Disclaimer : Les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi.

Réponse aux reviews anonymes : Merci beaucoup Mio :3 J'suis contente de voir que la partie fluff ne te déçoit pas ! J'espère que ce dernier chapitre sera à la hauteur :3 !

Note : J'avais complètement oublié que j'étais occupée mercredi et jeudi soir, donc je n'ai rien corrigé avant, bien évidemment et me voilà en retard de deux jours T_T Désolée T_T (Le fait que ce dernier chapitre fasse le double du précédent n'a pas dû aider non plus XD).

Nous voilà donc arrivé à la conclusion de cette histoire :D J'espère qu'il ne reste pas trop de fautes, et que cette conclusion sera satisfaisante ! Un ensemble de mini bonus sera publié dimanche pour conclure cette fiction.

Bonne lecture !


Partie IX - Grands rassemblements et petits comités


"On est là !"

Dans l'encadrement de la porte, une femme qui devait sans nul doute être la mère de Natsuo les accueillit avec un doux sourire. Elle avait les mêmes beaux cheveux couleur neige - dire que c'était grâce à ça qu'il avait rencontré son petit ami. Il retint difficilement un rictus. Ça avait été tellement débile, comment il était venu les aborder, lui et ses yeux rouges, un beau jour au lycée. Natsuo avait surgi de nulle part, alors qu'il regardait le reveal du dernier champion de League of Legends sur son téléphone portable.

"Alors comme ça, toi aussi tu as été victime de pigmentation bizarre ? avaient été ses premiers mots - si bizarres qu'il s'en rappelait encore.

- Quoi ?"

C'était bien la première fois qu'on entamait comme ça la discussion avec lui - et sur le coup, ça ne faisait pas trop sens.

"Mes cheveux, tes yeux, le nouveau venu avait expliqué, souriant, en les désignant de la main.

- Ah, ouais."

Il avait pensé que l'autre s'en irait - mais au lieu de ça, Natsuo s'était penché sur son téléphone.

"Oh, tu joues à LoL ? Mon pseudo c'est SnowHealer !

- Decay, il lui avait répondu - il ne savait pas trop pourquoi, sans doute la confusion. Mais je joue pas avec les noobs."

Généralement, c'était le moment où les gens se vexaient, comprenaient qu'il avait un caractère de merde, s'excusaient, ou le prenaient de haut. Mais Natsuo s'était contenté de lui faire un grand sourire lumineux.

"T'auras qu'à m'apprendre, alors, si je suis plus mauvais !"

Il n'avait pas su quoi répondre - et le professeur était arrivé. Peut-être qu'il avait été charmé dès le début, en y repensant. Ou peut-être que l'enthousiasme débordant de Natsuo lui avait permis de survivre à toutes ses indignations - "Mais pourquoi t'as pas ulti ?" "Il était dispo ?" - et ses remarques acérées - "Comment tu peux pas savoir que le R de Ashe stun ?" "Bah, c'est de la glace, j'pensais que ça ralentissait juste !" Mais d'une manière ou d'une autre, jouer avec lui n'était pas déplaisant, et de fil en aiguille, ils étaient devenus inséparables. Jusqu'à ce qu'il se retrouve, le vingt-cinq décembre, devant la demeure familiale des Todoroki, pour supporter moralement son désormais petit ami face à la présence de son père.

"Joyeux Noël, Natsuo, sourit la mère de la famille. Et toi aussi… Tomura c'est bien ça ? Est-ce que je peux te le souhaiter ?"

Il haussa les épaules - mais l'attention le toucha. Il savait que son petit ami avait parlé de lui à sa mère, mais qu'elle ait retenu son problème, et qu'elle s'en soit rappelé le moment venu, c'était autre chose. Mais contrairement à ce qu'il aurait pu penser, elle ne lui souhaita après sa réponse, bien au contraire - et son estime pour elle grandit encore.

"Je suis-

- Maman ! les interrompit depuis l'intérieur de la demeure une voix qu'il reconnut comme étant celle de Fuyumi. Tu es où ? Les médecins ont dit que tu devais te reposer !

- Je suis Rei Todoroki, l'adulte reprit, avec un petit sourire. Et je vais devoir m'éclipser."

Fuyumi débarqua même pas une seconde après que Rei ait disparu dans la demeure - c'était drôle, on aurait dit qu'elles avaient échangé de place.

"Natsuo, t'aurais pas vu maman ?

- Elle vient juste de passer."

La sœur de Natsuo se passa les mains sur le visage de frustration, avant de se ressaisir.

"Je vous déconseille de mettre les pieds dans le salon, c'est la guerre"

Et elle repartit sans leur laisser le temps d'en demander plus.

