Titre : La vie invisible
Auteur : ylg/malurette
Base : LastMan
Personnage/Couple : Howard McKenzie(/Marianne Velba)
Genre : sickfic
Gradation : PG / K-plus
Disclaimer : propriété de Balak, Vivès, Perrin etc ; je ne cherche pas à me faire de sous avec.

Thème : "flu like symptoms" pour GenPrompt Bingo (symptômes équivalent-grippe)
Continuité/Spoil éventuel : tome 10
Note : un peu de narration déconstruite avec des bouts de phrases inachevés au milieu, c'est fait exprès
Nombre de mots : 2600

oOo

Depuis qu'ils se connaissent et que Howard est de nouveau capable de marcher seul, Marianne lui a fit visiter le pays. Ils ont parcouru la campagne en tous sens, à la découverte de toute la beauté de Vallée, avant de venir s'installer définitivement au village. Ils se sont trouvé une petite maison en bordure où savourer leur bonheur à deux.
Puis à la saison changeante, Marianne décide qu'il faut absolument qu'ils aillent à la foire voisine
chance de trouver,
« oh
...ça sera une surprise, je t'expliquerai. »
Et pourquoi pas ? Il la suit avec curiosité et y découvre quantité de produits, d'objets, de coutumes intrigantes. Il observe tout, s'émerveille, s'intéresse. Il écoute les conversations des autres, paysans, vendeurs, acheteurs, badauds ; il pose peu de questions lui-même pourtant : il ne pas montrer immédiatement à quel point il est étranger ici. S'il veut continuer à apprendre, il doit d'abord se fondre dans le paysage, dans la foule.
Marianne tient, pour une raison qu'elle refuse absolument de lui dévoiler malgré toute son insistance, à acheter un crapaud.
« Je t'expliquerai à la maison, » promet-elle, mais maintenant qu'ils sont là même si elle a ce qu'elle veut ils restent encore des heures et en profitent pour voir tout le reste.
Ils y passent une journée entière et il en rentre fatigué. Ça n'est pas étonnant en soi : ils ont beaucoup marché, il a beaucoup appris. Il a la tête lourde, d'ailleurs, et n'est pas fâché d'être de retour. Vraiment, il n'est pas loin de tomber de fatigue, alors qu'il n'est pas encore si tard.
« J'ai besoin de m'étendre un moment, » marmonne-t-il à regret.
Pour ne rien arranger il est incapable de se réchauffer, il frissonne malgré la couverture dans laquelle il se drape. Il refoule une envie puérile de se rouler en boule dans un coin et ne plus bouger : ça va forcément passer, d'ici une heure il se relèvera pour souper... Mais aux frissons s'ajoutent des éternuements – à vrai dire ils ont déjà commencé plus tôt dans la journée, mais il ne les avait pas spécialement remarqués tout de suite ; maintenant qu'ils se répètent un peu trop cependant au point de devenir envahissants, oh, et sa gorge qui picote...
Allons bon, il a réussi à prendre froid pendant ce déplacement !

« Ça sera soupe bien chaude ce soir, annonce Marianne ; ça nous fera du bien. »
Howard grogne, plus si sûr de tenir assez longtemps pour qu'elle soit prête. Il a l'impression qu'il est si tard, déjà la fin de soirée au moins ?
« Non non à peine le début je t'assure. »
Et à l'heure habituelle du souper il n'a pas d'appétit.
Marianne cuisine bien d'habitude, il se régale à coup sur, mais ce soir il ne trouve rien d'exceptionnel à la pitance. C'est chaud, oui, mais fade, et avec quelque chose d'indéfinissable dans le goût qui le dérange... et il n'a vraiment pas assez faim. Il se force un peu, mais cale vite.
Une tisane et au lit, l'encourage Marianne. Ça ira mieux après une bonne nuit de repos.
Assommé comme il est, il somnole pourtant plus qu'il ne dort vraiment.

