chapitre IX

Plusieurs jours passèrent, et Atsushi et Dazai n'avait pas parlé de ce qu'il s'était passé ce soir là ne serai-ce qu'une seule fois. Ils avaient décidé de l'oublier, et de ne pas en reparler. Il n'y avait aucun intérêt dans tous les cas de le faire. Alors ils avaient juste reprit le déroulement normal de leur quotidien à l'Agence, comme si rien ne s'était passé. Assis sur la chaise de son bureau, tapant sur le clavier de son nouvel ordinateur, il se souvenait encore précisément de ce soir là. Il s'était endormi dans son lit, la tête tournée vers la porte de sa chambre entre-ouverte où la lumière jaillissait. Et juste devant lui il y avait Dazai qui était là, assis sur une chaise où il attendait qu'il s'endorme. Les bras croisés, la tête baissée, Atsushi réalisait en se réveillant et en se mettant assis sur ses draps que son ami s'était tout simplement endormi lui aussi, respirant lentement. Comme quoi, même lui était humain et n'était pas si indifférent que ça. Le plus jeune était resté à le regarder assoupi, puis il avait finit par sourire doucement à cette image si rare qu'il avait de son aîné. Quand il réalisait également qu'il était resté toute la nuit à ses côtés, sans bouger ou le lâcher du regard, le garçon ne put s'empêcher d'agrandir son faible sourire, lâchant un soupir par le nez. Les rayons du soleil traversaient la vitre de sa fenêtre, Atsushi était étonné de voir un si beau temps après cette pluie torrentielle qu'il y avait eut cette nuit, et encore plus en ce début d'hiver. C'était lumineux, c'était beau.

Atsushi continuait de fixer l'homme endormi, se disant que même assoupi il restait élégant, quelque peu irritant. Il repensait à ses mots, à ses gestes, à tout. Mais il avait oublié pourquoi il s'était réveillé en pleurant, de quoi avait-il rêvé déjà ? Impossible de s'en rappeler. Encore un cauchemar ? Il ne savait plus. Mais en regardant son ami il se demandait bien ce qu'il aurait bien pu faire sans lui. Dazai avait été là pour lui en un instant aussi médiocre, il l'avait supporté et rassuré comme à chaque fois. Atsushi se dit en cet instant à quel point il avait de la chance de l'avoir, et à quel point il avait eut de la chance de le rencontrer. Son ventre se serrait à cette pensée, et son regard ne se détournait pas de lui. En attendant plusieurs minutes dans le silence total, il s'était redressé et s'avançait en avant, à quatre pattes, tendant la main en avant vers le visage du brun. Doucement, gentiment, il ignorait lui-même ce qu'il était en train de faire, il agissait juste sans réfléchir, et quand sa main effleurait à peine une de ses mèches brunes, Dazai bougeait, et se réveillait. Il fut comme pris d'un soudain frisson et levait doucement la tête. Atsushi paniquait et ramenait sa main près de lui en reculant légèrement, regardant son aîné avec étonnement, les yeux grands ouverts et la bouche entre-ouverte comme une carpe qui n'osait parler. Il ignorait même qu'il rougissait de honte.

- D-Dazai..., murmurait-il

Le plus vieux semblait sortir du vague, se frottait les yeux d'un revers de main et osait même un bâillement.

- Quelle heure est-ce qu'il est ? Demandait-il en regardant autour de lui, comme perdu

- Uhm.. Il est..

Atsushi paraissait encore gêné, mais se raclait la gorge en se remettant de son geste farfelu, et regardait autour de lui, puis ses yeux tombèrent sur l'horloge qui tiquait sur un des quatre murs de sa chambre.

- Il est 9h32.

- Je vois.

Il s'étirait le dos, et après le reste de la nuit passée dessus, il finit enfin par se lever, gémissant avant de sourire, paraissant de bonne humeur comme il avait toujours l'air. Mais il n'avait demandé si il allait mieux depuis la veille, Atsushi ne lui avait pas demandé ce qu'il a bien pu lui raconter, aucun des deux n'avaient évoquer ce qu'il s'était passé, ou ne serait-ce qu'un moment.

Et c'était beaucoup mieux comme ça.

Atsushi soupirait lourdement, resserrant sa cravate noire autour de son cou, et il se levait pour prendre tous les dossiers qu'il y avait sur le coin de son bureau. Kunikida avait dit à tout le monde de ranger toutes les affaires en cours pour le moment, le temps que les histoires avec la Guilde et la Mafia portuaire se dissipe un minimum. Les deux organisations de super pouvoirs avaient leur activité qui avait doublé depuis ces derniers jours, et ça en était devenu critique désormais pour l'Agence. Atsushi redoutait ces menaces, y pensait souvent quand il venait travailler, et se demandait comment tout ça allait se terminer. Les dossiers dans les bras, il regardait le sol, songeant en silence tout en marchant. Puis soudain il poussait un hoquet de surprise quand il percutait Dazai qui était sur son chemin. La moitié de ses dossiers s'étalaient sur lui et il tentait tant bien que mal de les rattraper, paniqué, relevant les yeux vers son aîné.

- Dazai ! S'écriait le garçon comme un réflexe, D-Désolé !

Il réussit à remettre les papiers en place contre son torse, et sourit maladroitement au brun qui lui l'observait avec amusement. Il ne put le regarder droit dans les yeux que quelques secondes avant de détourner le regard et de continuer son chemin. Il était pourtant devenu dur de le regarder sans penser à ce soir là. Sans penser à tous ses mots et ses gestes. Dazai a été, et a toujours été la seule et unique personne à s'occuper de lui. La seule personne à l'avoir fait se sentir bien après sa sortie de l'orphelinat. Il aimait chaque personne avec qui il travaillait, passait énormément de temps avec Kyouka ou Tanizaki, apprenait à connaître tout le monde et même ses ennemis. Mais malgré le peu de temps qu'il passait avec lui, Dazai était celui qu'il portait peut-être le plus dans son cœur. Pour la simple et seule raison qu'il l'a sauvé. Et dans tous les sens du terme. Il posait ses dossiers dans le casier un peu plus loin dans la pièce, prenant une grande inspiration avant d'oser jeter un coup d'œil en arrière.

Quand Atsushi s'était rendormi ce soir là, il n'avait fait aucun cauchemar. Seulement bercé par le calme et l'obscurité. Il avait tant de fois essayé d'oublier le passé, de passer à autre chose. Pendant un instant, il cru que grâce à Dazai, il pourrait enfin réussir, réussir à être heureux.

Pourtant.

.