"Ah, et Joyeux Noël !" elle ajouta juste.

Tomura se tourna vers Natsuo, un sourcil levé, alors qu'ils se trouvaient toujours sur le palier de la porte.

"Je me souvenais pas que c'était si animé, chez toi.

- C'est comme ça depuis que maman est sortie de l'hôpital", soupira son petit ami - et il en profita pour lui voler un baiser avant d'entrer.

Fuyumi n'avait pas tort sur l'ambiance ; il régnait dans le salon une sorte de malaise sous-jacent, à peine dissimulé par la maladresse de certaines conversations. Tomura décida que c'était le moment parfait pour mettre en place sa nouvelle résolution de faire un peu plus attention aux autres, et il commença par étudier la famille de Natsuo. Enji Todoroki ne semblait pas trop savoir sur quel pied danser, mais c'était caché par sa manière de se tenir, fière et droite - certainement une habitude. Shoto semblait blasé, comme d'habitude, mais en observant bien, il ne rata pas les coups d'œil qu'il jetait régulièrement à son père, comme s'il s'attendait à ce qu'il réagisse autrement - contrairement à ce que Natsuo semblait penser, il n'était peut-être pas le seul à ne pas avoir tourné complètement la page. Le copain d'Enji - un certain Keigo - semblait dans son élément, un sourire aux lèvres, mais Tomura ne pouvait s'empêcher de se dire que son expression avait quelque chose d'un peu provocateur, ou malicieux. Naomasa était un peu timide ou réservé, mais il avait l'air gentil - il s'était proposé pour aider Fuyumi, qui courait dans tous les sens avec les plats. Seul Rei semblait réellement dans son élément, rayonnante et heureuse.

Le repas commença dans une ambiance un peu pensante, mais bien vite, des conversations se créèrent un peu partout autour de la table - à croire qu'avec l'estomac plein, les problèmes et histoires passées semblaient plus légers. Naomasa fut ravi de répondre aux questions de Natsuo, et il finit par lui raconter le cas de la petite Eri. Tomura s'incrusta dans la conversation, d'une parce qu'il ne connaissait pas grand monde mise à part son petit ami, et vite-fait sa fratrie; de l'autre parce qu'Izuku avait été impliqué directement dans l'affaire de la petite fille - et il se devait de récupérer des renseignements supplémentaires pour compléter la fiche de personnage de son frère. Il apprit d'ailleurs que Naomasa était un ami proche de Toshinori - le monde était petit. Dans le coin de son regard, Fuyumi discutait avec son père et son compagnon, alors que la mère de Natsuo semblait en grande conversation avec le cadet.

Le repas était bien plus extravagant que celui donné par sa mère la veille, mais il préféra quand même celui d'Inko à celui du grand traiteur qui avait été engagé pour l'occasion. Peut-être qu'il n'était pas très objectif, mais tant pis - on était pas dans un jeu de critique culinaire. Les cadeaux furent échangés au moment du dessert, dans un grand bazar. Tomura s'y plaça à l'écart, se contentant de sourire à Natsuo quand ce dernier tournait son regard vers lui.

Soudain, la mère de son petit ami apparut à ses côtés, et il sursauta - qui maxait la stat de discrétion dans la vraie vie ?! Elle avait un paquet entre les mains.

"Natsuo m'a dit que tu aimais les jeux vidéo", elle fit en guise d'excuse de l'avoir surpris.

Il déchira l'emballage pour en sortir une tasse Assassin's Creed.

"Ce n'est pas grand-chose, mais je tenais à t'offrir un cadeau. Je ne me suis pas trompée ?

- Pas du tout, merci", il répondit simplement - ça devenait presque naturel de prononcer ce mot, maintenant.

Elle s'éloigna, satisfaite, non sans lui avoir fait un grand sourire lumineux - il comprenait aisément pourquoi Natsuo l'aimait autant. Elle n'était sortie de l'hôpital que le vendredi, et d'une manière ou d'une autre elle avait trouvé le temps de penser à lui offrir un cadeau - et ce, alors même qu'il n'était dans la liste des invités que depuis l'avant veille.

Ça lui fit chaud au cœur, d'une certaine manière - et c'était plutôt une bonne chose, vu qu'il risquait de la croiser souvent, désormais.

Le déballage terminé, la famille se réunit pour lancer un appel vidéo avec le seul abonné absent - l'aîné de la fratrie, parti depuis des années à l'étranger -, et lui souhaiter avec plus ou moins d'entrain selon les personnes un Joyeux Noël dès qu'il décrocha.

"Salut les loosers, j'vous ai manqué ?" fut sa seule réponse.

