Disclaimer : Les personnages et l'univers de Supernatural ne sont pas ma propriété et je remercie infiniment ceux qui sont aux manettes pour nous avoir offert tant de belles heures pleines d'action et d'émotion !

Chapitre 10

- Non, non, non, non ! Dean ! Ouvre les yeux ! Merde ! Pourquoi ça ne marche pas ?

Il pressait sur la blessure d'où le sang s'échappait à flots mais il ne parvenait pas à la refermer. Pourquoi n'avait-il pas réagit plus vite pour les arrêter ? Pourquoi n'avait-il pas testé ce pouvoir plus tôt ? Ce n'était peut-être pas quelque chose dont il était capable. Ou il n'était peut-être plus en mesure de focaliser son énergie après avoir assommé tout le le monde avec sa grâce.

Il fouilla maladroitement sa veste à la recherche de son téléphone tout en gardant une main sur Dean. La sensation du sang chaud, de la vie s'échappant de son grand frère était écoeurante et lui donnait la nausée. Ses sens angéliques rendaient cette réalité terriblement intense et il haïssait ça.

- Castiel ? Cas, je vais venir te chercher, dis-moi où tu es. Dean est blessé et - et je n'arrive pas à le soigner. Il faut que tu viennes l'aider, s'il te plaît, je - je ne peux pas -

- Sam, vint directement la voix du haut-parleur du téléphone posé à terre tandis qu'il pressait sur la blessure de Dean avec plus d'insistance, tu ne peux pas t'envoler maintenant. Nous en avons parlé, ton pouvoir est influencé par tes émotions. Si tu essaies de me trouver, tu prends le risque de perdre le contrôle de ton vol. Si Dean est gravement blessé, tu ne peux pas te le permettre.

- Mais je ne peux pas l'aider autrement ! Ma grâce ne me permet pas - Je ne peux pas le perdre - C'est ma faute si -

Son discours devenait incohérent et sa vision se troublait, c'était comme si on lui compressait le coeur dans la poitrine. Il ne voulait pas revivre ça, il ne pouvait pas revivre ça !

- Sam. Sam, écoute-moi. Il faut que tu calmes ton esprit. Concentre-toi. Tu es capable de le sauver. Si ta grâce te permet d'annihiler le mal alors tu peux aussi préserver le bien. Je sais que c'est difficile mais ton frère a besoin de toi. Puise en toi. Concentre-toi sur le flux d'énergie de son âme que tu peux percevoir et qui anime son corps. Il attend juste que tu lui tendes la main pour revenir vers toi.

Sam s'efforça de calmer sa respiration. Il se raccrochait aux mots de Castiel. Il ferma les yeux.

Sa grâce n'était pas qu'un outil dangereux à la lame tranchante mais une partie de lui. Il fallait plus que jamais qu'il l'accepte. Elle pouvait agir en harmonie avec sa volonté. Et Dean comptait sur lui. S'il fallait qu'il consume toute sa grâce, toute son âme, toute son humanité pour le sortir de là, il le ferait. Il ne s'attarda même pas un instant sur l'ironie de ses pensées et sur la probabilité que Jack avait dû se dire exactement la même chose lorsqu'il avait affronté Michel pour la dernière fois. Il devait être fort pour Dean, comme son frère l'était toujours pour lui.

Sam lâcha prise sur tous ses sens humains et son corps ne fut plus qu'un détail dans son esprit. Sa part humaine trouvait la sensation effrayante, aucune de ses aptitudes n'avait jamais demandé autant de précision et de focus de ses pouvoirs angéliques et son cerveau ne parvenait pas à gérer ses caractéristiques humaines alors qu'il usait de sa grâce de cette manière. Il accrut sa concentration, se détacha davantage de lui-même tout en plongeant plus profondément. Il y avait... Oui, là, il le sentait, le flux s'accélérait. Le coeur de Dean ne ralentissait plus. Ses poumons se gonflaient d'air. Sa température remontait.

Dean.

Dean, Dean, Dean.

Dean, reviens !

SPNSPNSPNSPNSPN

- Sam ? Eh, Sam, tu es avec moi ?

Il lui fallut un temps pour que son ouïe fasse la connexion avec son cerveau. Puis il réalisa que ses yeux étaient ouverts et il lui fallut encore un temps de plus pour qu'il sente et voit que Dean était en train de se redresser. Il avait l'air un peu perdu et fronçait les sourcils en direction de Sam. Il levait une main vers sa tempe alors que l'autre cessait de s'agiter devant son visage. Sam aspira une grande goulée d'air, soupçonnant qu'il s'était littéralement arrêté de respirer durant quelques minutes. La sensation de dissociation qu'il ressentait encore entre son esprit et son corps était vraiment désagréable. Mais ça ne l'empêcha pas de serrer son frère dans ses bras, tellement soulagé que ses larmes finirent par couler sur ses joues.

