Bonjour !

Voilà un chapitre où il se passe pas mal de choses. On recoupe avec l'histoire précédente, Sopor, donc pour celles et ceux qui ne l'ont pas lue, elle est rapidement résumée dans le chapitre ce qui vous permettra de vous situer peut-être un peu mieux.

J'ai doublé la longueur à peu près et je pense rester sur cette taille de chapitre jusqu'à la fin.
Je me laisse un peu de temps pour le prochain parce qu'il y a les fêtes et parce que je suis un peu submergée par les projets, mais il est déjà écrit dans ma tête donc je m'en occupe dès que possible.

(Emma Stina dans le chapitre tient son nom d'Anna Stina, un personnage du polar suédois 1793 de Niklas Natt och Dag que je vous conseille avec beaucoup d'insistance!)

J'espère que ce chapitre va vous plaire et je vous souhaite de joyeuses fêtes !
Bonne lecture !


Harry et Drago arrivèrent à Sainte Mangouste où l'Auror Wilson et ses deux autres collègues avaient été envoyés immédiatement. Ils se dirigèrent tous les cinq vers l'accueil, dessinant sur leur route une traînée de murmures stupéfaits et craintifs à la vue de la capture du dernier des Malfoy. Drago suivait, boitant toujours un peu à cause de son genou qui le faisait souffrir. Il n'avait pas eu le temps de prendre de potion anti-douleur avant d'être expulsé subitement de l'appartement d'Hermione.

Il pensa à elle. Allait-elle lui en vouloir de ne rien lui avoir dit ? De l'avoir incluse sans son accord dans les conditions de sa reddition ? Elle avait l'air tellement perdue quand Harry était arrivé, triste aussi. Drago se dit que peut-être, elle tenait vraiment à lui, plus que comme un patient dont elle prenait illégalement soin chez elle. Plus que comme un Mangemort en fuite.

« Bonjour. Le directeur des Aurors Podmore a dû vous prévenir que nous amenions ici Drago Malfoy dans l'attente de son procès selon des conditions préétablies pour un examen médical et une prise en charge complète.

La voix autoritaire d'Harry le sortit de ses pensées. Drago regarda autour de lui : l'infirmière le dardait d'un œil aussi méfiant que méprisant, les gens s'étaient peu à peu regroupés autour d'eux avec une curiosité maladive dans le regard.

– En effet, répondit l'infirmière qui trouvait la procédure trop peu conventionnelle. Je vais vous demander de suivre ma collègue. »

Elle indiqua une autre femme qui n'avait nullement envie de les conduire où que ce fut, mais qui se plia à la demande sans broncher. Dans un silence de plomb, Harry, Drago, Wilson et les deux autres se frayèrent un chemin parmi les visiteurs et patients, montant d'étage en couloirs, jusqu'à arriver à une section à l'accès restreint. Ils passèrent la porte qui délimitait les chambres réservées aux criminels ayant besoin de soin du reste de l'hôpital portant une large pancarte à faire fuir les plus téméraires.

« Voilà la chambre pour Monsieur Malfoy. »

Et l'infirmière s'en alla aussi vite qu'elle était arrivée.

« Wilson, je te le confie, déclara Harry en poussant la porte de la chambre et en traînant Drago à l'intérieur.

Ledit Wilson commença à donner des instructions à ses hommes alors que Harry se retournait vers Drago qu'il avait lâché et qui s'était éloigné de quelques mètres de lui.

– Tu n'auras que ce que tu mérites, Malfoy, siffla l'Auror.

Drago le toisa d'un regard glacial et noir comme il les avait si souvent eus par le passé. Puis son regard redevint inexpressif, à peine soucieux pour quiconque savait déchiffrer ses traits.

