Juliet

Ma main caresse doucement le duvet blanc de cette chouette blessée. Sa patte est cassée et elle ne se tient debout sur son perchoir que sur une seule. Elle est calme et semble apaisée à mesure que je lui prodigue de douces cajoleries. Je lui tends un biscuit qu'elle grignote joyeusement.

J'esquisse un sourire attendri puis je crispe mes doigts autour de sa blessure et une étincelle lumineuse s'évapore de ma paume. Au contact de la magie, l'os se redresse miraculeusement. Sa peau récupère son élasticité et cicatrise. Je vois alors la douleur s'évanouir dans ses iris dorés. Soignée, la chouette pose sa deuxième patte et roucoule de bonheur.

— Juliet ! Je te cherchais partout !

Je sursaute et retire aussitôt ma main de l'animal. Mary se tient là, en haut de la volière, le souffle court et le visage rougi. Elle semble avoir couru pour me retrouver.

— Qu'est-ce que tu faisais ici ? demande-t-elle, pliée en deux.

— Euh. Je profitais de la vue, dis-je en haussant les épaules.

— Hum. Ok. Préviens-moi la prochaine fois quand tu veux t'exiler, ricane-t-elle. Les garçons proposent une partie de Quidditch au parc. Il fait encore beau, c'est l'occasion ou jamais. Tu viens ?

— Euh… Je ne suis que spectatrice. Je ne sais pas jouer.

— Vraiment ?! demande-t-elle, surprise. Tu as déjà essayé au moins ?

— Pas vraiment, je t'avoue.

Sa bouche se tord en un sourire victorieux. Elle s'empare alors de mon poignet et m'entraîne avec elle en dévalant les escaliers de la volière.

— Il est temps de décoincer le balai que tu as entre les fesses alors ! s'exclame-t-elle en descendant les marches.

— Je suis parfaitement décoincée ! protesté-je en éclatant de rire.

Je me laisse contaminer par sa bonne humeur et volonté et la suis d'un pas pressé jusqu'au parc du château. La-bas, nous y retrouvons la fidèle bande de garçons ainsi que Lily et Marlène.

— Et voilà ! hurle Mary en brandissant mon bras. Je nous ai trouvé notre septième joueur !

— Quoi ?! Mais je n'ai jamais joué au Quidditch de ma vie, me débats-je.

— Et ton beau tee-shirt des Canons de Chudley alors ? se moque Sirius en m'adressant un sourire en coin.

— C'était un souvenir de mon père, rechigné-je en croisant les bras. Lorsqu'il m'a emmenée à la Coupe du Monde de Quidditch de 1970.

— Hum ça explique beaucoup de chose, pouffe le brun en me donnant un coup de coude. Tu as certainement oublié qu'en sept ans, tes seins avaient poussé.

J'écarquille les yeux et le dévisage avec horreur tandis que les autres éclatent de rire autour de nous.

— Espèce de sale pervers ! Tu m'as matée ?!

— Nous non, Potterson oui, défend James. Sirius a dû lui calmer ses ardeurs. C'est un détraqué sexuel ce type ! Enfin je veux dire, c'est un prof génial mais c'est un fou dans sa tête ! Il a passé la nuit dernière avec trois prostitués et était complètement bourré et drogué lorsqu'on est venu faire notre retenue.

— Je confirme, déplore son ami.

— Les trois nanas ont même refusé de le faire payer, devant nous ! enchaîne James qui n'en revenait toujours pas. Apparement c'est un bon coup ! Vu le nombre de filles qu'il se tape, c'est pas étonnant.

— Ça, ça veut rien dire du tout ! assure Sirius.

— Ah ça sent le vécu, ricane Marlène.

— Va te faire McKinnon ! Et pour revenir au sujet, j'admire Potterson pour beaucoup de choses, mais il est clairement pas net ! assure Sirus.

Remus, Peter, Lily, Mary et Marlène ricanent, non vraiment surpris. Pour ma part, je suis un peu déboussolée. J'interroge alors Sirius du regard.

— Comment ça ?

— Rien t'en fais pas, dit-il en roulant des yeux. Mais fais gaffe quand même avec lui…

Il est interrompu par Mary qui s'incruste dans notre discussion.

— Qui te dit qu'elle a envie de faire attention, pouffe-t-elle. Ça se passait comment dans ton rêve, Juliet ? Lui et toi en retenue, attendant la punition ?

Mes joues se colorent d'une douce nuance rosée bien que je fulmine de rage. Je hais leur allusions ! Je passe ma main dans mes mèches pour cacher mon embarras et leur renvoie un regard noir. C'est évidemment ce moment que choisit Peter pour se glisser à la conversation.

— Quoi ? Comment ça ? Quel rêve ?

— Bon sang ! Vous êtes pas possibles ! accusé-je en dévisageant Sirius et mon amie.

Ces derniers se marrent de mon comportement et me chahutent.

— Oh c'est bon Ju'...

— De quoi vous parlez ? Quel rêve ? arrive James.

Par Merlin je vais les étriper ! Toute l'école va être au courant si ça continue.

— Juliet a fait des rêves coquiiiiins, dénonce Sirius.

— Ah ouais ?

— Ce ne sont pas vos affaires, cloué-je en croisant les bras et fronçant les sourcils.

Pour les faire taire, je m'éloigne de quelques pas mais Sirius revient à la charge et passe son bras autour de mes épaules.

— Désolé Thorn, je voulais pas te vexer. Sans rancune ? propose-t-il en me tendant sa main.

Je lève les yeux vers le grand brun et le considère silencieusement quelques instants. Mouais. Sans rancune. Je vais lui faire manger l'herbe, il va voir si je suis rancunière ou non !

— Hum, grogné-je.

Je glisse ma main dans la sienne et la serre.

— Mais… C'est vrai ce que James a dit sur… Les prostitués ? demandé-je avec hésitation.

— La scène était tellement improbable qu'on n'aurait pas pu l'inventer !

Le Gryffondor me gratifie d'une tape dans le dos tandis que j'encaisse cette nouvelle plutôt déplaisante. Je ne sais pas pourquoi ça me dérange ni pourquoi ça m'affecte. Lui et moi ne partageons rien. Je ne lui dois rien comme il ne me doit rien.

Pourtant, payer pour avoir des relations sexuelles me dégoûte. Ça ne devrait pas se passer comme ça. Je n'y connais rien au sexe mais pour moi, c'est un échange intime, passionné et un peu sacré entre deux personnes. C'est trop facile de payer.

— Bon, on se la joue cette partie ! intervient James. Thorn tu prends quel poste ? Moi je suis poursuiveur. Sirius celui de l'équipe adverse. Marlène est la gardienne des deux équipes.

— Moi batteuse ! s'exclame Mary, surexcitée.

— Je vous le redis, je n'ai jamais joué au Quidditch de ma vie ! argumenté-je.

— Tu es déjà montée sur un balai quand même ? demande Peter.

— Évidemment.

— Et bien ce n'est pas plus compliqué que ça, m'indique le garçon avec bienveillance. Prends peut-être le poste d'attrapeur. Ce sera plus facile pour commencer.

— Ok, faisons cela. Mais ne vous moquez pas de moi !

