Jeudi 3 Décembre

Cher William,

Je doute très fort que ton frère soit le type de Harry (ma sœur) : elle s'intéresse surtout à l'alcool et aux femmes lesbiennes. Dans cet ordre, malheureusement. Son ex-femme méritait bien mieux et j'ai eu beaucoup de mal à me sentir désolé pour ma sœur quand elles se sont séparées. Comme je l'ai mentionné plus tôt, je vois son ex plus souvent que je ne la vois elle. C'est moins douloureux.

Je n'y avais jamais pensé avant aujourd'hui, mais Harry est sûrement la raison pour laquelle je me suis accroché si fermement à l'idée d'être « hétéro ». Elle a toujours été corrosive, mais son coming out a été réellement violent et provoqué beaucoup de cris et les pleurs de ma mère. C'était quelques mois seulement après la mort de mon père et ma mère pleurait tout le temps, de toute façon, mais Harry a plus ou moins tout déballé d'un coup… C'était comme si tout ce que je pouvais faire après ça, c'était d'être le bon garçon qui sort avec des gentilles filles et qui a des bonnes notes, qui fait la fac de médecine… puisque c'est ce que ma mère attendait de la part de celui-qui-est-bien-élevé, pour essayer qu'elle ne soit pas triste tout le temps. Ça a marché, un peu, mais ça voulait dire que j'étais sûrement plus collet monté que ce que j'aurais été naturellement. Ce n'est qu'à l'armée que j'ai pu prendre une autre direction et me chercher un peu. Mais même après cette époque, je n'ai jamais voulu reconnaître que je trouve parfois des gars attirants, jusqu'à ce que je rencontre mon dernier colocataire.

Bon, ça va sûrement ressembler à de l'apitoiement sur mon propre sort, mais il faut probablement que je te le dise : je suis toujours bloqué sur lui, je n'ai pas réussi à tourner la page. Tu me fais beaucoup penser à lui, en vérité. C'est lui qui jouait du violon et il parlait un peu comme toi, avec des mots de plus de trois syllabes choisis avec précision, et tout ça. Ton anecdote sur Lully et la gangrène lui aurait sûrement plu. Il était brillant et superbe et épuisant et il s'est suicidé il y a huit mois. Tu n'étais pas en Angleterre, alors tu n'as probablement pas lu les journaux, mais ça a fait la Une partout — il s'appelait Sherlock, il était détective.

On n'a jamais été « ensemble ». Pas comme ça, en tout cas : on était proches amis (il m'a dit que j'étais son seul ami, une fois) mais je pense qu'il était asexuel. Ça n'avait pas d'importance. Il disait qu'il était « marié à son travail » alors j'ai respecté ça, mais d'une façon ou d'une autre, je suis complètement tombé amoureux de ce crétin, sans avoir la moindre idée de s'il avait des sentiments pour moi ou pas. Il s'enorgueillissait de ne rien ressentir, en fait. Il avait l'habitude de laisser échapper à voix très haute les choses les plus inappropriées devant les victimes des familles, mais là-dessous, c'était en fait un homme passionné. La chimie, la logique, la musique. Bordel, ce qu'il aimait son violon… J'aimerais tellement connaître le nom des pièces qu'il jouait le plus souvent, pour pouvoir les chercher et les écouter encore et encore. Je serais sûrement toujours en train de broyer du noir chez moi, si Greg ne m'avait pas poussé à faire mon profil sur ce site. (Et je suis très content qu'il l'ait fait, en toute sincérité. C'est le genre de choses qui est impossible à dire à quelqu'un qui a connu Sherlock, mais j'ai l'impression que je peux t'en parler. Comme si tu pouvais comprendre, ce qui est stupide alors qu'on a échangé quoi, à peine un douzaine de courts messages ?)

Enfin bref. Je ne voudrais pas que tu aies l'impression d'être en compétition avec un ex, parce que ce n'est vraiment pas le cas. C'est juste que… je sais pas si je m'en remettrai. Il est mort juste devant moi, il m'a tout fait regarder, et je pense même pas qu'il ait réfléchi une seconde à ce que ça pourrait me faire. Il était brillant (sérieusement, vachement brillant) et incroyable et fantastique et inapprochable pour tout le monde sauf moi et il me manque si terriblement parfois que je n'arrive plus à respirer. Au fur et à mesure que le temps passe, il y a des fois où je ne pense plus à lui, parfois même pendant la majeure partie de la journée, et puis je vois ou je fais quelque chose qui me le rappelle et cette souffrance est de retour. Tu disais dans ton premier message que tu appréciais le fait que j'aie mis « amitié » en premier et « relation amoureuse » en deuxième — c'est parce que j'ai besoin d'un ami vraiment plus que j'ai besoin de baise, en ce moment.

Bon. Il est tard, je tombe dans le sentimentalisme, j'arrive pas à dormir et ça m'a pris deux putains d'heures à écrire tout ça parce que je suis incapable de mettre mon cerveau sur pause. C'est encore autre chose que j'ai pris de lui, ça, j'imagine. Je vais envoyer avant de changer d'avis et de tout effacer — tu mérites de savoir comme je suis abîmé, même si je fais de mon mieux pour contenir tout ça, pour que personne d'autre ne puisse le voir. Si tu veux bien de moi, il faudra faire avec les morceaux abîmés aussi. C'est plus juste que tu sois prévenu.

– John

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OK, j'ai terriblement galéré pour poster ce chapitre, ffnet a décidé à montrer son infériorité totale à AO3 (mais je vis un sérieux syndrome de Stockholm avec cette plateforme, alors j'y reste... Par contre cette histoire est aussi publiée sur AO3, alors si ça devenait trop galère ici, je passerai là-bas... En vous prévenant, évidemment !).

J'espère que cette note, rédigée sur mon GSM avec un navigateur que je n'aime pas mais qui était le seul à me permettre d'accéder à mon compte, ne sera pas trop pleine de fautes... Je repasserai dessus quand j'arriverai de nouveau à acceder à mon profil depuis un ordinateur... Mais il fallait que je bataille non seulement pour publier aujourd'hui, mais aussi parce que ce chapitre est un envoi de nuit, il fallait respecter le timing ...

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Ceci étant, merci à vous pour toutes vos reviews !

Merci a Flo'w pour sa bêta parfaite...

Et à bientôt !