– Ne lui en veux pas trop. »

Il avait parlé sur un ton égal, comme si ça ne le touchait pas vraiment. Harry savait parfaitement de qui il parlait et se détourna d'un pas vif sans plus lui prêter d'attention. Sauf que ça le touchait, Drago, de penser à ce qui allait se passer pour Hermione. De la sentir si triste d'avoir brisé quelque chose avec son meilleur ami. Pour lui. Il ne comprenait pas pourquoi elle était revenue ce jour-là, dans cette forêt d'Écosse où il avait cru mourir, pourquoi elle l'avait sauvé. Ils étaient quittes pourtant, elle avait payé sa dette envers lui et ils n'étaient plus censés se revoir. Maintenant, la seule chose qu'il attendait, c'était de la voir passer cette porte pour s'occuper de lui.

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Hermione avait l'impression d'être restée là des heures, assise sur son canapé, immobile. Elle avait vaguement lancé un sort pour stopper le désastre culinaire qui se produisait dans la cuisine et n'avait plus bougé depuis. Elle pensait à Harry, à ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire. Et à toutes les répercussions que ses actions allaient avoir. Allait-elle être condamnée pour avoir caché un fugitif ? Allait-elle perdre son travail ? Et qu'allait devenir Drago ? S'il était condamné à aller à Azkaban, elle ne voulait pas imaginer pour combien de temps. Il était si jeune.

Elle repensa au jour où il lui avait demandé si l'estomac pouvait se digérer lui-même à force d'être vide. Elle avait ri devant l'innocence de sa question ; elle aurait tant voulu passer encore des heures à le rassurer et à lui dire qu'il était bel et bien vivant et en sécurité.

Harry transplana dans son salon au bout de ce qui lui sembla être une éternité. Il n'était en réalité passée qu'une maigre vingtaine de minutes. Hermione n'osa pas lever les yeux vers lui. Le silence s'installa, lourd, honteux, incompréhensible. Encore hier, il leur semblait qu'ils se disaient tout, qu'ils se confiaient les moindres secrets, les moindres inquiétudes. Où était passé ce temps soudain si lointain de la confiance ?

Harry se répéta intérieurement les mots de Malfoy. « Ne lui en veux pas trop. ». Il n'était pas en colère contre Hermione, mais il se sentait trahi. Ils étaient comme le frère et la sœur qu'ils n'avaient jamais eus, soudés face à toutes les épreuves. Et parmi tout le monde sorcier, il avait fallu que ce soit Drago Malfoy qui s'impose entre eux. Ils étaient censés le haïr autant l'un que l'autre. Harry ne comprenait pas comment ils en étaient arrivés là.

« Je suis désolée, murmura Hermione dans un souffle de voix si bas qu'il sembla s'éteindre à peine après avoir franchi ses lèvres.

Harry amorça un mouvement, contournant le canapé où elle était assise. Il voulait s'asseoir, mais il ne pouvait pas se résoudre à calmer les nerfs qui tendaient tout son corps.

– Je ne comprends pas, Hermione. Qu'est-ce qu'il t'a pris ? Pourquoi ?

Hermione soupira en enfermant son visage entre ses mains. La culpabilité la rongeait comme de l'acide et brûlait son cœur. Harry s'assit sur la table basse, finalement las, puis se releva, incapable de se décider.

– Malfoy a exigé que tu sois en charge de son examen médical et de son suivi à Sainte-Mangouste, déclara le brun alors que sa meilleure amie relevait ses yeux déroutés par l'annonce. Et ça me sidère. Parce que je ne comprends pas comment lui, Malfoy, peut demander ça. Pourquoi toi ?

– Je suis désolée de ne t'avoir rien dit. Je ne savais pas quoi faire et en même temps, je n'arrivais pas à le laisser tomber, dit Hermione la gorge serrée.

– Mais explique-moi ! s'impatienta Harry. C'est Malfoy, par Merlin ! C'est un…

– Je sais ! le coupa la brune qui n'avait plus du tout envie d'entendre ce mot terrible associé à Drago. Je vais t'expliquer, mais s'il-te-plaît…

Elle marqua une pause, cherchant à contrôler les tremolos dans sa voix.

– Ne me déteste pas, souffla-t-elle.

