Chapitre 8.
La journée de cours se termine comme elle a commencée : je sors du bâtiment en compagnie de Parker, alors que MJ et Ned sont partis chacun de leur côté. Nous reprenons le bus pour retourner dans le Queens et les minutes défilent pendant que mon camarade me réexplique un passage du cours de chimie.
Nous descendons à mi-chemin entre le lycée et mon arrêt, comme l'avait indiqué Peter ce matin, puis il me mène au travers d'une multitude de rues pour atteindre l'épicerie.
Heureusement qu'il m'en a parlé, je n'aurais jamais trouvé toute seule.
Alors que je suis concentrée à tenter de me souvenir du chemin pour me repérer, Parker me jette un coup d'œil préoccupé.
- Ça ne va pas ?
Je hausse un sourcil, ne comprenant pas pourquoi il me questionne à ce propos.
- T'es plus calme que les autres fois, explique-t-il.
- Et toi t'as l'air moins gêné.
Sa tête se rétracte un peu, visiblement surpris de ma répartie.
- J-Je suis pas… Ça dépend des situations je suppose.
- Pareil pour moi, je conclus. Après, si tu veux te taper l'affiche en pleine rue, je peux me comporter autrement.
- Ça ira, réplique-t-il en ricanant. De toute manière on est arrivés.
J'esquisse un demi-sourire en coin, certaine qu'il allait répondre ça et tourne la tête pour découvrir le bâtiment qu'il m'indique. Nous avons débouché sur un carrefour plutôt important sans que je ne m'en sois rendu compte. C'est vrai qu'en y repensant, les rues que nous avons arpentées pour arriver jusqu'ici étaient plutôt passantes. Le calme de ma rue, que je pensais propre à tout le quartier, n'est qu'un lointain souvenir. Sans que la rue ne grouille de personnes comme cela doit être le cas dans l'Upper East Side, je découvre malgré tout que le Queens possède des coins animés.
En face, de l'autre côté de la route, de grosses lettres rouges indiquent « Delmar's Deli-Grocery » sur une devanture murale blanc cassé. Des gens y entrent et en sortent fréquemment, ce que je trouve plutôt bon signe. Ça n'a pas l'air d'être une boutique craignos qui aurait pu me faire douter de la sincérité de Parker en un instant.
Dès que le feu piéton passe au vert, nous traversons alors que Peter m'explique que le patron, qu'il connaît bien visiblement, lui avait proposé de bosser pour lui. Faute de temps, il avait dû refuser et « Monsieur Delmar » lui avait alors dit de ne pas hésiter à lui ramener de potentiels intéressés. On peut donc dire que je tombe à pic. Et c'est une aubaine pour moi.
Peter évite souplement un groupe de jeunes collégiennes qui manquent de nous rentrer dedans alors qu'elles commèrent entre elles, tandis que j'ai dû piler pour les éviter. Une fois parties, je pénètre à mon tour dans la boutique.
Peter est déjà presque au niveau du comptoir et discute avec l'homme assis derrière tandis que je remonte l'allée de marchandises pour les rejoindre.
- Voilà Naia, c'est une nouvelle… amie, on est ensemble au lycée, explique Peter à ce que je devine être responsable.
Le terme « amie » me fait tiquer, en mon for intérieur. Non pas que me dire que je me suis fait des potes si rapidement me déplaise, mais le mot ami ne me serait probablement pas venu naturellement à l'esprit dès aujourd'hui. Pour autant, parler de connaissances me semble trop impersonnel alors que je les trouve sympathiques, lui, Ned et MJ.
Le regard de l'adulte me tire de ma réflexion aussi profonde que peu utile. Ses yeux noir me scrutent, avant qu'il ne déclare.
- Tu n'es jamais venue ici, non ?
- Je viens d'emménager, je précise.
- Tu as déjà travaillé ?
- J'apprends vite.
