Ça n'était pas censé arriver.
Ça n'était pas censé être ainsi.
La journée de Severus avait commencé comme toutes les autres, en suivant sa routine habituelle.
Levé à sept heures précises, il s'était rendu directement sous la douche, laissant l'eau chaude chasser les dernières traces de sommeil de ses muscles avant de faire sa toilette, prenant le temps de mettre en place ses barrières d'occlumencie au passage.
Après vingt-cinq minutes sous l'eau chaude, il était ressorti de la cabine, plus réveillé, et s'était approché du lavabo pour observer son reflet un instant. Il avait ensuite attrapé son rasoir et avait entrepris d'enlever le peu de poils qui couvrait parfois ses joues creuses, avant de se rincer le visage.
Ceci étant fait, il avait alors tranquillement brossé ses dents et ses cheveux avant de recouvrir ceux-ci de leur lotion protectrice habituelle. Il ne désirait pas devenir chauve à seulement trente ans comme certains de ses collègues.
Sa routine de salle de bain terminée, il était retourné dans ses appartements pour enfiler l'une de ses nombreuses robes de potioniste qui composaient essentiellement sa garde-robe, au grand dam de son ami Lucius.
C'était une routine simple, mécanique. Il ne l'avait jamais changé en dix ans d'enseignement et elle constituait son seul repaire de normalité dans sa vie au château.
Car si l'école avait la réputation d'être l'endroit le plus sûr d'Angleterre, le jeune professeur savait depuis longtemps qu'elle était loin d'être méritée.
Entre les créatures magiques venant de la forêt interdite, l'esprit frappeur Peeves, l'histoire millénaire du château et ses recoins encore inconnus et dangereux, peu importe ce que pensait Dumbledore...
Sans oublier les près de neuf cents adolescents bourrés d'hormones, armés de baguettes magiques et aux cerveaux sous-développés pour au moins un quart d'entre eux...
Tout cela réuni au même endroit vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant presque dix mois chaque année... Le seul résultat possible ne tenait qu'en sept lettres : le chaos.
Ainsi, en oubliant les nombreux accidents de balais et les dizaines d'explosions de chaudron qu'il empêchait chaque jour, Severus Snape avait déjà eu affaires à tout un tas de situations loufoques et potentiellement dangereuses durant sa carrière.
Entre autres : un duel d'honneur entre un centaure et un Gryffondor (l'imbécile aurait prétendu être meilleur tireur à l'arc que le mi-homme et avait volé la proie de fiançailles de ce dernier), une guerre de territoire entre les maisons (certains élèves interdisaient l'accès de la bibliothèque ou du parc aux élèves des autres maisons, organisant mêmes des duels de reconquêtes.
Il avait fallu plusieurs mois d'heures de colle et des menaces de renvois temporaires pour stopper le conflit).
Mais le plus bizarre restait de loin les fiançailles accidentelles d'un Poufsouffle avec l'une des sirènes du lac (lui et son épouse étaient plutôt heureux au final, bien que le potioniste ne comprenne toujours pas comment il supportait l'odeur de poisson... L'amour rend fou).
Toutefois, il devait admettre que, s'il n'était pas mauvaise langue, les rumeurs n'étaient pas entièrement fausses ; le château était effectivement protégé de tout danger venant de l'extérieur.
Cela se révélait fort appréciable quand il y avait déjà beaucoup trop d'événements incontrôlables à l'intérieur même des murs pour devoir s'inquiéter du reste du monde.
Severus n'avait que trente ans mais il avait déjà l'impression d'en avoir quarante de plus.
Au moins, son mois de juillet lui permettait de se reposer, mais il regrettait déjà l'arrivée du mois d'août.
Ce qu'il pouvait détester le mois d'août.
Comme pour le reste de ses collègues, c'était le mois ou chaque professeur avait la charge d'aller dans les familles moldues dont l'enfant possédait des talents magiques et de les guider aux mieux.