Il en était sûr. Il en était si sûr, c'était Naomi et son ami qui étaient contrôlé par la poupée, par ce petit enfant qui avait débarqué de nul part pour les piéger. Sur le quai de la gare, il essayait de neutraliser les deux filles possédées par la poupée déchirée, qui riait si fort que Atsushi en perdait la tête. Il devait les protéger, malgré les cris du directeur qui disait qu'il n'y arriverait jamais, il continuait d'y croire. Il ignorait pourtant que celui lui la victime de ce super pouvoir.

- Arrête Atsushi ! Criait une voix dans les ténèbres, Ouvre les yeux !

Dazai. C'était la voix de Dazai, il en était sûr. Alors il put voir qu'il tenait au bout de ses bras Naomi, l'étranglant. C'était lui qui était manipulé depuis le début. Depuis le début il s'était fait avoir, fait avoir dans ce piège puéril. En le réalisant, en réalisant à quel point il était minable et qu'il était en train de faire du mal à ses amis, Atsushi la lâchait et reculait de deux pas, secouant la tête de droite à gauche en sentant son cœur se serrer et lui faire mal.

- Je voulais juste les protéger.., dit-il en sentant son souffle se couper

- Tout est ta faute.

Cette voix soudaine le fit sursauter, et son cœur s'accélérait par la peur. Cette voix, il la reconnaîtrait entre mille. Cette voix qui le hantait chaque jour qu'il passait.

- Emporté par ton pouvoir, tu feras toujours du mal à autrui.

Atsushi secouait la tête, puis tournait la tête sur le côté. Il y avait des gens, les adultes de l'orphelinat, les enfants, tout le monde. Ils étaient tous là, ils l'entouraient, comme s'il était le bouffon du public. Ils avaient tous un affreux sourire, le même que celui de la poupée qui continuait de rire, et ils le regardaient tous sans exception.

- Non, soufflait-il en secouant la tête, Je veux changer..

Ses mains s'étaient transformées en pattes de tigre depuis longtemps, cet animal qu'il haïssait tant. Il les regardait longuement, tremblant, les autres continuant de l'encercler et de chuchoter.

- Je voulais juste les protéger...

Les chuchotements étaient toujours les mêmes, ce n'était pas comme dans un rêve, ce n'était pas comme une hallucination, c'était bien plus réel, oui c'était réel, il en était presque certain. Le rire de la poupée se mélangeait aux rires des orphelins qui l'humiliaient après avoir vu ses cheveux coupés. Tous ces enfants qui riaient quand il avait dit qu'un des adultes l'avait violé dans sa chambre, tous ces enfants qui riaient quand il leur avait dit qu'un jour il serait normal lui aussi.

Arrêtez.

Ils le pointaient du doigt, la poupée déchirée continuait de s'esclaffer.

Arrêtez.

Il sentit son cœur s'accélérer, ses pattes trembler, le tigre en lui était ensanglanté.

- ARRÊTEZ ! hurlait-il à pleine gorge

Il tombait à genoux, et continuait de hurler ce mot sans s'arrêter, se prenant la tête entre les mains comme pour essayer d'atténuer ces rires qui résonnaient dans ses tympans. Ça le rendait fou, que quelqu'un les fasse taire, que quelqu'un les arrête, par pitié.

Aidez-moi.

Soudain, des arcs bleus semblaient s'élever. Ce n'était pas lui, c'était quelqu'un d'autre, mais les rires s'arrêtaient enfin, étranglés, et cette atmosphère noire et oppressante finit par disparaître elle aussi. C'était soudain si calme, tout était blanc.

« Tu n'es pas un enfant normal. Et tu ne seras jamais normal. »

Soudain, l'alarme du train résonnait, la vapeur le faisait démarrer et il partit au loin sous le son répétitif des rames sur les rails. Il s'éloignait et bientôt ce fut le silence dans la gare. Atsushi sut qu'il était revenu à la réalité et que rien ne s'était réellement passé. Quel idiot. Bien sûr que ça s'était passé. Tout s'était passé, mais il y avait plus de treize ans. Pourquoi tout ça lui arrivait. Pourquoi le directeur ne l'avait pas tué quand il en avait eu l'occasion. Le vent soufflait doucement, pourtant son cœur continuait de battre si fort, les larmes coulaient seules sur ses joues et il avait peur, il avait tellement peur. Il ne voulait pas rouvrir les yeux, continuer à avancer, il voulait tout arrêter, là, maintenant, il n'y avait aucun but à tout ça. Il continuait de faire souffrir les personnes autour de lui, il continuait à faire du mal, la bête en lui continuait à être puissante. Il ne voulait plus se relever, il ne voulait plus relever la tête, plus jamais.

Il ne voulait plus tuer qui que ce soit. Il ne voulait pas être un meurtrier.

Soudain il entendit des bruits de pas, un son qui semblait se rapprocher de lui petit à petit avec calme et sûreté. Puis ça s'arrêtait quand c'était juste face à lui. Dazai le regardait un instant, puis le voyant trembler et geindre, il finit par s'agenouiller face à lui.

- Allons-y Atsushi, dit-il calmement, Lève-toi.

- JE NE SUIS PAS QUELQU'UN DE BIEN !

Sa voix était incontrôlable, il hurlait alors que ses larmes continuaient de couler sur son visage. Il serrait les dents, se mordait la lèvre inférieure comme si cela allait l'aider.

- Je n'aurais pas dû exister..

Sa gorge se serrait et sa voix se cassait. Il n'arrivait plus à dire quoi que ce soit, alors il continuait de pleurer et de gémir de douleur. Oui, il avait mal, si mal. Toutes ces choses qu'avaient dit Dazai, tous ces conseils, tout était partit de sa mémoire. Comme si cette poupée l'avait complètement brisé à nouveau, et que tous ses espoirs qu'il s'était battit étaient morts eux aussi. Il tremblait, gardait les yeux fermement fermés, il savait que Dazai était juste devant lui à le regarder. Par pitié, arrête de me regarder comme ça. Ne me regarde pas complètement brisé.

- Atsushi.

Son souffle se coupait soudain dans sa gorge quand Il sentit la main de Dazai passer sous son visage. Sa peau était chaude, réconfortante, il cessait un instant de trembler, bercé par cette présence rassurante et familière. Sa main passait sous son menton, et Dazai lui faisait relever la tête jusqu'à ce qu'il croise son regard. Il ne s'était pas retenu, ne s'était pas abstenu et s'était seulement laissé aller et conduit par le geste doux de son ami. Il avait simplement lâcher sa tête et avait rouvert ses yeux larmoyants, regardant le brun en sentant une chaleur lui prendre les entrailles. Son cœur avait sans doute cessé de battre.