Il se réveille en sursaut au milieu de la nuit – est-ce le milieu de la nuit ? il ne sait plus. Quand ? Il se rappelle où, mais la chambre est plongée dans un noir profond...
Il est en sueur, ses maux de tête ont redoublé, ses maux de gorge pire encore, il se sent mal, très mal. Il a la certitude d'avoir de la fièvre, beaucoup de fièvre, et une nausée violente qui ne passe pas le remplit d'un sentiment de terreur grandissant. Il est rarement malade, il a horreur de ça, c'est trop désagréable, trop humiliant, trop salissant, et en général sa volonté suffit à dominer son corps, mais cette fois, cette fois, il sait intimement qu'il n'y coupera pas. Il a besoin de la salle d'aisance, vite, maintenant
...mais ses jambes le lâchent, la tête lui tourne.

Il s'étrangle, sa gorge le brûle. Il y a un bruit mouillé, une odeur acide perçante, et la honte se dissout dans un vertige violent. Il tousse encore
et encore
et

Une main fraîche sur son visage, un linge humide, une voix douce l'appelle – il devrait la reconnaître mais il n'en comprend pas les mots.
Il tousse encore.
À la lueur vacillante de la bougie, il reconnaît enfin le visage de Marianne inquiète. Il sait qu'il est dans la chambre, et pourtant reconnaît pas vraiment l'endroit.
Il claque des dents.
Il met longtemps à comprendre qu'il est tombé à côté du lit, en voulant se lever, et qu'une fois par terre il voit tout sous une perspective inhabituelle.
« Oh non...
» J'ai sali les draps...
- Ne t'inquiète pas pour ça. À tout prendre, c'est quand même plus facile de les changer que de nettoyer à terre. »
Elle l'aide à s'asseoir ; ça tourne toujours terriblement autour de lui. Il s'est rarement senti si mal.
Elle l'aide à ôter sa chemise de nuit trempée, éponge la sueur qui le couvre, lui fait passer un vêtement propre, change les draps. Il reste là, assis à terre, adossé au mur, incapable de bouger, de participer, d'aider lui-même.
Elle installe un linge supplémentaire sur l'oreiller, une cuvette sous le lit au cas où, l'aide à ramper sur le lit, se rallonger, lui place une compresse froide sur le front.
Il s'entend tousser ; ça racle l'intérieur de la poitrine.

Quand il se réveille à nouveau, il fait jour, depuis longtemps déjà à voir la lumière. Et il ne va pas mieux. La toux lui brûle la gorge, la poitrine. La chaleur de la tisane que Marianne lui fait avaler n'apaise que brièvement sa gorge douloureuse. De toute façon son estomac la refuse et il repose la tasse encore à demi pleine et qui refroidit déjà, de peur d'être de nouveau malade.

« C'est un mauvais rhume. C'est désagréable mais pas grave, et ça sera vite passé, » promet Marianne.
Elle se veut rassurante mais il se sent agacé. Il est fatigué, il a mal partout, des courbatures dues aux frissons violents, à la montée de la fièvre. Il a mal à la tête, de la fièvre en soi. Il a les sinus encombrés, il a mal dans la poitrine, irritée à force de tousser. Il a du mal à respirer.
Il est misérable, affaibli, ses pensées ralentissent, se fondent bizarrement. Il a l'impression d'oublier quelque chose, de ne pas comprendre tout ce qui se passe. C'est affreux et il déteste ça.
La faiblesse physique, les symptômes répugnants, c'était déjà bien assez dur, et la faiblesse mentale par-dessus tout...
Il voudrait être patient, et il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre que ça passe, mais que c'est frustrant...

C'est un mauvais rhume, se force-t-il à se rappeler : ça semble toujours plus gave que ça n'est vraiment. C'est affreux sur le moment, mais ça va passer. Ça va passer.
Ça semble pourtant empirer d'heure en heure. Chaque fois qu'il tousse, le souffle lui manque, il est saisi de vertiges terribles et craint de perdre brièvement conscience.
Il a constamment besoin de tousser mais n'en a vite même plus la force – il halète seulement.

