Bonjour/Bonsoir à tous
Comment ? Un nouveau chapitre aussi rapidement !? C'est de la folie !
Oui, j'aime me foutre de moi même.
Disclaimer: Seul Oda aurait pu avoir l'idée des escargophones.
Rating: M
Bêta-reader: La supâte-fabuleuse Miss Macaronii ! Câlins et Spaghettis sur toi !
Je vous souhaite une Bonne Lecture !
« Elle s'est réveillée ! »
« Pardon ? Quoi ? Qui ? » répondit, perdue, la voix au travers de l'escargophone.
« Shinsekō ! L'illusionniste ! Pendant un instant, elle s'est réveillée de sa transe ! » s'exclama Joseph.
Il y eut un silence, le temps que l'information soit pleinement intégrée.
« C'est vrai ?! » s'écria avec joie et surprise Compote. L'animal téléphonique rendait son expression aux yeux écarquillés et au grand sourire. « Comment va-t-elle ? Puis-je l'entendre ? Ô Joseph, faites-la venir pour qu'elle me parle ! »
« Calme. Calme Fillette. J'ai dit « pendant un instant » elle s'est réveillée. Pas qu'elle était complètement guérie. »
La déception que fit naître sa remarque sur la face de l'escargophone lui fit lever les yeux au ciel.
« Je vous rappelle que l'on partait de zéro avec Shinsekō. Maintenant elle réagit à des stimuli extérieurs, n'a plus besoin d'ordre pour se nourrir et elle a réussi à parler de son propre chef. C'est plus que tout ce que j'avais pu prévoir en si peu de temps. »
« Je ne nie absolument pas ses incroyables progrès. Je suis même ravie de les entendre, n'en doutez pas. » rétorqua la jeune femme.
« Je ne remets pas votre enthousiasme en cause. Juste, je préfère que vous ne vous fassiez pas trop d'illusions sur son rétablissement. »
« Moi, je n'en ai pas trop. Mama par contre… »
Elle laissa sa phrase en suspens, l'épée de Damoclès qu'elle représentait se balançant doucement au-dessus de leur nuque.
« Tant que ça ? » souffla le médecin.
« Elle a déjà organisé sa première mission. » avoua Compote.
Elle dut rapidement écarter son bébé escargophone qui reproduisit bien trop fidèlement la hauteur des décibels qu'atteignit l'exclamation outrée de Joseph, au risque de devenir sourde.
« J'espère sincèrement pour la première fois de ma vie que vous vous foutez de ma gueule Compote. »
La grimace que reproduit l'animal téléphonique suffit pour briser le petit espoir qu'il avait.
« Je suis désolée Joseph, mais elle est intenable depuis qu'elle pense pouvoir user du pouvoir des illusions à sa guise. »
« J'imagine bien. » soupira-t-il. « Qu'a-t-elle prévu ? »
« Vous êtes sûr de vouloir l'entendre ? »
« Allez-y, plus tôt ça sera, plus j'aurais de temps pour me faire à l'idée que Linlin va envoyer en mission suicide une gamine de quinze ans qui a besoin de soins médicaux et psychologiques. »
« Vous savez trouver les mots pour faire culpabiliser les autres avant qu'ils aient pu faire quoique ce soit. »
« Certains appellent ça un don, d'autres me traitent de sale con. Allez dites-moi. »
« Elle devrait être envoyée à Isléria. Vous savez que Mama veut enfin en finir avec eux. Elle prévoit de l'envoyer les déstabiliser de l'intérieur avant que nous les attaquions. »
Cette fois-ci le médecin eut l'obligeance de s'éloigner du combiné pour crier une injure bien sentie.
« Mais pourquoi pas l'envoyer faire sauter Marine Ford pendant qu'on y est ! Ou mieux je sais ! Aller libérer les prisonniers du dernier étage d'Impel Down ! Parce que là, je suis sûr qu'elle a pas assez essayé de s'enfoncer dans la connerie ! »
C'était une réaction à prévoir, se dit Compote en écoutant calmement les exclamations outrées de son interlocuteur.
