OoOoOoOoOoOoOoO

Chapitre 9 : La femme

Avril 1981, le ciel de Londres était de plus en plus sombre au fur et à mesure que la nuit reprenait ses droits. Dans l'obscurité grandissante des rues de la capitale, une ombre se faufilait à grande vitesse, loin des regards indiscrets.

Severus avait un mauvais pressentiment et pressa le pas, bien qu'il sut avec certitude qu'il n'était pas suivi. Après avoir tourné deux fois à droite et une fois à gauche, il atteignit enfin sa destination. Seul, dans un cul de sac qui en aurait effrayé plus d'un, le sombre sorcier s'approcha de la porte d'accès face à lui. Sur cette dernière, un sens interdit était apposé, suivit d'un écriteau stipulant simplement « employés uniquement ». Faisant fi de ces indications, Severus apposa sa main sur la poignée et abaissa cette dernière à trois reprises avant de la lever, ce qui ouvrit le passage.

Rogue s'y engouffra rapidement et, comme toujours, il soupira en ressentant les chocs thermiques et sonores habituels. Il faisait terriblement chaud à l'intérieur, mais il ne retira pas sa veste pour autant. Reprenant la marche, il s'approcha progressivement de la source du bruit, ou plutôt de la musique qui camouflait difficilement un certain brouhaha. Avant d'arriver vers un escalier, qu'il comptait emprunter pour monter, le sorcier se fit alpaguer gentiment par une voix féminine :

- Salut le ténébreux, ça faisait longtemps qu'on t'avait pas vu là mon chou. Tu daignes enfin venir nous faire un petit coucou.

Se retournant, Severus vit une femme d'une vingtaine d'année s'approcher de lui en se déhanchant. Vêtue d'un simple string et de caches tétons en forme d'étoiles assorties, il sut qu'elle venait de finir un effeuillage scénique. C'était, après tout, ce que les clients du strip-club payaient pour voir :

- Bonsoir Rubie, je suis un peu pressé pour tout te dire, mais je passerai vous voir à l'occasion.

- Houlala, mais que tu es sérieux beau ténébreux ! Tu ne voudrais pas te détendre un peu ? J'ai un peu de temps libre avant ma prochaine apparition.

En disant cela, la fausse rousse légèrement vêtue s'était approchée et s'était collée à l'homme lui faisant face. Elle déposa ses mains sur le torse de Severus qui resta stoïque :

- Je te l'ai dit Rubie, je n'ai pas le temps ! répondit-il en restant de marbre.

- Hummmm, gémit de dépit la strip-teaseuse en se redressant, tu es de plus en plus ennuyeux Severus ! Méfie-toi, plus tu passes de temps devant tes chaudrons, plus tu sembles perdre ton âme dedans. Il y a une vie derrière le rideau de fumée qui émane de tes potions.

Gardant un air impassible au visage, le principal intéressé ne répondit rien. Il n'en avait cure de finir ennuyeux ou sans âme car, à 21 ans, il avait l'impression que tout autour de lui n'était que futilité. La guerre battait son plein dehors, la seule personne qui comptait pour lui était en danger, par sa faute, et il devait maintenant faire amande honorable du mieux possible. Même le fait de bientôt devenir le plus jeune maître des potions depuis Merlin était moins attrayant à ses yeux qu'avant… mais pouvait-il réellement en vouloir à la pauvre Rubie de ne pas se rendre compte que la vie, derrière les volutes de vapeurs, n'était elle-même qu'une sorte de fumée insaisissable ? Une sorte de rêve qui n'avait finalement pas de réelle saveur en ces temps troublés. Un jour, quand le seigneur des ténèbres sera tombé, peut-être que le songe redeviendra doux, mais à quel prix ?

- Je vais y réfléchir, marmonna alors simplement Severus, mais pour l'heure, j'ai à faire.

- Essaie de tenir tes promesses pour une fois beau ténébreux. Celle de penser à ce que je t'ai dit, mais aussi à celle de venir nous voir. Tu nous manques depuis que tu as quitté notre chez nous.