CLACK.

Sa tête pivotait soudain sur le côté quand Dazai le frappait. Il ne respirait plus, ramené à la réalité. C'était la première fois que le brun le frappait, et Atsushi en était presque abasourdi par ce geste soudain.

- Écoute moi bien maintenant.

Atsushi ne bougeait pas, regardant face à lui en se remettant de ces dures émotions.

- Je vais te donner un bon conseil pour changer.

Dazai soupirait, abaissait sa main le long dans son corps en continuant de fixer le garçon.

- Ne t'apitoie pas sur ton sort.

Ces simples mots suffirent à faire réagir le plus jeune. Ces mots là ne le laissèrent pas indifférent. Ils tournaient ses yeux vers Dazai, puis respirant à nouveau, il tournait par la suite la tête vers lui. Le regardant longuement avec les perles salées séchées sur ses joues rouges. Ça ne le laissait pas indifférent, Dazai gardait ses yeux bruns plantés dans les siens.

- Ne t'apitoie pas sur ton sort, continuait-il, Si tu fais ça, ta vie-

- Deviendra un cauchemar interminable..

Dazai ouvrit un peu plus les yeux quand Atsushi sortit les derniers mots de sa phrase. Le plus jeune, lui, parut presque aussi surpris que le brun, écarquillant les yeux la bouche entre-ouverte. Il ne savait pas non plus d'où était sorti ces paroles, comment il pouvait bien connaître la fin de cette phrase.

Pourtant ils étaient là ces mots, implantés au fond de son cœur.

Il pouvait alors se souvenir, vaguement, comme quelque chose de bref et de flou, quelque chose qui lui provoquait un horrible mal de crâne. Il voyait à peine, mais il entendait les mêmes mots prononcés par un écho, une voix cristalline et grave à la fois. En regardant cette tache floue, Atsushi soupirait doucement sous le regard interrogateur de Dazai.

La Silhouette sans visage.

Atsushi eut mal au crâne, il ne comprenait pas. Ce souvenir, ce fragment qui n'était pas réel était réapparut dans sa tête. Pourtant jamais ça n'a été réel. Ça n'a jamais été vrai...

Au moment où Atsushi commençait à se poser multiple questions, ne comprenant pas, Dazai finit par se relever, les mains dans les poches, et il continuait à paraître indifférent, le visage fermé mais pourtant tout aussi rassurant. Atsushi avait presque oublié ce qu'il s'était passé deux minutes plus tôt , fixant le plus vieux en attendant tout simplement.

- Allons-y, dit-il la voix grave, Atsushi.

.

Deux semaines passèrent depuis, et les événements furent presque oubliés quand la guerre entre la Triade des organisations s'était finalement arrêtée. Du moins, pour l'instant. Mais jamais ça n'avait été aussi calme, et jamais ça n'avait été un tel soulagement de retourner à l'agence sans aucune pression ou aucune culpabilité sur les épaules. Ça faisait tellement du bien. Tout avait reprit le cours normal, enfin, quasiment tout, et la vie à l'Agence n'a jamais été aussi calme et paisible qu'en ce moment d'après Atsushi, et ceci malgré le fait qu'il n'était là que depuis quelques temps. Kyouka faisait officiellement partie de l'Agence aujourd'hui après la fête qui lui était dédié pour lui souhaiter la bienvenue. Atsushi lui, en guise de cadeau de bienvenue, avait eut le droit à une bombe. Mais était-ce vraiment ça ? Atsushi sourit à cette pensée. Non, il savait que à cause de tous ces événements qui se sont succédé, ils n'ont tout simplement pas put le faire. Alors il n'en avait eut, mais peu importait, cela ne lui faisait absolument rien, il était heureux avec ça et était heureux pour son amie qui avait pu refaire sa vie. Elle faisait officiellement partie du groupe désormais, c'était comme si tout était revenu à la normale.

9h, le 14 décembre.

Atsushi pouvait déjà entendre les paroles étouffées de ses collègues à l'intérieur de la pièce à travers la porte en verre. Atsushi remontait ses manches, puis finit par ouvrir la porte, entrant dans les bureaux en souriant à Kunikida, puis à Tanizaki et à sa sœur. Il regardait autour de lui pour se rendre compte que Dazai n'était pas dans la pièce, et il se demandait même où est-ce qu'il pouvait bien être passé cette fois-ci. Une nouvelle tentative de suicide ? S'est-il encore fourré dans le pétrin ? À ces pensées, un fin sourire se dessina sur le coin de ses lèvres lorsqu'il était perdu dans le vague. Depuis quelques temps, Atsushi cherchait constamment la présence de Dazai. Il avait besoin de lui, de son réconfort qu'il lui apportait à chaque fois.

Il entendait la discussion de ses amis que brièvement, pas qu'il n'était point intéressé, mais qu'il supposait qu'il était mieux pour lui de ne pas se mêler de ce qu'il ne regardait pas. C'était ce que le Directeur lui a toujours appris. Merde. Le Directeur. Il secouait la tête, puis croisait les bras en s'appuyant contre un des bureaux, continuant de regarder autour de lui comme s'il attendait une brusque apparition. Son cœur s'accélérait sans raison quand il entendit un bruit derrière la porte, mais rien ne vint. Fausse alerte, Atsushi, calme toi.

- Tu peux attendre autant que tu veux Atsushi, Dazai n'est pas prêt de rentrer aussi tôt.

À l'entente de son nom, le jeune homme écarquillait les yeux et tournait la tête vers son interlocuteur qui n'était personne d'autre que Tanizaki. Détournant le regard à plusieurs reprises, comprenant ce que Tanizaki avait dit, il finit par parler, bégayant comme s'il était embarrassé.

- Dazai ? Comment est-ce que tu peux savoir que-

- C'est la première personne que tu cherches des yeux quand tu arrives le matin, répondit son ami avec un sourire amusé, Comme si tu n'arrivais plus à te passer de lui.

- Ce n'est pas ça..., dit Atsushi en détournant les yeux, Avec toutes les fois où il a tenté de se suicider, je me demande juste si...

- Hey ne tire pas cette tête là !, plaisantait Naomi en souriant, Il plaisantait tu sais.

- Il est parti réglé une affaire dans le centre ville avec Ranpo, renchérit Kunikida plongé dans les notes de son carnet, Kenji et Kyouka sont sur un autre dossier en ce moment même. Akiko est aussi partit avec eux. On ne les retrouvera que ce soir au festival.

