À nouveau dans cet orphelinat, encore dans cette stupide chambre dont rien n'avait changé. Le lit n'était plus à sa taille, Tom se préparait à s'endormir les jambes arquées, si bien qu'il prévoyait de maigres nuits. Mais à présent, au delà des recherches qui avaient implacablement repoussés à l'année prochaine, il avait un journal. Un épais journal en velours côtelé gris qui était censé aidé le jeune homme, selon Marlène McKindon. Suite à cette indication de la jeune fille, il s'était attendu à un apprentissage pour aimer les oiseaux, la vie et le ciel. L'épaisseur de ces pages prouvaient la contenance de photo, et d'usures de ses lignes.
Il ne prit pas le temps de déballer toutes ses affaires, ne le voulant tout simplement pas. Il attendait impatiemment la rentrée. Et pour l'instant, il n'avait que cela à faire, alors il ouvrit le journal sans savoir qu'il ne le refermerait qu'après l'avoir fini. Il put observé avant le début de sa lecture, une marguerite séchée dans le coin de la page. Un mot à ses côtés : Marguerite a toujours été celle qui ordonnait mes idées et ma vie, elle marque alors chacun de mes journaux, elle me rappelle toujours où j'en suis.
Il sourit et commença à lire.
Un exutoire.
Un exutoire, de manière littéraire, est une chose qui nous permet de se soulager, de se débarrasser. Pour beaucoup, cela se transforme en une passion. Comme le sport déverse la colère ou l'art, la mélancolie. L'apaisement de son esprit est très personnel et semblable à une course interminable pour certains.
C'est à mes six ans que le terme exutoire est rentré dans mon vocabulaire. C'était un été aussi chaud qu'ennuyeux. La chaleur m'empêchait de réaliser quelconques activités. Je me plaignais constamment, ma mère devait être fatiguée.
- Je la comprends, pensa Tom en ricanant.
Alors, entre mes mains, elle a placé un journal et de l'encre. Je n'ai alors pas compris le mot nouveau qu'elle eut prononcé. Mais ceux qui suivirent sont, eux, inscrit à jamais dans ma mémoire. Elle m'a dit, qu'au delà de tout, les pages noircis de mes mots seront mon plus grand soutien. Ce journal serait présent à des instants où même Dieu me tournerait le dos, ou mes parents ne seraient plus là. Et où la terre ressemblerait à mon tombeau. Il resterait de marbre face aux pires terreurs, aux plus grands sanglots.
Bien que cela attisait sa curiosité, Tom ignorait où cette fille voulait en venir et il n'était pas connu pour sa patience.
Simplement, car ce journal, c'est moi même. C'est l'instant où mon esprit et mon cœur se reposent ensemble sur des lignes asymétriques. Que les questions posaient en ce lieu ne seront résolus que par moi.
C'est mon premier ami et la personne que je dois le plus aimé sur Terre. Le nom écrit après chaque page, c'est le mien, cela depuis douze ans. Je ne parle pas aux étoiles, aux oiseaux ni à des pages vierges. Mon propre exutoire, c'est moi.
Tout cela nous conduit alors à cet instant précis dans l'univers. Le destin nous amène à cette finalité.
Marlène avait le don de rendre tout bien plus beau qu'il ne l'était. Le jeune homme s'avoua que sa maison devait jouer sur cela.
Je t'écris ces mots avant de te remettre enfin ce journal, après deux mois à y écrire pour toi.
Autour de moi, tout le monde est heureux et je ne peux pas m'empêcher d'avoir envie de pleurer. J'ai dis adieu à Poudlard, à tous ses couloirs et au parc. A Slughorn, aussi. A présent, j'espère pouvoir te dire adieu.
Et avec cela, je dirais adieu à toutes ces questions que tu as fait naître en moi, ces sentiments et émotions.
Pour finir cette note qui s'éternise, ce journal est entre tes mains car c'est ton nom qu'il porte. Car le 2 avril, suite à mon altercation avec Karl et notre discussion, ma plus grande interrogation, c'était toi. C'était toi qui pouvait répondre à mes questions.
Ta personne si étrange qui calma la tempête présente dans mon cœur à cet instant. Et au final, je prie pour que mon encre t'aide plus que mon regard est tenté de le faire.