Ne laissant pas à Severus le temps de répondre, la jeune femme reprit sa route dans les vestiaires à côté de l'escalier. Severus, quant à lui, grimpa à l'étage, perdu dans ses pensées. Il avait passé plusieurs années dans ces murs, à partager des instants de vie avec les autres membres de cette drôle de tribu. Parfois, cela lui manquait presque. Cependant, il revint à la réalité quand il arriva devant la porte blanche du fond du couloir, au dernier étage. A son plus grand damne, il était monté bien plus vite qu'il ne l'aurait cru.

Un écriteau indiquait cette fois en toute simplicité, sur cette fameuse porte : 'Direction'. Il toqua à la porte après avoir pris une profonde inspiration par le nez et attendit jusqu'à ce qu'une voix autoritaire lui ordonna d'entrer.

Quand il fut à l'intérieur, il vit la directrice de l'établissement occupée à signer des documents avec vigueur. C'était plutôt mauvais signe, elle était probablement de bien mauvaise humeur, mais il n'avait pas le choix. Pourtant, quand cette dernière releva la tête, les yeux marron clair aux nuances pourpres s'apaisèrent. Un sourire naquit même sur les lèvres pulpeuses et maquillées d'un rouge profond de la femme. D'une voix plus douce que tout à l'heure, elle dit alors en faisant signe à son invité de s'installer :

- Severus, tu es enfin venu. J'ai failli croire que tu essayais de m'éviter !

- Pourquoi ferais-je une chose pareille Line ? demanda alors le jeune homme tout en s'asseyant devant le bureau de son hôte.

Il n'avait pas l'intention de rester longtemps, se sentant comme en danger ici, face à cette femme qui l'avait tant aidé et à qui il mentait aujourd'hui depuis des mois. Enfin, avait-il réellement le choix ? Pour corriger ses erreurs passées, il allait devoir aller à l'encontre des préceptes que cette femme lui avait inculqués depuis ses 16ans. Conservant son masque d'indifférence sur le visage, il croisa ses jambes et s'avachit presque dans ce fauteuil où il avait eu l'habitude de passer des heures depuis maintenant presque 5 ans.

- Pourquoi tu ferais ça ? Hum, c'est une question des plus… intéressantes !

Elle avait dit cela d'une voix terriblement calme tout en s'adossant contre le dossier de son fauteuil de cuir blanc, entrelaçant ses doigts entre eux. Ainsi installée, cachant finalement une partie de son visage avec ses mains qu'elle eut remontées quelque peu face à elle, elle observa le sorcier assit devant elle.

Severus se sentit alors sondé mais, bien qu'elle fut douée en légilimancie, l'élève avait depuis peu dépassé sa maîtresse. Heureusement ne fut-elle pas au courant et l'apprenti laissa à la curieuse l'accès à certains souvenirs et certaines pensées sans importance. Faisant mine de n'avoir pas le moins du monde été inquiété par cette fouille mentale, il se permit de demander d'un ton presque vexé :

- Aurais-tu des raisons particulières pour douter de moi de la sorte Line ? Si tel est le cas, j'aimerais savoir lesquelles !

- Je suis désolée mon beau prince ! s'excusa alors la femme qui avait conservé un sourire doucereux derrière ses mains. Il fallait seulement que je sois sûre, tu le comprends probablement mieux que quiconque. N'est-ce pas ?

Elle finit par se lever doucement et, sans attendre de réponse, s'approcha de Severus d'un pas lent. Une fois derrière lui, elle posa sa main droite sur l'épaule du jeune homme. Bien que détestant être touché, il ne bougea pas, restant installé tranquillement sur son assise. S'il avait tourné la tête, il aurait eu une vue imprenable sur le tatouage si surprenant de la femme qui le dominait, de toute sa hauteur, dans son dos.

- Alors comme ça tu vas bientôt devenir professeur de potion à Poudlard ?

- Oui, c'est toujours d'actualité.

- Je ne comprends toujours pas ce choix… tu as tant de potentiel Severus ! souffla-t-elle calmement.

- Cela sera utile pour le seigneur des ténèbres. N'est-ce pas plus important que mes ambitions personnelles ?

- Hum… cela se discute ! marmonna-t-elle alors en resserrant sa main sur lui.

- Que veux-tu dire par là ? demanda Severus qui n'eut pas à feindre son étonnement pour le coup.