Mais plus que son ton ouvertement provocateur, Tomura fut choqué par son apparence. Oh, Natsuo lui avait déjà raconté à demi-mot, mais le fait de voir ces cicatrices, partout, lui fit un drôle d'effet. Ce n'était même pas moche - d'une manière ou d'une autre, Touya avait trouvé le moyen de rendre ça stylé ce qui ne l'étonnait pas trop, vu le reste de la famille - mais ça le marqua quand même. Parce que c'était la preuve vivante et brutale, derrière les sourires, derrière l'ambiance pas trop mauvaise, de l'ampleur du drame qui avait bouleversé cette famille. Il comprenait mieux pourquoi Natsuo avait du mal à tourner la page - ce n'était pas un simple niveau, mais un jeu complet !

Après quelques phrases échangées, Rei se saisit de la tablette.

"Salut, Touya, elle fit de sa voix douce.

- Oh, maman !" son ainé lui répondit d'une voix beaucoup moins agressive - il n'y avait pas d'autre manière de décrire son changement de ton. Tu es debout, aujourd'hui ? Joyeux Noël !

Et Rei embarqua l'appareil électronique un peu plus loin, loin de ses oreilles, pour discuter avec son aîné - mais personne ne leur en voulu, ni n'essaya de s'interposer.

C'était un peu étrange, d'être dans cette ambiance de rencontre et de retrouvailles à la fois, au milieu de personnes qui essayaient de se comprendre à nouveau après des années de rupture. Ça ne le gênait pas trop - il était bien placé pour comprendre que les relations familiales n'étaient pas toujours des plus faciles -, mais il n'était pas trop à sa place, au milieu de tous ces inconnus. Alors, il tira une chaise dans un coin tranquille de la pièce, et se mit à vadrouiller sur le wiki de Borderlands 3. Mais il ne serait parti pour rien au monde, parce que Natsuo continuait de jeter des regards dans sa direction.

Et si sa présence rassurait son petit ami, c'était une victoire selon ses règles.


"Natsuo", hésita le connard qui lui servait de géniteur.

Il lui fallut user de toute sa volonté pour ne pas le laisser en plan, et retourner plus près de la table, où des petits groupes discutaient allègrement. Il s'était demandé dès le début du repas si le connard allait faire comme la dernière fois, se contenter de le saluer, puis le laisser tranquille. Il avait sa réponse - mais quelque part, ça l'arrangeait, parce qu'il y avait des choses qu'il avait besoin de savoir. Il jeta un coup d'oeil à Tomura, qui s'était calé dans un coin de la pièce, à l'opposé du sapin - et à sa grande surprise, il croisa son regard, et reçut un sourire encourageant.

"Je sais que j'ai été un horrible père, commença l'autre.

- C'est pas peu dire."

Le connard grimaça, mais ne fit aucune remarque. Ça intrigua Natsuo, bien malgré lui - autrefois, il n'aurait jamais accepté de se faire ainsi insulter sans se défendre.

"Je m'en excuse. Il m'a fallu longtemps, et beaucoup trop de choses, pour que je comprenne que c'était ma faute."

Cette fois, Natsuo le laissa enchaîner.

"Quand ta mère a été envoyée à l'hôpital, quand Touya a..."

Mais il n'était quand même pas là pour lui mâcher le travail - il avait trop de rancœur.

"Tenté de s'immoler ?

- Oui, soupira l'adulte. Même quand tout ça s'est passé… J'étais en colère. Je pensais à Toshinori Yagi, qui me ravissait les premières places de tous les marathons, à cette stupide entreprise All Might qui était toujours mieux cotée qu'Endeavor en bourse, malgré tous mes efforts pour la faire grandir. Je pensais que le monde m'en voulait, s'acharnait sur moi."

Natsuo leva un sourcil sceptique, tentant de calmer la colère qui grondait en lui. C'était vraiment dur, d'imaginer ce que le connard avait pu ressentir, parce que ça ne faisait pas de sens - un enfant pouvait remarquer sans problème que c'était de sa faute, à lui.

"Mais c'était mon ego qui était ma limite-

- J'en ai rien à foutre de ton ego, Enji Todoroki, asséna froidement Natsuo. J'en ai rien à foudre de tes états d'âme sur ton travail ou tes performances sportives personnelles. C'était -

- Oui. C'était pas le plus important, hein ?" le connard lui sourit faiblement.

Il ne répondit rien - c'était trop rare qu'ils soient d'accord, ça ne voulait rien dire.