— Comment pourrais-je ? ricane Sirius en m'adressant un jeu de sourcil. Ce n'est absolument pas mon style !

Je comprends alors qu'il ne va pas se gêner et que je vis peut-être là mes dernières heures de dignité. Je grince des dents, me promettant intérieurement de me venger.

— Bon du coup Peter en troisième poursuiveur dans l'équipe de Sirius et Remus avec moi, continue James. Et Lily chérie ? T'es sûre que tu ne veux pas jouer ?

Cette dernière secoue négativement la tête et s'assit sagement au pied d'un arbre.

— Non merci. La hauteur et moi ça fait deux, dit-elle en mimant une grimace.

James s'approche d'elle, s'agenouille et lui glisse quelques mots à l'oreille. Ils éclatent de rire en cœur et elle finit par prendre sa tête entre ses deux mains et lui déposer un doux baiser sur les lèvres. Sirius et Peter se mettent à les siffler ce qui nous fait tous pouffer de rire.

— Je t'ai à l'œil, entends-je.

— Moi aussi, toujours, répond-il avec un air taquin.

Il se redresse et nous rejoint sur notre terrain de Quidditch improvisé pendant que Peter fait semblant de vomir. J'éclate alors de rire.

— Ouuuh James, imite Sirius d'une voix aiguë en s'entourant de ses bras et s'auto-calinant. Tu me fais tellement d'effet. Tu es tellement beau, tellement fort…

— La ferme, se marre le concerné en bousculant son ami. Bon allez on s'y met ! Mary du fait la batteuse générale donc c'est pas compliqué, tu vises tout le monde. Tu n'as pas d'équipe en gros et pareil pour Juliet. Dès que tu attrapes le Vif d'Or, la partie est terminée. Compris ?

James me donne un des vieux balais posés près de l'arbre puis enfourche le sien. Il est imité par les autres qui savent déjà où prendre place. Pour ma part, je ne sais pas trop quoi faire ni trop comment me tenir. Je connais bien les règles, ça oui. Mais pour ce qui est de jouer, absolument pas. Les seuls balais que j'ai l'habitude de chevaucher sont ceux de voyage donc avec une selle et bien moins rapides que celui-ci. Bien que je n'ai pas peur de la hauteur ni des sensations fortes, je sens que je vais me rétamer en moins de dix minutes.

Je ne me défile pas pour autant et enfourche le bois. Je quitte le sol, peu assurée, et m'écarte du champs de bataille. Peter avait raison, pour commencer, être l'attrapeur est plus facile pour me mettre en confiance. Je n'ai qu'à me concentrer sur le Vif d'Or et de temps en temps sur les tirs de cognards. Je devrais pouvoir m'en sortir. Enfin j'espère…

James lance le début de la partie et lui et Sirius se jettent sur le souafle avec animosité. Ils se donnent des coups d'épaules, James prend le dessus et envoie avec force sa balle vers les buts. Avec un beau tour sur elle-même, Marlène bloque l'offensive et la renvoie jusqu'à l'autre bout du terrain. Le souafle est rattrapé par Remus qui peine sur son balai. Le pauvre ne semble pas plus à l'aise que moi. Il réussi sa passe pour autant mais Sirius reprend le relais et fait la passe à Peter. Mary, elle, lance les hostilités et envoie un cognard droit dans ma direction.

— Ah ! crié-je en l'évitant de justesse.

Mon cœur bat la chamade, je ne suis vraiment pas en confiance. Pourtant, je ne risque rien. Je dois juste apprendre à lâcher prise. En même temps, le jeans que m'a prêté Mary ce matin n'est pas vraiment adéquat pour plier les jambes et exécuter toute sorte d'activité physique. J'ai beau essayer, je ne suis pas dans une position confortable.

Je ne dis rien pour autant et observe le déroulement de la partie. Jusqu'à ce que j'entende le bruit caractéristique des ailes du Vif d'Or. Je relève les yeux et fixe les horizons. Il est là. Les rayons du soleil reflètent ses contours dorés et m'éblouissent quelques instants. Ni une ni deux, je me lance à sa poursuite.

Le vent balaye mes cheveux et mon cœur explose dans ma cage thoracique à mesure que le paysage défile sous mes yeux. Je suis portée par l'adrénaline et tend alors mon bras pour m'emparer de la balle vive. Voler me procure une sensation inédite et inoubliable. Très vite, tous mes problèmes, mes peurs et mes questionnements disparaissent. Très vite, j'oublie le décès de mon père, la trahison de Regulus et ma déception envers Adrian. Je deviens libre. Libre comme l'air.

Je quitte mon poste, délaisse la course du Vif d'Or et prends de l'altitude. Je vise le ciel avec une envie insatiable de toucher les nuages, de me fondre dans ce bleu exquis et de sentir la chaleur du soleil sur ma peau. Je veux être un oiseau, m'envoler et ne plus jamais revenir.

Je veux être loin de cette réalité où je m'efforce d'être quelqu'un d'autre, quelqu'un d'heureux. Car la réalité est là : je ne suis pas heureuse.

— JULIET ! QU'EST-CE QUE TU FOUS ?!

Au loin, j'entends mon prénom résonner depuis la bande de mes amis mais je n'en ai que faire. Je veux arrêter d'être cette Juliet. Je veux repartir de zéro. Tout oublier et tout recommencer. J'accélère encore. Le vent siffle dans mes oreilles, la pesanteur me rappelle que je suis en vie alors que le manche de mon balai vibre de plus en plus.

— JULIET ! LE MUR DE PROTECTION !

Hein ? Quel mur ?

BAM !

Je percute avec violence une barrière invisible. L'impact est si fort que ma respiration se coupe. Le manche de mon balai se fissure en deux et je tombe à la renverse.

La sensation devient horrible, je suis aspirée vers le sol à une vitesse époustouflante. Je suis absorbée par le vide si bien que j'ai la sensation d'avoir le cœur au bord des lèvres. Je pousse un cri déchirant tout en essayant de rattraper mon balai. Mais c'est trop tard.

Je tombe.

— Rattrapez-là !

Je sens les mains de mes amis me tirer dans tous les sens ce qui me fait crier de douleur mais ma chute est trop forte, trop rapide, trop puissante. Leurs doigts glissent, je me cogne à eux et continue ma descente dans les abysses. La terre ferme se rapproche, je ferme les yeux, je ne veux pas assister à ma mort.

Puis soudainement, un poid m'entraîne et m'agrippe par la taille. Mon souffle est coupé tant la prise a été soudaine. Déséquilibrés par la soudaine masse supplémentaire et la chute, je sens la direction du balai tourner au vinaigre et perdre en altitude. Je suis fermement maintenue contre un torse chaud et dur alors que nous sommes envoyés en toupie dans les buissons.

— Ah !

Mon corps mêlé à celui de mon sauveur frappe avec violence le sol. J'atterris brusquement bien que je sois parfaitement protégée et enveloppée par ses deux bras. Complètement sonnée, je grogne de douleur.

— Ah, gémit une voix. Putain...

Je me fige en reconnaissant le timbre rauque d'Adrian. Je relève la tête et l'observe d'un air sidéré.

— Adrian ? Est-ce que ça va ?!