Traduisez : un mois entier de nés-moldus surexcités venant d'apprendre l'existence de la magie, faire preuve de tact et de patience envers des parents méfiants et septiques, parfois agressifs, tout en essayant de les rassurer, et répondre à un tas de questions basiques et répétitives sur le monde magique et l'école.
Ô joie.
Heureusement le hasard, et peut-être un pari un peu arrosé absolument non prémédité avec Filius, lui avait permis de dégager un dernier jour de congé salvateur.
Par le plus grand des hasards également, il avait justement plusieurs courses à faire ce jour-là : son bocal de sangsues était presque vide et l'un de ses fournisseurs habituels avait apparemment reçu une importante quantité de peaux de serpents de Thèbes. Le potioniste espérait en tirer un bon prix.
Ainsi, il avait quitté le château un peu plus tôt, à huit heures moins le quart, pour se rendre au Chaudron baveur et y profiter d'un bon petit déjeuner avant d'aller s'occuper de ses affaires.
Comme l'on pouvait s'y attendre en ce milieu de période estivale, le pub était bondé, si bien qu'il dû chercher un moment avant d'enfin trouver une table de libre dans l'une des alcôves, un peu en retrait.
Son petit déjeuner traditionnel British commandé, il avait sorti une revue de potions pour patienter.
Il prenait rarement de véritable jour de congé, passant la plupart de son temps libre sur ses expériences et penché sur un chaudron plutôt que de véritablement se reposer.
D'aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours voulu devenir chercheur : faire des expériences, développer ses connaissances et mettre son talent au service de la science.
Mais cette perspective d'avenir avait été compromise il y a un peu moins de quinze ans.
Ce n'est pas qu'il haïssait enseigner, il prenait même son rôle d'enseignant très à cœur. Il veillait sur chacun de ses élèves en mettant un point d'honneur à les protéger de leurs propres bêtises, tout en essayant de faire rentrer quelque chose d'utile dans leurs crânes épais.
Ça ne l'empêchait pas d'aspirer à plus.
Snape savait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même pour ses erreurs passées, mais cela lui laissait tout de même un goût amer dans la bouche quand il pensait à ce qu'aurait pu être son avenir s'il n'avait pas accepté l'invitation de Lucius ce jour-là.
Qu'aurait été sa vie ? Plus jeune maître potioniste d'Angleterre, auteur de plusieurs articles dans l'hebdomadaire « Le quotidien du potioniste » durant ses années à Poudlard, récompensé par de nombreux prix pour ses recherches, prix qui lui avaient été retirés après son procès malgré la décision du jury...
Le professeur aimait se dire qu'il serait sans doute devenu un des plus grands maîtres dans sa matière, mettant son nom sur de grandes avancées et vivant de sa passion.
Certes, il y avait une certaine fierté dans le fait d'enseigner, mais ce sentiment était bien fade en comparaison de ses ambitions.
-Votre commande monsieur.-
La serveuse déposa l'assiette remplie d'œuf et de saucisses devant lui, ainsi que la note, puis repartit servir les clients de plus en plus nombreux et obligeant la plupart d'entre-eux à rester debout pour consommer leur commande.
Reposant sa revue, Severus prit le temps de savourer son petit déjeuner typiquement anglais tout en vérifiant l'heure de temps en temps.
Il venait de finir son assiette quand la porte côté moldu laissa passer la carrure massive de Hagrid, suivit d'une silhouette plus petite, enfantine, qui semblait vouloir disparaître dans les plis de la chose que le géant appelait un manteau.
Depuis son siège, le professeur ne voyait pas très bien l'enfant mais pouvait, à sa petite taille, lui donner entre neuf et dix ans au moins.
Qui était l'imbécile qui avait confié un jeune enfant à la charge du géant maladroit ?
Plusieurs personnes dans la salle saluèrent le géant, visiblement habitués des lieux. Ça n'étonnait même pas le potioniste, connaissant son passif.
Le barman accueillit le grand imbécile avec un large sourire, oubliant presque les clients qu'il était en train de servir.