- Je vois...

Puis soudain, Atsushi fronçait les sourcils et lançait un étrange regard à Kunikida.

- Tu.. Tu as dit « festival » ?

Naomi ne put s'empêcher de lâcher un rire, son frère lui secouant la tête avec une main.

- Oui, répondit Naomi en attrapant la main de son frère sur sa tête, il y a un festival ce soir dans le centre de Yokohama. Et le patron est d'accord pour qu'on y aille tous, il compte même venir lui aussi.

- Alors.. Alors on va tous au festival ce soir ? Comment ça se fait que je n'étais pas prévenu ? Dit Atsushi en regardant chacun d'entre eux

- Ça s'est fait sur un coup de tête hier soir, peu après que tu sois monté te coucher.

Dépité, le jeune homme affichait une tête consterné par une raison aussi idiote que celle-ci. Il soupirait, levant les yeux au ciel, alors que Kunikida reprit une nouvelle fois la parole.

- Nous n'avons pas d'affaires aujourd'hui, les seules que nous devions nous occuper, les autres sont déjà en train de les élucider.

- Qu'est-ce qu'on est censé faire alors ?

- Attendre, répondit Tanizaki en haussant les épaules, ou bien se préparer pour les festivités de ce soir. Tu as un yukata ?

Atsushi le fixait longuement, puis finit par secouer la tête de droite à gauche.

- Je n'ai quasiment rien, répondit-il, et puis je ne suis jamais allé à aucun festival, alors-

- Quoi ? S'exclamait Naomi, Tu n'as jamais participé à un Matsuri ? Même quand tu étais petit ?

Cela suffit à ce que la poitrine de Atsushi se serre fort. Il déglutit en silence, la mâchoire scellé, n'osant dire quoi que ce soit.

- Il a vécu dans un orphelinat je te rappelle, lui dit son frère

- Oui, mais même les enfants des orphelinats vont aux festivals de ce type ! Ce n'est pas normal.

Et un véritable débat commença entre le frère et la sœur. Atsushi s'était mis à fixer le sol, essayant de maintenir cette sensation qui soudain l'avait submergé pour compresser sa cage thoracique, essayant de la diluer du mieux qu'il le pouvait. Oublier le passé, il était à deux doigts de réussir, pourquoi on était tout le temps obligé de lui rappeler tout ça. Ses mains se serraient sur sa chemise blanche, et sans qu'il ne s'en aperçoive, Kunikida l'observait de là où il était, ne lisant plus ses notes, alors il finit par s'avancer vers lui, posant une main sur son épaule. À ce contact, Atsushi sursautait et tournait automatiquement la tête vers lui, le fixant droit dans les yeux.

- Je n'ai pas de Yukata non plus. Je n'ai pas fait de festivals depuis un sacré moment, alors.. On n'aura qu'à en chercher tout à l'heure dans la ville, ok ?

Le plus jeune le fixait longuement, et il oubliait comment il s'était retrouvé à parler de ça tout d'un coup. Il affichait un sourire, puis hochait la tête.

- D'accord, répondit-il doucement, Faisons cela.

.

Matsuri. Un festival que chaque ville, chaque localité fêtait à sa propre manière. Des feux d'artifices, des stands, de la nourriture, tout ce qui faisait d'un Matsuri un festival de couleurs et de joie, un événement que chaque habitant du Japon attendait avec impatience dans chacune des villes pour célébrer les dieux traditionnels. Chaque année, les orphelins sortaient dans Yokohama pour célébrer au moins un festival par an. Et Atsushi n'avait jamais pu partir avec les autres. Les Yukatas et tout ce qui allait avec, Atsushi ne connaissait pas, c'était nouveau et presque angoissant. Pourtant ça ne devait pas faire cet effet là. Il était sortit avec Kunikida cet après-midi, et jamais il n'aurait pensé que ça aurait été aussi dur de trouver un Yukata. C'était si simple pourtant. Il s'en était prit un bleu, il était simple et pourtant subtil. En se regardant dans le miroir de la boutique, il s'était même demandé, pendant un instant, de quel couleur serait celui de Dazai. Et celui des autres, bien évidemment. Il se fixait longuement, puis en pensant à lui, il ne put s'empêcher d'esquisser un léger rictus sur le coin de la bouche.

La nuit tombait vers 19h ce soir là, il y avait encore les couleurs chaudes du soleil couchant à l'ouest et la nuit était noire à l'est. Habillés de leur Yukata, Atsushi, Kunikida, Naomi et Tanizaki s'avançaient à travers de la foule, les personnes présentes semblaient de bonne humeur, chaque stand inspirait la joie des festivités, c'était coloré, les lumières étaient splendides, les différentes odeurs qui venaient des plats de droite et de gauche se mélangeaient une à une. Atsushi observait les lumières, essayant par la même occasion de ne pas trébucher avec ses sandales en bois. C'était la première fois qu'il participait à un tel événement, et en ce moment il se rendit compte à quel point il aurait aimé avoir fait ça plus tôt. Il aurait tellement aimé. Il levait une main et serrait son vêtement là où se trouvait son cœur, continuant d'admirer le festival autour de lui.

Toutes ces couleurs, cette joie qui flottait dans l'air, ces stands, ça lui rappelait...

- C'est beau, pas vrai Atsushi ?

À cette voix, Atsushi sursautait presque, et s'arrêtait de marcher pour se retourner, se trouvant face à face avec Dazai, ainsi que Ranpo, Kyouka, Akiko, Kenji et même le Patron. Il les regardait, soulagé.

Ces mots résonnaient dans sa tête, et cette image de l'arbre de Noël qu'il avait une fois vu dans son enfance restait encore ancrée un instant.

- Vous êtes là, enfin ! S'exclamait Kunikida, On a failli faire le tour du marché sans vous !

- Pas la peine d'être aussi désagréable, on était à côté, répondit Ranpo en croisant les bras et tirant la moue

Kenji se mit à rire en regardant le visage colérique du blond à lunettes, et il fut bientôt suivi par Kyouka qui elle réussit à mieux se contrôler, dissimulant sa bouche avec le dos de sa main. Atsushi les regardait un à un, étonné de les voir aussi bien habillés. Avec tous les récents événements, personne n'avait eu le temps de réellement s'amuser, de profiter, et encore de participer à n'importe quel événement culturel quel qu'il soit. Se retrouver tous là, à participer à un matsuri, était quelque chose de presque nouveau, et d'étonnant à vrai dire.