- Le seigneur des ténèbres a besoin de toi certes, dit-elle sur le ton de la confidence tout en se penchant légèrement vers l'oreille de son interlocuteur, mais moi encore plus, mon petit prince de sang mêlé !

Severus se figea légèrement. Il savait maintenant avec certitude qu'elle allait lui demander un service et c'était probablement pour cette raison qu'il avait eu un mauvais pressentiment en venant la voir. Pourtant, le plus souvent, Line se contentait de lui conseiller certaines choses, sans jamais le forcer et en argumentant à chaque fois. Rares étaient les fois où elle lui donnait des ordres et argumenter était, de toute façon, l'un des points forts de la femme qui se tenait dans son dos, même lorsqu'il était question de sujet épineux, comme par exemple le seigneur des ténèbres.

Severus était entré chez les mangemorts sur les conseils de Line qui semblait penser que cela permettrait à son prince d'améliorer son rang social et ses compétences. Elle avait alors longuement parlé de connaissance, de puissance, de pouvoir, d'avenir… et simplement de magie noire. Vu l'attrait du jeune homme pour cette dernière, les discours qu'il avait déjà si souvent entendus en sept années passées à Poudlard auprès de ses camarades de maison et, aussi, vu sa haine envers son père moldu, il n'avait pas franchement hésité longtemps. Néanmoins, aujourd'hui plus que jamais, il avait des doutes. Severus savait déjà qu'il avait commis une erreur en acceptant la marque des ténèbres, mais il se posa maintenant des questions concernant les raisons de cette proposition qu'elle lui avait faite.

Elle-même n'avait pas la marque, mais elle faisait partie des informatrices officieuses de celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom. Étant à la tête d'un établissement mixte, donc avec un côté ouvert aux moldus et un autre aux sorciers, il y avait beaucoup de passages entre les murs de son club. Son commerce étant en plus, il fallait l'avouer, aussi particulier que huppé, elle avait régulièrement la visite de personnalités importantes des deux mondes. Bien que se montrant discrètes lors de leurs visites, ces VIP avaient tendance à se montrer bavardes auprès des employés de Line après plusieurs coupes de champagne ou autres verres de cocktail à la mode. En somme, elle était à la tête d'un réseau d'informations bien fourni et qui intéressait beaucoup le seigneur des ténèbres et ses sombres desseins.

Quoi qu'il en fût, elle ajouta rapidement, toujours sur le même ton de confidentialité :

- Je te l'ai toujours dit, j'ai de grands projets pour toi ! Tu es amené à faire des choses bien plus spectaculaires que Voldemort lui-même.

Severus retint un frémissement de justesse. À part l'autre fou de Dumbledore, il n'avait jamais rencontré quelqu'un qui ose nommer le seigneur des ténèbres de cette façon. Il fallait clairement être dérangé pour le faire d'ailleurs. Faisant comme si de rien était, il eut un rictus mauvais aux lèvres et préféra parler de l'affirmation de la sorcière :

- Je fais déjà de grandes choses avec mes études. Mais ce n'est rien en comparaison de la puissance de tu-sais-qui.

- Tu es un Prince, Severus, pour l'instant tout du moins.

- C'est à dire ? demanda-t-il, comprenant que comme d'habitude, elle faisait allusion à sa lignée maternelle.

Line se mit à ricaner étrangement tout en se redressant et en se redirigeant vers son bureau, restant du côté où Severus était assis. Elle posa ses fesses sur le meuble derrière elle tout en restant debout, toisant le jeune homme avec supériorité :

- Ce que je veux dire, c'est que tu es plus important que tu sembles le croire, malgré le fait que tu traînes un boulet à ta cheville.

- Qu'essaies-tu de me dire au juste ? interrogea-t-il, totalement perplexe.

- Ce que je te dis, c'est tout simplement qu'un prince, pour devenir pleinement roi, doit ne plus avoir de père au-dessus de lui, telle une épée de Damoclès.

- Cela tombe bien, je n'en ai plus depu…

- Tu as fait fi de ta famille impure avec intelligence et clairvoyance Severus, et ce depuis tes 16 ans. Mais elle représente toujours un obstacle pour toi, telle une tâche d'encre sur le parchemin de ton avenir. Si tu veux avancer sur le chemin de la grandeur, tu te dois d'écrire ton histoire sur un feuille vierge et sans défauts.

