Musique du jour : "World end" de Flow, issu de l'album "Golden coast" (2005), également le cinquième opening de la série d'animation Code Geass : Lelouch of the rebellion.


Chapitre 8 :

World end

Plusieurs jours sont passés depuis cette soirée, et Sherlock est certain maintenant qu'il a dû s'imaginer des choses insensées. Car si John passe désormais une bonne partie de son temps avec lui, il garde un comportement purement amical. Les deux garçons échangent à propos des histoires de pirates, de leurs peluches (Clochette et Barberousse ayant enfin eu leur première aventure à travers un océan invisible, mais bien réel pour leurs propriétaires) ou encore de l'école, mais aussi de la musique. Sherlock a dans ses affaires des écouteurs, ce qui est bien pratique quand lui et John veulent écouter ensemble les diverses cassettes que le brun possède pour son walkman.

John rit de bon cœur, et sourit souvent avec une expression que Sherlock ne comprend toujours pas. De même que son ami aime aussi discuter avec d'autres enfants, surtout à la récréation entre deux cours. John s'entend en particulier avec une jolie fille rousse de leur classe qui s'appelle Capucine. Il en a parlé à Sherlock, parfois joyeusement, parfois avec un ton plus timide. Son camarade ne sait pas quoi trop dire à chaque fois qu'il évoque cette élève, étant donné qu'il ne s'intéresse ni à elle, ni aux autres filles de l'orphelinat. Et de ce côté-ci, elles sont réciproques, jetant à peine un œil au garçon quand il est dans les parages. Toujours est-il que lorsque John parle de Capucine, Sherlock est à la fois content pour lui, mais aussi attristé. Sa théorie de l'autre soir prenant un peu plus un coup. Après tout, pourquoi lui aurait-il fait un bisou sur la joue ? Sherlock se sent idiot d'avoir imaginé ça.

La nuit, il continue de rêver de l'orphelinat et du garçon, mais aussi du champ de blé sans fin, entre deux songes de pirates ou d'espace. Parce qu'une fois, lui et John regardaient un film adaptant le livre « L'Île au trésor », celui que lisait le blond, et ce dernier espérait qu'un jour, quelqu'un fasse la même chose, mais avec des pirates dans l'espace. (1) Car contrairement à Sherlock qui ne porte définitivement aucun intérêt à l'astronomie, John adore ça, imaginant des planètes de toutes les formes et de toutes les couleurs.

Une nuit, Sherlock se réveille, alors que son réveil affiche deux heures vingt et une du matin. En plus de la pluie qui cogne légèrement sur les carreaux, le garçon entend autre chose, quelque chose dont il est désormais habitué. Les pleurs de John. Il ne lui en parle guère la journée, sachant que son copain finit toujours par devenir muet comme une carpe quand il ne boude pas. Mais cette fois-ci, les pleurs se font plus fort. Sherlock se demande presque pourquoi aucun adulte ne s'en rend compte. À moins que John en ait déjà parlé ? Il se souvient alors d'une proposition de son instituteur. Celle d'aller voir William, le pédopsychologue. Sherlock rumine, n'ayant pas envie d'aller voir ce type. Mais avec le temps, il en marre de se poser pleins de questions sans avoir de réponses. Il réfléchit. Il se rappelle de certains enfants très angoissés qui sont allés le voir, plusieurs fois pour la plupart, et qui se sont mieux senti plus tard. Pas tout serein, non, mais clairement plus détendus. Même s'il a une tête bizarre, peut-être qu'il est très gentil et qu'il répondra à toutes les questions se dit Sherlock.

Mais ses pensées sont perturbées par son voisin qui continue de pleurer, bien que moins fort qu'il y a quelques instants. Le jeune bouclé se lève, espérant ne pas tomber sur une veilleuse. Il se ferait gronder alors qu'il sort de sa chambre. Tout doucement, il toque à la porte de la chambre de John, mais il ne répond pas, même en le faisant plus fort. Malgré ça, Sherlock entre, pendant qu'il sert Barberousse dans ses bras. Les pleurs sont clairement plus forts, tandis que la silhouette dans le lit tremble. Le brun contourne ledit lit, pour faire face à John qui a les joues barbouillées de larmes.

- John ? Je peux t'aider ?

Le garçon semble ne se rendre compte que maintenant de la présence de son ami, ce dernier ayant une expression inquiète dans ses yeux. John renifle tout en essuyant rapidement ses larmes.

- Non. J'ai fais un cauchemar, c'est tout.

- Tu...Tu veux que j'appelle la veilleuse ?

- Non, laisse-moi.

Au ton de la voix, Sherlock comprend, et préfère ne pas insister. Il repart, observant ce qu'il peut voir dans la chambre de John qui est presque dans l'obscurité. Il aperçoit un ballon de rugby posé à côté d'un tas de magazines. Sans plus un mot, il ouvre la porte, et la referme avec un grand silence. Il entend au même moment des pas monter les escaliers. Mince, c'est vrai qu'à deux heures et demie, la veilleuse fait le tour des chambres pour voir si tout va bien. Sherlock rentre vite dans sa chambre et retourne illico dans son lit. Quand la dame entre dans la pièce, elle se dit que le garçon qui y vit dort bien, ne pensant pas une seconde qu'il se contente de faire semblant pour ne pas être dérangé par toutes sortes de questions.