Son regard se portait enfin sur Dazai qui se postait juste devant lui. Il l'observait de haut en bas, et remarqua alors que son yukata à lui était brun, et que l'on pouvait apercevoir ses bandages qui recouvraient ses bras mais aussi son cou et son torse. Il était élégant, tout lui allait comme un gant, ça en était presque agaçant.

- C'est la première fois que je te vois porter un yukata, dit alors le brun en le pointant du doigt, C'est intéressant.

- Moi non plus, tu sais, répondit Atsushi avec un sourire

- Je ne fais pas les festivals d'ordinaire, mais avec toutes ces suspensions qu'il y a en l'air, ça m'inspire assez en fait.

Atsushi levait les yeux au ciel, et fixait les suspensions de lanternes multicolores. Le suicide, bien sûr que ça l'inspirait. Quelle idée, le jeune homme ne put s'empêcher de lâcher un lourd soupir d'exaspération. C'était beau, les lanternes brillaient de mille feu, c'était chaleureux, plein de vie. Est-ce que ça toujours été comme ça ? Même lorsqu'il était jeune ? Il avait raté un tel spectacle pour ses yeux pendant tout ce temps. Il s'était mis à réfléchir à tout ça, se perdant dans ses pensées et oubliant même le lieu où se trouvait en ce moment, les paroles de ses amis se dissipant, il n'entendait plus.

- Et si on allait faire un tour maintenant ? Proposait Akiko

- Bonne idée ! S'exclamait Kenji qui partait déjà en courant dans tous les sens

Il riait, et bientôt tout le monde le suivit, partant un peu plus en avant. Dazai les regardait un instant sur place, puis quand il tournait la tête, il remarquait que Atsushi gardait les yeux sur les sol, complètement dans la lune. Le brun l'observait, puis posait une main sur son épaule. Son contact chaud réveilla presque instantanément le jeune homme.

- Atsushi, appela t-il, On y va. Tu viens ?

Atsushi tournait la tête vers lui, et son regard le calma presque, il oubliait.

- Oui. Oui bien sûr.

Dazai sourit, puis plaça une main dans son dos pour le faire avancer avec lui. Ils marchèrent tous dans le marché, admirant chaque endroit, saluant parfois quelques personnes, se retrouver dans un tel contexte était nouveau pour tout le monde en réalité, surtout avec tous les membres de l'Agence. Atsushi essayait de profiter de chaque moment, riant avec les autres, regardant chaque stand avec envie, et faisant transparaître toute la bonne humeur qu'il ressentait. Tout le long il restait auprès de son ami, lui montrant chaque chose qu'il voyait avec émerveillement en l'appelant par son nom et parfois s'accrochant à son bras sans même s'en rendre compte. Dazai le regardait, puis voyant sa joie à chaque fois qu'il lui montrait quelque chose, il ne pouvait s'empêcher d'esquisser un sourire, à chaque fois et parfois même sans le vouloir. Ils arrivaient devant une pancarte qui annonçait l'heure et l'endroit où aurait lieu les feux d'artifices, et Kenji avait des étoiles dans les yeux, se tournant vers les autres en levant les mains haut en l'air.

- On ira les voir ? On ira les voir hein !

- Je n'en ai jamais vu, énonça Kyouka

-On ira les voir Kenji, alors arrête de sauter comme un hystérique ! S'écriait Kunikida

- Calme toi, tu veux, lâchait Tanizaki en roulant les yeux au ciel

Naomi sourit, alors que Ranpo et Fukuzawa regardaient ailleurs. Atsushi, à l'arrière, rit puis secouait la tête, détournant les yeux de ses amis. Il regardait sur la droite, fixait les gens se déplacer dans les rues en groupe, en couple ou même seul. Il les observait, soupirant longuement, puis soudain, il arrêtait de respirer et écarquillait les yeux quand il vit, au loin, une ombre passer, elle était rapide et était aussitôt repartie. Atsushi fronçait les sourcils, et se tournait vers la rue où l'ombre venait de passer, ne la quittant pas des yeux. L'ombre passait à nouveau, mais elle s'arrêtait puis elle prit forme humaine. Cette ombre qui n'avait aucune forme s'était matérialisée, et personne ne l'avait remarqué. Cet homme qui était apparu au centre de la foule était blond, les cheveux en bataille sur sa tête, et il portait une doudoune verte sans manches par dessus son pull pourpre. Il regardait autour de lui, puis rabattait la capuche à fourrure sur sa tête avant de mettre ses mains dans ses poches et de passer à travers la foule, ni vu, ni connu.

Atsushi fronçait un peu plus les sourcils, et sans lancer un regard en arrière vers ses amis, il s'avança seul dans la rue en tentant de suivre sa trace. Il ne le quittait pas des yeux pour ne pas le perdre, il était si concentré qu'il en oubliait la fête, qu'il s'excusait à peine lorsqu'il percutait des gens et qu'il leur rentrait dedans. Même si ce n'était que son intuition, quelque chose n'allait pas du tout, ce type là, il ne lui inspirait pas confiance du tout, ça ne sentait pas bon. Si ça se trouve, ce n'était qu'un détenteur de pouvoirs sans mauvaise intention, comme lui et les autres. Atsushi soupirait, il n'aimait pas se prendre la tête comme ça, surtout lors d'un festival. Il restait loin derrière lui, s'était éloigné des autres membres de l'Agence et il s'arrêtait soudain de marcher quand l'homme sortait de la foule et se dirigeait un peu plus loin dans une ruelle. Il s'était isolé, et la situation devenait doucement dangereuse. Le jeune homme regardait derrière lui, puis faisant claquer sa langue avec agacement, il décidait de lui aussi sortir de la foule pour le suivre. Il avançait vite, mais Atsushi réussissait à ne pas le semer, se planquait même de temps à temps pour ne pas se faire remarquer. L'homme qu'il pourchassait ne disait pas un mot, était plutôt silencieux.

Atsushi regardait autour de lui. Cette ruelle, il la reconnaissait. Il la connaissait, c'était certain. Pourtant il n'était pas venu ici, jamais même, elle était étroite, sombre et encore plus par la nuit, il y avait des caisses et des tonneaux à droite et à gauche. Il fronçait les sourcils, n'arrivant pas à se rappeler, et quand l'homme en face s'arrêtait de marcher, Atsushi plongeait à terre et se cacha derrière une des caisses, plaquant une main contre sa bouche pour éviter de faire trop de bruit. Mince. Pourvu qu'il ne l'ai pas remarqué. Atsushi balançait sa tête en arrière et observait l'homme à capuche qui était toujours planté dans la ruelle. L'homme enlevait finalement sa capuche de sa tête, et faisant craquer son cou en balançant sa tête à droite puis à gauche, levant les bras en l'air. Une aura l'illumina puis son corps entier se dématérialisait pour se changer. L'homme se transformait comme s'il n'était que de la pâte à modeler puis il s'envola quand il prit la forme d'un oiseau.