« Calmez-vous Joseph. Ce ne sont que des prévisions, rien de concret n'a encore été mis en place pour l'intégrer à cette opération. »
« Ne me dites pas de me calmer jeune fille, cela va juste m'énerver encore plus et vous le savez. »
Qu'il était un vieux con colérique ? Oui, elle le savait.
« Votre colère ne changera rien. Rien dans ce monde ne peut faire changer d'avis Mama de toute manière. »
Lui rappeler ce fait ne l'empêcha pas de pester un peu plus, avant de se recomposer un peu.
« Vous avez encore d'autres nouvelles de merde à m'annoncer ? »
« Cela dépend si vous considérez mon retour avancé et celui de mes frères comme une mauvaise nouvelle. »
« Ça se discute. Vous arrivez quand ? »
« Dans une semaine. Les préparatifs pour la mission sur Isléria doivent être lancés au plus tôt. »
« Des « prévisions » hein ? Vous allez vraiment envoyer cette gamine au casse-pipe. »
« Joseph, arrêtez. Je n'ai pas dit que Shinsekō faisait partie de ces préparatifs ou quoique ce soit. Le problème de ce pays doit être réglé vous le savez très bien. Que cela soit avec ou sans elle, Mama veut s'occuper définitivement de leur sort dans les plus brefs délais.
« Soit. Alors je vous revois la semaine prochaine. »
« Exactement. En attendant prenez soin de Shinsekō. »
Un vague « oui » lui répondit avant que le « gatcha » distinctif résonne, mettant fin à l'appel.
Shinsekō, elle, était bien loin de ce qui se tramait pour son avenir. Depuis l'accident avec les petits Charlotte, elle avait été déclarée compagnon de jeu de ces derniers. C'était une façon plus officielle de dire que les jeunes enfants l'avaient réclamée à grands renforts de cris, de caprices et autres vases brisés.
La grande fille les amusait. En plus d'avoir une présence réconfortante, elle acceptait sans se plaindre de participer à leurs jeux. Et jamais elle ne disait qu'ils étaient stupides, contrairement à leurs ainés. Elle était la compagne idéale de leur divertissement car même si elle était fine comme un brin de paille, elle arrivait à soulever plusieurs d'entre eux sans effort. Après elle ne disait pas grand-chose, voire quasiment rien. Un problème qui n'en était pas vraiment un pour eux. C'était même une raison de plus pour laquelle elle était parfaite pour ce rôle. Ils pouvaient lui parler de tout et de rien sans qu'elle ne les interrompe.
Les petits qui restaient avec Shinsekō étaient au nombre de dix-sept. Effectivement, même si l'illusionniste avait pu démontrer qu'elle savait s'y prendre avec les bébés, Mondée, l'ainée des quadruplées serpentines, avait catégoriquement refusé qu'on confie l'entière surveillance de Galette et Poire, les nourrissons de la fratrie, à cette quasi inconnue. Amande avait acquiescé parce qu'elle ne voyait de toute façon pas comment l'apathique pourrait s'occuper de nourrissons et distraire leurs cadets en même temps. Quant à Hachée et Effilée, elles avaient suivi la voie d'Amande. A quoi bon contester l'avis de Mondée, dont la jalousie était impossible à raisonner. Au moins elles avaient plus de temps libre.
Le médecin en chef n'avait pas été si difficile que cela à convaincre. Il avait suffi qu'il voie comment Shinsekō s'éveillait au contact des enfants pour qu'il accepte de la laisser quitter sa garde. Cela ne s'était tout de même pas fait sans une série de recommandations interminable auprès des serviteurs gérant habituellement les petits.
« Shin ! Shin ! Shin ! Porte-moi ! » cria Mozart. La fillette aux cheveux rose-noir tirait sur le pantalon de la jeune fille pour être sûre d'avoir son attention. Cela n'était pas vraiment nécessaire avec l'illusionniste mais ce n'était pas une habitude que l'enfant âgée d'à peine sept ans allait perdre aussi rapidement. Ni ses autres frères et sœurs.
Dans les bras de l'immense adolescente, elle éclata de rire. C'était si bon d'être tout en haut.