Je te souhaite une bonne lecture. J'espère que tu ne verras pas les larmes séchées sur ces pages. Adieu, Tom.
Le garçon ne savait pas quoi penser du journal entre ses mains. Il en ignorait toujours le plus gros contenu. Et s'avoua n'avoir rien de plus intéressant à faire, alors il tourna la page.
2 avril 1944
Cher Tom,
En ces lignes, je te confierai mes peines, mes questionnements, mes terreurs. Tu liras certainement ce qui te permettrai de me détruire plus que tout. Mais je n'ai plus à me parler à moi seule, à présent tu es le seul à pouvoir répondre à mes questions. L'unique personne qui calme les tempêtes de sentiments qui peuvent se développer en moi.
Aujourd'hui, tu m'as permis d'apaiser mes douleurs, de soulager ma peine.
Tom, j'ai basé toute mon adolescence sur la destinée et sa fatalité. Tout cela n'est sûrement qu'une protection pour accepter que le décès de mon père était primordial dans l'univers. Que ce détraqueur faisait simplement ce que les étoiles avaient écrit. Et depuis cet instant, je recherche des substitues. Un rappel de la complicité folle que j'avais avec lui. Karl, Albert et même Camille, un serdaigle qui a un jour été mon ami. Je me rappelais ces instants à mes treize ans, avant, où je restais une enfant épanouie avec ses deux parents.
Tom ignorait cela, elle n'avait jamais évoqué son père. Jamais évoqué sa mort. Il fut alors frappé par la vérité qu'il ne connaissait pas si bien cette jeune fille. Que même cet être humain aux yeux dévoilants tant aux siens, avait nourrit des secrets. Enfuit des douleurs.
Je me suis enfermée dans un mutisme profond de ma douleur et de ma solitude. J'ai cherché à bloquer ces souvenirs dans des relations enfantines et peu développées. J'ai aimé toutes ces personnes, mais elles m'ont enfermé dans une non-acceptation de la réalité. J'ai gardé loin mes démons et parfois ils reviennent me hanter.
Aujourd'hui, Tom, je t'ai raconté le jour de la mort de mon père. J'ai affronté Karl, j'ai tenté de te repousser mais j'ai échoué. Aujourd'hui, j'ai réalisé un bon nombres de choses. Mais principalement, je pense que quelque chose est né en moi, et je t'en remercie.
Merci de ne pas me connaître, de me trouver étrange, d'être mature, d'être honnête, d'être un homme avec moi.
Merci d'être fort.
Tom était intéressé par le contenu de ce journal, il voulait connaître les déboires de cette jeune fille. Les raisons de ses sourires et les causes de ses larmes. Il mit cela sour le coup de l'ennui et tourna la page.
5 avril 1944
Aujourd'hui, je ne suis pas venue te parler mais je t'ai longuement observé. Je trouve si spécial la manière dont les gens gravitent autour de toi. Avant, je ne voyais que des petits chiens avides d'être au bout de ta laisse.
Tom ricana.
Mais cela semble tellement plus. Toute cette admiration, cette dépendance à chacun de tes mots. Tout le monde semble obnubiler par ta pensée. Tout paraît limpide dans leurs yeux quand tu évoques quelque chose. Je vois même Avery et Lestrange baissés les yeux, s'aplatir devant ton incontestable supériorité. Il y a Walburga qui épouse chacun de tes mouvements, de tes mots, qui te regarde comme Dieu, comme le seul assez digne de sa considération.
J'ai toujours été impressionné par cette femme, comment alors ne pourrais-tu pas me fasciner lorsque tu trônes au milieu des serpents, tel leur maître.
Tout cela me fait peur, Tom, plus que je ne voudrais l'admettre. Je crains que les ténèbres ne t'engloutissent bien trop pour que je brille encore à tes yeux.
Tom soupira, tout ce qu'elle faisait été peine perdue.