Ayant peur de comprendre où voulait en venir Line, il se redressa sur son fauteuil et lui demanda de sa voix la plus glaciale :

- Et que me conseilles tu ?

- Je ne suis pas parvenue à mon statut actuel en traînant le fardeau que représentaient mes parents ! dit-elle alors avec un sourire quasiment démoniaque aux lèvres. Et tu dois en faire de même, mon charmant Prince de sang mêlé. Si tu veux pouvoir devenir roi, tu dois faire disparaître tout ce qui te raccroche au côté impur de ton sang.

- Et pour se faire tu suggères donc que…

- Qu'ils disparaissent, Severus ! le coupa-t-elle une fois de plus.

'La famille Rogue doit disparaître'… ce n'était pas un conseil, c'était un ordre.

Cette phrase tournait en boucle dans l'esprit du jeune homme qui n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Il avait réfléchi à la question tout ce temps, sans savoir ce qu'il allait faire. Tuer son géniteur ne lui semblait pas si difficile à faire, encore à ce jour, sa haine envers lui étant intacte. Quant à sa génitrice, elle n'avait jamais su le protéger après tout… mais il restait sa sœur qui elle, n'y était pour rien.

Néanmoins, pouvait-il réellement aller à l'encontre de ce que la femme qui lui avait tendu la main lui ordonnait de faire ? N'était-ce pas pour son bien qu'elle lui demandait de faire cela, comme toujours ? Si, bien sûr qu'elle faisait cela pour lui, pour son avenir qu'elle imaginait grandiose. Elle avait toujours vu en lui bien plus que le potioniste talentueux qu'il savait être. Elle l'avait plus d'une fois poussé vers le haut et elle le faisait encore aujourd'hui, quand bien même Severus ne comprenait pas toujours les conseils et les ordres qu'il recevait d'elle.

Jamais il n'avait eu à tuer qui que ce soit, et jamais elle ne lui aurait demandé de le faire s'il n'y avait pas une bonne raison à cela, non ? Après tout, était-ce un réel crime que de se débarrasser de rebuts de la société comme Tobias Rogue et sa femme ? Un alcoolique violent et stupide qui, même s'il essayait de se soigner, restait un salopard. Personne ne peut guérir quelqu'un d'une débilité si profonde de toute façon. Et puis, il fallait être tout aussi ridicule pour soutenir dans ce projet de réhabilitation une loque comme Tobias, alors Eileen ne valait pas mieux, non ?

Ce fut presque convaincu de bien faire qu'il arriva cet après-midi-là devant son ancienne demeure, ou plutôt, sa prison. Après tout, aujourd'hui encore, il était prisonnier de ce passé cauchemardesque qui le hantait. Clairement, Line avait raison sur toute la ligne, une fois de plus !

Il était venu ici après avoir pris soin de changer son apparence grâce à une potion. Il savait donc qu'il ne serait pas inquiété par le témoignage de potentiels voisins ou curieux. Il savait aussi que personne ne se méfierait d'un homme bedonnant d'une cinquantaine d'année, tout comme lui ne l'avait qu'à peine remarqué dans les rues de Londres, avant de lui arracher une poignée de cheveux. Ainsi, sous cette couverture grotesque mais pratique, il sonna à la cloche du portail. Il ferait en sorte de passer rapidement à l'acte une fois tous les membres de cette famille dehors. Il fallait qu'ils sortent tous…

Ce fut Mme Rogue qui sortit, bien sûr, l'autre devait être totalement torché sur le canapé, sa cure ayant dû être dès plus efficaces. Severus sentit une drôle de sensation, assez dérangeante, surtout au niveau de sa poitrine et de sa gorge lorsque que sa génitrice lui demanda, étonnée :

- Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ?

- Bonjour madame, je cherche Tobias Rogue, est-il ici ?

Encore plus surprise, Eileen observa l'individu devant son portail avant de dire doucement :

- Il est occupé pour le moment. Qui le demande ?

Hum, c'était une excellente question, mais répondre 'sa plus vieille victime' ou 'son futur assassin' n'était pas une brillante idée. Severus qui avait mis sa baguette dans une canne, idée qu'il avait prise à un autre mangemort du nom de Lucius Malfoy, serra cette dernière un peu plus fortement avant de dire en souriant de la façon la plus convaincante possible :

- Je suis Monsieur Rickman, et je souhaiterais parler au propriétaire de cette maison afin de… parler affaire.