« Dis Shin, tu te souviens de mon prénom ? »
Shinsekō acquiesça avec un sourire. Elle avait toujours ce sourire doux quand elle était avec eux.
« Je te crois pas ! Les autres adultes ne retiennent jamais mon prénom aussi rapidement. Prouve-le, dis-le. » fit-elle avec un air boudeur.
« Mozart. » souffla en réponse sa porteuse, faisant naître sur son visage rond un grand sourire heureux. « Je n'suis pas un adulte. »
Cette phrase supplémentaire, la fillette ne s'y attendait pas.
« C'est vrai t'es pas une adulte. » acquiesça-t-elle « Tu es plus gentille qu'eux. »
« Est-ce que ça veut dire que tu as retenu les prénoms de tout le monde ? » la questionna Marnier, la jumelle de Mozart, qui attendait son tour d'être portée par l'illusionniste.
« Est-ce important pour vous ? »
Plusieurs « oui » criés plus ou moins fort à travers la salle de jeu retentirent. Les autres petits avaient tourné leur attention vers l'échange entre leur sœur et leur nouveau divertissement.
« Dis le mien ! » « Non le mien d'abord ! » « Tu te souviens du mien ? »
Les réclamations et questions fusaient dans tous les sens.
« Oui. » dit Shinsekō.
« Oui quoi ? » la reprit Mash, une des filles les plus âgées du morceau de fratrie présent.
« Oui. J'me souviens d'vos prénoms. Tous. »
Il y eut une suite de cris enjoués. Elle posa Mozart au sol et prit sa jumelle qui n'attendait que ça.
« Marnier » dit-elle faisant naître un immense sourire sur le visage de la petite fille.
Elle se tourna vers les trois plus âgées, regardant d'abord le petit garçon.
« Moscato. » Elle pencha la tête vers ses sœurs « Mash. Cornstarch. »
Les triplés qui venaient d'atteindre leur dix ans eurent une exclamation surprise. Elle ne mentait pas, elle s'en souvenait vraiment.
« A mon tour ! A moi ! » cria une petite fille avec beaucoup d'enthousiasme. Entourée de deux de ses sœurs, des triplées encore au vu de leurs longues jambes similaires. Shin' détailla cette petite brunette, de ses yeux toujours vitreux. Au moins ne reflétaient-ils plus le vide.
« Cinnamon. » Elle pointa du doigt les deux autres enfants à ses côtés « Citron. » fit-elle à celle au nez pointu et au visage rond. « Smoothie. » Cette enfant-là avait de longs cheveux blancs et la regardait avec un peu de méfiance.
Sentiment qui disparut à l'entente de son nom pour être remplacé par une joie aussi soudaine que surprenante. A quel point ces petits étaient-ils donc ignorés dans leur individualité ? Pendant un instant fugace le regard de l'illusionniste brilla de colère. Quelque chose se remuait en elle au contact d'eux. Quelque chose qui s'agitait de plus en plus, qui criait, se débattait. Si elle avait pu exprimer ce qu'elle ressentait elle aurait pu dire que ce quelque chose voulait hurler. Mais elle ne pouvait pas et son expression reprit les traits de son apathie devenue habituelle.
Les autres bambins réclamèrent à nouveau leur prénom prononcé par Shinsekō. Elle se plia à leur ordre comme elle le faisait pour tous les autres. Répondre à celui-ci faisait naître tellement d'émotions positives sur ces petites bouilles que si elle avait eu la maîtrise de son libre arbitre elle y aurait même répondu.
Elle pointa une paire de jumeaux « Compo. Laurin ». Elle tourna le regard vers un petit garçon bien trop grand pour ses six ans « High-fat. » Puis vers son petit jumeau blond caché derrière lui « Tablet. ». Elle prit dans ses bras un autre garçon qui savait à peine marcher « Dacquoise. ». Un début de sourire se formait sur ses lèvres quand elle détailla la petite accrochée à sa jambe « Melise. ». Elle fit rougir des jumeaux quand elle les regarda dans les yeux « Saint-Marc. Basans. ». Puis elle souffla au dernier enfant qui était resté timidement en retrait « Mont-d'or. »
« Et toi, c'est Shin ! »
Ce n'était aucun des dix-sept petits qui avait dit cela. Non. C'était une nouvelle venue, qui n'était d'ailleurs pas seule. La grande gamine pencha la tête en les regardant. Elle n'avait jamais vu ces deux jeunes filles avant.