"C'était même pas important du tout, reprit Enji. J'étais le deuxième meilleur coureur du pays, je possède l'une des entreprises les plus en vogue de ces dernières années, oui. Mais surtout, j'avais une femme qui faisait de son mieux pour me soutenir alors qu'on n'avait pas choisi ce mariage, et trois enfants qui avaient besoin de moi."

Natsuo ne répondit rien. Il avait une boule qui se formait dans sa gorge - il repensait aux yeux hantés de sa mère, aux larmes intarissables de Shoto - "Je veux voir maman..."-, au sourire fatigué et factice de Fuyumi qui faisait de son mieux pour s'occuper de tout, à Touya qui dérapait peu à peu - "Personne en a rien à foutre de nous, Fuyumi ! Ouvre les yeux !"

"J'ai fait pire que d'être absent. Tu estimes probablement que je le mérite, mais même après tout ça, il m'a fallu des années pour arriver à accepter la vérité. Pour accepter que c'était uniquement et entièrement ma faute."

Au début, quand il y croyait encore, il avait espéré, que son père se rende compte du mal qu'il leur fait. La nuit, il rêvait de retrouver cet homme qui, petit, lui souriait et lui disait qu'il était fier de lui - pas l'homme qui criait sur maman, qui s'énervait, qui insultait tous ceux qui ne lui obéissaient pas. Mais au fil des ans, l'espoir était devenu colère, et la douleur rancœur. C'était bien trop tard, beaucoup trop tard. Et pourtant, il sentait ses yeux piquer.

"Je suis désolé pour tous les torts que je t'ai causés."

Il avait envie de mettre les mains sur ses oreilles, de ne pas entendre ces paroles qui faisaient presque aussi mal que tout ce qu'ils avaient enduré - parce que quelque part, ça voulait dire qu'ils auraient pu ne pas vivre tout ça.

"Je te demande pas de me pardonner, Natsuo. Mais si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider, rendre ça plus facile, je le ferai. Et si un jour tu as envie de me parler, je serai là. Je serai toujours là.

- D'accord", il répondit simplement - c'était tout ce qu'il pouvait prononcer sans se briser sous toutes ses émotions contradictoires.

Ça voulait tout et rien dire, aussi ; c'était pas une vraie réponse, il gagnait du temps.

Natsu s'éloigna, sortit de la pièce, et s'écroula dans le couloir juste après avoir repoussé la porte en bois. Et il laissa s'échapper toutes les émotions qu'il avait retenues, la tête contre le mur, des larmes dévalant ses joues alors qu'il tentait d'étouffer ses reniflements. Ils auraient pu éviter tout ça ! S'il avait compris plus tôt, si ce connard avait seulement compris plus tôt ! Et le pire, c'est que peut-être, peut-être qu'ils pouvaient arriver à ça, maintenant. Mais il ne savait pas s'il en était capable. S'il pouvait accepter que le connard avait vraiment changé - mais avait-il vraiment ? Il avait tellement peur d'y croire.

"Alors, ça s'est bien passé ? demanda la voix pleine d'entrain de Keigo, de l'autre côté du mur.

- Pas vraiment… répondit celle déprimée du connard.

- Mais tu savais que ça ne serait pas facile. Tu veux abandonner ?"

Et Natsu se douta que Keigo savait qu'il était juste là, qu'il pouvait les entendre - contrairement à son père. C'était bien son genre. Il n'était pas méchant - il était même bien bienveillant, s'il devait classer ses intentions - mais quand même un peu fourbe.

"Bien sûr que non ! s'emporta immédiatement l'enfoiré. C'est mon fils, et je l'ai laissé tomber tant de fois… Ça n'arrivera plus.

- Tu es tellement sérieux", rit Keigo.

Et alors que la conversation de l'autre côté de la porte partait vers d'autres sujets, Natsuo ne savait que faire de ce qu'il venait d'entendre. L'enfoiré était donc sincère, vraiment sincère. Il avait tellement peur, tellement peur d'espérer à nouveau, de rêver à une famille moins détruite - mais il avait toutes les cartes en main, c'était à lui seul de décider de son prochain tour de jeu.

Il inspira doucement pour se calmer. Même s'il était lent à jouer, même si tout le monde avait déjà fait son choix, il n'était pas seul. Tomura était avec lui - il lui avait bien fait comprendre. Alors, peut-être, tout simplement, qu'il pouvait écouter ses souhaits d'enfant. Il sécha ses larmes sur ses manches.

Oui, peut-être qu'il était temps de repasser de connard à père.


"Oh, Natsuo ! s'exclama un grand blond en venant les chercher à l'entrée du lycée, après qu'ils aient sonné au portail. Et salut, Tomura !"