— Salut Chaton, ricane-t-il, légèrement sonné, la tête reposant dans l'herbe.

Il est dans un sale état. Une branche d'arbre est coincée dans son épaisse tignasse, des traces de terres lui balaient le front et il est égratigné et écorché de partout. Sa lèvre inférieure est ouverte et il saigne abondamment. Je me fige et la fixe quelques instants. J'ai comme une envie soudaine de la lui sucer pour stopper son hémorragie. Je suis d'ailleurs tentée de le faire partout sur son corps chaud et brûlant mêlé au mien. Une douce vague de chaleur se répand en moi alors que je prends conscience de ma position sur lui. Elle est exactement comme dans mon rêve…

Mon professeur ricane et me fixe comme si il avait parfaitement deviné ce à quoi je pensais. Je vire alors au rouge pivoine et me retire. Il en profite pour panser discrètement sa plaie d'un rapide coup de baguette.

— Juliet ! accourt Mary. Est-ce que ça va ?!

— Putain Juliet t'es complètement tarée ! rugit Sirius. Tu aurais pu mourir !

— Qu'est-ce qui t'as pris ?!

Je les dévisage, les idées encore trop dans le vague. Puis je réalise ma stupidité et mes yeux se baignent de larmes. Un poids de plomb se loge dans ma gorge et je suis incapable de parler. Comment leur expliquer que je voulais m'enfuir ? Tirer un trait sur tous mes problèmes et sur ma vie d'avant ? J'en suis tout simplement incapable.

— Une chance qu'Adrian soit passé par là, commente Lily, une veine d'inquiétude lui barrant le front.

— Qu'est-ce que tu fiches ici d'ailleurs ? demande Sirius en interrogeant le sauveur inattendu.

Ce dernier grogne, endolori, et relève le buste avec difficulté. Il respire bruyamment puis passe une main dans ses cheveux. Son index est arrêté par la branche. Sans que je ne puisse contrôler mon geste, je la lui retire. L'envie de passer mes doigts dans sa tignasse était incontrôlable. Lorsque je frôle sa paume, je me fige net. Je me noie dans son regard et mon cœur fait un bond. Je suis ramenée à la réalité par le raclement de gorge de Sirius.

— Euh… J'étais venu pour vous parler, à tous les trois, explique brièvement Adrian en me désignant moi et mes deux compagnons de retenue. Pour m'excuser. Puis j'ai vu un ange tomber du ciel alors j'ai pris un des balais restés à terre. Car l'ange en question semblait avoir oublié qu'il n'avait pas d'ailes et donc, incapable de voler.

Je me mords la lèvre inférieure, honteuse. Quelle idiote !

— Merci, soufflé-je, mal à l'aise.

— Rien de cassé en tout cas ? s'enquit James.

Adrian et moi nous regardons puis je secoue négativement de la tête.

— J'avais de bon amortisseurs, relève-t-il de son air moqueur tout en posant son regard sur ma poitrine.

Un cri de protestation traverse ma gorge et je me jette sur lui pour l'assaillir d'une gifle. Bien qu'il soit hilare, il contourne mon geste et m'immobilise par les poignets.

— Oh c'est bon, on peut plus rire ici, provoque-t-il en roulant des yeux.

— Relâche-moi tout de suite ! me débats-je.

Évidemment, il fait tout l'inverse et renforce sa prise. Une fois n'est pas coutûme, je vise une nouvelle fois son entrejambe. Son cri perce mes tympans, et je me retiens pour ne pas éclater de rire.

— Bien fait, grogné-je.

— T'as vraiment un problème avec mes couilles, souffle-t-il, plié en deux. Faut que je t'apprenne à les traiter avec amour…

— Non merci !

Comme si l'idée ne m'avait jamais traversé l'esprit et que j'en étais choquée, je me lève d'un bond et m'écarte de lui. Mary me renvoie un sourire entendu que je décide d'ignorer.

— Bon si tout le monde va bien, on peut s'y remettre ? propose James.

— Ok mais Juliet est disqualifiée, répond Sirius en me fusillant du regard.

— Parfait, je prends sa place, indique Adrian en se relevant avec difficulté. Considérez ça comme une alternative à la retenue de ce matin.

— Des retenues comme ça j'en veux tous les jours ! plaisante James.

— Ton vœux est exaucé Potter. Rendez-vous demain sur le terrain !

— Avec plaisir !

Adrian ricane puis lève les bras et étire ses muscles du dos. Son tee-shirt se soulève et j'aperçois les prémices de ses abdominaux, imberbes et savoureusement dessinés. Il porte son jeans si bas que je me demande s'il a un sous-vêtement…

Je suis interrompue par le coup de coude de mon amie.

— Quoi ?! chuchoté-je.

— Tu baves, ricane Mary.

— Ça m'étonnerait, rechigné-je en croisant les bras.

Elle pouffe de rire, ne me croyant pas une seule seconde puis s'en va, suivie des garçons. Moi je suis encore dans le flou. Entre la chute et l'atterrissage, je ne sais pas ce qui est le plus perturbant.

Je reste ainsi pendant tout le reste de la partie. Je suis adossée au même arbre que Lily pendant qu'elle lit sagement son manuel de Métamorphose tout en relevant de temps en temps un œil vers son petit-ami, à fond dans le jeu.

Moi, je suis inlassablement le même joueur qui évolue dans le ciel. Comme il fallait s'y attendre, cet imbécile est doué. Il voltige avec brio dans les airs. Lui et James se démarquent des autres et se sont liés d'une complicité soudaines. Habités de la même force et même fougue. De la même dextérité, ils évoluent dans les airs avec aisance et n'hésitent pas à se tendre des pièges pour corser le jeu. L'un chasse la bille dorée tandis que l'autre marque des points. Comme s'ils étaient nés pour vivre en altitude, ils multiplient les figures et font résonner leurs éclats de rire.

Adrian est rapide et bon dans son sport. Ainsi sur les deux parties engagées, il passe les vingts premières minutes à paresser dans le ciel, tel le koala sur sa branche. Il observe les alentours, fait des feintes aux autres joueurs pour pimenter le jeu, enchaîne les figures, rit aux éclats, se passe une main en arrière dans ses cheveux décoiffés, retire son tee-shirt imbibé de sueur, se redresse sur son balai, m'observe puis se mordille la lèvre inférieure…

Minute ! Je me relève contre l'arbre et fuit aussitôt son regard. Merde. Il faut que j'arrête.

— Il te plait, hein ? intervient la voix de Lily.

Je la dévisage avec étonnement alors que son nez est toujours fourré dans son livre. Comment peut-elle deviner ça ?! Je réponds par un soupire ennuyé qui veut tout dire. Elle ricane puis relève ses grands yeux verts vers moi.

— Toi aussi, tu lui plais, déclare-t-elle. Ça se voit.

— Je ne sais pas et honnêtement, ça me met mal à l'aise cette situation. Enfin je veux dire, c'est la première fois de ma vie que je vais à l'école et qu'est-ce que je fais ? J'ai un crush sur un prof ! C'est mal… Je sais pas ce qui cloche chez moi. Il n'y a rien qui va. Je ne devrais pas lui plaire et lui ne devrait pas me plaire.