Harry fronça les sourcils. Elle commençait à sérieusement lui faire peur et il appréhendait maintenant d'entendre ce qu'elle allait lui dire. Il s'assit finalement et attendit qu'elle parle.

– Tout a commencé à Ilfracombe, débuta Hermione. La fois où les Mangemorts ont découvert la planque et ont fait sauter la grotte. Comme je te l'ai dit, Malfoy était là, sous les décombres, et il m'a trouvé. Je l'ai envoyé promener, parce que je ne voulais pas le voir, mais je n'étais pas capable de bouger et j'allais certainement mourir écrasée sous ces rochers sans son aide. Il m'a dégagé, m'a rendu ma baguette et il m'a porté à l'extérieur. Sauf que depuis ce jour-là, j'avais une dette envers lui.

Harry assimila les mots, enregistrant les informations que son cerveau traitait petit à petit pour reconstituer les événements.

– Mais les choses se sont compliquées après, reprit Hermione en fermant brièvement les yeux. J'ai commencé à faire des rêves étranges. On se faisait attaquer au Square Grimmaurd et je me retrouvais dans les cachots du manoir Malfoy. Ça a duré des mois entiers pendant lesquels je m'endormais et je me réveillais là-bas, parfaitement guérie mais incapable de comprendre ce qui m'arrivait. Malfoy a commencé à venir me voir. On a parlé autant qu'on s'est disputés. Et j'ai fini par ne plus savoir quand je rêvais et quand j'étais réveillée. Je vous voyais au Square, toi, Ginny, Molly, et je le voyais dans les cachots du manoir, sans savoir si c'était lui ou vous, ma réalité.

Harry écoutait et semblait de plus en plus perdu dans ce flot de paroles qui lui apprenait des mois et des mois de vie, qui éclairaient des zones d'ombre et qui assombrissaient d'autres choses.

– Mais…, intervint-il. Comment est-ce que tu as fait pour savoir ?

– J'ai cru que je n'y arriverais jamais, avoua Hermione. Un jour, j'ai essayé de m'enfuir des cachots et tous les Mangemorts du manoir se sont mis à ma poursuite. Mais Malfoy m'a retrouvé avant et il m'a dit que je ne me rendais pas compte, que si j'étais morte à ce moment-là, j'aurais disparu.

– Il savait que tu rêvais ? s'étonna Harry qui ne comprenait plus grand-chose. Mais comment pouvait-il avoir conscience d'être dans ton rêve ?

– Je ne sais pas, admit Hermione, dépitée. Je n'ai toujours pas compris et pourtant, j'ai lu des centaines de livres depuis que c'est arrivé. Toujours est-il qu'à ce moment-là, j'ai compris que c'était lui, mon rêve, parce qu'il semblait effrayé à l'idée que je disparaisse. Alors j'ai décidé de mourir. Parce que ça semblait être la seule solution. J'avais peur de m'endormir, j'avais l'impression de devenir folle.

– Tu es… morte ?

Harry ne savait que trop bien la sensation que cela faisait de mourir. Il l'avait déjà vécu et il se sentait profondément désolé que sa meilleure amie ait dû vivre la même chose, même en rêve.

– Et je me suis réveillée au Square Grimmaurd, les jambes en bouillie, avec mes amis à mon chevet, répondit Hermione. Et c'était le meilleur sentiment du monde. J'ai arrêté de faire ces rêves bizarres et je n'ai pas revu Malfoy jusqu'à la bataille dans l'Allée des Embrumes, plus d'un an après. J'avais une dette envers lui, il m'avait sauvé la vie. Alors quand je suis tombée suis lui dans le bunker…

Hermione hésita à poursuivre. Elle avait l'impression que plus elle parlait, plus elle agrandissait le vide qui la séparait d'Harry. Mais elle devait tout lui dire, c'était la moindre des choses.

– Je lui ai lancé un sortilège de désillusion pour qu'il puisse s'enfuir même si on gagnait la guerre, avoua-t-elle en baissant les yeux.

