L'amour d'un père

Chapitre 10

*Le petit coin des reviews*

Amaniel : Merci pour ta review ! Oui, c'était important que les parents comprennent aussi par quoi Sr était passé. J'espère que la suite te plaira !

Saeh : Bonjour ! Alors en fait je ne vais pas sauter l'année scolaire du tout, il va y avoir un certain nombre de chapitres où Jr et Sr vivront leurs histoires séparément, j'ai prévu des éléments d'évolution pour les deux jusqu'à la période de Noël où ils seront réunis… Par contre c'est vrai que la seconde partie de l'année sera probablement moins détaillée, je n'ai pas encore trop d'idées. Merci d'avoir laissé un commentaire en tout cas ;)

Rayan du Griffoul : Merci d'avoir laissé un commentaire, ça fait plaisir ^^

Miss MPREG : Hé bien, dans le canon les trois étaient toujours vivants en 1943, donc je pense que si Voldemort ne les avait pas tués à ce moment-là, ils auraient survécu après la guerre aussi. Du coup, j'ai pas encore tout décidé mais oui, c'est fort possible que Tom puisse un jour faire de la magie devant eux tranquillement ^^ Merci beaucoup à toi pour tes commentaires, à bientôt ;)

Jessiluck : Je pense que Dumbledore sera surpris, aussi ! Deux mois d'écoulés et il va trouver un tout autre Tom, pour une fois que son jugement de départ s'avérera erroné :O

Petite-Licorne-Arc-en-Ciel : Hello ! Merci pour ta review ^^ Le dénouement avec le grand-père arrive ;)

Bonne lecture !

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La nuit était tombée. Il était tard, c'était une des dernières nuits d'été. Tom Junior était déjà installé sous ses draps, lisant tranquillement son livre de sortilèges pour s'avancer, quand il entendit la lourde porte du manoir se refermer sur ses gonds. Son grand-père était rentré. Il entendit des chuchotements pressés, quelques mots haussés prononcés par une voie féminine. Sa grand-mère, à n'en pas douter, l'avait attendu au rez-de-chaussée tout ce temps. Il n'entendit bientôt plus rien.

Sauf que bientôt, quelqu'un entra dans sa chambre, le forçant à lever les yeux des pages de délicat parchemin de son livre. Il se tendit en voyant son visiteur. Bien sûr que le plus jeune était attaché au sévère Thomas Jedusor; et s'il était doué pour ne rien laisser paraître, l'inquiétude qui le rongeait intérieurement était bien là. Qu'allait-il lui dire ? Le vieil homme s'approcha du lit avec un soupir et s'assit près de lui, malgré le fait que l'enfant ait déjà détourné les yeux pour poursuivre sa lecture, distant, montrant sans ambiguïté qu'il comptait l'ignorer. En fait, Tom attendait ce qui allait suivre.

- Tom, regarde-moi…

Il obtempéra, non sans un haussement de sourcils et un froid regard inquisiteur. Le plus vieux semblait... coupable. Son expression était comme teintée de regret alors qu'il croisait les prunelles marrons de celui qu'il avait tant blessé plus tôt dans la journée.

-Je crois que je te dois des excuses, petit. Tu… Je ne sais pas quoi en penser. J'ai l'impression de nager en plein rêve, parce que toutes ces choses sur la magie, c'est juste si irréaliste… Je pense que je commence à y croire, et je pourrais très bien être en train de devenir fou moi-même d'ailleurs pour ce que j'en sais. Mais je sais que je tiens à toi d'accord ? Peu importe de savoir si tu es un sorcier ou non, je suis sûr d'une chose, c'est que tu es mon petit-fils, et tu fais partie de cette famille. Et je suis fier de toi, n'en doute pas.

Les yeux du garçon de douze ans s'agrandirent. Son grand-père n'était pas un grand bavard, et il ne l'avait d'ailleurs jamais entendu s'excuser. Même pas auprès de Tom Senior, celui avec lequel il se brouillait le plus souvent, les deux hommes ayant hérité du même caractère buté. Il s'était attendu à peu près à tout mais pas à un discours aussi réconfortant. Il sentit ses yeux s'humidifier et tourna brusquement sa tête, le temps de refouler le liquide traître qui voulait déborder. La moustache du patriarche, qui de son point de vue voyait le mouvement du plus jeune comme un rejet, s'affaissa un peu, il savait que sa réaction avait été violente, et il espérait que les liens encore ténus que tous avaient construits peu à peu avec Junior n'avaient pas été irrémédiablement brisés à cause de ces quelques mots tranchants qui auraient mieux fait de lui rester en travers de la gorge.