- La même chose que d'habitude Hagrid ?-
- Désolé Tom, je suis en mission pour Poudlard.-
Le géant donna une tape sur l'épaule de l'enfant qui, forcément, vacilla sous la force incontrôlable du géant.
Le garçon était toujours dos à Severus, mais il en avait maintenant une meilleure vue.
Il put alors apercevoir des cheveux noirs en bataille caractéristiques qui l'emplirent d'un affreux doute.
Celui-ci fut confirmé quand l'aubergiste se mit à dévisager le garçon.
-Par Merlin... est-ce que c'est...est-ce que c'est vraiment...-
La pièce fut soudain silencieuse, tous les regards tournés sur le gosse qui gardait obstinément les yeux rivés vers le sol.
- Par le ciel mais oui ! C'est Harry Potter ! Quel honneur !-
Comme il s'y attendait, la salle se transforma en véritable chaos après cette annonce.
Tous voulaient venir saluer « le garçon-qui-a-survécu » et lui serrer la main.
Pour sa part, Severus finissait son verre de jus de citrouille, agacé.
Il ne pensait pas rencontrer le garçon avant son entrée à Poudlard et n'en avait certainement pas envie. Il ne savait pas ce que le Survivant faisait avec Hagrid en premier lieu, mais ce n'était pas dans ses projets d'assister aux pavaneries d'un Potter si tôt le matin.
Durant l'été, il avait presque réussi à chasser cette information de son esprit, principalement en passant ses journées devant un chaudron.
Potter allait entrer à Poudlard cette année, Potter allait devenir son élève.
Le fils de son pire ennemi et de la femme qu'il aimait allait être dans sa classe quatre heures par semaine, tel un rappel vivant de toutes ses erreurs et ses échecs et il allait devoir faire comme si de rien n'était.
Il en avait la nausée, sa seule consolation était que le fils de James Potter, le survivant et l'élu du monde magique, ne pourrait jamais finir dans sa maison.
Comme son père, ce gamin serait forcément un Gryffondor en puissance, tout aussi irrespectueux, narcissique et têtu que son géniteur. Avec sa célébrité pour lui monter à la tête il ne voulait même pas espérer qu'il ait hérité un peu de Lily.
Oui, il avait conscience que c'était injuste, mais il n'avait jamais été très objectif quand on parlait de Potter.
Peut-être lui donnerait-il une chance, quand il sera prêt, mais ce n'était pas aujourd'hui.
Le professeur s'était levé, sur le point de partir après avoir déposé quelques mornilles sur la table pour son repas, quand son regard se posa une nouvelle fois sur l'attroupement au bar, excédé.
Pendant un cours instant, tandis que deux idiots se bousculaient, il put entrapercevoir deux grands yeux verts, remplis d'une intense terreur.
Son agacement fit place à la peur.
-Écartez-vous de lui, bande d'imbéciles !-
Il avait réagi par instinct, jetant un sort de repousse à tous ceux se mettant sur son chemin, provoquant des cris indignés alors qu'il se précipitait aux côtés du garçon.
Le professeur avait pris le pas sur le sorcier à l'instant où il avait reconnu les signes d'une crise de panique extrême.
Potter était pâle et tremblant, s'effondrant à l'instant même où Severus l'atteignit, ses yeux se révulsant alors qu'il perdait connaissance.
La foule curieuse se resserra à nouveau, mais fut vite dispersée par un autre sort de repousse de son cru. Sans état d'âme pour les cris outrés qu'il recevait, le professeur se reconcentra sur son futur élève.
Son visage était plus bleu que blanc à présent, et le potioniste agit donc rapidement, jetant d'abord un sort pour forcer ses poumons à prendre de l'air, puis vérifiant son pouls.
Une fois qu'il fut sûr qu'il respirait à nouveau, il lui ouvrit la bouche, vérifiant que Potter n'avait pas mordu ni avalé sa langue durant sa crise, et attrapa dans l'une de ses poches une fiole de potion calmante.