Le silence remplaça sa voix et elle attendit. Mais aucun cri, aucun reproche ne tomba. Alors qu'elle poursuivit dans un soupir.

– Il a disparu comme tu le sais pendant trois mois, jusqu'à ce que tu viennes me dire que vous aviez appris sa présence dans un village moldu où il avait perdu sa baguette. C'est pour ça que j'ai insisté pour venir en mission. Sauf que je ne l'ai pas trouvé, enfin, pas tout de suite. J'y suis retournée le soir et il était là, dans une espèce de ruine sans toit, en train d'agoniser. Il s'était fait une fracture ouverte au niveau du genou sans parler de son état de santé général proche du mort-vivant.

– Mais pourquoi ne l'as-tu pas ramené à Sainte-Mangouste ? interrogea Harry, désemparé par tout son récit.

– Je ne sais pas vraiment, soupira Hermione. Je crois que j'avais peur qu'il atterrisse à Azkaban dans cet état et qu'il y reste. Ou bien j'avais l'impression de lui être encore redevable. Et par-dessus tout, je voulais comprendre. Parce qu'il m'en a reparlé, Harry. Des rêves. Je ne sais pas comment c'est possible, je ne sais pas pourquoi, mais il les vivait aussi ! Il était au manoir et il vivait mes rêves en même temps que moi. Les discussions, les disputes, la fuite, tout ça. Et il a essayé de me sauver, d'une certaine façon.

– Tu rigoles ? s'exclama Harry en haussant les sourcils. Il a essayé de te garder dans cet état léthargique alors que tu étais mortellement blessée dans la vraie vie.

– Peu importe, éluda Hermione. Après ça, il est resté une semaine chez moi pendant laquelle j'ai fait tout ce que j'ai pu pour le maintenir en vie et le soigner. Mais je savais qu'un jour, il allait falloir qu'il aille à Sainte-Mangouste. Je voulais simplement m'y préparer. Mais il en a décidé autrement.

Harry ne répondit rien. Il se contenta de constater la montagne de choses qu'il ignorait et qu'Hermione avait gardée pour elle sans savoir quoi penser. Il était tiraillé entre son rôle d'Auror et sa place de meilleur ami. Hermione avait transgressé la loi et elle risquait gros, surtout quand il s'agissait d'un Mangemort, mais il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à la dénoncer au Ministère et à la conduire devant le Magenmagot. Il fallait qu'ils trouvent une solution pour que les choses ne se passent pas ainsi.

– Harry ?

– Quoi ?

– Je ne sais pas, tu ne dis rien depuis un moment, fit la jeune femme.

– Je réfléchissais.

– Harry… Vraiment, je suis désolée.

Le brun se leva, passant une main dans ses cheveux en bataille.

– Tu seras prévenue quand tu pourras entrer dans sa chambre, déclara-t-il sur un ton professionnel. Je suppose qu'à part nous trois, personne n'est au courant de ce que tu viens de me dire.

Hermione acquiesça.

– Je serai certainement en charge de montrer le dossier du procès contre Malfoy, continua Harry. Pour le moment, les choses resteront comme ça. Ensuite, on verra.

Hermione hocha la tête à nouveau et se leva à son tour.

– Par rapport au procès, dit-elle, hésitante. Je t'avais dit que je souhaitais témoigner pour les événements d'Ilfracombe, quand il m'a sauvé la vie.

Le regard qu'Harry lui lança fit tomber un nouveau poids dans son estomac. Cette fois, Hermione eut vraiment l'impression d'avoir creusé un réel gouffre entre eux.

– Soit, lâcha-t-il sèchement. Mais si j'estime que c'est nécessaire, il faudra que toute votre histoire soit incluse au dossier et tu sais ce que ça signifie.

Hermione ne dit rien. C'était totalement rhétorique et elle ne pouvait pas empêcher Harry d'être amer.