— Si ça peut te rassurer, je ne pense pas que tu doives le considérer comme un prof. Il n'en a ni la volonté ni le comportement.

— Ça, je l'ai su à la minute où je l'ai vu, grogné-je.

— Moi aussi, dès la toute première fois que j'ai rencontré James, j'ai su qu'il n'était pas comme les autres, m'apprend-elle. Il avait beau être le plus grand des abrutis, il y avait un truc qui faisait que je ne pouvais pas m'empêcher de le trouver…

— Intense, complété-je, les idées dans le vague.

— Oui, confirme-t-elle en pouffant de rire. J'imagine que ça te fait la même chose avec lui.

— Oui et non. C'est juste que… Je suis tellement fascinée par le personnage que j'oublie tout autour de moi. Et c'est ce sentiment qui est divin car si tu savais combien mon cerveau a besoin de faire une pause de temps en temps ! Le fait qu'il m'énerve constamment m'aide beaucoup.

Le sourire de Lily s'agrandit, elle me jete un regard amusé.

— Je comprends à deux mille pour cent ! Si tu savais le nombre de fois où je crois devenir folle avec James. Et pourtant, je pense que c'est ce que j'aime le plus chez lui. Qu'il me fasse sortir de mes retranchements, qu'il pousse mes limites à bout.

J'esquisse une risette, attendrie par les propos de mon amie. Elle est complètement accro, c'est mignon. Ils sont mignons.

— Est-ce que vous avez déjà… Tu sais. Coucher ensemble ? je demande, curieuse.

— Hum. Oui.

— C'était ta première fois ?

— Oui.

— Lui aussi ?

— Non.

— Ah. Et comment c'était ? Tu as eu mal ?

Lily exprime une grimace puis hausse les épaules.

— Au début seulement. Après non. Mais il faut vraiment te mettre en confiance. Ce n'est pas forcément inné. Je veux dire, on ne naît pas Dieu du sexe comme ça.

Oui, ça me parait évident. Je me complais dans le silence en réfléchissant. Avec les récents évènements, j'ai plus de chance de mourir vierge qu'autre chose. Je n'approfondis pas alors le sujet.

Ce n'est pas le genre de chose dont j'ai pour habitude de discuter avec Regulus. Il a toujours été pudique sur la question. Bien que je sais qu'il n'est plus puceau, il n'a jamais voulu m'en dire plus que ça : elle s'appelle Lyssandra et ça s'est passé lors du dernier repas de Noël que toutes les familles de Sang-Pur organisent entre-eux. Il n'a rien voulu me dire d'autres. Sur le ressenti par exemple, les sentiments, le lieu, la position.

Et j'imagine que je ne le saurais jamais car Regulus n'est plus mon ami.

Je déglutis péniblement puis inspire profondément pour m'éviter de pleurer. Je lève à nouveau les yeux vers le ciel et reprends le cours de la partie pour m'empêcher de trop y penser. Au moins en faisant semblant d'être une adolescente comme les autres, émoussée par le fantasme que représente son professeur, j'arrive à oublier mes querelles intérieures.

— Je ne t'ai pas vue à la bibliothèque hier, m'indique Lily.

— J'étais à la Réserve, lui appris-je.

— Hum. Et est-ce que ça avance tes recherches ?

— J'ai appris quelques sortilèges mais je n'ai pas vraiment eu l'occasion de les mettre en pratique. C'est principalement mon problème. Et temps que je ne peux pas m'entraîner, ils seront inutiles.

— Je comprends. Et concernant tes pouvoirs ? Tu en sais plus.

Je soupire bruyamment puis hausse les épaules.

— Non. Je crois que je suis le seul cas connu, dis-je à regret.

— Au moins tu es quelqu'un d'unique, me sourit la rouquine. Mais si tu veux, je peux t'aider. On peut tous t'aider et nous entraîner ensemble. Ça ne nous fera pas de mal.

Elle passe sa main sur la mienne et la caresse tendrement. J'esquisse un sourire et lui renvoie un regard affectueux. Cette fille est vraiment un amour. Dans mon malheur, j'ai eu l'occasion de faire la connaissance de personnes merveilleuses.

Nous passons les minutes suivantes à observer les joueurs puis lorsque la partie se termine enfin, nous rentrons au château. Nous faisons une halte par la Grande Salle pour que les ventres les plus affamés puissent se rassasier avant le dîner.

Le dos contre la table, Adrian s'avachit à mes côtés alors que j'en profite pour me servir un peu de thé. Sans pression ce type ! Il s'installe à la table des élèves comme si de rien n'était ! Lily a raison, je ne dois pas le voir comme un prof. Juste comme un cinglé, j'imagine. Ce qui n'est pas moins rassurant...

Il est tout essoufflé, ses joues sont rougies par l'effort et quelques gouttes de sueur perlent depuis son épaisse tignasse. Dit comme ça, ça peut paraître dégoûtant, pourtant je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi sexy.

— Ah, souffle-t-il. Ça fait bizarre d'être de nouveau du côté des élèves.

Je fronce les sourcils et l'interroge du regard.

— Je croyais que tu n'avais jamais étudié à Poudlard ?

— Hein ? Ah euh oui. Mais il fallait bien que je vienne quand même passer mes BUSE et mes ASPIC. Tout comme toi, je suppose ?

J'acquiesce silencieusement puis porte ma tasse aux lèvres. Mes autres camarades chahutent entre eux et passent en revue le match palpitant qu'ils viennent de disputer. Ils interpellent de temps à autre Adrian pour appuyer leurs dires, devenu la vraie star du jeu.

— Hé Adrian, adresse soudainement James. Ça te dirait de passer de temps en temps à nos entraînements de Quidditch ?

Le grand brun écarquille des yeux et renvoie un sourire émerveillé à son élève comme s'il lui avait proposé un sac de gallions.

— Attend, tu déconnes ?! Ce serait terrible ! jubile le concerné.

— Tu crois que Shea autoriserait ça ? s'enquit Peter.

— J'en sais rien mais t'as vu comment il joue !

— J'avoue. Tu as fait partie d'une équipe de Quidditch ? demande Sirius à Adrian.

— Bah ouais. J'étais l'attrapeur de mon équipe pendant cinq ans, assure le jeune homme. Vu que j'ai eu une croissance retardataire, j'avais un poids plume. Du coup, je me faufilais partout à la vitesse de l'éclair ! J'étais la star de l'équipe.

Les garçons s'esclaffent tandis que l'air malicieux d'Adrian s'accentue.

— Cela dit, je vous rassure que ma croissance était tout à fait normale à un certain endroit, chuchote-t-il. Voir même très précoce.

Nous exposons tous de rire et il se marre avec nous, fier de sa blague pourrie. Ce type est indécrottable ! Je roule des yeux, chose qui semble l'amuser encore plus.

— En tout cas t'es le bienvenue sur le terrain, indique le brun à lunettes.

— Je me ferais une joie de te renvoyer la balle, Potter.

Le regard sincère d'Adrian se dépose sur James et le détaille avec avidité presque comme s'il rêvait soudainement de devenir son meilleur ami. Veut-il se convertir en nouveau Maraudeur ? Au moment où je me fais cette réflexion, il revient vers moi et m'observe comme s'il attendait que je prenne la parole.