Il s'était transformé.

Atsushi fut obnubilé avant de se lever et de regarder l'oiseau partir sans pouvoir bouger. Qu'est-ce qu'il venait de se passer au juste ? Il réfléchissait à toute allure, c'était différent de son pouvoir à ne se changer qu'en tigre.

Puis, il se souvint.

- Alors ? Votre mission ?

Kunikida et Dazai avaient soupiré à l'unisson, le brun s'étalant dans le canapé comme une feuille morte alors que le blond s'appuyait contre un des bureaux, remettant les lunettes sur son nez.

- Une catastrophe, avouait Kunikida

- Disons que ça ne s'est pas passé comme prévu, continuait Dazai

- Comment ça ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- On était à la recherche d'un certain Hashimoto Anju, un gamin de seize ans qui fout la zizanie un peu partout quand ça lui chante. On a reçu plusieurs plaintes déjà.

- Et le problème, c'est que c'est un Métamorphe.

- Un... Métamorphe ? Demandait alors Atsushi l'air inquisiteur

- Je les déteste, balançait Dazai, Ils sont quasiment impossible à cerner. Ils se changent en tout et n'importe quoi, ils sont insaisissables et ça c'est vraiment énervant.

- Je suis d'accord, acquiesçait Kunikida, ils sont connus pour ça, et c'est ce qui les rend agaçant.

- Les Métamorphes sont ceux qui peuvent se changer en n'importe quoi, c'est ça ?

- Oui, dit Dazai en hochant la tête, En animal, en fluide, ils peuvent prendre ton apparence si ça leur chante.

Atsushi les regardait, puis en écoutant tout cela, il trouvait ça presque fascinant.

- Si tu veux en savoir un peu plus sur eux, dis toi que ce n'est pas tout.

- Quoi ? Comment ça ? Demandait le plus jeune en se tournant vers Kunikida

- Ils peuvent entrer dans ta tête, dit soudain Dazai en se levant du fauteuil, Ils peuvent lire dans ta tête comme dans un livre, et c'est pour ça qu'ils sont difficile à attraper. Non seulement parce qu'ils se changent en ce qu'ils veulent, mais aussi parce qu'ils arrivent à te déstabiliser en lisant dans tes pensées et souvenirs.

- Comment se fait-il qu'ils arrivent à faire ça ?

- Ils peuvent prendre ton apparence, et te connaître pour pouvoir te remplacer est le minimum.

Atsushi baissait les yeux, surpris d'apprendre que de telles créatures vivaient ici. Peut-être qu'il y en avait un peu partout, mais impossible de savoir combien, ils étaient méconnaissables

- Si on le laisse filer encore longtemps, allez savoir ce qu'un jeune de son âge est capable de faire avec un tel pouvoir.

Hashimoto Anju. C'était sûrement lui, c'était un Métamorphe. Atsushi regardait encore le ciel noir un instant, et s'était dit que si il arrivait à le poursuivre sans se faire remarquer, il arriverait peut-être à l'avoir. Il fronçait les sourcils et il décidait de se lancer à sa poursuite, jetant ses chaussures en bois dans la ruelle en courant aussi vite qu'il le pouvait. Bordel de yukata, c'était dur de courir avec ça. Il avait réussit à le retrouver, et il arrivait à temps pour s'apercevoir qu'il s'était changé en chat. Il parcourait les gouttières des toits, Atsushi l'observant dans une discrétion rare.

Bientôt, il se retrouvait à l'autre bout derrière le marché, dans une clairière où normalement devait se dérouler le feu d'artifice. À terre un peu plus loin, il y avait les préparatifs pour l'ouverture des feux d'artifices, et le Métamorphe devint noir quand il grandit et reprit forme humaine. Le blond à la doudoune était revenu, il se passait une main dans ses cheveux et il s'était même mis à rire comme un gosse. Planqué derrière un arbre, Atsushi l'observait et il put s'apercevoir qu'il s'était abaissé et qu'il commençait à trifouiller les préparations des feux.

Atsushi comprit, si il sabotait les préparations, les feux d'artifice allaient être un désastre. Alors il fronçait les sourcils et il se dévoilait enfin, sortant de sa pauvre cachette.

- Hey !

L'adolescent sursautait, poussant un cri de surprise et se retournait aussitôt, se redressant en s'apercevant du jeune homme.

- Arrête ce que tu es en train de faire, maintenant !

- Woh, dit soudain Anju avec un sourire, T'es puissant. Je peux le sentir de là où je suis.

Atsushi serrait des dents, puis les poings. Anju levait les mains en l'air, l'air innocent.

- Écoute, j'veux pas d'ennuis, ok ?

- Si tu n'en voulais pas, alors pourquoi tu es en train de saboter le feu d'artifice, hein ?

- Je voulais juste rendre les choses un peu plus drôle ! Sois sympa, laisse moi m'occuper de mes affaires, et occupe toi de les tienne. Tout le monde sera content !

Le plus vieux fit un pas en avant, secouant la tête, agacé.

- Je fais parti de l'Agence de Détectives armés. Alors ce que tu fais, ce sont mes affaires.

- Ohh, l'Agence ? Ça fait un moment qu'ils me cherchent.. T'es plus futé que les autres on dirait.

Atsushi ne répondit, se contentant de le fixer en grognant presque. L'adolescent affichait un sourire narquois puis soupirait, comme l'air déçu.

- Dommage. C'est comme tu veux.

Soudain, le Métamorphe se changea et se transforma en lion. Il était plus vrai que nature, il rugissait et il avait l'air terrifiant. Atsushi grognait, puis sut que seulement changer une partie de son corps en tigre ne suffirait pas. Pourtant, il essaya, et changea ses bras et ses jambes, des arcs lumineux l'élevant par dessus sa tête. Il pouvait sentir le tigre sommeiller en lui, il ne souhaitait qu'une chose: S'éveiller complètement. Ce foutu tigre.

Cet assassin.