Tomura avait l'impression terrible qu'il aurait dû le reconnaître, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il soupira. Si ne pas s'enfermer le vingt-cinq décembre lui avait appris une chose, c'est qu'il avait effectivement zéro points de social, ou toute autre caractéristique touchant de près ou de loin à s'intéresser aux autres. Mais bon, il fallait bien compenser ses points de skill sur les jeux vidéo quelque part - ça aurait été de la triche, sinon.

"Salut, Mirio !" répondit Natsuo avec la même énergie - il se contenta d'un signe de la tête.

Le nom lui disait quelque chose - c'était donc quelqu'un de leur classe, ou quelqu'un d'important. Mais il n'avait pas le souvenir de l'avoir vu un jour dans leur salle.

"Je vois que les choses se sont arrangées entre vous !" sourit Mirio.

Tomura s'étrangla - comment était-il au courant ? Ah. Le conseil des élèves, c'était le président du conseil des élèves ! Natsuo allait dans leur salle, quand il ne pouvait pas l'accompagner et qu'il n'avait pas envie de rentrer le soir, et Izuku lui avait beaucoup parlé de lui, avec l'histoire de la petite Eri. Et sitôt que son frère lui vint en tête, la conversation étrange qu'il avait eue avec ce dernier ce matin-là se rappela à ses souvenirs, et il se sentit rougir plus rapidement qu'il faisait ses combos sur Renekton - et il était plutôt rapide. Maudit Izuku.

"Vous avez raté le mini-spectacle des professeurs, et le déballage de cadeaux, reprit Mirio comme s'il n'avait aucune idée de la gêne qu'il venait de provoquer avec ses précédents propos.

- Le repas a duré plus longtemps que prévu, s'excusa Natsuo, tout rouge - et ses nouvelles couleurs ne venaient sans doute pas de leur retard.

- Pas de soucis, Shoto m'a prévenu en arrivant tout à l'heure", le président du conseil des élèves répondit alors qu'ils entraient dans le gymnase, redécoré pour l'occasion.

Natsuo fut immédiatement interpellé avec de grands gestes, et aussitôt, Tomura se retrouva seul dans une grande pièce remplie de gens qu'il ne connaissait pas trop - deux fois dans la même journée, ça commençait à faire un peu bizarre. Ça n'était pas étonnant, par contre, considérant qu'il n'avait jamais vraiment socialisé, mais maintenant qu'il se rendait compte à quel point ses raisons étaient de mauvaises raisons, il ne pouvait s'empêcher de remettre un peu tout en cause. Aurait-il voulu rencontrer plus de monde ? L'idée ne l'emballa pas particulièrement. Il regrettait un peu pour Noël, beaucoup pour ses proches, terriblement pour Natsuo qui avait dû subir son indifférence pendant trois longues semaines, mais les autres… ? Peu importe.

Enfin, il devait quand même recueillir quelques informations dans cette fête, parce que c'était l'entourage et les amis de ses proches - et ça, ça avait de la valeur.

Quelques personnes vinrent le saluer, et il en profita pour mettre mentalement un nom au-dessus de leur tête. En plus des deux frères Todoroki et de sa propre famille, il reconnut les Big Three, et quelques professeurs étaient présents - dont Toshinori, le bruyant principal de leur lycée et un homme un peu blasé qui squattait dans un coin avec un sac de couchage. Quelques collégiens qui lui donnèrent aussi leur nom, sans doute des amis d'Izuku. Il en profita pour vaguement remercier le fameux Katsuki d'avoir éloigné les curieux lors de sa dispute avec Natsuo ; ce à quoi l'autre répondit en grognant "J'avais pas envie d'un rassemblement débile sur mon chemin", conformément aux prédictions de son frère - terrifiant. Et enfin, la petite fille pour laquelle ce Noël spécial avait été organisé était en plein concours de dessin avec le vice-président du conseil des élèves et les antennes de renne de son serre-tête se balançaient dans tous les sens à chaque fois qu'elle tournait la tête entre lui et ses feuilles.

