Gangster :
« Plus vite Touya ! Plus vite ! »
Le pied poussé à fond sur l'accélérateur, ledit Touya filait à vive allure dans les rues mortes du vieux Paris des années trente.
Le braquage s'était mal passé et l'un des associés avait perdu son sang froid pour tirer sur un otage. Résultat des courses, ils se retrouvaient avec trois hommes en moins et la police au cul au petit matin. Évidemment, ils avaient calculé la police dans leur coup, mais n'avaient pas pensé se confronter à eux aussi vite et d'aussi bon matin. Pourtant, le plan ne changeait pas. Il fallait regagner la planque où Shigaraki les attendait, au plus vite.
Paniqué et ne voyant plus la route dû à la buée qui s'était formée sur le par brise, Keigo baissa la vitre côté passager pour tenter d'apercevoir la route. Mais avec la vitesse et les balles qui fusaient depuis le véhicule des forces de l'ordre, c'était peine perdu et à moins de mourir dans un accident, il fallait qu'ils trouvent le moyen de se stopper au plus vite.
Avec un grognement, le blond remonta le gros carreau grâce à la manivelle et appuya à fond sur l'accélérateur de la Citroën Traction, écrasant le pied de Touya au passage qui lui envoya un regard noir. Quoi ? Peut-être la voiture accélèrerait-elle plus encore ? En tout cas, il le fallait, comme il fallait que la route se dévoile plus et que la brume s'amenuise.
S'ils se faisaient prendre, ils étaient morts. Ils seraient abattus sur place ou bien envoyés à l'échafaud pour être pendus haut et court. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient le duo le plus remarqué de la bande à Shigaraki. Ils faisaient partis de ces duos qui marqueraient l'histoire et fascineraient des générations entières dans le futur. Des remplaçants aux très célèbres Bonnie and Clyde, morts tous deux l'année précédente. Et ne voulant pas connaître le même sort, Touya écarquilla les yeux et fit une embardée en plein milieu de la route, esquivant un imposant lampadaire. Malheureusement pour eux, l'autre voiture percuta la leur de plein fouet, les entrainant beaucoup plus loin, manquant de peu de faire un tonneau.
Les oreilles sifflantes, le blond mit du temps à se reprendre, la vision floue, alors qu'il se sentait tiré de l'autre côté du véhicule. Il se débattit, apeuré, mais Touya, les sacs sur son épaule, lui fit signe de se laisser faire. Ce n'était que lui.
Même boitant, ils pouvaient s'enfuir et ce fut ce qu'il fit comprendre à son oiseau sauvage alors qu'il le redressait, observant les forces de police qui sortaient en toussant de leur propre véhicule fumant.
Touya se stoppa, eut un demi-sourire en coin, et alors que le premier homme de la sureté nationale à pouvoir sortir, le pointait de son arme, son étirement de lèvres s'accentua. Étirement que Keigo n'appréciait pas toujours, et à voir les autres hommes bloqués par les portières et comme la voiture fumait, il fut bien rapide pour le blond de connaître la fin de l'histoire.
Pas convaincu par l'idée de son brun, le blond vint vite happer ses lèvres pour le distraire, et voulu l'entraîner ensuite vers la petite ruelle qui leur faisait face, mais Touya ne bougeait plus, son regard azur braqué sur la voiture de la sureté nationale.
« Touya, pas comme la dernière fois.
-Kei… Si je ne le fais pas, ils vont nous attraper, pas le choix petit oiseau. Susurra-t-il, comme un fantôme, alors qu'il ouvrait son briquet Zippo qu'il se préparait à lancer alors qu'enfin, les policiers commençaient tout juste à débloquer les portes.
-C'est pas vrai, j'aurais aimé éviter. Soupira le blond alors qu'il sortait son arme, se redressant comme il le pouvait, mais il ne se faisait pas d'idée, il avait toujours été le plus doué et le plus rapide, ne ratant jamais sa cible et tirant toujours le premier, même à terre.
-Je sais. Un… Le blond tira une balle qui descendit l'un des hommes sur la place publique. Deux… Touya releva bien haut son bras, alors qu'il s'abaissait pour éviter une balle. Et trois. »
Avec force, le brun jeta le Zippo qui trouva son chemin pile à l'endroit visé, le capot ouvert par l'accident de la voiture, donnant un accès total à l'huile brûlante et au carburant. La chimie se fit et la voiture s'embrasa.
Devant le feu de joie et les cris, Keigo sentit son cœur se serrer. Il détestait ça. Vraiment, il détestait en arriver là, mais ils n'avaient pas le choix. Il sentit Touya lui prendre la main et l'entraîner vers les ruelles adjacentes.
Ils devaient partir avant qu'une prochaine patrouille n'arrive.