« Custard ! Angel ! » crièrent des petits, révélant l'identité des deux inconnues.
Au vu de leur proximité avec les petits, c'étaient encore des Charlotte. C'était la première fois que Shin en rencontrait des aussi âgées qui souhaitaient réellement la voir. Du moins, qui voulaient la voir et ne pas lui faire de mal. Cette pensée fit naître une violente piqûre de douleur dans son crâne. Un souvenir, peut-être. L'image d'une personne plus grande qui la blesse. Mais Shin n'a pas le contrôle, elle oublie en même temps que la douleur passe.
« Vous voulez quoi ? » leur demanda Cornstarch. Il y avait moins de chaleur dans son ton pour ses sœurs aînées que les cadets avaient pu avoir pour elles.
« On avait juste envie de rencontrer la nouvelle membre de l'équipage. » fit celle avec les cheveux les plus foncés. Les deux avaient une couleur capillaire violette peu commune mais avec des sous-tons différents.
« Il parait qu'elle a un pouvoir très puissant. On était curieuses de voir ça. » ajouta l'autre.
« Joseph a dit qu'on devait pas la bousculer. » fit très sérieusement Mozart.
« Voyons ! On ne va rien faire de ce genre-là. » répondit celle que Smoothie, accrochée à l'illusionniste, lui pointa comme étant Custard. Donc, celle avec les cheveux violet foncé coiffés en carré. Elle avait aussi un visage doux, une représentation de l'innocence même.
« Nos petits frères et sœurs t'ont beaucoup sollicitée. Ça te dirait de venir avec nous pour changer d'air ? » lui demanda directement la deuxième fille, Angel. Son violet était pastel et contrairement à sa sœur, ses jolis traits ne cachaient nullement sa malice.
« Non ! » cria Smoothie s'accrochant plus fermement au pantalon de Shin. « Joseph nous l'a confiée à nous ! Vous avez pas le droit de nous la prendre. » Cinnamon et Citron la rejoignirent et s'accrochèrent solidement à l'illusionniste, comme pour appuyer ses propos.
« Vous ne trouvez pas que vous l'avez assez eue ? Elle doit être fatiguée de vous, la pauvre. » rit Angel face au comportement de ses petites sœurs.
Cette remarque provoqua des cris de protestation.
« C'est pas vrai ! »
« Shin veut rester avec nous ! »
« Shin a besoin d'aller avec personne d'autre ! »
« Shin, elle se souvient de nos prénoms, elle ! »
Cette dernière remarque fit lever les sourcils des deux perturbatrices.
« C'est vrai ça ? Tu connais les prénoms de tout le monde ? » demanda Custard directement à la principale intéressée.
Cette dernière acquiesça. Perdue dans ce tourbillon d'attention, ses yeux devenaient de plus en plus vitreux.
« C'est génial ! Tu es vraiment spéciale. D'habitude il n'y a que notre fratrie qui se souvient des prénoms de tous. Même Mama oublie parfois. »
Le frisson qui traversa l'illusionniste à l'évocation de la matriarche passa inaperçu pour la plupart mais pas pour les triplées toujours collées à ses jambes.
« Tu fais peur à Shin ! » cria Citron.
« Elle veut pas vous voir ! Elle veut que nous ! » renchérit Cinnamon.
« Laissez-la nous. » conclut Smoothie avec hargne.
« Doucement les mioches. Vous allez un peu vite en besogne. Moi je l'ai pas entendue dire qu'elle voulait pas de nous. » répliqua Angel sèchement.
« Dis-nous Shinsekō. Tu ne veux pas rester avec nous, un peu ? » la sollicita Custard.