- Parler affaire ? répéta Eileen, ne sachant visiblement plus du tout quoi penser. Que voulez-vous dire par là ?

Gardant le plus possible son calme face à cette femme, qui essayait clairement de cacher une nouvelle fois l'état lamentable de son époux, Severus sentit tout de même une certaine colère monter en lui :

- Je voudrais acheter cette maison, tout simplement.

- Elle n'est pas à vendre, j'en suis navrée ! Et puis je…

Elle avait répondu cela de façon cordiale mais elle fut interrompue par un cri. Cette fois, le sang du sombre sorcier ne fit qu'un tour en reconnaissant la voix d'une fillette : Cléo. Était-ce possible que Chris ait eu tort ? Sa petite sœur était elle aussi maltraitée finalement ?

Prêt à dégainer sa baguette face à l'inaction de la mère de l'enfant criant, il se sentit prêt à tuer ses parents indignes quand… quand une fille d'une dizaine d'années sortit en courant de la maison en éclatant de rire. Un homme aux cheveux noirs arriva juste après, courant derrière elle.

Il fallut quelques secondes à Severus pour reprendre ses esprits et constater ce qu'il se passait vraiment... Tobias Rogue était amusé et jouait avec sa fille ! Il courrait après cette dernière avec ce qui semblait être une tâche de peinture fraîche sur le visage et un pinceau dégoulinant à la main.

- Cléo, tu étais censée aidé ton père ! s'exclama Eileen en souriant tout de même.

- C'est lui qui a commencé m'man ! se défendit la jeune fille en montrant ses cheveux ébènes plein de peinture blanche.

- Tobias, c'est le mur que tu devais peindre tu sais ? demanda alors la mère de famille, faussement agacée et clairement amusée elle aussi.

Severus n'en revenait pas, c'était tout simplement impossible, c'était une autre galaxie ou une réalité parallèle, obligatoirement ! Ces trois personnes ne pouvaient pas être la famille Rogue. C'était impossible. Et pourtant, la voix grave et hélas bien familière de son géniteur ne l'y trompa pas :

- Bonjour monsieur, désolé pour cette entrée mouvementée ! Vous vouliez quelque chose ? interrogea-t-il avec curiosité en voyant l'homme devant chez lui.

- Ce monsieur voulait nous acheter la maison, mais j'ai déjà expliqué qu'elle n'était pas à vendre ! expliqua doucement Eileen qui serra Cléo dans ses bras.

- Oh je vois, en effet monsieur, désolé mais elle n'est pas à vendre et ne le sera jamais.

- Et pourquoi ça au juste ? ne put s'empêcher de demander Severus avec agacement.

- Car on attend que mon frère rentre à la maison ! s'écria d'un coup la petite voix de Cléo qui regarda avec des yeux noir l'homme qui voulait apparemment acheter sa maison.

Severus ouvrit grand les yeux et sentit son cœur battre terriblement fort et vite. Une fois de plus réveillé par un rêve dérangeant, le sombre sorcier soupira et se redressa dans son lit. Avoir retrouvé sa sœur ne lui avait visiblement pas permis de retrouver sa tranquillité d'esprit. Il avait pourtant presque réussi à oublier ces deux jours d'avril 1981… jusqu'à aujourd'hui.

Fatigué, il se souvint à contre cœur de la suite des événements de cette année-là. Suite à sa visite, Severus avait été ébranlé dans ses convictions. Bien sûr, il détestait toujours autant ses géniteurs, il les haïssait et ne voulait plus avoir affaire à eux… mais de là à les tuer ? Non, il n'en avait pas été capable, pas après avoir vu sa sœur, si jeune, si innocente. Sans parler des parents de cette fillette qui n'avaient plus rien à voir avec les abominations laxistes dont il se souvenait encore aujourd'hui.

Cependant, il avait reçu l'ordre de faire disparaître cette famille. Que pouvait-il faire ? L'idée même de désobéir à Line lui avait semblé suicidaire, puis, après réflexion, il avait fini par trouver la faille : disparaître restait un mot bien vague après tout !