— Tu es anglais ? demandé-je alors, curieuse.

Son adorable sourire s'étire et dès que ses fossettes apparaissent, je sens mon cœur battre à mille à l'heure.

— Ça ne s'entend pas ? pouffe-t-il en m'accordant sa pleine attention.

— Si mais enfin, je veux dire, tu as grandi où en Angleterre ?

— Londres.

— Tu y habites toujours ?

Il se redresse sur le banc puis passe une main nerveuse dans ses mèches. Ses yeux gris reviennent vers moi puis il m'adresse un sourire moqueur.

— Il fallait être plus explicite si tu voulais me faire une interview.

Je pose ma tasse et le fixe avec effarement.

— Je n'ai pas le droit de poser de questions ?!

Il éclate de rire, me fait une pichenette puis se retourne et se sert un grand verre d'eau. Il l'avale comme s'il n'avait pas bu depuis une décennie.

— Première fois que je te vois boire autre chose que de l'alcool, fis-je remarquer, étonnée.

Il ricane puis m'interroge du regard.

— Tu veux savoir quoi sur moi ?

Prise au dépourvu, je papillonne des cils.

— Euh… Je ne sais pas. Tu as des frères et sœurs ?

— J'ai un petit frère d'un an de moins que moi. Aaron.

— Vraiment ? m'étonné-je. Tu es l'aîné donc ?

— Difficile à croire hein ? s'amuse-t-il en se réservant un verre.

— Et est-ce qu'il est comme toi… ?

— … Aussi beau ? Non, évidemment que non.

J'éclate de rire puis roule des yeux. Je lève un sourcil et le regarde avec désapprobation.

— Non, je veux dire… Aussi Adrianesque ?

Une risette mutine apparaît sur ses lèvres. Il se rapproche de moi et appuie négligemment sa tête sur son épaule. Ses yeux sont ancrés dans les miens et mon corps prend feu. Les battements de mon cœur deviennent intarissables. Tout comme cette douce chaleur qui se répand de mon bas-ventre jusqu'à ma poitrine.

— Ça veut dire quoi ? « Aussi Adrianesque » ? demande-t-il.

Ma gorge est nouée, je n'arrive pas à parler. Il se rapproche encore un plus vers moi, si bien que sa cuisse frôle la mienne. Je me ronge la lèvre inférieure comme pour me sortir de ma rêverie.

— Est-ce qu'il est aussi… Unique ? finis-je par dire.

Il pouffe de rire puis reprend sa place, dos contre la table.

— Oui. Mais pas dans le même sens que moi, si c'est ta question, répond-il. Il est… Beaucoup plus dans le contrôle ou dans les apparences. Il ne rit pas très souvent, il prend tout au premier degré. Je le trouve un peu coincé, personnellement.

J'esquisse un sourire amusé. Qui est-ce qu'Adrian ne trouve pas coincé ? Considérant le fait qu'il est une personne sans filtre ni limite, forcément tout le monde l'est à ses yeux.

— Vous êtes opposés donc ?

— Je crois qu'on peut dire ça, confirme-t-il.

— Mais tu t'entends bien quand même avec ?

Il hausse les épaules puis mime une grimace.

— Lorsque nous étions jeunes, non, avoue-t-il, les yeux dans le vague. Mais sur les dernières années, oui. C'est quelqu'un de confiance.

— Et toi ? Tu l'es ?

— Absolument pas. J'ai couché avec sa petite-amie. Ça fait quatre ans, il ne le sait toujours pas.

Un déchirement se produit dans mon ventre et mon cœur palpite encore plus fort. Ce type est un véritable connard !

— Quoi ?! Mais pourquoi tu as fais ça ?!

Il hausse les épaules puis ricane.

— C'est elle qui s'est jeté sur moi ! se défend-il.

— Elle est la copine de ton frère ! Tu as l'a trahi !

— Mais non, c'est elle qui la fait ! Elle m'a drogué, explique-t-il en devenant soudainement sérieux. C'était à la soirée de nouvel an et elle a mis un truc dans mon verre. J'en suis certain.

— Vraiment ? demandé-je, choquée. Ce n'est pas plutôt toi qui l'a droguée ?

Adrian hausse les sourcils et me regarde avec effarement. Bizarrement, il semble vexé. C'est la première fois que je le vois prendre un sujet aussi sérieusement.

— Explique-moi pourquoi je ferais ça ? dit-il en s'approchant de mon oreille. Je mets dans mon lit qui je veux, quand je veux. Quel est l'intérêt pour moi de faire une chose pareille ? Et puis surtout, je suis pour le plaisir partagé.

— C'est pour ça que tu paies pour des prostituées ? réponds-je en le repoussant du coude et lui renvoyant un regard noir.

Légèrement étonné, il hausse les sourcils. Puis il reprend très vite de sa contenance et m'adresse son fameux sourire narquois.

— Les prostituées sont les seules qui acceptent certaines pratiques, sourit-il avant de reprendre son sérieux. D'autres questions ?

— Pourquoi est-ce que tu ne penses pas être digne de confiance dans ce cas ? Si c'est elle qui a abusé de toi ?

— Parce que je ne l'ai toujours pas dit à Aaron, crache-t-il. Et que même si je lui disais, il ne me croirait pas. Donc à quoi bon ?

Je ne réponds pas, comprenant qu'il a du mal à affronter sa propre conscience. Peut-être aussi parce que personne ne lui a jamais donné sa chance. Je ne connais rien pour ainsi dire de lui, mais une chose est sûre, c'est que malgré tous les efforts qu'il met en œuvre pour paraître infaillible, il a une faible estime de lui-même. Ça paraît fou, car il déborde de confiance en lui. Mais d'un autre côté, je perçois une certaine vulnérabilité et je ne peux m'empêcher de trouver cette fragilité touchante.

C'est certainement pour cela que je me rapproche de lui et pose ma main sur sa cuisse. Il lève les yeux, légèrement étonné.

— Je te crois, dis-je alors. Et ce qu'elle a fait est très grave. Tu le vis co...

— Il y a deux minutes tu m'as traité de connard, coupe-t-il.

— Non ! C'est faux ! Pas à voix haute en tout cas…

Mon regard s'illumine tandis qu'il pâlit sur place. Je plisse aussitôt des yeux et l'interroge du regard.

— Oh non ! Ne me dis pas que…

— Que quoi ? pouffe-t-il en se levant d'un bon. Que je suis un sorcier extrêmement puissant ?

— Espèce de sale boursouflet à couilles molles ! hurlé-je, sidérée.

Cette sale enflure lit les pensées, j'en suis certaine et tout prend sens. Comment peut-il fanfaronner de la sorte à longueur de temps s'il n'est pas au courant de tout sur tout ?

— Qu'est ce que tu sais sur moi ?! vociféré-je. Qu'est-ce que tu as vu ?!

— Juliet ! Qu'est-ce qui se passe ? demande Mary en nous dévisageant avec inquiétude.

Mes amies cessent leur conversation et nous dévisagent avec effarement tandis que je sens la colère monter en moi. Adrian titube en arrière, alors qu'un sourire machiavélique apparaît sur son insupportable bouche.

— Je sais que… Tu fais des rêves très intéressants, provoque-t-il.

