29 décembre
Le matin suivant, les quatre amis discutèrent par internet. Nino avait dormit chez Alya et aucun des quatre n'avaient eu envie de mettre le nez dehors avant midi. Marinette mettait la touche finale au cadeau d'Adrien et elle écoutait ses amis faire des plans et lancer des idées concernant le reste de la journée.
Pour Marinette cela importait peu. Elle aimait juste être avec ses amis. Mais elle ne s'empêchait pas de donner son avis sur les activités ou de faire des suggestions pour que leurs idées soient réalisables. Sauf lorsque Nino proposa d'aller voir ce film d'horreur. Alya n'était pas exactement emballée mais avait accepté.
«Je n'aime pas du tout les films effrayants, je vous rappelle.» se plaignit-elle.
«Ce n'est pas grave, on peut sûrement trouver autre chose.» la rassura immédiatement Adrien, éliminant d'office cette possibilité puisque l'elle avait voté contre.
Il pianotait déjà pour consulter les horaires de cinéma et suggéra. «Il y a cette histoire d'amour entre deux adolescents. Elle est une jeune fille de bonne famille qui cherche à avoir une carrière de journaliste sérieuse et lui un délinquant qui finit par s'engager dans l'armée. Avant de déserter pour aller la sauver lorsqu'il apprend qu'elle est devenue correspondante de guerre et est en mauvaise posture.» lut-il sur son écran. «Hum, c'est plutôt prometteur.»
C'était même tout à fait son genre et il avait l'impression que les filles aussi aimeraient.
«Ça a l'air mortellement sentimental...» se plaignit Nino.
«Ah! À d'autre!» se moqua Adrien. «Je sais très bien que tu as juste peur de te mettre à pleurer devant les filles si ça devient trop triste! Mais si tu y tiens, on peut aussi choisir d'aller voir ce film d'auteur racontant le dur et solitaire combat de cette femme arménienne devenue violoncelliste classique professionnelle malgré qu'elle n'ait qu'un seul bras...»
«NON! Non-non-non. Le film d'amour c'est très bien!» s'épouvanta Nino. «De toute façon, tant que les filles sont contentes, moi ça me va!»
«Et toi Adrien» voulu taquiner Alya après avoir rigolé avec Marinette «As-tu le cœur moins sensible ou est-ce que tu vas fermer les yeux pour ne pas voir les passages tristes?»
«Moi, je suis assez à l'aise avec ma masculinité pour ne pas avoir peur de pleurer devant vous.» lui retourna-t-il calmement avant d'ajouter un brin plus joueur : «Dis, Marinette, tu me tiendras la main pour me consoler?» réclama-t-il.
«Seulement si tu tiens la mienne lorsque ce sera mon tour d'être trop émue!» répondit-elle en rougissant furieusement, tout de même bien contente de ne pas avoir mis la vidéo.
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Les quatre adolescents ne furent pas les seuls personnes de la salle à pleurer dans leur pop-corn à cause des scènes trop intenses en émotions. Ce film était vraiment prenant.
Mais, peut-être auraient-ils dû s'abstenir de choisir un film avec un sujet qui les touchait d'aussi près, finalement. Dès le début du générique de fin, Nino ne cessa de parler avec Alya de sa manie de se lancer face au danger lorsque Ladybug et ChatNoir intervenaient.
«Je suis toujours très prudente!» s'offusqua Alya.
«N'empêche que tu donnes du travail supplémentaire aux héros qui sont obligés de te protéger du coup.» taquina gentiment Adrien qui marchait en tenant la main de Marinette. Ils avaient décidé de poursuivre la journée chez Alya et s'y dirigeaient sur les trottoirs glacés.
«Peut-être, mais c'est bien peu comparé à ce que la population retire de ma présence!» contra la reporter en herbe.
«Comment ça?» s'étonna Adrien. Honnêtement, protéger Alya ne l'avait jamais dérangé. Sa présence était même pratique parfois.
C'est la voix de Marinette, bien emmitouflée dans son manteau de laine et sa grosse écharpe qui lui répondit : «Le rôle des héros n'est pas que de protéger physiquement les parisiens. Ils sont aussi là pour les aider à garder le morale et avoir confiance en la vie. Les rassurer et les inspirer à construire un monde meilleur. On sait qu'on peut compter sur eux au cas où les choses tourneraient mal.»
«Mal comment? Qu'est-ce que tu veux dire?» demanda Nino en fronçant les sourcils. Mais au lieu de Marinette, c'est sa copine qui lui répondit, prouvant que Marinette et elle étaient très proches et qu'elles avaient déjà mûrement débattu du sujet.
«Ben, s'il y a des super-héros à Paris, il est possible qu'il nous arrive des super-vilains. On a la chance de bénéficier de leur protection. Mais, en contrepartie, leur présence nous place dans un danger potentiel.»
«Ou-ais, ça c'est en théorie. Pour ça, il faudrait que les super-vilains existent pour vrai. Mais jusque là, on en trouve que dans la fiction.» fit Nino septique.