- On va commencer par se présenter. Moi, je m'appelle William Marsh, et j'ai trente cinq ans. Je suis psychologue aux Hêtres dorés depuis trois ans.

Le type qui vient de parler regarde le jeune garçon assit en face de lui. Les enfants peuvent s'installer comme il le souhaite pour parler, afin d'être le plus à l'aise possible. Il y a une petite balançoire, des poufs de toutes les formes, un canapé, ou encore un lit. Mais Sherlock préfère le fauteuil posé juste devant le bureau de William. L'homme a des cheveux grisonnants par endroits, des lunettes à la monture argentée, une barbe taillée soigneusement et une tenue décontractée, avec une chemise bleue ouverte sur un tshirt blanc, assorti à son jean noir et ses baskets. En le regardant, Sherlock se méfie beaucoup moins, les adultes et lui ayant parfois une relation compliquée, sauf madame Hudson, encore une fois. Finalement, il se lance dans l'exercice.

- Je m'appelle Sherlock, j'ai huit ans, et je suis là depuis mes trois ans.

- Tu connais bien plus cet endroit que moi alors. Madame Hudson, la directrice, m'a déjà parlé de toi. Tu es apparemment un garçon très cultivé bien qu'un peu timide. N'hésite surtout pas à me corriger si je dis une bêtise ou quelque chose qui ne te plaît pas.

- Je ne suis pas timide, je n'ai pas envie de parler avec les autres.

- Pourquoi ?

- Ils aiment des trucs que moi, ça ne m'intéresse pas.

- Quoi donc ?

- Le foot, les dessins animés, des livres que je n'aime pas…

- Est-ce que tu a essayé au moins de discuter avec certains ?

- Oui.

- Qui ?

- Un garçon qui est là depuis pas très longtemps, il s'appelle John.

- Pourquoi ce garçon là, et pas un autre ?

- Je ne sais pas.

- Il s'intéresse à quelque chose que tu aimes aussi ?

- Il aime bien écouter la musique, et… Il aime les histoires de pirates.

- C'est bien ça. Vous jouez ensemble ?

Tout le long de l'échange, William note dans un cahier pleins d'autocollants criards les dires de son patient, écoutant attentivement ce que dit ce dernier. Sherlock regarde peu son interlocuteur dans les yeux, préférant fixer ses doigts qu'il triture. Il ne se rend compte que maintenant qu'il répond spontanément aux questions du monsieur. Peut-être qu'il peut lui en poser à son tour. Mais il répond à celle qu'on vient de lui donner avant.

- Oui, avec nos peluches, ou dans la cour.

- Elles ont des noms, vos peluches ?

- La mienne, c'est un chien roux, et je l'ai appelé Barberousse.

- Comme le pirate ?

- Oui.

William écrit à une vitesse qui épate Sherlock. Il aimerait pouvoir écrire aussi vite que lui. Le pédopsychologue lève la tête tout en croisant les jambes, tandis qu'un soupir discret s'échappe de son petit nez en trompette.

- Dis-moi, Sherlock, pourquoi es-tu venu me voir ? Tu as des problèmes ?

- Non, pas vraiment, enfin… Disons que je me pose pleins de questions des fois, surtout la nuit quand je suis tout seul. Il y en a une que je me pose plus souvent que d'autres.

- Laquelle ?

Sherlock baisse à nouveau le regard qu'il avait osé levé en direction de celui de l'adulte. Ses doigts se tortillent encore plus qu'il y a quelques minutes. Même face à ce type qu'il fait désormais confiance, il ne sait pas s'il doit poser cette question. L'idée que William le reporte à d'autres adultes de l'orphelinat lui fait peur. Et certains enfants ont des oreilles partout.

- Sherlock, si je peux te rassurer, tout ce que j'entends et note, je le garde pour moi. Je n'en parle pas à mes collègues ou à tes camardes. Mais si tu n'oses pas en parler, ce n'est pas grave du tout.

- Est-ce que c'est bizarre d'être amoureux d'un garçon, quand on est un garçon ? demande d'un coup Sherlock, le regard inquiet.

William est assez surpris sur le coup. Même en travaillant ici depuis trois ans, on ne lui a pas encore posé cette question. En général, les enfants parlent de leurs parents qui leur manquent, de leurs difficultés à l'école, à s'intégrer, de leur peur de l'avenir, de leurs inquiétudes quant à si ils vont être adoptés, etc. Mais leurs histoires de cœur sont plus rares, étant donné que c'est quelque chose qu'il garde souvent pour eux. Mais en voyant en ce moment-même le regard inquiet de son jeune vis à vis, il est quelque peu décontenancé.