Il fut soulagé quand Junior lui fit face à nouveau, son expression hésitante.

-Vous ne m'en voulez pas, alors ? interrogea Tom, qui avait cru toute la journée que son grand-père, comme tous les autres moldus, se détournerait de lui maintenant qu'il savait pour son statut de sorcier.

-Tu n'as rien à te reprocher, Junior. C'est toi qui a le droit de m'en vouloir et pas l'inverse. Me pardonneras-tu ?

Un frisson de soulagement parcourut l'aîné lorsque le petit brun hocha délicatement la tête, enfin, après un long moment d'hésitation.

-Je crois, répondit-il. Vous êtes ma famille aussi et puis… il fit une pause. –Je n'ai pas envie de partir si nous sommes toujours fâchés.

Le vieil homme eut un de ses rares sourires et ébouriffa affectueusement les boucles de son petit-fils qui n'osa pas bouger mais, exceptionnellement, ne se tendit pas au contact. En arrivant au manoir, il avait d'abord détesté comme toujours le moindre contact physique, démonstration d'amour ou non. Tom n'aimait pas qu'on le touche. Probablement parce que cela n'avait jamais rien sous-entendu de bon pour lui auparavant, que ce soit des brimades des autres orphelins, ou madame Cole le tirant par le bras pour le réprimander… Mais au fur et à mesure de son séjour, avec sa grand-mère qui ne loupait jamais une occasion de le câliner et son père, plus réservé, qui néanmoins n'était pas en reste, il avait appris à se détendre un peu, et même à apprécier ces moments. Il savait que ce ne serait pas dans le but de lui faire du mal, au contraire. Mais c'était la première fois que son grand-père initiait ce genre de contact, et le jeune serpentard ne s'en défit pas.

-Bonne nuit, petit. Ecole où tu apprends les mathématiques ou la magie, peu importe, je compte sur toi pour bien travailler et honorer le nom de cette famille, Junior.

Quand son grand-père fut sorti, Tom s'autorisa un petit sourire. Tout allait bien maintenant côté moldu. Et bientôt… bientôt il retournerait à Poudlard. Impatient, il resta agité un moment, jusqu'à tomber de sommeil, rêvant de chandelles flottantes et de centaines de chouettes volant autour de lui…

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Tom Senior affichait un sourire en coin typique de sa famille ce matin-là, en s'approchant le plus discrètement possible du lit de son fils. La chambre était encore plongée dans la pénombre, ils étaient forcés de partir tôt pour arriver à temps à la gare de Londres. De bonne humeur malgré l'heure matinale, le père se décida à réveiller le plus jeune.

-Tommy, appela-t-il en tirant les couvertures de l'enfant qui remua dans son sommeil à cette soudaine perte de chaleur. –C'est l'heure, marmotte, on va être en retard, protesta-t-il en remuant l'épaule de son fils.

Après quelques minutes, Junior daigna enfin ouvrir les yeux – et oui, il était réveillé avant. Mais peu motivé à se lever et voulant profiter des caresses matinales de son père, il avait gardé les yeux clos.

-Allons Junior, s'amusa le plus vieux, pas dupe. Si tu veux avoir le temps de dire au-revoir à tes grands-parents avant de partir, tu devrais te dépêcher.

En effet, il avait été décidé que les deux aînés ne les accompagneraient pas à Londres, un aller-retour pour la capitale durant la même journée étant un peu éprouvant pour leur âge avancé. C'était bien sûr Tom Senior qui resterait aux côtés de son fils jusqu'au départ du train. Enfin, s'il résistait à l'envie de séquestrer son fils pour la garder auprès de lui toute l'année…

Vingt minutes plus tard, un Junior bien moins groggy retrouva les trois adultes dans la salle à manger pour un rapide petit-déjeuner. Il observa deux servantes qui transportaient ses bagages jusqu'à la voiture, en soupirant un peu. Il avait hâte de retrouver le château, ses cours et le monde magique, mais ce matin était particulièrement concret, c'étaient les derniers moments à passer avec sa famille au complet avant plusieurs mois.