«Attends!» fit Alya incrédule devant la naïveté de son petit-ami. «Ladybug et ChatNoir ont des pouvoirs magiques et tu crois à leur existence mais tu doutes de la possibilité qu'un savant fou construise une arme diabolique dans son garage?»
«Ouais Nino.» renchérit Adrien pour plaisanter. «Les petits gars à lunette qui passent des heures entières à plancher sur un projet révolutionnaire en délaissant leurs familles sont aussi susceptible que les autres de découvrir que leur dame a prit un amant et de se mettre en rogne pour ça.»
«Ah le cliché!» se moqua Alya. «Et les actrices qui se font piquer un rôle par une blondasse plus jeune et qui décident d'aller voir sur internet comment faire une bombe avec une cocotte minute?»
«Ou un pickpocket qui se fait voler son portefeuille et qui se retourne contre ses anciens collèges?» proposa Marinette.
«Sans parler des grands classiques du tueur à la hache ou du zodiaque ou de Jack l'Éventreur.» ajouta Alya.
«Hé bien, les filles, vous avez une de ces imaginations!» commenta Adrien. Sa réalité de super-héros était souvent bien plus triste et terre à terre. Les types saouls qui battaient leurs petites amies ou les querelles entre junkies pour une seringue étaient légion.
«Oui, mais, tous ceux-là» contra pour sa part Nino. «Ce sont des criminels, la contrepartie maléfique des justiciers et des policiers. Mais là, je vous parle de vilains avec des super-pouvoirs. Pour l'instant, on a Ladybug et ChatNoir mais, moi, je n'ai jamais entendu parler de leur équivalent diabolique.»
«C'est vrai» admit Alya «Pour savoir s'il existe de tels êtres maléfiques, il faudrait savoir d'où viennent les pouvoirs des héros.»
«Sans compter» remarqua Nino en fronçant les sourcils, «qu'ils peuvent eux aussi devenir evil un jour.»
«Pourquoi penses-tu à une telle éventualité Nino?» s'indigna Marinette alors qu'ils arrivaient à l'appartement d'Alya.
«Juste comme ça.» répondit-il en haussant les épaules et en s'installant à la table de la cuisine. «Alya pense que s'ils ne sont pas encore un couple, ils le seront bientôt. Et l'autre jour, après l'incendie, elle a dit que ChatNoir te faisait parfois du charme. Je me disais juste que s'ils étaient ensembles et que ChatNoir regardait tout de même d'autres filles, on pourrait être face à une méga dispute!»
«Tu crois vraiment qu'ils en viendraient à se retourner contre la population qu'ils protègent si c'était le cas? Franchement, j'en doute.» fit Marinette très sérieusement. «Ce sont tout de même des héros, pas des détraqués. Ils savent gérer leurs propres conflits éventuels.»
Adrien, très mal à l'aise ne dit rien, essayant de ses faire oublier.
«Dites, à votre avis.» intervint Alya en déposant une salade de pâte qu'elle venait de tirer du réfrigérateur et des plats pour leur permettre de se servir une collation. «Pourquoi ils ne sont pas ensembles, tous les deux? J'ai déjà entendu ChatNoir inviter Ladybug à sortir à quelques reprises et elle a toujours refusé ses propositions. Moi, si quelqu'un comme ChatNoir s'intéressait à moi, j'aurais dit oui tout de suite.»
Adrien se concentra sur le plat de salade qu'il décida de se servir pour dissiper sa gêne. Il détestait être objectifier que ce soit en tant que super-héros ou mannequin.
Nino, par contre sursauta et donna la pleine mesure de ses sentiments. «Babe? C'est quoi cette histoire. Tu vas pas m'apprendre comme ça, au milieu de l'après-midi, que tu t'en entichée d'un autre?»
«Non! Ce que je voulais dire, c'est qu'il a l'air d'être en mesure de faire passer une bonne soirée à une demoiselle et qu'elle, elle a dit non. Toi, Nino, tu es plutôt le genre que je peux présenter à ma mère et garder longtemps...»
«Ben voilà, tu l'as ta réponse.» fit Nino encore rouge et juste un peu calmé. «Elle est déjà avec quelqu'un de bien, elle n'a pas besoin qu'un héros de charme qui passe d'une fille à une autre viennent lui embrouiller la tête.»
Adrien n'aima pas du tout cette idée. Il n'avait aucune envie qu'un autre homme pose ses pattes sales sur sa douce Lady. Même si c'était un charmant garçon tout propre et bien sage. Et venu de nul part, un excès de jalousie l'étourdit et le surprit. Il savait qu'il aimait Ladybug mais pas qu'il en était rendu à être possessif avec elle.
«P't'être qu'elle préfère les filles.» proposa-t-il avec une des idées qui lui avaient déjà traversé la tête pour orienter la conversation loin d'un possible rival.
Alya lui fit une moue septique, loin d'être convaincue.