- J'imagine que le coup de l'épée dans le ventre n'était pas un mauvais rêve, marmonna Dean contre son épaule.

- Tu aurais dû pouvoir éviter ça, imbécile, murmura-t-il en retour, sans réel reproche.

Dean lui donna une petite tape sur l'épaule et il le relâcha à contrecoeur, frottant rapidement son visage avec sa manche.

- Ouais, ben, je ne m'attendais pas à une bande de vieillards parfaitement humains prêts à me hacher menu parce que je les houspille et leur révèle quelques vérités sur Chuck.

Il le vit grimacer en voyant le sang sur ses vêtements et le trou béant dans sa chemise. Il jeta un bref regard perçant à Sam puis haussa les épaules et regarda autour de lui. Il devança sa question.

- Je les ai justement assommés. Ils auront peut-être quelques bleus à cause de leur chute. Ça ne va pas les tuer.

Sam laissa son regard s'attarder plus longtemps sur ceux qui avaient attaqué son frère, une colère sourde cherchant à lui faire réclamer vengeance, lui soufflant qu'ils méritaient une punition pour s'être écartés du droit chemin, puis revint à Dean qui était là, bien vivant.

- Le monde est vraiment en train de devenir fou, déclara Sam.

- Je ne vais pas te contredire là-dessus, frérot. Cas ?

- Je suis en route pour vous rejoindre.

Ils sursautèrent tous les deux et Sam eut un sourire penaud. Il avait complètement oublié qu'il n'avait jamais raccroché, ou prit le temps de dire à l'ange ce qui se passait.

- Nous partons maintenant. Tu nous attends à la sortie de la ville ? demanda Sam.

Dean lui jeta un regard en haussant les sourcils mais n'émit pas de protestation.

- Très bien. Et, Sam ? Je n'ai jamais douté de toi.

Puis il raccrocha. Il se sentit un peu embarrassé et reconnaissant en même temps. Il n'y serait pas arrivé sans Castiel.

Il aida Dean à se relever et son frère vacilla légèrement. Il avait quand même perdu pas mal de sang et il croyait bien se souvenir que ce genre de guérison ne pouvait pas y faire grand chose. Ou bien, c'était lui qui n'avait pas suffisamment bien fait son travail. Dans tous les cas, il se trouva conforté dans son idée quand Dean ne refusa pas sa proposition de prendre le volant. Quand il le vit ramasser l'épée qui l'avait éventré, il ne put s'empêcher de faire une remarque.

- Tu veux vraiment prendre ça avec ?

- Tu préfères la laisser aux villageois en colère ? Eh, ils sont cool tes petits cure-dents, je les garde, ça peut toujours être utile.

Sam eut un demi-sourire en l'observant frotter rapidement la lame et glisser l'arme dans le coffre. Lorsque Dean avait ce genre d'étincelle dans les yeux, il paraissait toujours plus jeune et plus innocent. Il attendit alors qu'il en profitait également pour se débarrasser de ses vêtements maculés et, lorsque son frère vint finalement s'asseoir du côté passager, ce dernier lui fit un grand sourire.

- Je me garde le rôle du chevalier mais je t'accorde définitivement celui du mage-guérisseur !

Le sourire de Sam se fit un peu tremblant. Il avait été à un cheveu de le perdre et c'était encore très frais dans son esprit, au point que la scène se rejouait encore par flashs devant ses yeux.

- Je ne peux pas être un chevalier, moi aussi ? dit-il malgré tout, se laissant entraîner par sa jovialité.

Dean était probablement à moitié sincère et à moitié décidé à lui faire oublier la terreur engendrée par ce nouvel incident.

- Ne rêve pas, mais je veux bien t'accorder le rôle du mage-guerrier, dit-il, magnanime.

Sam eut un petit sourire en coin.

- De toute façon, les chevaliers ne sont pas connus pour être les plus malins alors...

- Peuh ! Les chevaliers restent les plus forts et sauvent les princesses, et ça me va très bien.

Sam observa son frère avant de démarrer la voiture.

Les princesses. Les faibles. Les opprimés. Restant toujours fidèles à leurs valeurs.

