Réponse à Drou : C'est par ordre antichronologique. Si tu veux lire l'histoire de façon chronologique, il faut commencer par le passage 50, puis 49, 48, 47, etc. Mais le texte y perd en puissance ce qu'il gagne en clarté.


46.
"Parle-moi de la salvation" dit Tom.

La sang-de-bourbe leva les yeux vers lui. "Il y a des dictionnaires à la bibliothèque."

Il s'installa à côté d'elle. Elle avait étalé une petite couverture sur la pelouse et ses livres étaient disposés tout autour d'elle. Elle avait toujours des livres avec elle, avait-il remarqué, et pas n'importe quels livres. Il en choisit un. Histoire de la magie du sang.

Elle s'asseyait en classe et ne levait jamais la main pour répondre, n'attirait jamais l'attention sur elle. Ses notes étaient résolument dans la moyenne. Il ne la voyait jamais rire avec des copines ni flirter avec des garçons. Elle était mal fagotée, courtaude, une petite chose répugnante et médiocre sans amis et sans talents et elle lisait les livres les plus avancés qu'il ait jamais vu un étudiant lire.

Les livres les plus sombres, en toute vérité. Mais ce n'était pas comme si la vérité l'avait jamais intéressé.

"Est-ce que tu comprends seulement de quoi il s'agit ?" demanda-t-il en feuilletant les pages.

"C'est sommaire mais c'est une bonne base d'informations" répondit-elle d'une voix égale. Elle tendit le bras vers lui afin de lui arracher le livre des mains mais, au moment où la sienne fut à portée, il fit tomber le livre et saisit son poignet.

Les contacts physiques facilitent la légilimancie.

Cela ne servit à rien. Il ne pouvait toujours pas percer son esprit.

"Si tu ne me lâches pas tout de suite…" commença-t-elle et il rit.

"Tu feras quoi ?" dit-il, serrant sa main plus fermement autour de son poignet. "Crier ? Crois-tu que qui que ce soit va venir à ton secours ? Tu es assise avec moi. Ils vont tous tourner le dos comme si de rien n'était et espérer que la prochaine fois ce ne sera pas à côté d'eux que je m'assiérai."

Elle rit à son tour. Elle riait véritablement et son absence de crainte à son encontre le rendit furieux jusqu'à ce qu'il réalise que sa main commençait à brûler. La tenir lui donnait l'impression de presser sa main contre un fer à repasser. Il haleta, la lâcha et baissa les yeux sur la paume de sa main pour chercher les cloques qu'il était sûr d'y trouver.

"Je t'avais dit de ne pas me toucher" fut tout ce qu'elle dit.


47.
Il l'observa à la bibliothèque. Elle avait retiré des étagères des livres de niveau avancé et elle était en train de lire avec un plaisir flagrant. Elle émettait de petits bruits quand elle arrivait à un passage qui l'intéressait et elle prenait des notes précises et rapides dans un carnet en parchemin sur la table devant elle. Quand elle partit, il piocha les livres qu'elle avait lus dans le chariot où elle les avait laissés.

Techniques occlumantiques avancées.

Méthodes sûres d'incorporation des forces élémentales.

Rites sacrificiels et état charnel.

Il reposa les livres et contempla pensivement la porte par laquelle elle était sortie.


48.
D'un coup de pied méprisant, il poussa son sac hors de son chemin.

"Ne touche pas à mes affaires." Sa voix était basse et pleine de colère et il regarda son visage de sale sang-de-bourbe avec surprise. Les gens évitaient toujours de le contrarier. C'était simplement quelque chose qu'ils ne faisaient pas. Les professeurs – imbéciles qu'ils étaient – ne voyaient en lui qu'un garçon poli et intelligent. Il était leur petit prodige, ce qu'ils considéraient comme d'autant plus remarquable qu'il était orphelin. Les étudiants, en revanche, savaient qu'il fallait rester hors de son chemin.

Les gens qui le contrariaient finissaient mal.

Les gens qui le mettaient en colère finissaient encore plus mal.

Personne n'en parlait, évidemment. Il imprimait la terreur au fer rouge dans leurs cerveaux alors même qu'il mettait leurs nerfs à vif et pas une seule de ses victimes n'avait parlé de ce qu'il leur avait infligé.

Les autres étudiants étaient au courant de toute façon.

Cette stupide sang-de-bourbe, en revanche, semblait ne pas être au courant. Il lui sourit, presque excité d'avoir l'occasion de lui faire comprendre son erreur et quelle était sa place dans son monde. Cela faisait longtemps que personne n'avait osé ne serait-ce que le regarder de travers. La fille qui partageait le bureau de sa nouvelle victime s'éloigna discrètement et se tassa sur sa chaise comme si, en faisant en sorte d'être la plus petite possible, elle pourrait éviter qu'il la remarque.

"N'y pense même pas, ajouta la sang-de-bourbe. Si tu me touches tu vas le regretter. Touche de nouveau mes affaires et tu vas le regretter."

"Je ne suis pas sûr que nous ayons été correctement présentés, dit-il en lui tendant la main. Je suis Tom Riddle."

"Je sais qui tu es, répondit-elle avec un mépris évident et sans prendre sa main. Voldemort. Seigneur des ténèbres en devenir."

Il se projeta dans son esprit et fit face à un mur de pure haine.

"Dumbledore n'était clairement pas bien dans sa tête quand il a conçu ce petit projet, déclara-t-elle et Tom se demanda si les émotions qui barricadaient son esprit étaient tournées vers lui ou vers le professeur de métamorphose. Tu es déjà un monstre. Il n'y a rien à sauver en toi."

Il laissa retomber la main qu'elle avait refusé de toucher et plissa les yeux. "La salvation ? demanda-t-il. Est-ce que quelqu'un a ajouté une option théologie au programme scolaire sans qu'on me le dise ?" Son ton était moqueur. "J'adorerais apprendre tout ce qu'i savoir sur la salvation."

Elle renifla avec dédain.

Tom regarda la fille recroquevillée assise à côté d'elle puis de nouveau la problématique tête-de-broussaille. Elle ne tenait déjà plus compte de lui et elle était en train de parcourir rapidement ses notes, soulignant une question qu'elle se posait sur le sujet avec sa plume. Elle ne tenait pas compte de lui. Personne, vraiment personne n'avait le droit de faire ça. Il mettait fin aux conversations quand il avait terminé et pas avant. "Je suis désolé d'avoir frappé ton sac" dit-il pour récupérer son attention.

Elle ne leva même pas les yeux. "Tu as besoin de perfectionner tes techniques de mensonge. Va-t'en, Tom Riddle."


49.
Il la détestait. Cette foutue, sale, répugnante sang-de-bourbe. Élevée par des moldus, une vie passée à se complaire dans la crasse et la maladie. Il fallait tous les exterminer comme la vermine qu'ils étaient. On parle de compassion mais personne n'éprouve de compassion pour la puce quand on sent le souffle de la peste noire sur sa nuque.

Elle était la puce. Elle portait la pestilence dans son être même, dans son sang. Il fallait qu'elle et ses semblables meurent avant qu'elle – avant qu'ils – ne propagent leur pourriture. Il fallait la brûler comme on brûle la chair pourrie.

Le fait que sa magie soit si puissante qu'elle avait pu voyager du futur jusqu'à cette époque faisait d'autant plus d'elle une abomination.

Il la détestait.


50.
Elle passa le portail armée de la connaissance et du feu, modelée par des hommes désespérés pour remodeler le monde.

Elle était leur Je vous salue Marie.