Severus avait alors beaucoup réfléchi sur les diverses possibilités de disparition. La plupart lui semblait stupide, voir dangereuse, car Line ne devait jamais savoir que les Rogue étaient toujours en vie. Ils devaient donc partir loin et ne jamais revenir, mais comment les convaincre sans utiliser de sortilèges impardonnables ? Après tout, ces sorts finissaient par ne plus faire effet et cela risquait de faire se questionner ses victimes qui auraient pu revenir sur les lieux.

Ce fut à ce moment-là que l'excuse première qu'il avait donnée, pour faire sortir Tobias de chez lui, lui était revenu : Severus devait acheter la maison et les faire déménager hors du pays.

Cela avait pris du temps, mais il avait fini par convaincre les Rogue de vendre leur demeure et de partir vivre en France, même s'il aurait aimé que cela soit plus loin encore. Pour se faire, il avait dû jouer sur des cordes sensibles, jusqu'à ce qu'ils craquent et acceptent de céder leur bien et de déménager. Ainsi, il leur avait bien rappeler que leur fils était officiellement mort et qu'il ne rentrerait donc jamais chez eux. Après tout, ce n'était pas un mensonge en plus, l'ancien Severus avait péri dans un sens. Au final, après un long moment à parler, il avait même réussi à les convaincre que vivre dans un lieu plein de souvenirs ne les aiderait pas à avancer et que cela pouvait être néfaste pour le développement de leur fille…

Soupirant et se pinçant l'arête du nez, l'ancien espion constata avec effroi qu'en plus de ressasser une nouvelle fois son passé, sa main droite tremblait de nouveau. La journée s'annonçait plutôt mauvaise en somme.

La veille, il avait pourtant eu bon espoir que le fait d'avoir retrouvé Cléo soit plutôt positif. Cela était-il trop demandé que de vivre une vie tranquille, maintenant que ses dettes étaient payées et qu'il n'avait plus ni maîtres, ni missions ? Si en plus de Lestrange et de sa main, il devait maintenant aussi redouter les réminiscences de ses souvenirs blessants, sa vie allait être un enfer.

Finalement, peut-être que Chris avait raison sur toute la ligne. L'ancien espion était plus fragile mentalement qu'il ne le pensait et c'était réellement son cerveau qui refusait qu'il vive tranquillement, d'où ses problèmes de santé et de sommeil. Peut-être avait-il besoin d'aides psychiques plus que de rééducation physique… peut-être était-il plus traumatisé qu'il ne voulait le croire de prime à bord.

Non, clairement c'était trop difficile à avaler. Jamais il n'en parlerait avec son ami, cela aurait été avouer qu'il était faible, et Severus n'était pas un minable lâche ! C'était un battant qui avait plus de ressources que quiconque. Il se soignerait seul, à coup d'exercices de mobilité comme pour sa jambe, et avec rien d'autre ! De plus, s'il avait réussi à ne plus trembler hier, cela signifiait forcément qu'avec de l'exercice, il pourrait se guérir tout aussi bien.

Se levant avec détermination, il fonça jusqu'à sa salle de bain et se déshabilla avant de se mettre sous la douche. Il y resta un long moment et après s'être séché et avoir mis une serviette autour de sa taille, il s'installa devant son miroir et se prépara pour une nouvelle épreuve matinale : le rasage. Il rencontrait encore quelques difficultés pour l'utilisation de son rasoir avec sa main gauche, mais il n'allait pas passer son temps à demander de l'aide à Christian pour ce genre de chose après tout.

Se concentrant le plus possible, Severus commença donc à se raser. Après s'être coupé à trois reprises, il posa sa lame et se regarda dans la glace avec dépit :

- Par Salazar, et il me reste tout un côté à faire… Si je continue comme ça, je vais finir par ressembler à Remus !

Levant les yeux au ciel, comme dans une pseudo prière silencieuse pour qu'il cesse de lacérer son visage, il rattrapa son rasoir et reprit sa difficile tâche. Quand il eut enfin terminé pour de bon, ce fut au prix d'une dizaine de petites plaies qu'il soigna rapidement. Il le savait, il finirait par s'habituer à utiliser sa main gauche avant de récupérer l'emploi de la droite.