En même temps que je réponds, Monsieur Delmar sert la commande que Peter avait apparemment passé dans le court laps de temps où je n'étais pas avec lui. D'un geste de la main, l'homme aux cheveux grisonnant me fait signe de le suivre dans l'arrière-boutique.
- Je te parle un peu du job ?
Moi qui pensais que je devrais fournir CV et lettre de motivation, tout ça me paraît trop facile.
Les joies du piston.
Je dépasse le comptoir en même temps que Parker me demande si j'ai besoin qu'il m'attende. Après lui avoir assuré que je me débrouillerai, il me salue et me lance un sourire encourageant pour affronter l'entretien.
En passant le rideau de ce que je crois être l'arrière-boutique, je débouche en fait sur un petit couloir. A ma droite se tient un bureau allumé, où se trouve l'homme que je suivais. Il me fait signe d'entrer et j'expire le plus silencieusement possible pour évacuer le stress qui m'a progressivement gagnée.
Monsieur Delmar me met directement à l'aise, en ne me parlant absolument pas du job. A la place, il me raconte comment il tient ce commerce depuis plus de vingt-cinq ans et me fait la liste de tous les collègues qu'il a eu et se sont succédés. Il poursuit en m'expliquant qu'une autre personne travaille déjà ici la journée et quelques soirs, mais que, vieillissant, Monsieur Delmar voudrait lentement ralentir son rythme de travail c'est pourquoi il cherche quelqu'un pour le remplacer sur les soirées qui lui reviennent.
Et clairement, ce job me convient. De ce que je comprends, je n'aurais qu'à patienter derrière le comptoir jusqu'à ce que les patients aient fait leur choix, je les encaisse et éventuellement je réapprovisionne les rayons s'ils sont vides. Puisque la boutique est ouverte en permanence, l'homme m'affirme que je n'aurais pas à faire les comptes et qu'il s'en chargera à mon départ, du moins dans un premier temps. Ça les lundis et jeudis, de dix-huit heures à vingt-deux heures, je dis oui.
Le gérant me garde à ses côtés durant une petite heure, où je l'observe faire et où il me fait découvrir l'entièreté de la boutique, pièce des stocks comprise. Je trouve particulièrement étonnant qu'il me fasse confiance si rapidement, ce qu'il doit remarquer, puisqu'il me fait une réflexion en disant que « Parker est un gosse de confiance, et que j'ai l'air inoffensive ».
Je ne sais pas vraiment comment je devrais le prendre, mais je suppose que ça partait d'une bonne intention.
- Un jour d'essai, ça te dirait ? Avant de conclure définitivement le contrat.
Ça me semble beaucoup trop beau pour être vrai, mais j'ai beau chercher, je ne vois pas d'arnaque. Simplement un sacré coup du destin, mélangé avec un beau retour de karma.
J'acquiesce pour affirmer que je suis d'accord avec sa proposition, et n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il poursuit.
- Puisqu'on est jeudi demain, tu n'as qu'à venir pour dix-huit heures. Si tout se passe bien, je t'embauche.
- Parfait, je réponds en souriant.
Sans plus de cérémonie, l'homme me salue et je sors enfin de l'épicerie. Il fait encore jour et pour cause, il ne doit pas être plus de six heures, mais les nuages qui n'ont pas quitté le ciel de la journée assombrissent considérablement la luminosité.
Je me cale contre un mur pour ne pas gêner la circulation sur le trottoir et lance le GPS de mon téléphone. En marchant, il y en a pour une vingtaine de minutes, soit à peine plus que si j'allais récupérer le bus. Autant marcher, puisque malgré la grisaille, il ne pleut pas.
Ecouteurs dans les oreilles, je mets finalement plus longtemps que prévu pour rentrer. Non pas que je me sois égarée ou autre, mais le GPS me fait régulièrement me stopper le temps qu'il se mette à jour. A cela s'ajoute le fait que je prenne mon temps pour mémoriser les rues, histoire de m'y retrouver dès demain. Et par-dessus le marché, Laureen s'est mise à m'envoyer des messages et je n'avais pas envie d'attendre d'être rentrée pour lui répondre. Au final, j'ai pratiquement doublé le temps estimé pour rentrer chez moi.