Mon sang ne fait qu'un tour. Je pousse un cri de rage, m'empare de ma tasse de thé et lui jette dessus. Derrière moi, mes amis éclatent de rire. Me concernant, je suis tout sauf amusée.

— Espèce de connard ! beuglé-je.

— Ah ! Cette fois-ci tu l'as dit ! pouffe-t-il.

J'entre dans une colère noire et sors ma baguette. Ni une ni deux, je lance une offensive. Il l'évite de justesse et s'enfuit en courant.

Je suis tellement indignée, tellement enragée que sans hésitation, je le suis. Je me lance à sa poursuite alors qu'il sort de la Grande Salle.

— Potterson ! hurlé-je en le voyant monter à toute allure les escaliers.

Je lance une nouvelle attaque, qu'il prévient par le sort du bouclier. Il ne répond pas à mon offensive et part se cacher en éclatant de rire. Ce mec est un vrai gosse ! J'hallucine ! Ce n'est définitivement pas un vrai professeur !

La rage au ventre, je monte quatre à quatre les marches. Arrivée au premier étage, je suis seule. Il a disparu. Je roule alors des yeux, comprenant qu'il tient vraiment à sa petite partie de cache-cache.

— Adrian ?

Un bruit retentit dans l'aile droite. Je m'y enfonce sans hésiter. Le couloir est plongé dans la pénombre. Je me demande bien pourquoi est-ce qu'il voudrait m'entraîner ici ? Il n'y a personne. Comme si cette partie du château était soudainement devenue déserte. Est-ce qu'il veut vraiment qu'on se retrouve seul à seule ?

J'inspecte une pièce et constate qu'il n'y a personne. Je fais machine arrière puis continue ma recherche. Mon cœur commence à battre de plus en plus vite. Une goutte de sueur coule le long de mon échine. Mes poils se dressent sur mes avant-bras et une douce sensation naît dans mon bas-ventre.

Est-ce qu'il va surgir de l'ombre et me tomber dessus ?

— Adriaaaan ? appelé-je en ricanant.

Je toque contre une porte mais pas de réponse. Alors je continue mon chemin.

Toc-toc-toc.

Je fais volte face et dévisage le vieux placard à balai. Un sourire se dessine sur mes lèvres alors que je m'approche. Il est derrière, j'en suis certaine.

Lentement, je m'approche. Je pose ma main tremblante sur la poignée de la porte. Je sais que dès que je l'ouvrirai, il va se passer quelque chose. Et s'il m'entraînait avec lui avec cette pénombre ? Et s'il m'embrassait ?

Je tourne la poignée et tire la porte vers moi. Les battements de mon cœur s'accélèrent. Je ne souris plus, je suis terrifiée. Terrifiée et incroyablement excitée.

Lorsqu'enfin je pénètre le lieu, je suis forcée de constater qu'il n'y a personne. Seulement l'obscurité. Je fronce les sourcils. Qui a toqué à la porte si je suis seule ?

Un ricanement rauque résonne derrière moi. Je sursaute, le reconnaissant entre mille. Mon sang se glace et mon cœur explose dans ma cage thoracique.

Trois silhouettes noires encapuchonnées émergent. La porte claque derrière moi et se verrouille toute seule. Je pousse un cri de panique, assistant là à ma dernière heure.

— Tu vas rejoindre ton père Juliet, souffle l'un des trois Mangemorts.

— Viens affronter ton destin !

— Non ! crié-je en sentant les larmes me gagner.

Je me jette sur la poignée de la porte mais ne parviens pas à l'ouvrir. Dans la panique, ma baguette tombe à terre et le noir total dans lequel je suis plongée m'empêche de la retrouver. Les trois assaillants tendent les bras vers moi et avancent d'un pas assurés. Leur masque de squelette me terrorise. Je me recroqueville sur moi-même alors que les larmes ravagent mes joues.

L'un d'eux lève sa baguette et je m'attends à voir apparaître un flash de lumière verte. Je vais mourir, je le sais.

Alors que je ferme les yeux et accepte mon sort, la porte du placard s'ouvre et je tombe à la renverse. Je suis aveuglée par un faisceau de lumière tandis qu'une silhouette passe devant moi.

— Putain mais je rêve ! peste-t-elle. Riddikulus !

Chevrotante, je vois les trois Mangemorts exploser en confettis. Incrédule, je lève les yeux vers mon sauveur. Ses deux billes argentés me fixent avec fureur.

— Tu m'explique ce que tu foutais ici ?! hurle Regulus.

Je reprends mon souffle, ma main posée sur le cœur. Je suis encore en état de choc pour comprendre.

— Septième année et même pas foutue de reconnaître un épouvantard ! continue-t-il. Merde quoi Juliet !

Encore victime du contrecoup, je le fixe interdite quelques secondes puis je craque. J'éclate en sanglots. J'enfonce ma tête dans mes mains et suis traversée de spasmes.

Tout cela a réveillé trop de mauvais souvenirs. Je suis à bout. Je fais des cauchemars toutes les nuits. Je ne dors et ne mange presque plus. Je m'efforce de jouer un rôle devant les autres, celle d'une adolescente joyeuse. Mais je n'en peux plus de ce masque. Dès que je ferme les yeux, tout me revient en pleine figure. Je les revois, les Mangemorts, comme si j'étais à nouveau dans la boutique.

Comme lorsque je couvrais mes oreilles pour éviter d'entendre les cris de souffrance de mon père, je plaque mes mains dessus, regroupe mes jambes vers moi et me balance d'avant en arrière. Mon cœur palpite et des petites étincelles blanches explosent dans mes yeux. Je vois flou. Tout ce dont je me souviens, ce sont leurs masques, leurs rires et puis les plaintes.

— Ju' ?! résonne la voix de Regulus.

Je sens ses doigts froids se serrer autour de ma nuque. Il me force à relever la tête et à rencontrer ses iris mais je ne vois plus rien. À part ces têtes encapuchonnées.

— Qu'est-ce qui se passe ici ?!

— Je crois qu'elle fait une crise de panique.

— Bouge de là.

La prise froide de Regulus me délaisse pour être remplacée par deux paumes brûlantes. Je suis plaquée contre un torse et entourée de deux bras. Le buste contre lequel je suis lovée me maintient fermement et stoppe mes balancements.

Juliet ? Juliet, tu m'entends. Respire avec moi. Profondément.

Comme si la voix tapait au marteau piqueur contre mon crâne, elle se fait très claire et audible.

C'est fini. Tout va bien. Je te le promets. Détends-toi. Tu es en sécurité. Reg est là. Je suis là. On veille sur toi. Laisse-toi aller Chaton. Respire.

Une enveloppe chaude se répand en moi, comme si j'étais effectivement protégée de tout. Les battements de mon cœur se régulent et je prends de grandes inspirations.

Continue comme ça. Respire profondément.

La voix d'Adrian est tellement forte et puissance qu'elle ne me laisse pas le choix que d'obéir. Son timbre doux et grave à la fois ainsi que son corps et sa chaleur m'apaisent. Ses mains qui me prodiguent de tendres caresses tout comme ses baisers qui s'aplatissent sur mon crâne me font gagner en confiance. Je suis scrupuleusement les indications données, inspire et expire jusqu'à ce que je réussisse à évacuer toute la peur en moi.