– Je retourne au Ministère. »

Il lui fit un vague signe de la main et transplana. Hermione soupira et constata qu'il était presque une heure de l'après-midi et qu'elle allait devoir retourner travailler à Sainte-Mangouste également. Elle se rendit compte également qu'elle avait vraiment faim, mais son estomac lourd ne lui donnait pas tellement envie de manger alors elle se contenta d'une pomme et emballa quelques sablés dans un tissu pour la pause.

Quelques minutes plus tard, elle se dirigeait vers le bureau du médicomage en chef Brook en quête d'informations sur leur nouveau patient.

« Ce n'est pas très commun d'avoir ce genre de demande, remarqua l'homme à propos des soins que Drago exigeit de la part d'Hermione alors que la discussion avait débuté depuis plusieurs minutes. Monsieur Malfoy a certainement cherché à se rapprocher d'une ancienne connaissance pour se sentir en sécurité ici.

Hermione hocha vaguement la tête, ne cherchant en aucun cas à détromper son supérieur.

– Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un patient en détention et vous connaissez les règles, reprit le médicomage. En attendant que le Ministère autorise les visites, vous vous occuperez de vos autres patients. Dès que ce sera possible, vous procéderez à l'examen réglementaire complet de Monsieur Malfoy dont vous transmettrez une copie au Département de la Justice magique et selon vos remarques, nous aviserons de la nécessité au non de mettre en place des soins.

Hermione acquiesça encore et se retint de faire remarquer que vu l'état de Drago, des soins étaient nécessaires sans aucun doute possible. Elle avait décidé qu'elle ferait comme si elle ne l'avait pas vu depuis la guerre et que ce serait plus simple comme cela.

– Une dernière chose, fit Brook. Vous superviserez la chose, mais je vous assigne la médicomage Stina pour les examens de Monsieur Malfoy. Que ça lui plaise ou non, vous n'avez pas les habilitations requises au sein de cet hôpital pour vous occuper d'un criminel de son acabit seule. Vous avez des questions ?

– Non, tout est clair, répondit Hermione.

– Bien. Je vous laisse retourner travailler alors. »

Hermione se leva et quitta le bureau, réajustant sa blouse verte avant de passer à l'accueil de sa section pour récupérer les dossiers des patients à sa charge. Elle se plongea dans ses tâches autant que possible, mais ne pouvait s'empêcher de guetter l'heure dans l'attente de pouvoir retrouver Drago. Mais rien ne se passa ce jour-là et elle dut se résoudre à rentrer chez elle sans l'avoir revu.

Le vide que l'ancien Serpentard avait laissé en quittant l'appartement semblait bien plus important maintenant que la nuit était tombée et qu'Hermione rentrait seule de Sainte-Mangouste. Le canapé défait, la vaisselle sortie, le verre sur la table basse. Tout lui rappelait que Drago n'était plus là et une étrange sensation de manque s'installa en elle. Leurs discussions lui manquaient, leurs silences, leurs disputes aussi même si elles s'étaient faites rares avec le temps. Sa présence et plus particulièrement la présence d'un homme dans son quotidien lui manquait, même si cela lui parut étrange de s'en rendre compte en pensant à Drago.

Dans sa chambre d'hôpital, le blond était arrivé à des conclusions similaires. Il s'ennuyait ferme depuis midi et quelques lorsqu'il avait été amené là. Le petit hublot encastré dans la fenêtre ne lui permettait pas de voir grand-chose dans le couloir. Il percevait à peine les mouvements derrière sa porte qui constituaient presque uniquement les changements de garde des Aurors. En dehors de cela, rien ne se passait et il n'y avait même pas de fenêtre pour qu'il puisse porter son attention à l'extérieur. La seule chose qu'il attendait, c'était qu'Hermione passe cette porte et soit présente à ses côtés.

