Camarades !
Je rattrape doucement mon retard. Doucement mais sûrement. Et les choses avancent également et j'ai envie de dire, il était temps !
Bonne lecture !
14 et 15 décembre
Ce qui était en train de se passer était paradoxalement étrange et anodin. Après tout il n'y avait rien de mal à montrer des signes d'affection envers une personne qu'on aimait, qu'on appréciait mais en cet instant précis, Jefferson et Victor se demandaient bien si la chaleur qui les envahissaient et le rouge qui colorait légèrement leurs joues avait quelque chose d'anodin.
Ils n'eurent cependant pas l'occasion d'y réfléchir plus qu'une personne s'interposait entre eux. Surpris, tous les deux sursautèrent avant de reculer de quelques pas.
« Oh, oh, oh ! Est-ce qu'une photo avec le Père Noël vous tente jeunes tourtereaux ? »
Victor se sentit rougir encore plus fort tandis que Jefferson semblait avoir perdu l'usage de la parole.
« Non ! Enfin je veux dire nous ne sommes pas… nous sommes juste amis, c'est tout. »
Le Père Noël, du moins l'homme qui l'interprétait les regardaient par dessus ses lunettes en demi-lune en haussant les sourcils, tandis que la femme déguisée en lutin qui tenait l'appareil photo leur jeta un drôle de regard, comme si elle ne les croyait pas.
« Vous êtes sûrs ? Ça vous fera un joli souvenirs à mettre dans un album et à montrer à vos enfants plus tard… »
Victor allait être sur le point de protester quand Jefferson sembla soudain retrouver ses esprits.
« Après tout pourquoi pas ? – il se tourna vers Victor – ça nous fera un souvenir de cette soirée pour quand tu repartiras à Boston.
- Oui… il est possible d'avoir deux exemplaires ?
- Je préfère ça ! Et bien sûr que oui ! Allez, approchez, mon lutin photographe va nous immortaliser ! »
Jefferson et Victor se placèrent chacun d'un côté du Père Noël qui les pris par les épaules. Au signal de la photographe, tous trois sourirent, il y eu deux flashs puis deux clichés sortirent du polaroid.
« Et voilà ! Et vous n'avez rien à payer, madame Mills m'a assuré qu'elle prendrait en charge les frais dont une partie seront reversés à une association caritative. Sur ce je vous souhaite une bonne soirée et profitez en bien jeunes gens ! »
Ils regardèrent le Père Noël et le lutin s'éloigner, avant de contempler les clichés qui s'étaient entre-temps développés.
« C'est assez réussi je trouve, pas toi ?
- Oui, je trouve aussi. Tu avais raison, ça nous fera un souvenir de mon séjour ici. »
Ils rangèrent les photos soigneusement dans leurs poches intérieures de manteaux, avant de reprendre leur route. La venue du soit disant Père-Noël les avaient un peu perturbés et n'avait rien arrangé à la situation dans laquelle ils se trouvaient juste avant. C'était même pire, si on pouvait le qualifier ainsi. Le fait qu'ils les aient pris pour un couple les avaient mis dans l'embarras, parce que ce n'était pas le cas, mais le fait de devoir le démentir les dérangeaient un peu au fond, bien qu'aucun d'eux n'osait l'admettre à voix haute et surtout à eux-mêmes.
Après quelques minutes à juste déambuler dans le froid, ils arrivèrent devant un attroupement au pied du grand sapin installé pour l'occasion. Cherchant à savoir ce qu'il se passait, Jefferson joua des coudes, suivit tant bien que mal par Victor qui se sentit aussitôt mal à l'aise au milieu de tous ces gens. Quand ils eurent terminé de fendre la foule, ils découvrirent ce qui causait cet amoncellement : une chorale qui se préparait à chanter. Les membres faisaient quelques vocalises et échauffement de dernière minute et Jefferson aperçu au loin Regina qui avait l'air soulagée et satisfaite. Elle était en compagnie de sa sœur et son mari, mais aussi d'Henry, Violet et Grace, à croire que ces trois là ne pouvaient pas faire quoi que ce soit sans les autres. Ces derniers les aperçurent aussi et leurs adressèrent de petits signes de main avant de reporter leur attention sur la chorale. Au bout de quelques instants le chef de chorale leva les bras et le silence s'abattit soudainement.
La chorale débuta avec We wish you a merry christmas, puis continua sur plusieurs chants, pour la plus grande joie de tous. Quand Wonderful Christmas Time de Paul McCartney commença, Jefferson se pencha vers Victor pour lui chuchoter :
« J'adore cette chanson, c'est ma préférée de Noël !
- Moi aussi j'adore cette chanson, je l'écoutais en boucle avant. »
Ils échangèrent un sourire avant de se replonger dans l'écoute de la chanson, comme si ils la redécouvraient. C'est aussi à ce moment là que des flocons firent leur apparition dans le ciel. Discrètement, Jefferson et Victor se rapprochèrent l'un de l'autre et glissèrent leur main dans celle de l'autre, retrouvant le chaleur qui les avaient envahis quelques temps plus tôt.
oOo
Les flocons étaient devenus de plus en plus gros au fil de la soirée et n'avaient cessé de tomber au cour de la nuit et continuaient leur chute dansante le lendemain, tapissant tout Storybrooke d'un beau tapis blanc, pour la plus grande joie des petits et des grands.