C'est vrai que ça n'est pas juste un simple rhume, c'est un très mauvais rhume. Tout à coup il panique : dans cet autre monde, cette autre vie, est-ce si simple ? Il n'a pas été dérangé par la flore bactérienne locale à son arrivé – ç'aurait pu être affreux maintenant qu'il y pense. Il a eu de la chance, peut-être, que Marianne commence par lui donner des infusions de plantes dont l'eau étai bouillie, et de s'y habituer peu à peu sans même s'en apercevoir, peut-être ?
Il ne sait pas pour les bactéries, mais, si les virus sont différents de ce à quoi son organisme est habitué, que son système immunitaire est incapable de lutter contre ?
Il sent que l'infection descend de plus en plus bas dans on arbre respiratoire. Elle s'étend et s'emballe. Est-ce qu'un simple rhume peut le tuer dans ce monde ?
La peur lui coupe le souffle autant que la toux. Son cœur qui battait déjà à tout rompre sous la fièvre, s'emballe encore. Il se noie.
Il ne veut pas mourir. Pas comme ça, pas si bêtement, pas comme il touche au but, et Marianne... Marianne...
Marianne est là à ses côtés, qui le réconforte du mieux qu'elle peut.
Il perd le fil de ses pensées et sombre.
S'il doit mourir, tant pis. Au moins il meurt heureux, dans la Vallée qu'il souhaitait tellement atteindre, sans avoir jamais vraiment fait à l'avance de projets pour y vivre une fois qu'il y serait. Auprès de Marianne qui dépasse tout ce dont il aurait pu rêver.
C'est bête mais il est trop fatigué maintenant pour s'en préoccuper encore.
trop fatigué.

Il ne sait même plus vraiment s'il est éveillé ou non. Il gît là, léthargique, secoué par la toux, incapable de parler, même de penser, réduit à des sensations
trop chaud trop froid trop mal
un peu de soulagement quand la main de Marianne
quoi
l'aide
comment

se dissout dans les ténèbres

émerge avec difficulté
il peine à se rappeler où il est
ce qui se passe
il étouffe

mais la lumière du jour lui fait du bien.
il fait jour, il est en vie.
Et un ange est là à côté de lui.
Son aimée.
Marianne.

La lumière du soleil baigne la pièce et l'air frais caresse le lit. Ça lui fait tellement de bien...
Il est épuisé, endolori, perdu,
mais
il se rend compte que c'est tellement moins pire que ça n'a été auparavant ?

Il voudrait appeler. Au moins prononcer son nom. Confirmer qu'elle est là. Avec lui. Qu'il est en vie. Il est tellement, tellement reconnaissant qu'elle soit là près de lui.
Mais il en est incapable. Il n'émet qu'un simple sifflement.
Aucun autre mot que son nom ne lui vient à l'esprit, et quand bien même, il ne pourrait pas les prononcer.
La main de Marianne se pose sur son corps, rassurante.
Il l'entend parler, elle, musique à ses oreilles même s'il ne comprend pas ses mots ; elle le réconforte quand même.

Elle le soutient et l'aide à se redresser juste un peu, à peine, malgré les vertiges. Elle l'aide à boire, elle tient la tasse pour lui – sa propre main tremble trop, son bras est trop lourd. Sa main droite ne bouge pas du tout, la gauche est lente et maladroite – où est son bras droit ?
« J'ai préféré retirer ta prothèse, explique Marianne devant sa confusion, et même si ça lui prend du temps, cette fois il la comprend.
» Tu t'agitais beaucoup, j'ai eu peur que tu te blesses avec le métal. »

Il force sa voix – sa gorge en feu malgré le liquide apaisant – elle est sourde et rauque et résonne bizarrement à ses oreilles encore à demi bouchées.
« À quel point ai-je été malade ?
- C'est arrivé brusquement. Tu es resté inconscient trois jours et puis la fièvre a commencé à baisser ce matin. »
Que répondre à ça, il a du mal à conceptualiser cette notion. Trois jours de sa vie disparus dans un trou noir, et combien encore devant lui de convalescence...
Il se compte qu'il n'a même pas la force de se retourner, de rouler sur lui-même pour changer de côté, il faut que Marianne l'aide même pour ça. Il ne va pas se remettre comme ça...