Il n'avait jamais vu Eri, mais il pouvait dire rien qu'en la regardant qu'elle avait vécu quelque chose de terrible - et ce, même s'il n'était pas au courant. La manière dont elle avait de s'inquiéter dès que quelqu'un qu'elle ne connaissait pas bien s'approchait d'elle était tout sauf simplement de la timidité. Il avait vu des tas d'enfants passer la porte du cabinet de Mirko, ou en ressortir avant son tour ; bien assez pour repérer ceux qui étaient troublés. Mais il ne s'inquiétait pas vraiment pour la petite. Izuku savait bien juger les gens - enfin, décortiquer leur comportement - et il lui avait juré qu'elle était entre de bonnes mains. Puis, le professeur en retrait - allongé par terre ? - qu'il ne connaissait pas - l'un de ses deux pères adoptifs, s'il ne se trompait pas - ne la quittait pas des yeux, tout en lui laissant de l'espace. Et comme si ça ne suffisait pas, Mirko s'occupait d'elle aussi - c'était une idée qu'il avait donnée à Izuku, lorsqu'il lui avait raconté l'histoire ; et d'après son frère, ça se passait très bien, non pas qu'il en aurait douté. Ah, bordel. C'était sans doute ce genre de choses débiles qui avaient convaincu son cadet qu'il n'était pas un monstre sans cœur, mais un ado traumatisé.

Délaissant son observation, il se mit à la recherche d'une occupation et il faillit éclater de rire quand il remarqua finalement l'état de la pièce. Le plancher en bois de l'estrade qui devait avoir servi au fameux spectacle disparaissait sous les confettis et paillettes - qui avaient envahi le sol du gymnase entier -, des morceaux de papiers cadeaux déchirés jonchaient les pieds du sapin amené pour l'occasion, et des guirlandes en papier crépon étaient tombées des murs çà et là. Seules les tables du buffet avaient été à peu près épargnées par cette apocalypse festive - et encore, les assiettes de bonbons étaient presque vides, de la bûche ne restait que quelques traces de chocolat sur le plat, et des tas de gobelets plus ou moins remplis étaient éparpillés sur les nappes. Heureusement, il y avait encore du pain d'épice, et plein de sablés aux formes de Noël. Il attrapa un biscuit représentant un sapin et croqua dedans - délicieux.

"Ils sont super, non ? s'exclama la vice-présidente du conseil des élèves - Neijire ? - en s'approchant de lui. C'est ta mère qui les a faits !

- Alors ça m'étonne pas", il répondit avec un rictus fier.

Après cette énième sorte de discussion, il était à peu près certain de sa caractéristique de social apocalyptique; alors il finit par partir s'asseoir sur l'estrade, observer tout ce petit monde - et il ne se sentait pas si mal. Natsuo était en pleine discussion avec Eri ; Izuku parlait avec Mirio et Toshinori ; et Inko rougissait sous les compliments pour ses gâteux, principalement de Neijire - "Vous pourriez me donner la recette ? J'aimerais trop pouvoir en refaire !", il entendait de là.

Il commençait un peu à fatiguer de la foule, entre cette fête, le repas de famille chez les Todoroki, et le déballage chez lui le jour même, mais ça lui allait quelque part. Tout ce qu'il avait fait ces derniers jours ne l'aidait pas en terme d'énergie, sans compter que malgré tout, au fond, ça restait Noël.

Il était plutôt fier de lui, en fait. Il avait offert un cadeau à son frère et sa mère, participé à leur réunion et discuté avec l'homme qui finirait probablement par habiter sous le même toit qu'eux, vu comment avançaient les choses. Il s'était disputé avec Natsuo, s'était réconcilié, lui avait déclaré sa flamme, et avait gagné un petit ami dans l'histoire. Il avait fait la connaissance de certains membres de la famille du concerné, et il l'avait soutenu dans sa relation tumultueuse avec son père, pendant que Natsuo lui donnait du courage face à Noël. Si ce n'était pas le meilleur run de décembre de sa vie, il lâchait les jeux vidéo.

Il restait une dernière chose qu'il pouvait faire, pour parfaire ce vingt-cinq décembre, pour mériter complètement la couronne de la victoire. Il sortit son téléphone de sa poche, un léger sourire aux lèvres.

De Tomura (16h28) : "Hé, Mirko."

De Mirko (16h28) : "Un problème ?"

Ah, merde. La réponse immédiate lui faisait plaisir, mais il regrettait d'avoir hésité - pourquoi il n'avait tout balancé depuis le début, bon sang ? Il ferma les yeux pour se concentrer. Oui, ça rendait ce qu'il allait faire un tout petit peu plus dur, mais il en était capable - il devait le faire, pour achever sa victoire. Et si quelqu'un méritait d'être la première personne à recevoir ces mots de sa part depuis des années, c'était bien Mirko. Elle saurait comment réagir. Il dut s'y reprendre à plusieurs fois pour taper le message, ses doigts tremblants glissant sur les mauvaises touches. Mais le plus dur fut d'appuyer sur "envoi" - c'était débile, à quel point ça lui demandait autant d'effort. Ça le frustrait, lui donnait envie de passer sa main dans son cou. Mais les paroles de Mirko lui revenaient en tête - "Comment t'expliquer… Imagine que la vie est un jeu vidéo, sauf que tous les combats seraient instanciés et personnalisés. Un même adversaire n'aurait pas les mêmes statistiques, la même force pour tout le monde, du coup. Peut-être même qu'un ennemi particulièrement hostile pour quelqu'un serait un allié pour un autre. Et cet accident, et tout ce qui y touche, c'est le boss du niveau dans lequel tu es coincé. Ton boss, à toi, juste à toi. Alors, peut-être que ça paraîtra des fois stupides pour les autres, parce qu'ils ne verront pas ton combat, ne verront pas ce que tu affrontes ; parce que pour eux ce même ennemi est un passant inoffensif sur lequel ils n'ont même pas posé les yeux. Mais ça veut pas dire que c'est facile, que ça n'existe pas".