Dans la cuisine de l'auberge, Victor dégustait son petit-déjeuner en regardant par la fenêtre d'un air rêveur.
« La Terre appelle Victor, je répète, la Terre appelle Victor ! »
Ce dernier sortit de sa rêverie pour découvrir Ruby et Granny qui se tenaient devant lui.
« Eh bien c'est pas trop tôt, ça fait cinq minutes qu'on t'appelle.
- Désolé, j'étais perdu dans mes pensées.
- On voit ça. Bon maintenant que tu es de retour parmi nous, tu veux bien nous raconter ta soirée ? Tu es rentré plus tard que moi, je dormais quand tu es rentré. Alors, dis nous tout ? »
Les mains posées autour de sa tasse de chocolat en forme de bonhomme de neige, Ruby semblait impatiente d'écouter son récit.
« Et toi ? Tu t'es bien amusée avec Dorothy ? Je ne t'ai même pas vue hier.
- Ne détourne pas la conversation. Mais si tu veux tout savoir oui c'était génial, on a vu le Père Noël et on a obligé Mr Gold, tu sais le mari de Belle, à mettre un bonnet de Noël, c'était épique. On a aussi un peu écouté la chorale et nous avons profité du fait que le dinner's était vide pour se faire un petit dîner en tête à tête. Voilà tu sais tout, maintenant dis-moi tout, vous vous êtes embrassés avec Jefferson ? »
Victor avait choisit ce moment là pour reprendre une gorgée de café, qu'il manqua de recracher par le nez. Il fixa Ruby avec des yeux ronds et après s'être raclé la gorge lui répondit :
« Quoi ? On ne s'est pas… nous n'avons rien fait, nous sommes juste sortis ensemble en amis, rien de plus ! Tu ne vas pas t'y mettre toi non plus !
- Comment ça, moi non plus ?
- On a croisé le Père Noël aussi, il voulait prendre une photo et a cru que nous étions en couple.
- En même temps… vu la façon dont vous vous teniez la main hier soir, j'aurai cru que vous vous étiez au moins embrassé.
- Tu nous as vus ? Et tu n'es pas venue nous voir ?
- Je ne voulais pas vous déranger, vous étiez si occupés à vous regarder dans le blanc des yeux que vous n'avez presque rien vu autour de vous. »
Ruby le regardait, amusée, tandis que Granny posait sur lui un regard attendrit.
« Ce n'est pas ce que vous croyez. Nous sommes amis, c'est tout.
- A d'autres mon garçon. Vous étiez aux anges quand il vous a invité l'autre jour.
- Et il faudrait vraiment être aveugle pour ne pas remarquer les regards que vous vous lancez.
- Il vous regarde avec des étoiles dans les yeux et vous comme si il était un dieu ou je ne sais quoi. Vos yeux brillent quand vous vous regardez et vous vous lancez de ces sourires… il n'y a que vous deux qui ne voyez rien. »
Victor voulu réfuter leurs arguments mais ne trouva rien à dire. Il voulait croire en ce qu'elles disaient, mais il n'osait pas trop espérer.
« Ça crève les yeux que vous vous aimez bien, dès le premier jour vous n'avez pas pu vous lâcher du regard. »
C'était vrai, mais ça ne voulait rien dire. Victor secoua la tête.
« On est juste amis…
- Arrête, vous avez des sentiments l'un pour l'autre, c'est évident ! »
Victor sembla capituler.
« Et même si dans mon cas c'était vrai, ça ne marcherait pas. Jefferson a été marié à une femme.
- Et alors ? Le B de LGBT ça ne veut pas dire brouette !
- Je le sais, mais ce que je veux dire c'est qu'il est encore amoureux de sa femme et il y a Grace.
- On peut aimer plusieurs personnes dans vie, et Grace est une gentille enfant, elle ne va pas vous rejeter.
- Mais…
- Il n'y a pas de « mais ». Admets que tu aimerais qu'il y a un truc entre vous et que tu aimerais qu'il soit plus que ton ami.
- Ça se pourrait, oui... »
Si Ruby et Granny s'échangèrent un sourire satisfait, Victor lui semblait triste. Il regarda de nouveau la neige qui tombait tout en serrant avec nervosité sa tasse de café avec ses mains.
« Quelque chose ne va pas ?
- C'est que… mon père… il n'approuverait pas.
- Il n'est plus là pour te dire quoi faire Victor. Tu es libre de faire ce que tu veux et d'aimer qui tu veux.