- Pourquoi penses-tu que c'est bizarre, d'abord ?

- Dans l'orphelinat, les enfants qui sont amoureux, c'est toujours une fille et un garçon. Les adultes aussi. Et dans tous les livres que j'ai lu, ou les films que j'ai vu, c'est toujours une fille et un garçon qui sont amoureux. Alors vu que c'est partout, c'est que moi… Enfin, c'est bizarre, non ?

- Écoute-moi, Sherlock. Ce qui compte, c'est que ton amour soit sincère. Que ce soit une fille ou un garçon, on s'en fiche. Et puis les histoires et films, tu sais bien que c'est pour de faux, pas vrai ? Oui. Donc, ce garçon dont tu es amoureux, tu l'aimes plus qu'un ami, pas vrai ?

Sherlock hoche timidement la tête pour acquiescer.

- Et lui, il est au courant ? Non. Dans ce cas, comme n'importe qui qui est amoureux de quelqu'un, tu devrais observer ce garçon. Peut-être que lui aussi est amoureux de toi.

- Mais comment je peux savoir ?

- Ça, c'est parfois difficile. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Il te sourit tendrement, il rougit, il te fait pleins de compliments. Il peut être très attentionné.

Sherlock réfléchit, tentant de se remémorer toutes les fois où il était avec John. Est-ce qu'il faisait tout ça ? En attendant, le garçon ayant maintenant une réponse à sa grande question, il n'a pas envie d'en poser d'autres, pour ne pas avoir mal à la tête. Il remercie poliment William, et quitte la salle. De son côté, le psychologue enlève ses lunettes et se frotte les yeux, soupirant à nouveau, ne sachant guère s'il a bien choisi ses mots.



Après son entretien avec William, Sherlock se sent un peu mieux, bien que désormais tiraillé par savoir si John le voit juste comme un ami ou autre chose. Il n'arrive pas à se retirer cette image qu'il imagine, celle de John qui lui fait un bisou pour lui dire au revoir plutôt que sa main sur son épaule. Un bisou sur la joue, ou même sur la bouche. Rien que d'y penser, Sherlock rougit et se sent fiévreux.

- Hé, Sherlock !

Le garçon est coupé de ses pensées. C'est Capucine qui vient d'arriver comme une furie, avec un sourire immense.

- John te cherche depuis tout à l'heure, il va bientôt commencer le match de rugby, tu viens ?

Sherlock se sent bête, il avait oublié ça ! Il répond à peine oui que Capucine bondit de joie et lui prend la main tandis qu'elle se met à courir en direction du terrain. Le garçon se laisse faire, bien qu'impressionné par la force de la petite fille. En arrivant, il y a déjà plusieurs groupes d'enfants amassés dans les gradins, attendant avec impatience le début du match. Les deux équipes semblent prêtes. Sherlock aperçoit John, avec sa tenue de sport . Ce dernier le voit à son tour, lui faisant un coucou à s'en déboîter le bras, avec un sourire extatique.

- Viens, on va les regarder depuis là-haut ! s'exclame Capucine.

Sans lâcher la main de Sherlock, elle le guide jusqu'à une place au premier rang, donnant une vue parfaite sur tout le terrain. Quand ils s'installent, Sherlock enlève sa main de celle de sa camarade, quelque peu gêné. La rousse ne s'en rend pas compte, regardant le garçon tandis qu'elle trépigne.

- J'ai trop hâte que ça commence ! Il paraît que l'équipe de John est super forte !

- J'espère qu'ils vont gagner, répond calmement Sherlock.

Un peu plus tard, les spectateurs se calment, tandis que les équipes se mettent en place. L'arbitre, qui est Matthew, attend le moment venu. Puis le coup de sifflet est donné. Sherlock, ne connaissant rien aux règles du rugby, ne lâche pas des yeux John, même si parfois, le ballon est à des mètres de lui. Le public est à fond, sifflant et vociférant des encouragements. Capucine est aussi énergique que les autres, au péril des oreilles de Sherlock. Ce dernier se contente de rester assis dans le plus grand des calmes.

Bien entendu, le match ne dure pas comme ceux des professionnels, mais il paraît tout de même long pour les participants qui commencent à montrer de clairs signes de fatigue. À un moment, une terrible mêlée est engagée. John en sort avec le ballon, immédiatement suivi par les enfants les plus robustes de l'équipe adverse. Sherlock sursaute quand son ami est plaqué au sol, mais à en juger le comportement de l'arbitre et du public, c'est normal. Il avait entendu comme quoi le rugby est un sport assez dangereux.

Sauf que les joueurs se séparent et restent immobiles, commençant à faire des gestes étranges, tandis que l'arbitre s'approche du groupe. Comme le reste du public, Sherlock commence à s'inquiéter. Ses doutes se confirment lorsqu'il aperçoit John en larmes, tandis que son bras gauche se retrouve tout tordu.


À suivre...

Merci aux personnes qui commentent :)

(1) Moyen très subtil de vous inviter à (re)voir le splendide film d'animation La planète au trésor.