Mais plus il y pensait, plus il redoutait ce moment. Peut-être qu'elle allait lui en vouloir d'avoir agi dans son dos ; d'avoir causé tant d'ennuis avec Potter. Peut-être qu'elle allait refuser de s'occuper de ses soins et même si cela faisait partie de ses conditions, il n'était plus vraiment en mesure d'exiger quoi que ce fût. Il s'endormit le cœur lourd dans ce lit qui n'avait rien à voir avec un canapé et il aurait tout donné pour retourner dans cet appartement délavé et minuscule où il se sentait bien. Il réalisa soudainement qu'il était triste de ne pas s'endormir à quelques mètres d'Hermione et de savoir qu'elle ne serait pas là le lendemain matin à s'affoler pour ne pas être en retard au travail. Il était devenu ledit travail et il n'aurait plus l'occasion de profiter de sa présence juste pour lui.

Drago Malfoy était triste parce qu'Hermione lui manquait et il se rendait compte qu'il regrettait plus que tout au monde d'avoir envoyé cette lettre au Ministère. Mais c'était trop tard.

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Le cœur battant la chamade, Hermione récupéra le dossier de Drago Malfoy fraîchement créé le matin même et passa la porte de la section réservée aux patients sous l'autorité du Ministère. Dans son dos, elle sentait la présente de la médicomage qui l'accompagnait. Elle aurait donné beaucoup pour pouvoir entrer dans cette chambre toute seule et parler à Drago sans personne pour écouter.

« Médicomages Stina et Granger, dit-elle aux Aurors qui gardaient la porte. »

Les deux hommes hochèrent la tête et les laissèrent entrer.

Drago était assis sur son lit, les jambes croisées, le regard plongé dans ses mains. Quand il entendit la porte s'ouvrit, il se redressa et voulut se précipiter sur elle quand il vit Hermione apparaître. Mais le mouvement brusque lui tira une grimace de douleur et l'arrivée de la deuxième médicomage lui tira une grimace de mécontentement. Il voulait voir Hermione, seulement elle, lui dire qu'il était désolé et qu'il regrettait. Lui demander de trouver une solution pour qu'il sorte de cet endroit et qu'ils disparaissent tous les deux. Alors qu'il partait déjà très loin dans ses pensées, la voix de la jeune femme le ramena sur terre brutalement ; son ton professionnel était neutre, sans émotion.

« Monsieur Malfoy, je suis la médicomage Hermione Granger, voici ma collègue Emma Stina. Nous allons procéder à votre examen médical complet selon les règles établies par le Département de la Justice magique. Je vous demande donc de coopérer pour que nous puissions faire notre travail correctement.

Drago resta immobile sur le bord de son lit, figé par cette attitude qui le dépassait. Il était rongé par les questionnements, par ses sentiments contradictoires et en face de lui, il avait l'impression d'avoir une étrangère qui ne ressentait pas un dixième de ce qu'il vivait. Son absence de réponse incita les deux jeunes femmes à se rapprocher.

– Levez-vous, fit Emma Stina.

Il s'exécuta, cherchant le regard d'Hermione qui refusait de se poser sur son visage. L'autre médicomage commença à lancer sur lui divers sortilèges qui le transperçaient tantôt en une vague froide, tantôt une vague chaude et s'échappaient en de fins nuages de couleurs qui s'en allaient se fixer en notes médicales sur un parchemin. Hermione le tenait dans ses mains à l'intérieur du dossier et constatait avec effarement les données qui s'enregistraient au fur et à mesure. Plus l'examen passait, plus elle se disait qu'elle n'aurait jamais dû le garder chez elle une semaine alors qu'elle était incapable de le soigner convenablement.

– Je vais vous demander de retirer votre haut et votre pantalon, annonça Stina en brisant le silence qui durait depuis de longues minutes.

Drago jeta un regard à Hermione, mais encore une fois, elle garda ses yeux résolument fixés sur le rapport médical. Alors il s'exécuta docilement, en silence, et se tint droit le plus fièrement qu'il le put. Emma Stina marmonna quelques mots de stupeur en prenant conscience de sa maigreur extrême et poursuivit l'examen. Mais Drago ne fit plus attention à elle parce qu'il avait vu les yeux d'Hermione se lever timidement pour l'observer. Et il sentit un mélange de soulagement et de contentement le traverser quand il aperçut la légère rougeur prendre possession de ses joues. C'était la deuxième fois qu'elle le voyait en boxer et si la médicomage Stina l'avait regardé avec un œil professionnel, Hermione ne pouvait vraisemblablement pas s'empêcher de le voir avec son œil à elle.