La pauvre gamine était perdue dans le brouillard de son esprit. Il n'y avait pas d'ordre clair auquel se raccrocher. Les petits la réclamaient, mais ces deux filles n'étaient pas des grands. Elles étaient donc aussi des petits logiquement. Elle devait donc leur donner son attention mais cela rendrait tristes les autres petits. Elle ne voulait pas qu'ils soient tristes. Alors de qui devait-elle s'occuper ? Elle ne … non ! Il ne savait pas !
Elle était … Non ! Il était perdu dans sa tête. Tout y était cassé, détruit, irréparable. Pourquoi l'illusionniste devait s'occuper des petits ? Pourquoi devait-il faire ça ? Parce que sinon les grands leur feraient du mal. Comment le savait-il ?
Dans les bouts de verre brisés de sa mémoire, il voyait les reflets des grands. Les reflets rougeoyants comme le feu, les reflets argentés de lames aiguisées, des reflets qui vibraient au travers de rires cruels.
Tous. Il doit s'occuper de tous les petits sans distinction.
Alors pourquoi les avait-il abandonnés ?
Quoi ? Pourquoi ? Non jamais. L'éclat d'un souvenir, douloureux, trop. Le blanc, le brouillard réconfortant.
« Mais qu'est ce qui se passe ici ? »
La voix grave et implacable de Joseph claqua comme un fouet dans la pièce. Les Charlotte présents glapirent de surprise, et un peu de peur, en l'entendant.
« Custard, Angel. » siffla-t-il en voyant les deux adolescentes. « J'ignore ce que vous faites là mais si c'est pour une énième de vos conneries vous feriez mieux de sortir de mon champ de vision. »
« On faisait rien de mal Joseph. » protesta Angel.
« On voulait juste passer du temps avec Shinsekō. » renchérit Custard.
« Je me moque de vos intentions. D'ailleurs personne ne va vers Shinsekō sans passer par moi. »
« Quoi ? Mais tu ne peux pas nous empêcher de parler avec elle ! » protesta la pastel.
« Silence gamine. » Cela eut le mérite de lui couper le sifflet alors qu'elle s'apprêtait à enchaîner. « J'ai été suffisamment conciliant avec vous et votre frère, alors ne me cherchez pas. Rien ne m'empêche de vous punir pour vos conneries précédentes. » Il reporta son attention sur l'illusionniste. « Bordel je vous avais dit de ne pas la bousculer ! Qu'est-ce que vous lui avait fait ? »
Un déluge de réponses confuses lui tomba dessus. La seule chose cohérente ressortant se traduisait par : ce n'était la faute de personne mais celle d'un autre. Autant dire qu'il n'obtiendrait rien d'eux. Joseph brisa la distance et le brouhaha pour rejoindre sa patiente.
« Cela suffit pour aujourd'hui. Elle a besoin de repos, elle rentre avec moi. »
Il prit de ses bras Dacquoise pour le reposer au sol et décrocha les petites mains des triplées longues-jambes du pantalon de Shin.
« Suis-moi, gamine. »
Un ordre clair, simple, exactement ce à quoi elle devait se raccrocher. Malgré les protestations et suppliques des petits autour d'elle, l'illusionniste ne se retourna pas un instant en suivant Joseph.
Ce dernier, une fois la double porte de la salle de jeu des enfants traversée, lui prit le poignet pour la garder à sa hauteur.
« Ces gamins vont finir par me rendre fou. » marmonna-t-il, puis il s'adressa directement à Shinsekō. « Ne te méprends pas sur le compte de Custard et Angel, j'ai beau les engueuler ce sont de bonnes filles. Elles sont juste à l'âge charnière où elles essayent de faire entendre au monde qu'elles existent. Malheureusement elles ont choisi de le faire en emmerdant le monde. »
Le médecin eut un soupir triste, celui de l'abattement.
« J'aimerais te dire que ce n'est qu'elles mais tous ces gamins finissent par en passer par là. C'est le soucis quand on les fait grandir dans une masse sans reconnaître leur individualité. » Il resta un instant silencieux, réfléchissant à ses mots. Il les chassa en secouant la tête. « Enfin je n'ai pas à te prendre la tête avec tout ça, fillette. Tu as suffisamment de choses de ton côté à régler. » Il voulut lui adresser un rictus de sourire mais en se tournant vers elle, celui-ci s'évanouit complètement.