- D'accord, je te l'accorde, les chevaliers sont les plus forts.

- Évidemment !

L'Impala reprit sa route et aucun d'eux ne jeta le moindre regard en arrière.

SPNSPNSPNSPNSPN

Il était 2 heures 36 du matin, selon son écran.

Sam referma son ordinateur et soupira, frustré.

Il aurait dû pouvoir faire quelque chose. Autre chose que d'attendre encore quatre longues journées après leur potion. Bien sûr, il gardait un oeil sur une chasse éventuelle mais sans doute avec moins d'assiduité qu'il n'aurait dû en avoir. Il était réticent à retourner sur le terrain dans ces circonstances, lorsque les victimes qu'ils sauvaient pouvaient se retourner contre eux, contre Dean, sans crier gare. Lorsqu'une part de lui-même était tentée de les remettre durement à leur place parce qu'il en avait le pouvoir...

Sam se frotta l'arête du nez, ennuyé. Il n'aimait pas se découvrir ce genre de pensées. Elles ne lui auraient même sans doute jamais traversé l'esprit lorsqu'il était humain. Il n'était pas leur juge. Leurs actes ne pouvaient même pas leur être réellement reprochés. Mais, il était clair qu'en ce moment, ce n'étaient pas les monstres qui l'inquiétaient le plus et bien le chaos que les être humains engendraient eux-même.

A l'échelle du monde, cela s'exprimait par des dictateurs employant des méthodes plus coercitives pour soumettre leur peuple à leur définition de la foi. A des pays déclarant leur sol sacré et préparant de nouvelles lois pour réguler la circulation sur leur territoire. A des indicateurs comme la recrudescence des mots 'hérétiques' ou 'impurs' dans les résultats des recherches sur internet. Ce n'était pas des changements aussi drastiques que des soudaines déclarations de guerre, bien que les guerres en cours prenaient un tournant de plus en plus dramatique, mais l'on sentait un glissement vers des choix durs et sans nuances. Le monde n'était pas parfait, évidemment, mais Sam avait l'impression d'assister à l'accélération d'événements redoutés qui n'étaient plus contrebalancés par le bon sens.

Et leur pays n'était pas en reste.

En dehors des jeux politiques et des déclarations enflammées et très polarisées de personnalités diverses, des idées franchement écoeurantes gagnaient du terrain en même temps que se multipliaient les actes criminels. Il avait lu qu'un groupuscule prônait l'exécution immédiate des prisonniers, dans toutes les prisons du pays, car il fallait 'envoyer leur âme pécheresse en Enfer au plus tôt'. Ou encore qu'un homme avait incendié tout un quartier car il devait purifier sa ville de ceux qui ne rendaient pas correctement grâce à Dieu. Les États-Unis n'étaient pas encore à feu et à sang mais ils étaient sur le bon chemin.

Sam ne parvenait pas à assister à cela sans en ressentir une certaine culpabilité. S'il avait suivi le plan de Dean et poussé Jack à entrer dans la boîte de Malak, le monde ne se porterait-il pas mieux ? Se montrait-il égoïste en voulant, même à présent, sauver le jeune homme ? Aurait-il dû mettre davantage d'énergie à le retrouver, dès le début ?

Sam fixa le carnet de notes qu'il avait sorti dès que Dean était allé se coucher. Il n'y avait pas grand chose dedans, juste des bribes de ce dont il se souvenait, des idées, des extrapolations sur base de ce que Castiel et Rowena supposaient. Il avait accompli le premier pas de son plan originel en tentant d'invoquer une âme de l'Enfer, celle de Lily Sunder. Il s'était avéré qu'elle ne s'y trouvait pas. Il s'était préparé à cette possibilité et, dès son échec, il avait confié à Castiel ce qu'il tentait de faire pour qu'ils trouvent ensemble un moyen de la contacter au Paradis sans devoir s'y rendre.

Finalement, le sort ne servirait pas à ça. Il devait se résoudre à faire face à nouveau à Jack, et en compagnie de son frère, avant même qu'il puisse savoir si ses espoirs avaient lieu d'être. Il ne pouvait plus se permettre d'attendre avec prudence en espérant qu'aucune catastrophe ne se produirait, la catastrophe en question était déjà bien sur les rails. Ils parleraient à Sunder plus tard, peut-être lorsque les portes du Paradis leur seraient ouvertes, si cela s'avérait avoir encore une utilité. Si Jack ou Dean ne ruinaient pas leurs chances.