- Mais il était tellement en colère quand il a découvert pour moi et Ian. »
Ce douloureux souvenir lui fit monter les larmes aux yeux. De années s'étaient écoulées entre temps, son père était mort, Ian vivait quelque part en Europe. Il n'avait plus la crainte de voir son père débarquer dans sa chambre alors qu'il avait passé la nuit chez Ian, les retrouver à moitié dévêtus dans le même lit. Il n'avait plus à entendre la voix de son père proférer des menaces et hurler pendant des heures, les traiter des pires insultes, d'erreurs de la nature et les séparer à jamais.
Pendant qu'il ressassait cette partie de sa jeunesse qu'il préférait oublier, Granny s'était approchée de lui et lui avait pris doucement la main.
« Votre père a mal agit. Il n'a pas su vous aimer, vous accepter tel que vous étiez. C'est le rôle de tout parent d'aimer et protéger son enfant quoi qu'il en coûte, de l'accepter tel qu'il est et de tout faire pour qu'il se sente bien. Il n'a pas remplis ces conditions. Mais il n'est plus là désormais et c'est triste à dire, mais c'est une libération pour vous. N'ayez pas peur d'avoir des sentiments pour quelqu'un, quelque soit son genre. Sachez qu'ici, sous mon toit vous ne serez pas jugé pour ça. Tout ce qui importe, c'est que vous soyez heureux. Ma Ruby est heureuse avec Dorothy et c'est ce qui compte. Si elle est heureuse, je suis heureuse. J'espère que ce sera la même chose pour vous et Jefferson. »
Ému, Victor se leva de sa chaise pour prendre Granny dans ses bras et ils furent rejoints Ruby qui parvint à articuler entre deux sanglots :
« Va parler à Jefferson, je suis sûre qu'il ressent la même chose à ton égard. »
oOo
Chez les Tenniel, l'ambiance était plutôt joyeuse. Jefferson et Grace avaient installé leur service à thé dans le salon et se racontaient leurs soirées respectives autour des scones et de thé aux épices.
Grace s'était bien amusée avec ses amis et avait même gagné une peluche au stand de chamboule-tout. Elle éclata de rire quand son père lui raconta l'échange qui avait eu lieu entre lui et Killian Jones. Il se prenait vraiment pour un pirate, alors qu'il n'avait même pas de bateau digne de ce nom, juste des maquettes qu'il collectionnait.
« Papa ?
- Oui ma chérie ?
- Est-ce que tu es amoureux de Victor Whale ? »
Jefferson manqua de lâcher sa tasse. Grace poursuivit, un peu hésitante.
« Tu n'arrêtes pas de l'inviter et hier à la chorale on vous a vu vous tenir la main. Tu avais l'air content. Tu souriais… un peu comme quand tu souriais à maman, mais pas de la même manière. C'était différent. Mais je ne t'avais plus vu sourire comme ça depuis… depuis que maman est partie. »
Devant le silence abasourdit de son père, Grace continua sur sa lancée. Après avoir vu son père main dans la main avec le docteur, Grace s'était rendue à l'évidence que lui et son père partageaient quelque chose de très fort. Sa première réaction avait été de vouloir aller les séparer, puis elle avait vu comment ils se regardaient, comment ils riaient et s'était rendue-compte qu'elle n'avait pas vu ce bonheur chez son père depuis si longtemps, qu'elle s'était dit que ce serait égoïste et méchant d'intervenir, de les séparer. Et la remarque d'Hadès, le mari de la tante d'Henry l'avait forcée à se rendre à l'évidence, quand en les apercevant, lui avait demandé depuis quand son père avait quelqu'un. Elle n'avait pas su quoi lui répondre. Mais plus tard, alors que les adultes les raccompagnaient, elle avait réalisé qu'elle ne voulait plus voir de tristesse sur le visage de son père, qu'elle voulait le voir heureux jusqu'à la fin de ses jours.
« Tu sais moi ça ne me dérange pas si tu est amoureux d'un homme ou d'une femme. Si tu es heureux avec lui ça me va et il a l'air vraiment gentil. Et je crois que maman voudrait que tu sois heureux avec lui. »
Jefferson ouvrit les bras et Grace se jeta sur lui.
« Merci ma chérie, merci. »
Wonderful Christmastime est aussi ma chanson de Noël préférée. Et je profite d'aborder la thématique du coming-out/LGBT+ pour vous raconter une anecdote personnelle, qui me fait rire à chaque fois :
Il y a deux ou trois ans, je faisais mon coming-out aromantique à ma famille. Je savais que ça allait bien se passer mais j'étais quand même un peu nerveuse. Puis mon frère m'a regardé très sérieusement et m'a dit : "Non, t'es pas aromantique, t'es Grèce Antique." (A/Rome-Antique-Grèce Antique, vous l'avez ? Il connait très bien mon amour pour la Grèce antique et la mythologie grecque). J'ai explosé de rire et aujourd'hui j'en ris encore.
C'était un peu personnel mais je voulais vous remonter le moral avec une histoire de coming-out rigolote histoire de changer d'histoires tristes, surtout en cette période pleine de mauvaises nouvelles.
Sur ce je vous laisse et je vous embrasse bien fort (mais de loin, gestes barrières avant tout ! XD)