Il me faut plusieurs minutes pour enfin réussir à me calmer. Lorsque je reprends enfin de l'assurance, je constate qu'Adrian a encore une fois été là pour me consoler. Regulus aussi est là. Une veine d'inquiétude lui barre le front.

Je me relève doucement, aidée par mon Professeur qui tente de me faire tenir sur mes jambes. Lorsque je redeviens autonome, je fixe mon ancien ami avec méfiance. Ses dernières paroles résonnent encore en moi. Sa trahison me fissure le cœur.

Nous nous observons silencieusement d'un air dur.

Derrière moi, j'entends Adrian ouvrir la porte du placard. Redoutant l'épouvantard comme si j'avais dû affronter de véritable Mangemorts, je détourne le regard.

— Tu croyais vraiment qu'ils étaient ici ? demande Reg d'une faible voix.

— Pourquoi pas. Tout est possible.

— Poudlard est l'endroit le plus sûr qui puisse être, il ne t'arrivera rien tant que tu seras entre ces murs, rassure-t-il.

— Pourtant toi tu fais bien partie des leurs, relevé-je en le fusillant des yeux.

Je recule de quelques pas et l'interroge du regard. J'attends une explication mais le boucan d'Adrian attire mon attention. Je tourne la tête et le vois se débattre avec une forme obscure. Comme si elle tentait de lui échapper par tous les moyens, elle gesticule dans tous les sens tandis qu'il l'emprisonne dans une vieille boîte en bois sombre, semblable à une malle à jouet.

— Besoin d'aide ? demande Reg.

— Je m'en sors… Très bien ! indique-t-il en se battant avec l'épouvantard.

Enfin la créature rentre dans la malle. Transpirant de sueur, Adrian s'essuie le front avec un revers du coude puis nous adresse un sourire confiant.

— Comment ça se fait qu'il ne s'est pas transformé lorsqu'il t'a vu ? demandé-je.

Ce dernier se relève puis embarque l'épouvantard sous son coude. Il me répond par un air supérieur.

— Parce que je n'ai peur de rien ! provoque-t-il.

— Menteur, rechigne Regulus qui le dévisage d'un regard noir.

Mon professeur se marre et envoie son poing contre l'omoplate de mon ami. Depuis quand sont-ils aussi familiers tous les deux ?

— Je ne lui ai pas laissé assez de temps pour pouvoir lire en moi, révèle-t-il. Cela dit, j'embarque ça. Ça me sera très utile pour mon prochain cours avec les troisième année !

Lui et Regulus se regardent en chien de faïence et c'est à ce moment là que je réalise que les deux hommes se ressemblent énormément physiquement. Mon cœur s'arrête de battre. Ils ont les mêmes yeux et le même sourire. Bien que Adrian soit plus grand et carré que Regulus, qui est franchement maigre, qu'il ait un adorable teint de pêche contrairement au Serpentard qui est plutôt blafard, qu'il ait une épaisse tignasse brune indisciplinée tandis que l'autre a des cheveux noirs lisses savamment maîtrisés et qu'il ait des traits doux tandis que ceux de mon ami sont anguleux, on dirait deux frères.

— Bon Chaton, intervient le grand brun en posant ses mains sur mes deux épaules et ancrant son regard dans le mien, me coupant à ma contemplation. Comment tu te sens ?

Je mime une grimace. J'ai connu mieux.

— C'est la deuxième fois en même pas vingt-quatre heures que je te sauve les fesses, alors un conseil : va te coucher. Ça vaudra mieux.

— Que je sache, c'est moi qui suis arrivé à temps, grogne Regulus.

Adrian lui répond par un jeu de sourcils provocateur puis lui adresse un clin d'œil.

— Je ne voudrais pas interrompre votre tête à tête, dans ce cas, indique-t-il en nous quittant. Bonne fin de journée les gars !

J'observe sa carrure s'enfoncer dans le couloir, s'éloignant peu à peu de moi.

— Hé ! appelé-je.

Le concerné se retourne et lève un sourcil curieux.

— Tu ne t'es toujours pas excusé pour hier, crié-je.

— J'ai joué le preux chevalier tout du long de la journée, ça devrait être suffisant, non ?

Je ne réponds rien tandis que j'entends son rire suffisant résonner. Je reste silencieuse, jusqu'à ce que nous soyons finalement seuls.

— Je te ramène, annonce Regulus de but en blanc. Tu serais encore capable de tomber sur une Goule.

— Je pense que la Goule sera toujours moins dangereuse qu'un Mangemort, craché-je en faisant un pas d'écart.

Touché, le brun déglutit avec difficulté.

— J'aurais beau t'expliquer, tu ne comprendrais pas…

— Tu peux toujours essayer ! C'est toujours mieux que l'indifférence après la trahison.

— Je n'ai pas voulu te trahir Juliet, argumente le brun. Tu me connais. Je ne suis pas comme ça. Si je surveille tes arrières encore aujourd'hui, ce n'est pas pour rien !

— Ah parce que tu m'espionne ?

— Tu ne vas quand même pas t'en plaindre ?! s'offusque-t-il.

Je marque une pause et l'observe, les sourcils froncés. Il m'a peut-être suivi à la trace et évité une mort certaine, il n'empêche qu'il était là le soir où ma vie est devenue un enfer.

— Je… Écoute Regulus, je ne sais plus où j'en suis ni ce que je dois penser. Je n'ai plus rien, tu comprends ça ? Je n'ai plus de repères. J'ai l'impression de perdre la tête. Alors… Je crois qu'il vaut mieux s'en tenir là.

— Je sais.

Nous nous observons silencieusement puis il me devance d'un pas et m'attend au bout du couloir. Il me jette un regard qui me dit « Bon tu viens ou pas ?! » me faisant alors comprendre qu'il ne me lâchera pas avant d'être certain que je sois arrivée à bon port.

Mon cœur bat la chamade. Comment je suis censée lui en vouloir ? Je sais que Reg est quelqu'un de bien. C'est mon ami. Mais d'un autre côté, il a participé à l'assassinat de mon père. Que ce soit de gré ou de force, il a une part de responsabilité et je ne peux m'empêcher de me sentir trahie.

— Est-ce que tu voudrais bien me dire pourquoi tu as accepté de suivre ce mouvement ? demandé-je alors que nous montons les escaliers vers la Tour des Gryffondor.

— Tu sais très bien que je n'en ai jamais eu l'envie ni le choix, grogne-t-il. Ce que je t'ai dit lors de la soirée de Slughorn reste valable pour autant. On ne peut plus être amis.

Je me tais et déglutis péniblement. Je perds mon meilleur ami.

— Ce sont tes parents qui t'ont forcé, pas vrai ? deviné-je en le rattrapant par le bras.

Mon ami se passe une main lasse sur le visage puis me tire à l'écart. À quelques centimètres de mon visage, il jette un coup d'œil derrière moi pour s'assurer que nous sommes seuls puis revient vers moi et plante ses yeux dans les miens.

— Oui et non. C'est surtout à cause de ma cousine Bella, expose-t-il, légèrement anxieux.

— Comment ça ?