«Peut-être aussi qu'ils ne se connaissent pas assez bien pour sortir ensembles.» fit calmement Marinette maintenant qu'elle pouvait donner son avis en prenant de minuscules bouchées de salade. «Ça doit pas être si facile d'avoir une discussion élaborée et profonde pendant une prise d'otage. S'ils ne passent pratiquement jamais de temps ensemble, c'est normal qu'elle ne soit pas prête à sortir avec quelqu'un qu'elle connaît à peine. Ils ne se connaissent peut-être pas en-dehors du travail. Ce n'est pas comme s'ils fréquentaient le club des super-héros anonymes ou quelque chose du genre.»
Alya fronça de nouveau les sourcils. «Non, je pense que la théorie la plus plausible, c'est qu'elle est avec quelqu'un de bien barbant et qu'elle se garde ChatNoir sous le coude au cas où elle se fatiguerait de l'autre!»
Adrien ne croyait pas vraiment à cette théorie mais se promit de poser clairement la question à la personne concernée.
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Sabine et Tom se retirèrent tôt dans leur chambre après le dîner, comme tous les soirs.
Ils souriaient tous les deux doucement, comme c'était souvent le cas. Ils avaient une vie agréable qu'ils aimaient, une belle famille et une passion commune concrétisée par cette boulangerie.
Mais de plus, ce soir-là, ils avaient eu droit à un spectacle qui leur réchauffait le cœur.
Depuis le début du congé des fêtes, un garçon merveilleux était entré dans la vie de leur fille et cette vie ne cessait de s'améliorer.
Marinette était plus présente physiquement et mentalement. Elle souriait vraiment plus et avait murie d'un coup et surtout de la bonne façon.
Elle réfléchissait soudain plus à ses actes et ses gestes et son mauvais caractère avait pratiquement disparu. Elle était même plus réaliste dans ses projets de couture, plus concrète et elle terminait ses projets avant d'en commencer de nouveaux.
Adrien était venu dîner avec eux une nouvelle fois ce soir-là et les deux trésors avaient apparemment passé les deux journées précédentes de façon superbes et elles les avaient rapprochés.
Et, cerise sur le gâteau, les parents de la jeune femme venaient d'assister à une scène très touchante où les nouveaux amoureux s'étaient séparés tendrement.
Petits mots doux chuchotés près de la porte, regards tendres, bisous sur la joue parce qu'ils se savaient surveillés, doigts entrelacés qui s'étaient quittés à regrets et joues rondes qui rougissaient. Les parents n'auraient pu demander mieux pour s'émouvoir.
Ils partageaient un regard entendu en se glissant entre les draps après être allés saluer leur fille qui s'était installée avec un roman avant de se mettre elle-même au lit.
Quel bon garçon faisait cet Adrien! Il était poli, doux, sympathique, il avait le sens de l'humour et un grand cœur. Mais encore plus que tout cela, Tom et Sabine avaient su dès le départ, dès le premier repas partagé à quatre, qu'Adrien était le garçon idéale pour leur fille et leur fille, la personne idéale pour lui.
C'était si flagrant en les voyant agir, en les écoutant parler. C'était deux personnes qui s'étaient finalement trouvées.
«Je l'ai invité à venir prendre son petit-déjeuner parmi les pains et les brioches fraîchement sorti du four demain matin.» apprit Tom à sa moitié.
Elle lui tapota le bras pour le féliciter de son idée.
«Ne le gave pas trop non plus tout de même. C'est un mannequin.» prévint-elle. «Si son père s'aperçoit qu'il a prit trop de poids pendant son absence, il ne le laissera plus nous rendre visite.» rigola-t-elle.
«Bah, il a encore de l'espace pour se remplumer! S'il n'avait pas un peu de muscles, il pourrait passer pour un squelette ambulant, ce pauvre petit.»
«Tom!» le corrigea-t-elle mais elle rigola également.
Un long moment de silence passa et Tom reprit : «Tu es sûre que tous les deux, ils ne vont pas...»
«Ce n'est pas du tout dans ses projets à elle et je pense que lui n'a aucune envie de nous décevoir.» le rassura-t-elle «Tu peux dormir tranquille, je garde l'œil ouvert.»
Son époux suivit donc son conseil au sens littérale et se mit à ronfler doucement.
Sabine resta un moment étendue en fixant le plafond comme si elle pouvait voir au travers jusqu'à la chambre de sa fille.
Comme tous les soirs, elle ne tarda pas à entendre les murmures d'une conversation indistincte. Il y avait de toutes évidences deux voix féminines qui se répondaient mais Sabine n'avait jamais pu identifier à qui appartenait cette deuxième voix qui discutait si souvent avec sa file.
Du mieux qu'elle avait investiguer, elle savait seulement avec certitude qu'il ne s'agissait pas d'Alya et doutait de plus en plus qu'il s'agisse d'une autre fille de la bande. Leur fille avait donc une autre meilleure amie secrète qu'elle ne leur avait pas présentée.
Peut-être que ces secrets étaient une autre bizarrerie de leur fille adorée qui changeraient avec la présence d'Adrien.