-Tu vas nous manquer, chéri ! dit sa grand-mère en réajustant le col de son manteau peu avant le départ.

-Je reviens vite, grand-mère, protesta Tom, quoique appréciant secrètement cette manie qu'elle avait de le traiter comme un bambin. –Vous ne verrez pas le temps passer ! affirma-t-il.

-Junior, il est temps ! appela son père depuis l'extérieur. Un courant d'air froid passait par les portes ouvertes du manoir devant lesquelles Tom et ses grands-parents se tenaient. Le plus jeune se pencha vers l'oreille de sa grand-mère :

-Vous prendrez soin de Père, n'est-ce pas ? s'assura l'enfant. -Il a l'air angoissé…

-Mais oui, mon chéri. Ton père est simplement inquiet pour toi, tu sais. Ecris-lui souvent et il ira très bien, rit la matriarche.

Tom hocha la tête et après un dernier au-revoir, se hâta de rejoindre son père, qui ne tenait plus en place, à l'arrière de la voiture. Le manoir et le village de Little Hangleton se perdirent rapidement dans le lointain, et Junior retournait dans son monde.

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-A quelle voie attend ton train, Junior ? interrogea Tom Senior alors que le père et le fils se hâtaient dans la gare de Londres.

Il leur restait un quart d'heure et l'aristocrate peinait à suivre le rythme du plus jeune alors qu'il avait pris l'initiative de porter la lourde valise de l'enfant, ce dernier ayant d'ailleurs les mains vides. Il avait préféré envoyer son hibou à Poudlard avant lui, affirmant qu'il préférait épargner à Athéna le long trajet ferroviaire alors qu'elle pouvait voler seule jusque l'école.

-C'est sur la voie neuf trois-quarts, Père, répondit l'enfant.

Son père se demanda brièvement s'il avait bien entendu. Avant de juger que oui, certainement. Ce serait étonnant que la gare soit au courant du départ d'un train direction « Poudlard ». Heureusement que le chauffeur ne les avait pas accompagnés, encore une fois, car ils auraient eu du mal à lui expliquer qu'ils devaient se rendre sur une voie à chiffre décimal.

-Ah et… Comment accède-t-on à cette voie ? C'est avec un de ces trucs comme pour l'entrée du Chemin de Traverse ?

-Presque. Nous y sommes, Père, indiqua Jr.

Ils étaient entre les voies neuf et dix, constata le plus vieux en regardant autour d'eux. Junior sourit en se tournant vers le pilier entre les deux voies, son père le suivant des yeux sans comprendre.

-La voie est derrière le mur. Il faut courir dedans, dit le plus jeune avec un sourire devant l'air éberlué de son père.

-Comment ? Mais enfin… On va se tuer ! protesta l'aîné, horrifié.

-Mais non. Promis, moi aussi j'avais du mal à y croire la première fois, mais comme vous savez ce qui se cache derrière, vous passerez Père. Vous ne sentirez même pas qu'il y a un mur, ou quoi que ce soit de solide. Vous ne me faites pas confiance ?...

Evidemment, ces quelques mots suffirent à convaincre le moldu. Pas étonnant que son fils soit à Serpentard, il savait où appuyer pour obtenir ce qu'il voulait.

-Si, bien sûr, soupira-t-il. –Tu m'emmènes ? fit-il avec un clin d'œil à son fils, en lui tendant sa main libre. Junior fixa la main avec réticence quelques secondes avant d'obtempérer.

-D'accord… Courrez !