— Et bien je ne t'apprends rien. La famille Black a subi diverses « trahisons » ces derniers temps, dit-il en roulant des yeux comme si pour lui le terme était trop fort. Avec le mariage de ma cousine Andromeda, la sœur de Bellatrix, avec un sorcier né-moldu, ou encore mon oncle Alphard qui a légué l'entièreté de sa fortune à Sirius pour qu'il puisse être indépendant de mes parents et du coup, justement, permettre sa fuite du foyer familial, les Black sont devenus un peu la risée parmis les Sang-Pur. Ma cousine Bellatrix ne pouvait évidemment le supporter, en fervent chien-chien de Tu-Sais-Qui. Alors cet été elle est venue chez nous et a défié ma mère.

Je frissonne de peur. Je suis pendue aux lèvres de Regulus, attendant patiemment la suite.

— Bellatrix a demandé à ma mère si nous, donc elle, mon père et moi, étions de fiers Sang-Pur, continue-t-il. Ma mère a affirmé que oui. Ma cousine l'a alors piégée en quelque sorte en la poussant à le prouver. Le meilleur moyen de le faire était évidemment de faire allégeance au Seigneur des Ténèbres et pour que la conviction soit plus forte, Bella a suggéré que ce soit moi, le jeune et légitime héritier des Black, qui endosse ce rôle.

— Oh Reg, soufflé-je, peinée.

— Mes parents ont été évidemment flattés dans leur égo, on leur a prêché que l'erreur de mon frère serait entièrement pardonnée, voir même complètement oubliée, reprend-il. Que les Black retrouveraient leur notoriété, prestige et respect. Et puis on ne va pas se le cacher, mes parents sont persuadés que les Sang-Pur sont supérieurs donc ça n'a pas été très difficile pour les convaincre. En une soirée ils avaient scellé mon avenir, sans mon consentement.

Attristée, je m'empare de la main du brun et la serre dans la mienne. Je suis vraiment désolée pour lui. Je sais qu'il n'a jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Je sais aussi qu'il n'a pas vraiment eu le choix. Personne ne peut défier ou contredire le Seigneur des Ténèbres sans en payer le prix.

— Et ensuite ? demandé-je doucement pour ne pas l'effrayer.

— Ensuite tout s'est enchaîné très vite, annonce-t-il en expirant bruyamment. Bella m'a présenté au Seigneur des Ténèbres. Il m'a fait passé tout un tas d'épreuves cruelles et douloureuses pour s'assurer que j'étais digne de rejoindre le mouvement.

— Il t'a torturé, compris-je alors en frissonnant.

Le brun ferme les yeux et fronce les sourcils comme s'il essayait de se sortir de la tête tous les mauvais souvenirs. J'essaie alors d'être forte et de ne pas craquer car je veux être là, je veux être présente pour lui bien que mon cœur soit meurtri. J'ai assisté à la torture de mon père. Je n'ose imaginer ce qu'ils ont pu faire à mon ami.

— Il a vu dans ma tête aussi. Mes souvenirs, expose-t-il d'une voix nouée. Il t'a vu toi. Toi et tous tes pouvoirs. C'est à cause de moi si les Mangemorts en ont après toi, s'ils ont attaqué ton père…

Lily avait raison, il y a encore une part d'espoir en lui. Même s'il a été enrôlé de force, il n'est pas quelqu'un de mauvais. Je dois donc l'aider et être là pour lui.

— Non, non Reg ! Ce n'est pas ta faute ! m'exclamé-je en le tirant vers moi alors que tout s'éclaire en moi. On t'a forcé à devenir un Mangemort mais ça ne veut pas dire que tu en es vraiment un !

— Juliet ça ne change rien, tranche-t-il d'un air froid. J'ai jusqu'aux vacances de Noël pour te livrer au Seigneur des Ténèbres. Si je ne le fais pas, il me tue.

La sentence vient de tomber. Un poids lourd compresse ma gorge alors que mon palpitant s'accélère. Je papillonne des yeux et dévisage mon ami avec effarement. Je recule de deux pas, sous le choc.

Non. Non et non. Ça ne peut pas être possible. Je ne veux pas qu'il soit en danger. Je ne le permettrais pas.

— Alors je me livrerai de mon plein gré, débité-je, en tentant de trouver une alternative.

— Arrête de dire n'importe quoi, remballe-t-il en fronçant les sourcils. Il te tuera.

— Non car d'ici là je vais apprendre à me battre et je l'affronterai. Je vengerai la mort de mon père et je le renverrai six pieds sous terre lui et son mouvement de lâches !

— Juliet, c'est le sorcier le plus puissant sur Terre, t'es complètement stupide ou quoi ?! Je t'interdis de faire une telle chose, tu m'entends ?!

Il m'agrippe par le col et cloue ses iris gris et féroces dans les miens. Son regard est noir et autoritaire. Il est en colère. Mais je ne reculerai devant rien.

— Et moi je refuse que tu sois tué, soufflé-je à quelques centimètres de son visage. C'est moi qu'il veut…

— Oui et à cause de moi ! grogne-t-il en renforçant sa prise autour de mon vêtement. Si je n'avais pas été aussi faible, il n'aurait pas eu accès à ces bribes de souvenirs et n'aurait jamais eu connaissance de ton existence ! Tu serais encore avec ton père, sur le Chemin de Travers à mener une vie heureuse…

— Et toi tu serais obligé d'être un vrai Mangemort et ça t'aurait éloigné de moi, coupé-je en le repoussant brusquement.

— Au moins ta vie ne serait pas en danger !

— On s'en fiche de moi ! Arrête de vivre pour les autres Reg ! explosé-je. Tu fais toujours tout pour faire plaisir à tes parents, à ta famille. Tu essayes toujours de rentrer dans les rangs pour les autres ou pour l'image. Tu vas aller jusqu'à te sacrifier pour moi, ce que je refuse. Car tu es mon ami et je veux que tu vives. Je veux que tu vives pour toi, tout ça a assez duré ! Je veux que tu sois heureux. Toi Regulus Black, qui es-tu et que veux-tu ?! Vis pour toi ! Sois toi-même !

Je finis ma diatribe, essoufflée. Mon ami et moi nous dévisageons silencieusement comme si nous étions deux inconnus. A son air perturbé, je devine que mes propos tournent en boucle dans sa tête. Il est complètement perdu et moi aussi, je crois. Ma respiration est haletante et mes yeux sont brouillés de larmes. Je manque d'éclater en sanglots à tout instant.

Je me fige lorsqu'une fine larme descend doucement le long de la joue du brun. Je n'ai le temps de me demander si j'ai bien vu au non, qu'il la chasse aussitôt d'un revers de la manche. Il fait un pas vers moi et glisse une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

— Je ne peux pas. On n'est pas du même monde Ju, souffle-t-il, peiné. Fais attention à toi.

Il m'effleure le bras et m'adresse un air malheureux puis sans un mot, s'éloigne, tiraillé entre ses devoirs et ses envies. Perturbée et choquée, je le laisse s'éloigner à regret. Mon cœur se brise en deux. Je souffre et suis meurtrie pour lui. C'est tellement injuste. Pour rien au monde je le laisserai se sacrifier pour moi.