Il en portait systématiquement plusieurs avec lui, par précaution, et ce depuis qu'un de ses élèves avait eu le même genre de crise lors de sa première année d'enseignement.
C'était un de ses devoir, en tant qu'enseignant et directeur de maison, d'être capable de gérer ce genre de situation à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, pour le bien de ses étudiants.
Il jeta un sort pour faire boire la potion à son patient inconscient et allait vérifier qu'il n'avait pas eu un mauvais coup en tombant, quand la voix du géant l'interrompit.
-Professeur Snape ?-
Ledit professeur pris alors conscience de son environnement mais surtout des regards inquiets du public.
Il resta aussi impassible que possible et pris délicatement l'enfant dans ses bras, un instant déstabilisé par la légèreté du garçon, et se tourna vers le premier responsable de l'incident.
- Une chambre. Maintenant.- demanda-il sèchement.
Sans un mot, le tavernier sembla comprendre la gravité de la situation et les fit passer tous les trois derrière le bar, laissant l'assistance se remplir de murmures choqués et inquiets.
Un peu tard pour ça.
Tout s'était passé très vite, et le professeur avait agi sur pilote automatique jusqu'à maintenant. Le barman les emmena jusqu'à une chambre vide dans les étages, marmonnant que la chambres serait gratuite avant de les laisser pour retourner s'occuper de sa clientèle.
Hagrid les avait suivis la tête basse, ne réalisant pas encore tout ce qui s'était passé non plus. Au bord des larmes le géant se laissa tomber sur un grand canapé, sous le choc.
Severus préféra le laisser se remettre et s'occuper de son patient.
Il déposa l'enfant dans le lit, le mettant sous les lourdes couvertures avant de prendre sa température et vérifier la réaction de ses pupilles avec sa baguette. Il tâtonna son crâne et ne trouva qu'une légère bosse due à sa chute, mais heureusement pas de commotion.
Ce ne fut que lorsqu'il fut sûr que le garçon allait bien qu'il prit véritablement conscience des événements.
Harry Potter venait de faire une crise d'angoisse.
Ce n'est pas ainsi qu'était censé se passé son jour de congé.
Comme Hagrid ne semblait pas encore remit, il étudia un peu mieux les traits du garçon et fronça le nez.
C'était presque une farce tant il ressemblait à son géniteur. Il eut du mal à réprimer la boule de colère et de haine injustifiée qui vint brûler ses entrailles.
Il avait les mêmes cheveux noir ébouriffés, les mêmes oreilles minuscules, les mêmes pommettes hautes et le même nez légèrement retroussé... Même les lunettes étaient identiques ! Si ce n'était pas délibéré !
Il rechercha les traits de sa douce Lily dans tout ça, mais mis à part ses lèvres légèrement plus pleines, ses sourcils un peu plus fins et évidemment la fameuse cicatrice en forme d'éclair...
On croirait que son vieil ennemi était revenu le hanter.
Dégoûté, il se tourna vers Hagrid, voulant des réponses.
Celui-ci fixait le garçon d'un air coupable, tripotant nerveusement un bloc-notes et un stylo moldu sorti d'on-ne-sait-où.
Il sursauta quand le potioniste s'adressa à lui.
-Maintenant, j'aimerais savoir ce que Harry Potter faisait sous votre garde, seul et sans ses tuteurs.-
Son ton était froid et sec, son regard le plus noir posé sur le géant au visage dévasté par de grosses larmes.
Celui-ci déglutit nerveusement et déposa les éléments de papeterie sur la table de nuit, crispé, avant de sortir un mouchoir de la taille d'une nappe de sa poche et se moucher dedans avec un bruit assourdissant.
-Je... renifla le géant, je suis désolé professeur ! C'est moi je... je savais qu'il était timide mais je... Il renifla une nouvelle fois. Je ne savais pas qu'il réagirait comme ça !-
Frustré, le professeur de potion se pinça l'arrête nez.