Le sombre sorcier retourna ensuite dans sa chambre et ouvrit sa penderie. Après avoir pris une chemise noire et un pantalon de la même couleur, il s'habilla et descendit prendre un petit déjeuner léger.

Il n'avait toujours pas un grand appétit, mais ce matin-là, une salade de fruit lui donna suffisamment faim pour qu'il s'en serve un bol.

Pendant son sommaire repas, un hibou vint toquer à sa fenêtre pour lui apporter la gazette du sorcier. Déposant les quelques noises que valait ce quotidien dans la bourse à la pâte du volatile, il attrapa le journal et retourna s'asseoir. En première page, une photo d'Albus et de Potter les montrait en train d'inaugurer la réouverture du célèbre bar 'les trois balais', qui avait été quasiment entièrement détruit lors de la bataille. Profitant de devoir repartir de zéro, la propriétaire, Madame Rosmerta, avait modernisé son établissement.

Puis à l'intérieur du journal lui-même, il découvrit que les restrictions de voyage étaient en pourparlers pour un assouplissement, ce qui ne faisait pas l'unanimité au sein de la communauté sorcière. Il y avait ensuite divers articles sur des sujets tout aussi divers, comme la future reprise des activités sportives ainsi que la liste des spectacles prévus au Royaume-Uni dans le monde sorcier, en passant par la migration tant attendue des 'trows' écossais.

Le restant de sa matinée fut consacré à des exercices tels que serrer une balle en mousse dans sa main, écrire le plus droit possible et finalement faire à manger à la moldu. C'était de toute façon une habitude qu'il avait prise depuis son Master en potion. Son maître instructeur n'avait eu de cesse de rabâcher :

"Préparer une potion, c'est comme préparer un bon plat. On ne peut être sûr que le résultat sera parfait qu'au prix d'un travail acharné avec ses dix doigts. Où 9, désolé monsieur Richardson ! Quoi qu'il en soit, rangez vos baguettes et soyez précis dans vos découpes, quelque que soit ce que vous préparez !"

Avec un rictus plutôt amusé aux lèvres, Severus commença à préparer une blanquette. Il n'avait toujours pas faim, mais couper des légumes et de la viande pour un plat était un exercice moins risqué que la fabrication d'une potion tue loup. Et puis, cela ferait peut-être taire Chris et ses conseils de nutrition incessants.

Ce dernier d'ailleurs arriva en fin d'après-midi, comme souvent. Après avoir fait un check up complet de son 'patient favori', il lui dit autour d'un thé froid et de cookies :

- En fait, tu dois réserver ton 30 août mon vieux !

- Hum... pourquoi ça au juste ?

- Parce qu'Alice veut que l'on se fasse une soirée tous ensemble avant que tu n'ailles à Poudlard.

- Ne me rejoint-elle pas là-bas le 3 septembre ?

- Si, mais sans son papounet chéri adoré ! Alors nous profiterons d'une sortie tous ensemble avant la rentrée. Et je t'interdis de grogner, je sais que tu aimes ce genre de soirée avec nous, et puis surtout, tu ne sais rien refuser à Alice.

- Parce que toi tu le peux ?

- Je lui ai bien interdit de fréquenter des garçons ou des filles de façon intime jusqu'à ses 45 ans ! ricana alors le père de famille, fière de sa blague.

Severus secoua la tête mais ne dit rien. Il était hors de question qu'il ne l'avoue (comme c'était étrange venant de lui) mais il était assez semblable à son ami, la joie de vivre en moins. La terreur des cachots était du genre à surveiller aussi les relations de sa filleule après tout, il le faisait juste plus discrètement ! En même temps, vu que les cornichons de cette époque étaient encore pires que ceux de la leur, c'était légitime non ? Quoi qu'il en fût, préférant changer de sujet, le sombre sorcier demanda :

- Et qu'allons-nous faire pendant cette soirée de fin de vacances ?

- Je suppose que nous ferons comme toujours. Un restaurant et un cinéma avant de finir par faire des âneries quelconques quelque part ! s'amusa à énumérer Christian en se remémorant clairement leur dernière sortie en date.

Cela remontait à plus de deux ans maintenant, avant l'attaque de Poudlard, à l'époque où Severus pouvait encore circuler sans trop de soucis dans les rues du pays. Quand l'espion pouvait encore prétexter une mission de la part d'Albus pour ne pas attirer les soupçons de Voldemort, contrairement à l'année précédente.