Qu'importe à vrai dire, je sais que mes parents ne seront pas à la maison de toute manière. Ils me l'ont encore annoncé au petit déjeuner ce matin, bien que je le savais déjà. Ils avaient l'air un peu embêtés, comme s'ils pensaient m'abandonner à mon triste sort dans une ville inconnue. Personnellement, je trouve que je m'en sors pas trop mal pour le moment.
A mesure que je rejoins mon quartier, la population décroit dans la rue, pour finalement disparaître totalement. J'habite vraiment dans le seul endroit désert du Queens, voire de New-York.
La porte de ma maison refermée derrière moi, j'enlève mes écouteurs, dont la musique continue à grésiller. Tout en ôtant le sac de mes épaules, je joue des pieds pour les dégager de mes baskets. Puis j'attrape le tout afin de monter dans ma chambre.
Je dépose chaque objet à sa place, et n'ai même pas le temps de m'asseoir que j'entends quelqu'un toquer à la porte d'entrée.
Flemmarde, je soupire et jette un coup d'œil par ma fenêtre qui donne sur la rue, mais n'aperçois personne. Forcément, l'avancée de toit camoufle le perron. Alors, en soupirant, je descends les escaliers au pas de course et vais ouvrir pour découvrir une silhouette pas totalement inconnue, sans pour autant être familière.
- Salut.
- Salut… je répète plus lentement en esquissant un sourire poli.
Ce mec, je le reconnais de suite. C'est le voisin qui sortait ses poubelles hier. Entre sa peau chocolat, son rictus cachant mal un certain malaise et ses cheveux coupés courts, impossible que je me plante.
- Je m'appelle Luke, je suis ton voisin, se présente-t-il en pointant sa maison par-dessus son épaule. Enfin, l'un de tes voisins. On s'est vu hier je crois.
J'acquiesce, et les traits de son visage se décontractent.
- Ma mère a préparé ça, et m'a demandé de vous l'apporter quand quelqu'un rentrerait chez vous. Je crois qu'elle a prévu de passer dans le week-end avec mon père pour faire votre connaissance, mais en attendant elle a fait ça.
Sur ce, il me tend une assiette recouverte d'un torchon, que j'attrape en esquissant un nouveau sourire plus franc.
- Euh, eh bien… Merci. A vrai dire, c'est cool de savoir qu'on a des voisins, je commençais à croire que la rue était inhabitée, je plaisante.
- Ouais, rigole-t-il. Pas sûr qu'ils viendront tous jusque chez vous pour se présenter, mais personne n'est bien méchant ici.
Je hoche la tête, me moquant un peu de rencontrer les autres membres de cette rue. Je veux dire, je n'ai rien contre eux et si je fais leur connaissance, pas de soucis, mais je ne serai pas déprimée si ce n'est pas le cas.
- Bon ben, je vais te laisser, reprend Luke en me souriant. A la prochaine.
Je le salue et vais pour fermer la porte, mais il se retourne avant d'être sorti de l'allée de jardin.
- Au fait, comment tu t'appelles ?
Je crois que c'est le pire inconvénient, lorsqu'on arrive dans une nouvelle ville : devoir donner en permanence son prénom. J'ai l'impression de ne faire que ça en ce moment. Peut-être que je devrais porter une étiquette sur mon tee-shirt comme une hôtesse.
- Naia, je réponds néanmoins.
- Enchanté Naia, conclut-il avant de me faire un geste d'au revoir avec sa main, et rentre enfin chez lui.
Heyoooo !
Merci pour toutes vos lectures, j'espère que l'histoire vous plait, en tout cas de mon côté je suis contente de voir que des personnes lisent cette fanfic !
A dimanche pour la suite !