-Je ne vous ai pas demandé des excuses mais pourquoi ! Car à ma connaissance, seul un professeur est habilité à guider un élève, justement pour éviter CE genre d'incident !-
Il avait bien le droit d'être furieux, son jour de congé était gâché.
Le géant sembla se ressaisir un peu, bombant le torse fièrement.
-Le professeur Dumbledore m'a demandé d'aller chercher Harry ! Comme aucun professeur n'était disponible, il a pensé tout de suite à moi ! Il me fait confiance Dumbledore !-
- Et nous avons vu à quel point il a eu tort !- claqua-t-il, cassant.
Et aucun professeur disponible ? Il était disponible lui, Dumbledore ne le pensait pas capable de se contrôler en présence de Potter ? Il aurait deux mots à lui dire quand il le verrait.
Cela avait semblé faire redescendre le gardien des clés sur terre, car celui-ci s'affaissa à nouveau en posant les yeux sur le garçon, l'air coupable.
-Je ne croyais pas qu'il... Il m'avait dit qu'il avait des problèmes de timidité mais je ne pensais pas ...-
-Vous ne pensiez pas qu'une centaine d'inconnus l'assaillant déclencheraient une crise de panique ?- termina-t-il pour lui, sarcastique.
Le garde-chasse baissa la tête, mais ce n'étaient certainement pas ses regrets qui calmeraient le professeur.
-C'est pourquoi vous n'êtes pas habilité à prendre en charge des élèves ! Peu importe les ordres de Dumbledore, un professeur aurait su qu'on ne jette pas un enfant au milieu d'inconnus si celui-ci à des problèmes de timidité et est sujet à des crises de panique ! Un professeur aurait au moins posé la question à ses tuteurs et... avez-vous-même parlé à ses tuteurs ?!- lyncha-t-il, la voix tranchante de fureur.
Le rougissement honteux du garde-chasse valait toutes les excuses minables qu'aurait pu lui donner le géant.
- Je n'y ai pas pensé... le gamin était si pressé et enthousiaste que je n'ai pas pensé...-
-De toute évidence ! coupa-t-il Pas besoin de gaspiller, je pense avoir compris, inutile de m'énumérer vos erreurs une à une, essayez plutôt de réfléchir à l'avenir !
Il se massa les tempes, une forte migraine s'annonçant.
À quoi avait pensé Dumbledore ?
Lâchant un soupira, Snape allait dire autre chose quand un gémissement douloureux annonça le réveil du principal concerné.
Le Survivant s'agitait et Severus fut immédiatement à ses côtés en attendant qu'il ouvre les yeux.
Cependant, cela ne semblait pas être dans ses projets, car l'endormi se pelotonna confortablement dans ses couvertures.
Une veine palpita sur son front. Oh non il ne se rendormait pas, Serverus n'avait pas toute la journée.
Il sortit une seconde fiole de potion, revigorante cette fois, et vint lui pincer le nez, le faisant immédiatement avaler la mixture.
Il aurait peut-être dû utiliser une méthode plus douce, mais il était à cran.
Le garçon se redressa brusquement, l'air de vouloir tout lui recracher au visage. Il l'en empêcha, tenant sa main fermement sur sa bouche, forçant le gamin à avaler la mixture avec une grimace dégoûtée dont il ne se délecta pas du tout, non, pas du tout...
Mais sa satisfaction s'envola quand il rencontra soudain deux grand yeux verts magnifiques.
Il n'y avait pas pensé, il était trop concentré sur sa ressemblance avec son géniteur pour se souvenir de ce détail.
Il avait ses yeux, les yeux de sa Lily.
Ils étaient pareils en tous points, énormes, pourvus de longs cils noirs et d'une magnifique couleur verte aqueuse
Les voir sur le visage de James Potter était comme un coup de poing dans l'estomac.
Severus savait qu'il ne devrait pas ressentir ça, c'était immature et totalement injustifié, mais voir l'incarnation vivante du lien qui avait uni son pire ennemi à Lily le dégoûtait et l'emplissait de colère.