Severus se remémora à son tour cette journée, avec une légère nostalgie. Après un film et un repas, il était vrai qu'avec une Alice alors âgée de 13 ans seulement, ils avaient fait des 'âneries'. Ils étaient allés dans une salle d'arcade accolée à un bowling et même la terreur des cachots s'était surprise à s'amuser sur un jeu de rythme. Mais le comble de cette sortie fut quand Christian lança une boule de bowling trop haut, faisant tomber le faux plafond sur plusieurs pistes de la salle de ce sport moldu. Ce jour-là, loin de la guerre et de son rôle, l'espion avait réussi à s'enjailler légèrement et à se détendre. Ce qui ne lui était arrivé que rarement depuis ses 16 ans, et plus du tout arrivé après cette soirée.

- Bien, accorda alors Rogue avec un ton neutre, s'il le faut, je viendrai.

- Tu es si noble de te sacrifier de la sorte ! répondit Chris sur un ton faussement émerveillé, tout en mimant une pseudo révérence avec sa main.

Loin de se montrer vexé par ce comportement ironique, le sombre sorcier s'amusa silencieusement. Peu de chose pouvait égayer ce dernier, et encore moins de personne pouvait s'enorgueillir de réussir à le divertir de la sorte. En même temps, il ne côtoyait pas grand monde depuis des années, et il ne sortait pas beaucoup non plus. De plus, ses passions étaient peu nombreuses, voire inexistantes en dehors de la préparation des potions et de la lecture et ces deux passes temps n'étaient de toute évidence pas les activités les plus amusantes en soit.

Albus et Christian avaient plus d'une fois tenté de faire se dérider l'ancien espion, où justement le faire se rider par des expressions. Malgré tous leurs efforts, et même si leurs présences et leurs propositions de sorties l'avait plus d'une fois occupé agréablement, jamais Severus n'avait réussi à leur montrer un vrai sourire. Cela l'attristait d'ailleurs légèrement, ce constat étant bien amer au fond. Pourtant, les deux hommes l'acceptaient tel qu'il était, presque entièrement inexpressif, discret, solitaire et surtout, horriblement désagréable.

Il se savait chanceux d'avoir ces énergumènes dans sa vie. Une vie décousue et dépourvue de réels repères, tout du moins, avant que le jeune homme ne se reprenne en main. Une vie de servitude dans un sens, jusqu'à il y avait peu. C'était si étrange d'ailleurs. Il était enfin maître de ses propres actions, de ses propres envies.

Sur ce constat, Severus qui écoutait distraitement son ami eut un léger frisson qu'il ne sut comprendre : une sorte de mélange entre de l'inquiétude et de la joie. Il allait réellement devoir vivre par lui-même maintenant, et c'était à la fois beau et effrayant. Allait-il seulement pouvoir y arriver ? Il ne savait même pas ce que cela impliquait vraiment, mais une chose fut certaine, sa main se remit à trembler comme jamais, tant et si bien que le verre qu'il tenait se brisa au sol, le sortant alors de ses pensées et de son introspection.

OoOoOoOoOoOoOoO

Note :

Désolée pour le retard de chapitre, mais comme je le disais précédemment, il me manque un peu de motivation…

Enfin, je me suis boostée ce soir comme j'ai pu pour remettre en page ce chapitre et vous le fournir.

J'essaierai de mettre le prochain rapidement.

A « bientôt ».

Commentaires de Maze :

Un jour, quand le seigneur des ténèbres sera tombé, peut-être que le songe redeviendra doux, mais à quel prix ? (Tu parles il est toujours aussi grincheux et grognon le Severus même quand Voldemachin est mort) Hum, pas faux en effet !

Soupirant et se pinçant l'arête du nez (Oh ohhhh un chapitre avec un pinçage d'arête du nez, j'espère que tu vas continuer sur cette moyenne) Je m'y atèle au mieux ^^

Je lui ai bien interdit de fréquenter des garçons ou des filles de façon intime jusqu'à ses 45 ans ! ricana alors le père de famille, fière de sa blague. (Elle va finir vieille fille avec un chat!) Ou plusieurs chats…