Le lion rugit soudain et il bondissait vers lui, ouvrant grand sa gueule pour tenter de le blesser. Atsushi poussait un hurlement de guerre et fonça vers lui à son tour, levant sa patte et réussit à le griffer. Le lion hurlait à nouveau, puis se tournait et soudain se changea en ours brun. Il se redressait, et son rugissement fut encore plus fort que l'animal précédent, de plus, il faisait le triple de la taille du pauvre Atsushi. Le plus petit le regardait, abasourdi, et avant même qu'il puisse réagir, l'ours donnait un coup de griffe et réussit à entailler l'abdomen du garçon. Atsushi criait quand la douleur le frappa et observait les fines gouttelettes en sang qui coulaient déjà sur son yukata déchiré. Il serra ses paumes, et quand l'ours tenta une nouvelle attaque, il se servit de ses pattes de tigre et bondit soudain en arrière sous plusieurs mètres de distance. Le Métamorphe était rapide, ses transformations réfléchies et stratégiques, Atsushi avait du mal à le cerner. Il serrait sa blessure à l'aide d'un bras et regardait l'ours fixement, respirant fortement. L'ours se transforma à nouveau et reprit son apparence normale, Anju souriant en observant le plus vieux.

- Tu es fort, lâchait-il, Mais encore trop faible.

- La ferme, balançait Atsushi de plus en plus énervé

- Un Tigre est coriace, presque incontrôlable, ils en veulent toujours plus. J'aime bien cet animal, mais toi par contre je dirais plutôt le contraire. Tu n'arrives pas encore à le contrôler, pas vrai ?

- Qu'est-ce que t'en sais ?

- Facile. Si tu avais voulu te transformer entièrement, tu l'aurais fait au moment où je t'ai attaqué. On devine facilement que rien n'est acquis dans ta tête.

- FERME LA !

Atsushi voulut faire un pas en avant, mais Anju continua malgré lui.

-Tu as tué quelqu'un, pas vrai ?

Soudain, le jeune homme se statufia dans ses gestes, et se paralysa. Son cœur se serra et ses membres se crispèrent complètement. Sa phrase résonna longtemps dans sa tête. Les yeux verts du Métamorphe étaient lumineux, ils étaient jaune quand il parlait désormais.

- Tadashi, continuait le blond en écarquillant les yeux, Woh. Ça devait être sacrément violent pour qu'il se retrouve dans cet état là.

- Arrête de lire dans ma tête, s'énervait Atsushi en sentant tous ses membres trembler

- Atsushi Nakajima, lisait le blond, Tu as résidé dix-huit ans dans l'orphelinat de Yokohama. Comme c'est touchant.

- TAIS TOI !

Atsushi bondit vers lui et tentait de l'attaquait, mais cette fois-ci Anju ne se transforma pas, et l'esquiva d'un simple geste, continuant de le fixer sans le lâcher du regard, concentré.

- Harcelé jusqu'à tes 12 ans après le départ de trois garçons, Battu par le directeur, Maltraité physiquement et psychologiquement, Séquestré, tu as été humilié pour être tombé amoureux d'un garçon plutôt qu'une fille, tu as également été vi-

Atsushi sautait soudain sur lui, et le blond ne put finir son analyse. Le plus vieux hurlait, ses mains et jambes revenues à la normale, il levait son poing et le frappait au visage sans aucune retenue. La tête du Métamorphe virait sur le côté, Atsushi levait l'autre poing et le frappait à nouveau, puis une nouvelle fois avec toute sa force. Sa vue s'était brouillé, il le frappait une nouvelle fois. Il se calmait légèrement quand la douleur dans son abdomen lui remontait et regardait alors le blond. Mais il se pétrifiait une nouvelle fois quand ce n'était plus Anju à terre.

Mais lui.

C'était lui, il avait l'impression de se voir dans un miroir. Le Atsushi qui était en bas avait la joue droite gonflée et il saignait. Il tournait la tête et observait le Tigre-garou, Atsushi sentit son cœur battre si vite quand il voyait son double ensanglanté le regarder, il avait l'impression de se voir lui-même, et que lui, avait prit la place du Directeur.

- Tu ne vaux pas mieux qu'eux, finalement.

Atsushi lâchait prise, les yeux écarquillés, et à ce moment où il baissait sa garde, le Métamorphe l'attrapait par les épaules et le renversait à terre pour prendre l'avantage. Les deux semblables se battaient encore un moment, la querelle ne s'arrêtant pas.

- ATSUSHI !

Les deux hommes relevèrent aussitôt la tête quand Dazai hurlait cette phrase. Le brun parut soudain surpris de voir deux Atsushi devant lui en train de se battre. Kunikida et les autres arrivaient derrière Dazai se retrouvant tous aussi étonné les uns que les autres quand il se rendit compte de la scène qui se déroulait en ce moment même.

- Dazai ! S'écriait l'un des deux Atsushi, Aide moi, je t'en supplie !

L'autre Atsushi secouait vivement la tête, et poussait celui qui se tenait par dessus lui.

- Non ! Non, c'est le Métamorphe, ne l'écoute pas, je t'en prie !

Ranpo secouait la tête de droite à gauche, se tournant vers Kunikida en haussant les épaules.

- Comment savoir qui est qui ? Ils sont identiques !

- Il est impossible de les différencier, dit soudain le blond, Atsushi va devoir faire ses preuves pour nous convaincre.

Dazai fronçait les sourcils, les fixant tous les deux, les regardant longuement chacun sans arriver à trouver le moindre indice qui pourrait l'aider à deviner qui était le véritable Atsushi Nakajima. L'un d'eux s'approchait dangereusement.

- Dazai, je-

Soudain, le brun sortit un flingue face à lui et le tendait, le chargeant en visant celui qui s'approchait vers lui. Le Atsushi qui s'était approché s'arrêtait soudainement, regardant l'arme qu'il pointait sur lui, puis levait les yeux vers Dazai en le fixant longuement.

- Il faut que tu me crois Dazai, commençait celui de derrière en s'avançant, Je t'en prie, il faut que tu m'écoutes, je..

Il s'avançait, regardant chacun d'entre eux.

- Je sais que je ne peux pas vous convaincre comme ça, mais.. S'il vous plaît, écoutez, dit-il en levant les mains face à lui, Je suis loin d'être parfait, je ne le suis pas en fait... ça ne fait pas longtemps que je vous connais, tous... Mais j'ai appris à vous connaître, chacun d'entre vous. Même toi Kunikida, même si tu es difficile à cerner, pas vrai ?

Le blond le regardait, puis il sourit doucement. Atsushi sourit doucement lui aussi, les larmes montant dans ses yeux. Il tremblait.

- Avant vous, j'étais tout seul. Je n'avais aucun ami, aucune famille. Mais maintenant que je vous ai... Je me rend compte que c'est vous ma famille. Et que je ne supporterai pas de vous perdre. Et toi, Dazai..