L'univers semblait juste se moquer de lui.
Le gamin le dévisageait, ses deux joyaux précieux remplis de perplexité, aussi facile à déchiffrer qu'avaient pu être ceux de sa mère.
Le professeur remit rapidement son masque impassible et professionnel.
- Cela devrait calmer les mots de têtes et les douleurs musculaires, en espérant que je n'en ai plus besoin aujourd'hui... -
Déclara-t-il en donnant un regard appuyé au géant qui se ratatina sur place, marmonnant des excuses.
Évitant le plus possible de regarder le garçon dans les yeux, il calma difficilement l'amertume et la haine illégitimes qu'il éprouvait pour le Survivant. Il fut soulagé quand le géant se chargea de s'enquérir de son état à sa place.
- Ça va Harry ? Comment tu te sens ? -
Le géant s'était levé du canapé en faisant craquer le plancher pour venir aux côtés du garçon.
Potter ne répondit pas cependant, fixant juste le géant et son environnement, l'air de chercher quelque chose.
Le professeur étudia son attitude, le comparant à son géniteur, et fut soulagé de ne pas retrouver les mêmes manières snobs et son air supérieur. Peut-être qu'il n'était pas aussi irrécupérable qu'il l'avait imaginé, même si son physique était une véritable farce cosmique.
Après une bonne minute de silence cependant, Snape commença à se demander si le gosse les ignorait délibérément ou si c'était juste dû à la stupidité héréditaire de son paternel.
- AH ! J'oubliais presque ! -
S'exclama soudain le géant en récupérant le stylo et le bloc-notes sur la table basse.
Il les tendit à l'enfant qui s'empressa de les récupérer, décapuchonnant le stylo-bille et notant un message en capitales sur la première feuille vierge qu'il trouva avant de leur montrer.
Je vais mieux, merci beaucoup.
Que s'est-il passé ?
Qu'est-ce que... c'était une blague ? Il ne pouvait pas parler ? Ses cordes vocales semblaient pourtant opérationnelles cinq minutes auparavant. Est-ce que c'était de la simple fainéantise ou bien...?
Hagrid avait mentionné de la timidité, mais est-ce que ça allait au point de ne pas pouvoir s'adresser directement à des inconnus ?
Il avait déjà entendu parler du mutisme sélectif, certains de ses élèves en avait même parfois été victime après une grosse crise, mais il avait du mal à associer Potter et timidité maladive susceptible de le rendre muet.
- Tu t'es évanoui après que tout le monde soit venu te saluer, heureusement que le professeur Snape était là ! Il est tout de suite intervenu ! Faut dire, ce n'est pas tous les jours qu'ils rencontrent le Survivant ! -
Le professeur de potion ne put s'empêcher de grimacer de dégoût alors que le géant se lançait dans une longue tirade sur les exploit du jeune garçon. Potter n'avait pas besoin qu'on flatte son orgueil plus que nécessaire, pas besoin d'en rajouter.
Mais alors qu'il allait donner son point de vue sur cet incident, un impact violent contre ses barrières mentales l'interrompit, le faisant presque vaciller.
Il se mit immédiatement en alerte, confus et méfiant.
L'attaque avait été rapide et puissante, arrivant presque à briser ses défenses d'un seul coup.
Il n'avait plus subit une telle attaque depuis le Seigneur des Ténèbres. Seuls ses réflexes et son entraînement d'espion avait réussi à maintenir ses barrières intactes.
Qui avait pu faire ça ? Qui était assez fort pour lancer une telle attaque mentale ? Pourquoi avait-il même essayer de...
- Harry ? Tout va bien ? -
La voix d'Hagrid le sortit de ses réflexions et il posa les yeux sur le Survivant avant de se figer.
Potter se tenait la tête, les yeux écarquillés de surprise comme s'il venait de percuter une vitre qu'il n'avait pas vu.