– C'est bon pour nous, déclara la médicomage. Vous pouvez vous rhabiller. Vous avez bénéficié de soins magiques il y a peu de temps, mais il nous a été rapporté que vous n'aviez pas votre baguette. Pouvez-vous expliquer où vous avez été soigné ?

Drago s'arrêta alors qu'il bouclait sa ceinture et fit passer son regard d'Emma à Hermione. Cette dernière ne le regardait déjà plus, mais il put percevoir son trouble. Il ne répondit rien pendant un instant, hésitant entre créer un mensonge ou dire tout simplement la vérité. Après tout, Hermione n'avait plus vraiment l'air de se préoccuper de ce qui pouvait bien lui arriver alors il ne lui devait rien. Mais son cœur le blâma pour avoir pensé cela et il reposa ses yeux sur la femme qui avait parlé.

– Je croyais que vous étiez médicomage, pas Auror. Je ne répondrai pas à vos questions quelles qu'elles soient, lâcha-t-il sèchement. »

La médicomage lui adressa un regard noir et se retourna pour partir, suivie de près par Hermione. Drago les regarda s'éloigner avec un sentiment d'impuissance totale. Par Salazar, pourquoi l'ignorait-elle désormais ? Dans un élan un peu désespéré, il appela son nom alors qu'elle s'apprêtait à passer la porte. Hermione s'arrêta et tourna un peu la tête de sorte qu'il put voir son profil regarder le sol. Elle ouvrit à peine la main qui tenait le dossier et un bout de parchemin roulé très fin s'en échappa. L'instant d'après, elle avait fermé la porte et disparu.

Drago se précipita pour récupérer le minuscule rouleau et s'éloigna à nouveau de la porte. Il le déroula et lut rapidement les quelques mots qui étaient dessus.

Je ne peux pas te voir seule. On ne se connaît pas. Je vais trouver une solution.

Le poids qui semblait s'être abattu sur lui se dissipa doucement alors qu'il relisait les lignes écrites à la hâte. Il comprenait son attitude désormais et se sentait soulagé. Mais pourquoi en pouvait-elle pas le voir seule ? Il n'en savait rien, mais il se sentit plutôt serein car il savait qu'elle allait trouver un moyen de le faire néanmoins. Il était quand même un peu déçu. Il avait espéré qu'en demandant qu'elle se charge des soins, ils auraient pu se voir plus souvent. Mais cela ne semblait pas être prévu. Il ignorait ce qui allait advenir de lui maintenant. Les médicomages allaient certainement guérir son genou en un rond de baguette et il allait finir devant le Magenmagot avec un aller simple pour Azkaban.

Cette pensée lui glaça le sang. Quelques mois plus tôt, il aurait peut-être été capable d'accepter ce sort difficile mais juste. Désormais, il n'en voulait plus. Il voulait pouvoir vivre libre de faire ce qu'il voulait, de voir qui il voulait. Il avait peur de cette prison, peur de voir son père et ce qu'il était devenu. Il avait peur et pendant toute la matinée, il pensa qu'il n'y avait aucun espoir pour lui d'échapper à Azkaban parce qu'il avait commis trop de crimes, trop de méfaits, pour que le nouveau Ministère le laisse s'en tirer. Son père avait été condamné à vingt ans, il n'y survivrait certainement pas. Quand il songea à rester enfermé seulement deux ans, Drago sentit l'angoisse le submerger.

Mais toutes ses pensées noires disparurent soudainement quand la porte s'ouvrit à nouveau. Il brava la douleur pour se lever d'un bon sans aucune hésitation et s'avança en boitant vers la personne qui venait d'entrer. Alors qu'il avait cru ne jamais pouvoir la revoir, il n'avait jamais été aussi heureux de voir le visage de sa mère.