Alors, il cliqua sur le petit bouton, sur son écran.

À Mirko (16h32) : "Joyeux Noël"

Voilà, c'était fait.

De Mirko (16h32) : "Pouhahahahahah"

De Mirko (16h32) : "Ramène ta Switch samedi prochain"

De Mirko (16h33) : "Il est temps que je te montre qui est la boss sur les jeux de combat !"

À Mirko (16h33) : "Deal"

De Mirko (16h33) : Un gif de lapin qui tirait la langue

Tiens, c'était plus soft que d'habitude. Tomura sourit - c'était sa manière à elle de le remercier, sans que ça devienne pesant ; de le féliciter, sans que ça devienne gênant. Il avait raison - c'était bien la personne qui méritait de recevoir ces mots en premier. Alors, sans même y réfléchir, il tapa un autre message, et l'envoya directement.

À Mirko (16h37) : Merci, Mirko

De Mirko (16h37) : Non, merci toi, gamin.

Aucun gif ne suivit.

Elle avait compris - évidemment. Elle avait toujours compris, depuis le début, peu importe quand il ne disait rien, où qu'il lui cachait la vérité. Alors forcément, elle savait tout ce que ça voulait dire - j'ai décidé de faire des efforts, de me racheter dans l'autre sens, et même si je sais que c'est pas non plus une vraie solution, c'est déjà pas mal. Puis de toute façon, il était lui, celui qui ne faisait pas attention aux autres, alors il ne pourrait jamais trop s'effacer pour eux. Et tout ça, c'était grâce à elle, et même s'il ne savait pas pourquoi elle voulait tant l'aider - il avait la conviction que ça ne s'arrêtait pas à être payé - il était enfin capable de la remercier.

"Tomura ? interrogea soudain la voix inquiète de Natsuo, juste à côté de lui. Ça va ?"

Il ne l'avait pas vu arriver. Et à y regarder, son petit ami était un peu flou, tout comme la salle, derrière lui, et… Il porta ses mains à son visage - de l'eau sur ses doigts. Il était en train de pleurer ? Alors il pouffa, sous le regard éberlué de Natsuo - ce qui le fit rire encore plus.

"Je crois que je suis content, il avoua finalement."

Son petit ami ferma les yeux un instant, soulagé. Puis il se reprit - un peu trop rapidement à son goût.

"Ah, moi qui croyais que tu étais jaloux d'Eri.

- D'une petite fille ? Tomura répliqua en haussant un sourcil.

- Oh arrête, avoue qu'elle est mignonne."

Pas autant que lui. Et se rendant compte de ce qu'il venait de penser, il prit une couleur rouge - maudit Izuku qui l'avait contaminé ! - ce qui n'échappa pas bien sûr au concerné.

"Dis-moi à quoi t'as pensé ! Dis-le-moi !

- Seulement si tu me bats en 1v1 sur Starcraft !

- Je connais seulement les unités de base et tu es platine !" s'indigna Natsuo, un peu désespéré.

Alors Tomura se pencha, doucement, et lui souffla à l'oreille :

"Je te le dis si on rentre."

Son petit ami lui sourit.

"D'accord."


C'était un peu drôle, de s'éclipser comme ça - ça lui rappelait quant à la fin d'un anniversaire, à une époque disparue, il repartait hors de la vue des parents dès qu'ils commençaient à discuter ; tout ça dans l'espoir qu'en ne les voyant plus, les adultes oublient qu'ils étaient censés les récupérer et rentrer chez eux. C'était un peu bizarre, aussi - mais en y réfléchissant, tous les derniers jours avaient été étranges.