Shin pleurait. Elle n'avait pas de lourds sanglots qui lui prenaient la gorge, pas de petits hoquets pour reprendre une respiration difficile, pas de filet de morve qui se mélangeait au sel des larmes ni de visage tordu dans une expression malheureuse. Juste deux flots de larmes qui traversaient ses joues creusées. Ses yeux lilas brillants coupèrent les mots de la bouche du docteur.
« Jo-seph. » fit-elle de sa voix toujours un peu éraillée. « Petits sont uniques. » Et ces mots semblaient avoir une telle signification pour elle que ses larmes redoublèrent d'intensité sans que son interlocuteur puisse comprendre pourquoi. Il y avait tant de chose qu'ils ignoraient tous sur l'illusionniste.
« Hey. Shinsekō. » Il était gêné par ses pleurs silencieux. Il avait appris à gérer les gros chagrins d'enfants avec Célia mais devant ça, il était complètement désarmé. « Ça va aller, ne t'en fais pas. » Il glissa sa main de son poignet à ses doigts, la main de l'illusionniste était bien plus grande que la sienne. Et il les serra, tentant de faire passer toutes les émotions rassurantes qu'il pouvait avec ce simple geste. En échange elle serra aussi sa main. Une réaction si positive dans son état.
Il jeta un coup d'œil aux alentours. Les couloirs du manoir qu'occupaient les Charlotte n'étaient pas l'endroit idéal pour réconforter la nouvelle recrue. Il valait mieux pour sa réputation future au sein de l'équipage que personne ne la voit ainsi.
« Viens, suis-moi. »
Elle le suivit, ses larmes ne cessant de couler. Une fois à l'abri dans la maison du médecin, il la fit s'assoir dans la cuisine.
« Je vais pas te mentir, fillette, mais je suis pas à l'aise avec les gens qui pleurent. J'ai plus l'habitude de les faire pleurer, à vrai dire. » Il s'attela sur le plan de travail, sortant vaisselle et aliments de ses placards et alluma le feu de la gazinière. « Je n'aurais pas les bons mots, surtout que je ne suis pas sûr de ce qui provoque autant de tristesse en toi. Mais il y a un truc que je connais, universel, pour alléger les maux du cœur. » Il continua de s'affairer cinq bonnes minutes après ces mots.
Enfin, il présenta à la grande gamine une tasse à sa taille de chocolat chaud. « Prend-la. » lui ordonna-t-il. Le médecin sortit un mouchoir pour essuyer les joues trempées de Shin. « Voilà qui est mieux. Bois maintenant, ça va te faire du bien. »
L'illusionniste fixa la tasse quelques secondes avant de la porter à ses lèvres. Son hésitation fit sourire le médecin, tout changement minime dans sa réponse aux ordres était un élément encourageant pour sa rémission. Quand elle éloigna le breuvage, elle avait une petite moustache de lait chocolaté sur la lèvre supérieure. Qu'importe tout le sérieux et le professionnalisme que pouvait avoir Joseph, il était aussi un grand-père, il pouffa donc de rire avant d'essuyer le visage de Shin.
« Papi ? » fit une petite voix.
Il se tourna pour voir la tête de Célia dépasser du chambranle de la porte. Elle avait cet air innocent qui disait qu'elle allait lui réclamer quelque chose.
« Oui Célia ? »
« Ça sent le chocolat. » Ce constat voulait tout dire.
« Tu veux un chocolat chaud toi aussi ? »
« Ouiiii ! » s'exclama-t-elle avec joie, rentrant complètement dans la cuisine.
La petite fille s'assit à côté de la grande, créant un décalage de taille assez flagrant. Joseph lui fit son chocolat chaud, rajoutant des chamallows comme elle aimait. Son babillement joyeux en l'attendant ne fit que réchauffer le cœur de son grand-père.
Il lui donna sa tasse et ce fut quand elle voulut montrer les petits chamallows flottant dans le lait cacaoté qu'elle remarqua les traces de larmes séchées et les yeux rouges de Shinsekō.