Le brun tournait les yeux vers celui de derrière. Le Atsushi qui était en arrière le regardait, puis sourit.

- Je sais que tu sauras me reconnaître. Tu as toujours su être là pour moi, et je pourrais faire n'importe quoi pour toi, pour pouvoir être là autant que tu l'as été pour moi. Je... Merci, pour m'avoir autant de fois sauvé la vie.

Il s'arrêtait là, puis les fixait tous un à un, attendant simplement. Dazai gardait son bras levé, l'arme à feu chargée, l'autre Atsushi debout et droit à l'autre bout du flingue. Le brun regardait celui à l'arrière, puis son regard se portait sur celui qui se tenait face à lui. Cet Atsushi n'avait pas quitté des yeux Dazai, il continuait de le regarder sans le quitter du regard une seule fois. Son regard était intense, il était difficile de ne pas le regarder. Le plus vieux l'observait longuement, l'indifférence inscrite sur son visage, et scrutant ses iris en remarquant chaque détail.

BOOM.

L'Atsushi qui se trouvait à l'arrière hurlait soudain quand Dazai basculait son arme sur le côté et lui tirait dans la jambe. Kunikida et les autres poussèrent des cris à l'unisson quand il s'écroulait à terre et qu'il hurlait.

- Dazai ! S'écriait Naomi

Celui à terre se tortillait comme un ver, puis il changea, et Anju reprit son apparence normale. Le blond se redressait, et observa sa blessure douloureuse dans sa jambe, grognant de rage. L'arme de Dazai était encore fumante, et il finit par l'abaisser le long de son corps, son regard toujours planté dans celui de Atsushi. Celui-ci avait finit par soupirer doucement, et il fermait doucement les yeux, soulagé. Naomi soudain sautait sur le jeune homme, le serrant fort dans ses bras.

- Atsushi ! S'écriait-elle, Tu vas bien ?! Oh mon dieu, c'était bien toi...

Nakajima lui sourit doucement quand il ouvrit les paupières, et il sifflait quand la douleur à son abdomen le submergea une nouvelle fois.

- Tu es blessé ! S'écriait Tanizaki en s'approchant de son ami, Il faut qu'on te ramène à l'Agence.

- Mais, et les feux d'artifices ?

- On les verra une autre fois Kenji, dit alors Akiko en tournant la tête vers lui, C'est promis.

- Et puis grâce à Atsushi, on a une nouvelle résolu, dit Kunikida en s'approchant du Métamorphe en agonie

- Hey ! Vous !

Ils tournèrent tous vers trois hommes qui arrivaient, l'air plutôt énervé.

- Qu'est-ce que vous foutez ici ? Vous n'avez aucun droit d'être là !

- Désolé monsieur ! Dit soudain Kenji en s'approchant de lui l'air innocent, On ne savait qu'il ne fallait pas venir ici, nous partons maintenant, vraiment désolé !

Les hommes ne surent quoi dirent, fixant la scène avec incompréhension. Le Patron s'approcha de Kunikida et de Anju, les regardant avec son air définitivement impassible et dur. Alors que Kenji et Hyouka s'occupaient des hommes venus pour les préparatifs, Atsushi regardait un instant le sol, puis finit par lever les yeux pour regarder une nouvelle fois Dazai, remarquant ainsi qu'il venait tout juste de croiser son regard.

.

Le chemin du retour parut plus rapide que l'arrivée. Le Métamorphe Anju Hashimoto fut enfin arrêté et emmené on ne sait où, tout comme la plupart des personnes aux super-pouvoirs que l'Agence devait rechercher et arrêter. Les membres étaient retourné à l'Agence, et tout recommença comme si cette tentative de passer une soirée normale entre amis ne s'était jamais déroulé.

Akiko avait guéri Atsushi, malgré lui, et désormais il n'avait plus aucune blessure. La plupart étaient repartis chez eux, ou discutaient dehors avec le patron.

23h 30.

Atsushi était seul dans les bureaux, fixant la grande fenêtre avec nostalgie. La vitre vibrait quand des bruits sourds résonnaient à l'extérieur et continuaient de taper comme des explosions. Le garçon se levait puis s'approchait de la fenêtre et put voir au loin les feux d'artifices, des boules de couleurs qui explosaient dans le ciel noir, elles étaient visibles mais invisibles à la fois. Il soupirait doucement.

- Au moins, les feux d'artifices se sont correctement déroulés.

Il tournait la tête en arrière, et il aperçut à l'autre bout de la pièce Dazai qui le fixait. Il ne portait plus son Yukata, il s'était rhabillé de son long manteau beige et de ses vêtements normaux. Atsushi le regardait, mais baissait les yeux vers le sol malgré lui.

- Dis toi que c'est grâce à toi si ça n'a pas viré au désastre. Félicitations pour ton premier Métamorphe.

- Et toi, combien tu as pu en attraper ? Demandait Atsushi en affichant un léger sourire qui se voulait sincère

- Un seul si tu veux savoir, répondit Dazai, Et tu t'en sort plutôt bien, en tout cas.

Atsushi rit, ce qui semblait plus un soupir par le nez. Il baissait les yeux, et le silence regagna la pièce, qui était parfois amoindri par le résonnement des explosions des feux d'artifices à l'extérieur. Ce fut le calme, et au moment où Dazai allait s'en aller après quelques minutes, Atsushi reprit la parole.

- Dazai, dit-il en se tournant une nouvelle fois vers lui, … Comment tu as su que c'était moi, et pas l'autre ?

Le brun le fixait un instant, puis il sourit, les mains dans les poches, et il baissait la tête comme il avait l'habitude de le faire.

- Je le savais c'est tout, dit-il simplement, Je pourrai te reconnaître entre un millier de Métamorphe.

- Pourtant je n'ai absolument rien dit, répondit Atsushi, Et lui... Il a dit exactement ce que moi j'aurais pu dire.

- Parfois, les mots ne suffisent pas, renchérit Dazai en souriant, Je te connais depuis assez longtemps pour savoir qui tu es.

- On s'est rencontré il y a trois mois, rit Atsushi en ne le quittant pas des yeux

Dazai sourit, puis haussait les épaules, se tournant vers la porte pour s'en aller. Atsushi continuait de l'observer, son cœur se serrant dans sa poitrine en gardant les mots qu'il avait prononcé ancrés dans sa tête. Il se sentait bizarre en cet instant, tous ses organes semblaient s'enflammer mais ce n'était pas si désagréable.

- C'est vrai.