« Qui est Dave ? »
La voix de Marianne, malgré la curiosité derrière sa question, fait de son mieux pour être prévenante, mais une peur soudaine le prend à entendre ce nom dans sa bouche, à ce qu'il fasse irruption dans sa nouvelle vie où il ne devrait plus exister, et alors qu'il est tellement vulnérable.
« Dave ?
- Tu as appelé ce nom plusieurs fois quand... quand tu allais vraiment mal. »
Une profonde tristesse le prend, dont il ne se croyait pas capable. Ça doit être ses défenses amoindries, et si c'est sa propre faute s'il lui a révélé ce nom, alors Marianne a bien droit de savoir et comprendre. Qu'il n'est pas une menace pour eux.
« Dave... Dave était mon grand frère. »
Les mots sortent difficilement. Il doit déglutir souvent et reprendre son souffle entre chaque phrase et chaque mouvement est douloureux.
« Était ?
- Il est décédé l'an passé. »
Et maintenant qu'il a commencé tous les mots lui échappent. Il faut qu'il s'en libère.
« C'était ma seule famille. Il s'est beaucoup occupé de moi quand j'étais jeune. »
C'est pour ça, sans doute, que dans sa faiblesse, son inconscient réclamait sa protection.
« Je suis désolée...
- Ne le sois pas. Tu n'y peux rien. Et... c'est parce que je n'avais plus d'attache, que j'ai pu venir jusqu'à toi. »

Elle le regarde quand même d'un air de regret avant de promettre de le laisser se reposer. Et cette idée l'inquiète. Seul ?
« Tu... peux rester près de moi ?
- Bien sûr. Tu peux te reposer tranquille, je suis là. »
Sa propre voix sonne terriblement plaintive à ses oreilles. Il a honte de réclamer ainsi. Mais. Il a encore plus peur... de façon si irrationnelle...
« Mon pauvre amour malade... »

Pour essayer de reprendre un contrôle rationnel sur cette situation qui lui échappe, il s'attelle à faire le tri dans ses sensations ; tous ces inconforts, ces lourdeurs, ces faiblesses qui affligent son corps. Le drap qui frotte sa peau nue. L'oreiller trop tiédi déjà sous sa joue. La barre derrière le front, le feu dans la poitrine, tout son corps si lourd, si lourd, si faible...
Oh non... il y a une lourdeur qu'il doit absolument aller soulager. Maintenant. Mais il est trop faible pour se lever.
« Marianne ? »
Sa détresse doit être facilement visible car elle comprend sans qu'il ait besoin de formuler sa demande – mais elle la coupe aussitôt.
« Non non n'essaie même pas.
- Si tu m'aides... »
Il sait qu'elle est assez forte pour le soutenir, pourtant, elle peut l'accompagner, et ensuite...
« Inutile de te fatiguer. »
Elle sort de sous le lit... un bassin.
« Non... »
Et c'est là qu'il prend conscience que sous les draps, il est nu, sauf...
« Oh non. Non ! »
Sauf un tissu drapé qu'il ne peut pas appeler ça autrement que lange.
« Non... »
Il est mortifié, absolument mortifié.
« Trois jours ? »
Il réalise maintenant tout ce que ça implique.
D'une voix blanche,
« Tu t'es occupée de moi comme ça pendant trois jours ? »
Marianne a un sourire en coin qu'il ne comprend pas, un léger haussement d'épaule.
« N'en fais pas un drame. »
Mais sa fierté en prend un coup qu'elle ne mesure pas, qu'elle balaie comme ça ?
« Tu sais... ça me fait un entraînement inattendu, en fait.
- ...un entraînement ? »

Marianne essaie de s'empêcher de sourire et rougit franchement.

« Je suis désolée, je n'ai pas pu te montrer. Le crapaud, je sais que tu voulais voir, mais je ne pouvais pas le laisser attendre plus longtemps, il n'aurait peut-être plus marché ? Alors je l'ai fait tout de suite.
- Fait quoi ?
- Le... truc avec.
- Et, quel truc..?
- Je, euh, t'expliquerai plus tard, quand tu iras mieux. Mais. Il a pondu des œufs.
- Et ? Ça veut dire..?
- Que je couve aussi.
- Euh... couver ? couver quoi ? »
Il n'arrivait pas à suivre ce train de pensée. Quelque chose bloquait. Couver une maladie elle aussi ? non pourvu que non...
« Tu vois j'avais trop de retard et puis j'ai commencé à être un peu malade - clairement pas comme ça ! - alors il fallait bien que je sache. Et maintenant je suis sûre :
l'an prochain nous aurons un enfant.
Mais ne te préoccupes pas de ça pour l'instant, d'accord ? Tu as tout ton temps pour guérir d'abord.
Et tu n'auras pas à t'occuper de moi comme ça avant de longs mois non plus. »