C'était complètement indigne de l'héritier des Jedusor, un adulte respectable, de courir au milieu de la plus grande gare du pays, mais que ne ferait-il pas pour cet enfant… Il avait donc obéi et couru vers un mur, les yeux fermés et le corps totalement crispé, s'attendant encore à un douloureux impact avec la pierre. Mais non. Il se sentit stoppé dans son élan par la main de son fils, et ne comprit pas pourquoi celui-ci s'était manifestement arrêté de courir. Perplexe, il rouvrit les paupières… et fut stupéfait de se retrouver dans une partie de la gare qu'il ne reconnaissait absolument pas. Un train rouge vif était sur le quai. Le Poudlard Express. Fasciné, il observa autour d'eux, comprenant que son fils avait dit vrai, ils étaient passés de l'autre côté du mur ! Comment ne s'en était-il même pas rendu compte ? Autour d'eux, les gens étaient vêtus comme au Chemin de Traverse, avec des robes et des chapeaux pointus et des habits traditionnels un peu différents des leurs. Enfin, il nota aussi d'autres parents qui, comme lui, semblaient un peu en décalage ici, l'air émerveillé, ou un peu perdu. Il sourit en voyant que la plupart des jeunes élèves qui quittaient leurs parents étaient encore habillés dans leurs vêtements de tous les jours – pas comme son fils qui avait insisté pour enfiler son uniforme, sans la robe et le chapeau bien sûr, dès le matin. La locomotive siffla, signe qu'il partirait d'ici peu. Il retourna toute son attention vers Junior. Son fils paraissait impatient.

-Tu dois déjà partir, mon petit sorcier, fit-il avec un petit sourire attristé.

-Vous… vous ne m'oublierez pas ? lui répondit une voix tremblante, si ténue qu'il l'entendit à peine.

-Mais non, Tommy, jamais, s'adoucit le plus vieux en posant fermement ses mains sur les épaules de son garçon. –Nous nous reverrons très bientôt, et je t'écrirais aussi souvent que je le pourrais, d'accord ? Tu es mon fils, Tom, si tu savais à quel point je tiens à toi…

L'étreinte qui suivit, son fils entreprenant lui-même de passer ses bras autour de la taille de son père, était inattendue mais bienvenue, et Tom Sr lui rendit avec plaisir cette embrassade. Elle finit bien trop vite à leur goût, mais il fallait bien que le jeune sorcier aborde le train. Il déposa un baiser sur le front de son fils, qui avait rougi après ce petit moment de faiblesse, et l'encouragea :

-Allez, Tommy, récupère ta valise et vas-y. J'attendrais ton retour à la maison avec tes grands-parents. Ne te laisse pas faire par les autres, fais-toi des amis et travaille bien, mon petit sorcier, d'accord ?

Il reçut un hochement de tête en réponse. Tom avait fait quelques pas quand il fit volte-face vers l'aîné, et très vite, tellement que son père aurait pu croire l'avoir imaginé, chuchota :

-Je vous aime.

Son fils s'éloigna rapidement après cela, sans se retourner, et aborda le train avec les autres enfants qui comme lui quittaient leurs parents. Cela sous le regard de Tom Senior qui ne parvenait pas à réprimer un sourire béat sur ses lèvres, touché par ces trois petits mots. L'absence de son fils allait lui causer un vide, c'était certain, il était trop habitué à l'avoir toujours non loin de lui à présent. Toutes ses habitudes de vie avaient été chamboulées en quelques semaines avec l'arrivée de Junior – mais n'était-ce pas là justement ce dont parlaient tous les parents qui accueillaient leur nouveau-né ? Son fils avait déjà douze ans, mais à ses yeux c'était la même chose. Il s'était attaché à son fils comme n'importe quel père seulement la plupart d'entre eux n'avaient pas à les laisser partir à l'école après moins de deux mois…

Le train siffla et une gerbe de vapeur d'échappa de la locomotive. Des fenêtres s'ouvrirent et des bras et figures souriantes en sortirent pour s'agiter, saluant encore un fois leurs parents restés sur le quai. Tom n'y vit pas son fils, mais il se doutait que l'enfant, déjà rarement démonstratif, avait délibérément conclut leur séparation avec ces mots que le père n'avait jamais osé espérer entendre un jour de sa bouche, de vive-voix, quoique au fond il le sache déjà. Le train à la couleur si joyeuse partit de la gare, accélérant au fur et à mesure. Un certain nombre de parents ne s'attardèrent pas, mais Tom, comme tant d'autres, resta jusqu'à ce le grand train rouge ne soit plus qu'un petit point au loin, jusqu'à ne plus du tout le voir, alors qu'il emmenait son fils loin de lui, dans un autre environnement. Tout ce qu'il espéra, ce fut que son fils aurait une année heureuse, qu'il goûterait au bonheur qui lui avait cruellement échappé la majeure partie de sa vie. Et puis le moldu fit face à une évidence autrement plus difficile… Il n'allait quand même pas devoir encore foncer dans le mur pour ressortir, si ?...