9 avril 1944
Cela fait une semaine que nous ne nous sommes pas parlés. Je maintiens considérablement les coups d'œil que je te lance. Je pense d'ailleurs m'être fait remarqué un bon nombres de fois. Je parviens à ne pas trop songer aux légères cernes qui accompagnes maintenant ton visage chaque jour. Tu sembles désintéressé de tout, des cours et de tes camarades. De la nourriture et de ton être physique. Peut être même de ta santé. Comme si quelque chose prenait tout ton temps, tes nuits et ton attention. Inconsciemment, je prie pour te garder à la surface, que la noirceur ne gagne pas autant ton cœur que ton regard.
- Tu es arrivée bien trop tard, Marlène, murmura-t-il en tournant la page.
15 avril 1944
Je pense déjà t'avoir parlé de destinée. De la fatalité de l'existence, l'idée que toute chose est faite pour une raison qui nous échappe dans l'instantanée. Comme la première fois qu'on s'assoit aussi proche à la bibliothèque, la première fois également que je sors ce journal de ma chambre. Tu es assis avec Abraxas Malfoy, en silence et tu travailles. Tes sourcils se froncent à la moindre incompréhension et tes yeux brillent presque constamment de satisfaction. Seul, enfermé avec ton esprit et ta main agile qui déverse l'encre noir, tu parais plus toi-même. La solitude t'englobe et tu absorbes tout de ta magnificence.
Cela faisait profondément du bien d'être aimé de la sorte. Marlène, agilement, marquait tout ce qui faisait de lui un être supérieur. Elle montrait toutes ses qualités et rendait plus belle encore la vérité. Il sût alors que l'amour surpassait la dévotion dans le cœur de certains êtres.
21 avril 1944
Aujourd'hui, je voulais te rejoindre dans ta solitude, sur ce banc d'un couloir de Poudlard. Tu étais perdu dans tes pensées, sûrement que tu te retrouvais enfin avec toi-même. Je voulais vraiment être avec toi. Mais plus mes pas avançaient vers toi, plus mon cœur reculaient dans des galopements frénétiques. Alors j'ai continué ma route, sans m'arrêter près de ta sérénité.
A présent, je regrette.
31 avril 1944
Ce soir, j'ai été frappé par l'éphémère instant de mon existence. Et j'ai eu peur. J'ai eu mal de n'être que poussière, que secondes dans l'éternité. Minutes dans toutes les vies que je fréquente. J'ai été abattu par la solitude, l'envie d'être avec toi, le besoin de vaincre le destin. Il y a beaucoup de larmes qui coulent. J'ai peur de perdre encore contre la vie, que le malheur et la solitude me surpasse.
Tom réalisa alors que la jeune fille si joviale et étrange était profondément brisée. Qu'une plaie béante circulait tout le long de son cœur et qu'elle n'avait cherché qu'à la camoufler. Aucun pansement, aucun soin. Juste le temps. Il se retrouva aussi devant la fatalité de sa vie, que la seule chose qui pouvait la sauver, c'était lui.
1 mai 1944
Aujourd'hui, j'ai voulu t'aider, j'ai voulu te soulager de ta colère. Et toutes mes craintes ont pris vie. J'ai vu le démon dans tes yeux, la terreur des miens, tes odieuses paroles. Ta constante indifférence, ton insensibilité. Ma terreur, mes sentiments. J'ai vu beaucoup de choses et j'en ai réalisé d'autant plus.
Je ne veux pas te laisser sombrer dans les abysses. Je veux essayer, je veux me battre. Pour ta vie, plus que pour la mienne. Pour ton cœur et tes peines, si cela peut permettre aux miennes de s'apaiser.
Un énième courant d'exaspération franchit les lèvres du jeune homme. Il ne comprenait toujours pas, il n'avait pas besoin d'aide. Il n'en voulait pas. Son existence était tracée par ses envies et ses propres desseins. Il n'obéissait qu'à lui même, ne servait que ces intérêts. Marlène ne croyait qu'aux étoiles et à la bonté, son esprit se perdrait dans les limbes si elle s'approchait trop près de lui.
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Bonjour, bonsoir les gars, on se retrouve donc pour la première partie du journal de Marlène et pour plus de logique je vous posterai également à la suite la deuxième partie. J'espère qu'elles vous plairont toutes les deux.
Alors, avez-vous aimé ce chapitre ?
Le contenu du journal et les commentaires de Tom, des avis ?
Merci d'avoir lu, au revoir.
