis chargé de vous y conduire.

- Mon père était natif des Bois Dorés.

- Je le sais. »

Le silence s'installa.

« Je crois que la Dame Galadriel ainsi que le Seigneur Celeborn vous y attendent, tout comme le Seigneur Elrond vous attendait ici. »

Gabrielle hocha la tête.

« A combien de jours la Lórien se situe-t-elle d'Imladris ? »

Haldir observa les traits de Gabrielle. Il la vit tendue et anxieuse.

« Tout dépend du chemin emprunté. »

Elle hocha la tête et soupira.

« On passe forcément par la forêt n'est-ce pas ? »

Cette question intrigua Haldir avant qu'il ne fasse le rapprochement.

« Oui pour sortir d'Imladris, après cela dépend encore une fois du passage emprunté. »

Il la vit frissonner et fermer les yeux. Son visage, déjà d'ordinaire pâle, perdit encore de sa couleur. Gabrielle vacilla légèrement, Haldir eut un geste vers elle mais elle rouvrit subitement les yeux.

Elle se releva et prit appui à un tronc d'arbre. Haldir se redressa et s'approcha, il ne fit aucun geste pour la brusquer mais fit simplement :

« On ira doucement, à votre rythme. Je dois vous laisser Demoiselle, à plus tard… »

Il s'inclina et la laissa seule. S'éloignant, il se retourna la regarder à nouveau. Elle s'était remise à chantonner et il ne put s'empêcher de secouer la tête, chassant les pensées qui lui venaient à l'esprit. La mission, il ne devait pas perdre de vue le pourquoi de sa présence ici, même s'il devait admettre qu'elle l'intriguait et faisait naître en lui des sentiments qu'il s'était toujours refusé à avoir. Il constata que son ami Linolen était venu la rejoindre. Ce dernier avait l'air d'avoir le visage grave. Haldir les observa, intrigué par la soudaine réaction de Gabrielle, en effet ils avaient échangé quelques mots avant qu'elle ne se dégage de son étreinte brusquement. Il vit Linolen essayer de se justifier mais apparemment elle ne voulait rien entendre, il perçut alors des paroles prononcées plus fortes que les autres :

« Toi aussi tu m'abandonnes. »

Suivi d'un départ en courant de l'elfine qui laissa un Linolen cloué sur place, baissant la tête et la secouant négativement. Son regard alla dans la direction prise par Gabrielle, il amorça un départ pour la poursuivre mais se retint. Il alla simplement dans la direction de Linolen et se plaça à ses côtés. Il prononça alors ces simples mots :

« Je veillerai sur elle, vous avez ma parole. »

Linolen releva la tête et croisa le regard du Gardien. Ils n'échangèrent pas un mot de plus regardant tous deux dans la direction prise par Gabrielle.

oO§Oo

Elle courait, ne sachant pas où ses pas devaient la mener mais elle courait, les paroles de Linolen résonnant dans sa tête comme un écho.

*Je dois partir, ma place n'est pas ici et si je m'attarde Cirdan se posera des questions. Tu es en sécurité, c'est hélas ici que nos chemins se séparent jusqu'à la prochaine fois.*

Elle ne pleurait pas, une colère s'étant installée en elle. Elle ne se rendit pas compte qu'elle bouscula une personne, et ne s'excusa même pas. Elle continua à courir, une voix l'appelant derrière elle.

« Gabrielle ! »

Bientôt un bras la força à s'arrêter. Elle se débattit un instant mais sentit la poigne se raffermir.

« Lâchez-moi !

- Non ! » La voix était à la fois ferme mais douce.

Elle secoua la tête négativement. Elle finit par se calmer et de lever ses yeux sur la personne qui la maintenait.

« Aragorn ? » fit-elle, surprise.

Ce dernier opina.

« Oui, c'est bien moi vous m'avez bousculé à l'instant, sans même vous en rendre compte. »

Gabrielle eut un faible sourire avant de baisser la tête et de se défaire de l'étreinte du rôdeur. Ce dernier la laissa mais il conserva une main sur son avant bras.

« Que se passe-t-il ? »

Elle secoua la tête ne voulant pas en parler.

« Voulez-vous que j'aille prévenir le seigneur Elrond ? »

Nouveau hochement de la tête.

« Gabrielle vous qui sembliez si bien ces derniers jours qu'est-ce qui vient, vous perturber ainsi ? »

Elle sentit un frisson lui parcourir le dos, les paroles de Linolen lui revinrent de nouveau en mémoire. Elle secoua la tête alors que la main du rôdeur se serrait sur son avant bras comme pour l'inciter à parler. Et c'est un murmure qui sortit de sa bouche sans qu'elle ne le contrôle.

« Il part. Vous partez. Je serai seule. »

Aragorn comprit alors que Linolen venait de lui parler. Il avait appris, de la bouche d'Elrond, le départ prochain du guérisseur des Havres. Visiblement elle avait aussi été prévenue de son propre départ. Il comprit alors que la crainte de sa jeune amie était qu'elle allait bientôt se retrouver seule, sans personne qu'elle connaissait en sa compagnie. Avec douceur, il tendit son autre bras, et elle s'y réfugia simplement, une larme coulant sur sa joue.