Restait à espérer que le sort et la potion fonctionneraient. Ils allaient entrer en contact avec Kelly Kline et seraient aussi honnêtes que possible, n'en déplaise à Dean, pour qu'elle tente d'atteindre son fils. Castiel avait affirmé qu'une âme au Paradis pouvait s'adresser aux anges mais qu'elles ne le faisaient tout simplement pas, inconscientes du monde existant au-delà de leur paradis personnel, ignorant qu'elles en étaient capables ou n'en trouvant pas l'utilité. En supposant que leur grâce soit assez puissante, que le sort et la potion élaborés avec l'aide de Rowena fasse son travail et que Kelly parvienne à contacter Jack, il faudrait encore que le nephilim accepte de leur parler, et se laisse convaincre par leurs mots. Avec toutes ces incertitudes, il n'osait honnêtement même pas penser sérieusement à la possibilité qu'il puisse rendre Sam à nouveau humain ou qu'ils soient effectivement capables de sauver Jack...

Il ouvrit à nouveau son ordinateur.

A défaut de pouvoir aider qui que ce soit pour le moment, il leur devait bien d'être informé de leur sort et de préparer tous les arguments possibles pour ouvrir les yeux à Jack.

SPNSPNSPNSPNSPN

Castiel revenait au bunker sans résultats, une fois de plus.

Il savait bien que chercher une porte ouverte vers le Paradis en se basant uniquement sur des émanations d'énergie ne mènerait probablement nulle part, comme il en avait fait l'expérience à l'époque où il cherchait Metatron, mais il ne pouvait rien faire de plus productif dans ces conditions.

Il avait déjà contribué au mieux de ses capacités à leur plan pour atteindre le Paradis. Il voulait croire que le jeune Winchester avait vu juste. Mais même s'il se trompait, il ferait ce qu'il faudrait pour garantir la sécurité de Jack. Il était prêt à tout pour obtenir le meilleur dénouement possible. Si Sam avait raison, il serait plus simple de convaincre Dean de suivre leur direction. Il peinait à jauger son état d'esprit, voyait bien qu'une partie de lui avait besoin de blâmer quelqu'un pour la mort de Mary et espérait que ces semaines écoulées avaient aidé à apaiser son coeur.

Castiel descendit les marches de l'escalier principal et se laissa guider par la grâce de Sam pour le retrouver dans la bibliothèque.

C'était étrange de pouvoir évoluer aux côtés d'un être avec une énergie aussi semblable à celle de ses frères et de ses soeurs et qu'il ne soit pourtant pas tout à fait l'un d'entre-eux. Sam était bien un ange, ses ailes et ses pouvoirs en étaient les meilleures preuves. Son esprit était cependant foncièrement humain. Après avoir interagi avec lui durant des jours, en présence de Dean ou lors de longues nuits de recherches et d'expériences pour leur plan, il pouvait dire qu'il était insatisfait. Il s'adaptait à ce qu'il était devenu parce qu'aucun autre choix ne s'offrait à lui.

- Bonjour, Sam.

- Ah, bonjour. Rien de nouveau, je suppose ? dit-il en levant les yeux de son écran.

Son regard paraissait las et fatigué. S'il avait encore été humain, il lui aurait conseillé de prendre du repos.

- Je n'ai pas trouvé d'autre entrée vers le Paradis.

Il avait vu et ressenti, par contre, l'agitation parmi les humains, son regard s'était attardé sur des nouvelles télévisées qui faisaient état d'un peu trop de morts prématurées dans le pays et la radio de sa voiture lui avait appris que les troubles dans le reste du monde ne faisaient que s'accentuer. Il n'y avait aucun intérêt à partager cela avec le jeune Winchester. Il devait déjà en être conscient, sans aucun doute. Son épuisement apparent devait être lié aussi à cette situation. Il avait été un être humain empli de compassion il était probablement maintenant l'ange qui en éprouvait le plus. C'était une part de ce qui faisait Sam Winchester même s'il en souffrait.

Il l'observa alors qu'il pianotait rapidement sur son clavier puis le jeune homme parla à nouveau, sans le regarder.

- C'est la preuve qu'il me manquait, je suppose. Jusqu'à ce moment-là, j'avais encore un petit doute mais c'est plutôt clair maintenant.

Un sourire triste se peint sur son visage et Castiel pencha légèrement la tête, perdu. Sam lui jeta un bref coup d'oeil.

- Désolé, je veux dire, la Terre entière a soudain trouvé la foi et je n'ai probablement jamais moins pensé à Dieu qu'en ce moment. C'est la preuve que je ne fais plus vraiment partie de l'Humanité.