« Shin, t'as pleuré ? » lui demanda-t-elle avec tout le tact de l'enfant de six ans qu'elle était.
« Célia, on ne pose pas ce genre question. » la sermonna Joseph.
« Mais Papi. Shin, elle a pleuré. Pourquoi ? »
« Elle avait ses raisons. Tu n'as pas à savoir si elle ne veut pas le partager. »
Célia resta un instant silencieuse en fixant Shin. Sans un mot, elle saisit des petits chamallows de sa tasse et les mit dans celle à moitié entamée de l'illusionniste.
« Les chamallows ça console. Mange-les, tu verras. »
Qu'importe ce qui rendait cette enfant triste, à présent. Elle était assez bien entourée pour être consolée.
Si seulement c'était réellement ce dont il avait besoin.
Quand le bateau fut amarré au quai, il y avait déjà foule pour les accueillir. Une attention agaçante aux yeux de Katakuri. Ses frères avaient voulu rationaliser cette façon d'agir par leur admiration et leur soumission à eux. Ce n'était pas une justification suffisante aux yeux du pirate à l'écharpe pour subir ces ignares. En plus, ils les empêchaient de marcher correctement sur le port. Il avait donc une mine encore plus renfrognée que d'habitude quand il débarqua avec Compote, Oven et Daifuku.
Au moins dans ce comité d'accueil, il y avait un élément positif. Leur frère, Perospero, était là pour les recevoir.
« Avez-vous fait bon voyage ? » demanda leur aîné, une fois les salutations d'usage faites.
« Plutôt oui. » répondit Compote. « On a croisé un autre équipage en chemin. Leur donner une leçon ne peut pas faire de mal à la réputation de Mama. »
L'homme bonbon acquiesça en retour. Ensemble ils se dirigèrent vers le centre de commandement installé dans le grand manoir dominant l'île. Là où résidait aussi toute leur fratrie. Sur le chemin, Perospero leur rapporta les derniers changements et décisions prises pour l'archipel. Il en parlait avec beaucoup de fierté car c'était lui qui avait tout mis en place, et parce qu'ils savaient que Mama adorait voir son territoire prendre la forme de ses rêves.
Rien de tout cela n'intéressait beaucoup Katakuri. C'était la même rengaine sur ce sujet depuis plus de deux ans. Au final il n'y aurait pas de changement drastique tant que les royaumes qui se partageaient auparavant cet archipel ne cesseraient pas leurs attaques sur eux.
Ce qui serait bientôt le cas. La destruction prévue d'Isléria n'étant que le premier pas annonçant celle des autres. Tout cela afin de permettre le développement du rêve de Mama.
« Qu'en est-il de l'illusionniste ? »
« Pardon ? »
Ses frères et sœur le regardaient avec surprise. Il ne voyait pas pourquoi.
« L'illusionniste, qu'en est-il d'elle ? Elle était censée être amenée ici pour être prête pour le combat. Est-ce le cas ? »
Perospero eut un rictus ennuyé.
« Cette sauvageonne n'a pas été ma principale préoccupation, je dois dire. Si tu veux en savoir plus sur son cas, c'est à notre médecin en chef qu'il faut le demander. »
« Pourquoi est-elle encore avec lui ? Mama lui a attribué des quartiers. »
« Kata... » Compote prit la parole en pinçant les lèvres. L'expression de celle qui doit révéler quelque chose qu'elle aurait préféré garder pour elle. « Shinsekō n'allait pas mieux en arrivant ici. La laisser dans ces quartiers aurait signifié la laisser mourir à petit feu. Joseph devait être auprès d'elle pour qu'elle guérisse. »
« Pourquoi ne m'avoir rien dit ? »
« Je ne savais pas que tu te sentais aussi concerné par son sort. »
Il ne répondit pas. Ça sentait la question piégeuse et il ne se risquerait pas là-dedans.
« Si elle rejoint notre escouade pour l'attaque d'Isléria, il y a intérêt à ce qu'elle soit prête. » Mieux valait contourner le sujet.