Potter avait des maux de tête, quelque instant après qu'il ait essuyer l'une des plus puissantes attaques de Légilimencie de sa vie.
C'était trop parfait, ça ne pouvait pas être une simple coïncidence, si ? Mais ce n'était qu'un gosse ! Jamais un gosse ne serait capable de faire ça !
Impossible.
Il l'observa à nouveau, méfiant, et vit son expression passer de la souffrance à la perplexité, puis finalement la terreur.
Avant qu'il ait pu dire quoique ce soit, la peur de l'enfant se transforma en panique, ses doigts se crispèrent dans ses cheveux. Il hyperventilait.
Avant même qu'il ne le sache, la baguette de Severus était déjà dans sa paume et le sortilège d'allégresse percutait le Survivant.
La respiration de celui-ci se stabilisa et tous ses muscles se relâchèrent d'un coup alors que les effets se propageaient et plongeait le garçon dans un état de calme forcé.
Le potioniste était figé, sous le choc et confus, cherchant ce qui avait pu déclencher cette crise alors que ses doutes semblaient de plus en plus plausibles.
Le géant, inquiet, posa son énorme mais sur l'épaule du garçon, lui demanda s'il allait bien, mais le gamin ne lui donna qu'un pauvre sourire douloureux en retour, montrant qu'il avait entendu, avant de lever les yeux, croisant le regard de son professeur.
Il retint son souffle.
C'était familier, et différent à la fois, presque comme rentrer à la maison après plusieurs années et remarquer toutes les petites choses qui avaient changé et avoir soudain l'impression de ne plus rien reconnaître.
Ses yeux lui faisaient le même effet alors qu'il cherchait des réponses dans ses prunelles.
Pour la première fois, Severus ne voyait ni son ancien rival, ni son amour perdu.
Il voyait Harry Potter.
Ses yeux étaient comme un livre ouvert, brillant d'émotions confuses et intenses.
Il y vit la peur, le doute, la confusion mais aussi... de la curiosité ?
C'est en explorant ces différentes nuances qu'il sut que c'était lui, c'était lui qui avait essayé de forcer son esprit.
Et plus que la peur ou la surprise, le professeur senti monter en lui une colère noire.
- Hum... professeur Snape ? Vous pouvez baisser votre baguette maintenant. -
Hagrid, inquiet, vint se mettre entre eut, rompant la tension qui s'était installée.
Le potioniste eut toutes les peines du monde à recouvrer ses esprits, sa colère bouillonnant comme une force dévastatrice en lui. Il était furieux que son esprit se soit fait presque violé par un gamin sans gêne.
Serrant les poings, il évita de regarder à nouveau le sale gosse, ayant peur de ne pas savoir contrôler ses émotions qu'il peinait à réprimer.
Il devait sortir de là.
- J'ai à faire, lâcha-t-il abruptement. Je ne peux pas vous accompagner, essayez juste de le garder en vie. -
- Hein ? Mais je... Vous aviez dit...- balbutia Hagrid, prit de court.
- Je sais ce que j'ai dit ! Contentez-vous de ne pas reproduire les mêmes erreurs et n'attirez pas l'attention des passants. Je dois partir. -
Le gardien des clés était désemparé. Mais avant qu'il n'ait pu faire ou dire quoi que ce soit, le potioniste jeta un dernier regard méprisant au Survivant et s'enfuit dignement.
Sa raison et sa conscience lui hurlaient dessus pour ne pas laisser le Survivant aux mains du géant, mais il avait besoin de s'éloigner et calmer le tourbillon d'émotions qui obscurcissait son jugement et menaçait d'exploser.
Il ne savait pas comment c'était possible, mais Potter était déjà un Legilimens accompli et ne semblait éprouver de remords à violer impunément l'esprit des autres.
Il ne savait pas encore quoi faire de cette information, peut-être en informer Dumbledore.
Mais ce qui était certain, c'est qu'Harry Potter était très différent de ce qu'il avait imaginé et cachait encore pas mal de surprises.
Cette année allait être infernale.