Il eut un petit rire dépréciateur.

- Je dois bien être le seul être capable de se plaindre de ne plus être un faible et fragile humain. Pas très surprenant que je sois aussi un piètre ange. Du genre arme de destruction massive mais, dès qu'il s'agit d'aider les autres, ma propre famille, c'est à peine si j'arrive à faire les choses correctement.

- Quand j'étais humain, l'adaptation a été... difficile. J'ai été créé ange et, bien que la vie d'un humain soit étonnamment riche, ma préférence restera toujours d'exister en tant qu'ange. Tu es né humain, tu souhaiteras probablement toujours le demeurer.

Sam lui rendit son regard. L'idée semblait nouvelle pour lui.

- Ce serait aussi simple que ça ? Ça justifierait que même en ayant des pouvoirs incroyables je ne peux pas m'empêcher de vouloir redevenir ce que j'étais ?

Castiel ne répondit pas à sa question mais lui en posa une à son tour.

- N'as-tu pas sauvé Dean ? N'est-ce pas toi qui a élaboré le plan qui va nous permettre de parler à Jack ?

Sam se passa une main dans les cheveux et s'appuya contre le dossier de sa chaise, visiblement ennuyé.

- Ce n'est pas - Ça m'a semblé si difficile, Castiel. Si tu me demandais de soigner quelqu'un ici et maintenant, je pense bien que j'éprouverais autant si même pas plus de difficultés à le faire. Je crois que j'en serais probablement capable mais ça ne me semble pas aussi naturel... Quand j'utilise mes pouvoirs pour chasser, c'est comme si j'étais fait pour ça, pour éliminer, purifier, détruire. Mais créer quelque chose ? Réparer ? Soigner ? C'est comme forcer ma grâce à aller dans une direction qui lui est étrangère.

Il n'était pas impossible que sa transformation ait accentué ses caractéristiques de guerrier. Au détriment des autres traits de son caractère. Il garda cette théorie pour lui, elle ne lui offrirait aucun réconfort.

- Mais tu en es capable, répondit-il. Ta volonté te le permet.

Sam se frotta la tempe.

- Oui. Oui, tu as raison. Je ne devrais pas te déranger avec ça. Je te suis reconnaissant de l'aide que tu m'apportes depuis que tout ça a commencé. Il faut juste - juste que je m'adapte, je suppose.

Et le jeune Winchester se pencha à nouveau vers son écran.

Castiel devinait que Sam avait peur de changer, de se perdre dans une nouvelle identité, de faire ressortir une part de lui qu'il avait peut-être toujours craint, même si elle faisait de lui un bon leader et un excellent chasseur. Il se sentait en devoir d'apporter son soutien à son ami mais Castiel avait aussi ses limites. Sans compter que sa compréhension de cette transformation était tout au plus partielle et qu'il ne pouvait donc rien promettre. Il décida qu'il était nécessaire de le laisser à ses réflexions sur le sujet encore quelques temps. Et que l'idée, qui lui avait d'abord paru surprenante, de tenter de rendre à Sam son humanité avait ses mérites.

- Comment se porte Dean ?

A cette heure très matinale, bien sûr, il dormait. Mais ce n'était pas sa question.

- Plutôt bien pour quelqu'un qui a échappé à la mort il y a trois jours. Grognon. Peut-être un rien sur les nerfs aussi.

Mais le sourire en coin qu'il affichait n'indiquait pas qu'il fallait s'en inquiéter.

- Figure-toi que je l'ai surpris en train d'insulter Chuck à pleins poumons hier. Avant qu'il ne me remarque, ses insultes devenaient même si inventives que j'ai bien cru qu'Il viendrait en personne juste pour le foudroyer sur place !

A son expression, le souvenir semblait beaucoup amuser Sam. La perspective d'une telle chose laissait Castiel plutôt circonspect.

Son ami secoua légèrement la tête et son sourire s'adoucit.

- Ce qui est certain, c'est que Dean n'est pas près de dérailler comme la moitié de la planète. Il reste définitivement fidèle à lui-même.

C'était une bonne chose. Ça l'inquiétait un peu aussi. Ils vivaient en ce moment dans une situation d'équilibre fragile qui n'attendait qu'à être rompu. Et il n'oubliait pas que, au-delà des comportements parfois erratiques qui étaient l'apanage de la race humaine, les Winchester avaient aussi un don pour se retrouver au milieu des événements les plus imprévisibles...

A suivre...