À vrai dire, maintenant qu'il y pensait, si on lui avait dit une semaine plus tôt, où même au début du mois, qu'il allait fêter Noël de son plein gré, il n'y aurait jamais cru. C'était comme Half-Life 3 : une chose annoncée, promise, mais qui n'arrivait pas, malgré les années, jusqu'à ce que tout le monde abandonne. Mais Inko et Izuku avaient continué de le soutenir envers et contre tout, et contrairement au jeu qui ne sortirait jamais, il avait fait un pas en avant. Il lui avait fallu des années de thérapie, et presque tout perdre, pour qu'il accepte qu'au fond, se faire souffrir, se faire subir tout ça, ça n'effacerait jamais ce qu'il avait fait, ça ne compenserait jamais. Mais il pouvait faire l'inverse, à la place, se racheter en prenant soin de ses proches, de son nouvel entourage. Il y avait toujours cette petite voix qui lui susurrait qu'il ne méritait pas, et elle ne disparaît probablement jamais ; mais heureusement, Mirko veillait sur lui jusque dans sa tête - "Tout le monde mérite de l'amour, Tomura".

Et ce n'était même pas le meilleur.

Il sourit à Natsuo alors qu'ils entraient dans sa chambre, les doigts entrelacés. Le PC d'Izuku était toujours sur son bureau, mais Tomura n'en avait pas grand-chose à faire, à ce moment-là. Ils pourraient jouer plus tard, quand son frère et sa mère reviendraient de la fête d'Eri au lycée, quand Natsuo rentrerait chez lui. Mais pour l'heure, il avait envie de profiter de la présence de son petit ami, de cette relation qu'il avait gagnée au milieu de cette fête de Noël, en laquelle il avait encore du mal à croire.

Alors, il se jeta sur son lit, et un poids hilare lui atterrit dessus juste après. Il lui lança un regard noir, pour la forme, mais Natsuo le coupa dans sa tentative de menace d'un baiser, et il laissa tomber. Se faire embrasser, ce n'était pas perdre, parce que c'était mieux que prendre l'ascendant dans une conversation - et pour lui, c'était la définition même d'une victoire. Alors, il profita des lèvres de Natsuo, sur les siennes, sur sa joue, autour du pansement sur son cou - faudrait qu'il se débarrasse de cette sale habitude d'ailleurs, parce que vu la tête de son petit ami quand il lui rendait la pareille, ça avait l'air sacrément agréable, des lèvres à cet endroit. Puis les baisers devinrent caresses, et Tomura se laissa entrainer avec joie dans leurs étreintes - à moins que ça ait été lui qui entraînait Natsuo ? C'était maladroit, ça n'aboutit même pas réellement, mais ça n'était pas grave. Ils avaient le temps, ils auraient le temps, ça les faisait marrer, ils étaient heureux.

Plus tard, bien plus tard, alors qu'ils étaient tous deux sortis d'une douche bien méritée, et qu'ils avaient trouvé des fringues propres pour s'habiller - et Natsuo était terriblement mignon, avec ses cheveux mouillés et le sweat d'Overwatch qu'il lui avait prêté -, son petit ami se pencha vers lui :

"Alors, t'en as pensé quoi ? De hier, d'aujourd'hui, de la fête ?"

Il avait envie de lui rétorquer "Pire event de l'année sans aucun doute", mais peut-être était-ce l'air enthousiasme de Natsuo, la joie du moment, l'endorphine qui inondait encore son cerveau, ou bien même la magie de Noël, mais il finit simplement par répondre :

"Je veux faire tous mes Noëls comme ça."

Et le sourire de Natsuo, éclatant, ne lui fit pas regretter un instant cet aveu si gênant.

"Promis."


Et nous voilà arrivés à la fin de cette histoire :3

J'ai essayé des choses dans la toute dernière partie, j'espère que ça passe bien xD

Notes de la fin :

Avant tout, un immense merci à tous ceux qui ont lu cette histoire, et qui sont arrivés au bout de ces lignes ! C'était ma première réelle tentative de romance et de la création d'un couple (outre un OS avec des personnages à moi de 4k mots écrit il y a des années xD), et j'espère que c'était crédible et que ça aura su vous faire un peu rêver :3 J'me suis éclatée à l'écrire, à relever le défi imposé par l'évènement de Noël du Forum francophone de MHA ; et donc j'espère aussi que ce cadeau de Noël a été à la hauteur, Moira, puisque c'est à toi que cet OS ayant (beaucoup beaucoup beaucoup) dérapé est destiné :D

J'espère que je n'ai choqué personne malgré les triggers warning (;-;), que la conclusion était satisfaite, et que vous quitterez cette page avec un sourire aux lèvres ! J'avais promis que ça finirait bien dès le début, et voilà, vous en avez désormais la preuve :3 !

Merci beaucoup !

PS : Un recueil de mini bonus sera publié dimanche ;)