« Pas seule Gabrielle, vous connaissez un peu Haldir non ? Nos routes se séparent mais je suis certain que nous nous reverrons, tout comme vous reverrez Linolen. Vous devez continuer votre chemin et nous poursuivre le nôtre. De plus, que ferait Cirdan sans son guérisseur attitré ? Soyez raisonnable et montrez-vous digne d'eux en étant forte et en continuant d'avancer sur le sentier que vous avez pris. »

Ses paroles firent l'effet d'un calmant sur Gabrielle. Elle se trouva alors stupide de réagir de la sorte. Aragorn caressa sa chevelure avant de dire :

« Je suis sûr que vous allez beaucoup aimer la Lórien et ses habitants. Vous y êtes autant attendue que vous l'étiez ici. Allons, on se reprend ! »

Elle se détacha de lui et lui sourit. Amicalement, il lui passa une main sur sa joue avant de la reposer sur son bras.

« Et si nous rejoignions ce petit monde ? Je crois qu'Elrond désirait vous voir avec Linolen avant son départ. Je vous y conduis ? »

Elle hocha la tête silencieusement, Aragorn sourit et c'est ensemble qu'ils se dirigèrent vers la bibliothèque d'Elrond.

oO§Oo

Linolen se trouvait déjà avec Elrond, tout comme Haldir. Arwen se tenait là aussi en compagnie de ses frères. Son visage était grave et on pouvait y lire un peu de tristesse. Quand Aragorn et Gabrielle pénétrèrent dans la pièce, Linolen hocha la tête pour remercier le rôdeur, Haldir observa le visage de Gabrielle qu'elle tenait baissé et Elrond cligna simplement des yeux.

« Bien, vous voici tous réunis, amis de différentes cités elfique. Je tiens donc à vous donner à chacun quelques informations. Aragorn et Linolen, ici présents, nous quittent demain à l'aube afin de repartir là où ils sont attendus, je ne m'étendrai pas là-dessus mais je leur souhaite simplement bonne route. Haldir, je souhaite que vous preniez la route pour la Lórien dès demain vous aussi et en compagnie de mes fils ici présents qui se joindront à votre troupe et ceci par simple mesure de sécurité. Les temps sont agités et la région devient de moins en moins sûre. Gabrielle partira donc avec vous comme convenu depuis une longue date. Cependant, Haldir, je désire qu'elle chevauche avec vous. Son cheval restera à Imladris. »

A ces mots, Gabrielle releva la tête et répliqua :

« Il me semble que je sais encore monter à cheval, je ne suis pas totalement impotente non plus ! »

Sa réaction étonna les personnes mais ne parurent pas toucher le Seigneur d'Imladris.

« Je ne dis pas le contraire Gabrielle, mais je préfère qu'il en soit ainsi ! Et avant que tu ne t'énerves, si je fais ça c'est que j'ai une bonne raison alors s'il te plaît, ne rajoute rien. »

Elle sentit la colère monter en elle, se détachant d'Aragorn elle s'approcha sous les regards des autres, d'Elrond qui lui fit face.

« On ne m'a déjà pas demandé mon avis à mon départ forcé des Havres ! Je veux bien être gentille et obéissante mais il y a des limites ! Pardonnez-moi Seigneur Elrond, mais je vous le dis cette fois, je ne me laisserai pas faire ! Si Asteril ne part pas avec moi, je n'irai nulle part ! Et ceci est mon dernier mot ! »

Elle se détourna du regard du maître des lieux et sortit de la pièce sans ajouter un mot. Haldir la regarda s'éloigner, le visage légèrement offusqué par les paroles tenues envers Elrond. Aragorn lui était surpris de voir le changement rapide de comportement, quant à Linolen, il se contenta de dire.

« Vous l'avez énervée.»

Ce à quoi Elrond répondit :

« J'en suis conscient mais c'est ma décision et j'ai mes raisons d'agir de la sorte. »

Cette fois, ce fut Arwen qui demanda :

« Père, elle a voyagé des Havres jusqu'ici avec sa monture. Pourquoi ne pas l'autoriser à la prendre pour la suite de son périple ?

- Il y a des choses qu'elle ne peut vaincre seule, Arwen. Et cette partie ci de son voyage est plus longue. »

De son côté, Gabrielle fulminait. Partir sans son cheval ? Hors de question ! Elle descendit les escaliers avec rapidité et se retrouva rapidement dans les écuries de la cité à la recherche du box de son cheval. Au bout de quelques minutes, elle le trouva. Elle s'approcha d'Asteril et se mit à le caresser.

« Partir sans toi ? Il vit dans un autre monde ? Jamais, je le refuse, pas question. »

Elle continua à caresser son cheval. Elle n'entendit pas les pas qui s'approchèrent et tressaillit quand une voix retentit derrière elle :

« Je vous connaissais déjà un tel caractère mais ce que j'ignorai c'est que vous étiez capable d'effronterie.»