« Oh, d'après le dernier rapport de Joseph à ce sujet, il a de très nets progrès depuis qu'elle s'occupe de nos petits frères et sœurs. »
« QUOI ? » Cria Oven. « Qu'est-ce qu'elle fait avec eux ? »
« Je viens de le dire, serais-tu sourd ? Cela améliore son état d'être en contact avec eux. »
« Mais rien à foutre d'elle ! On parle d'une inconnue qui a buté une cinquantaine de nos hommes ! A quel moment tu t'es dit que ça serait une bonne idée de la foutre avec les enfants ? » La colère avait tendance à lui faire perdre un peu de contrôle. Ce qui faisait de lui l'image vivante de l'expression : fulminer de colère.
« Peros tu as laissé faire ? » lui demanda, encore sous le choc, Daifuku.
« Oui. » soupira l'ainé. « J'ai conscience que cette décision a des allures de coup de folie mais ce n'est pas Joseph qui est venu me demander l'autorisation pour la sauvage d'être avec nos cadets, non. C'est Mondé et Amande qui ont souhaité la réquisitionner pour les distraire. Cela ne venait même pas d'elles, ce sont nos petits frères et sœurs qui la réclamaient au point de rendre tout le monde fou. »
« Elles sont au courant que l'illusionniste est dangereuse, bordel ?! On s'en fout que ça soit eux qui la veulent, c'est pas une putain de nounou, c'est une psychopathe ! » continua de s'énerver Oven.
« Oh calme toi un peu veux-tu ? Tu fais fondre les pavés. » asséna Compote, exaspérée.
« Ecoute donc notre sœur, cela fera du bien à tes nerfs. » rajouta Perospero. « Evidemment que je n'ai pas accepté juste parce que nos cadets le souhaitaient. Joseph a été consulté avant. »
« En quoi son avis est-il plus pertinent ? » lui demanda le blond, peu convaincu.
« Il laisse la « dangereuse illusionniste macabre » ... » L'emphase qu'il mettait à ce surnom sentait l'ironie à des kilomètres à la ronde. « ... jouer avec sa petite fille. »
Cela laissa les triplés muets comme des carpes, enfin si on omettait Katakuri qui n'avait dit mot depuis que le sujet avait été posé sur la table, à vrai dire il se contentait de froncer les sourcils depuis le début du débat, un peu comme d'habitude.
« Sérieusement ? » demanda Oven.
Pour eux qui connaissaient le médecin en chef depuis leur petite enfance, c'était une nouvelle choquante. Il n'y avait qu'un seul et unique sujet sur lequel Joseph perdait réellement tout son sang-froid et son masque d'ironie acerbe. Sa petite fille, Célia. Le voir presque se battre bec et ongles dans un combat d'arguments contre Mama pour la garder avec lui, avait donné des sueurs froides à plus d'un. Le message avait été très clair, cette enfant il la gardait et il la protègerait contre le monde. Autant dire que laisser l'illusionniste rester avec son bien le plus précieux était la marque de confiance la plus absolue qu'il pouvait lui offrir.
« Oui. Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai donné mon autorisation. » conclut l'aîné.
Plus personne ne répliqua sur le sujet. Ils purent reprendre leur chemin en silence, si on omettait les chuchotements des civils quand ils atteignirent la ville. Quand ils arrivèrent au manoir, des serviteurs les accueillirent. L'un d'entre eux tendit une lettre à Compote qui, après avoir lu le nom de l'expéditeur, s'empressa de l'ouvrir.
Ses frères partaient déjà en direction d'un des salons de la demeure mais elle retint Katakuri.
« S'il te plaît, viens avec moi. » lui souffla-t-elle. Il fronça les sourcils, intrigué, mais la suivit sans poser de question après avoir hoché la tête.
Il se disait que sa sœur avait besoin de lui parler en privé mais quand elle les fit passer dans l'aile des enfants, il commença sérieusement à s'interroger.
« Compote. Pourquoi sommes-nous ici ? »
« Comme tu disais te sentir concerné, je me suis dit que ça serait une bonne idée que tu viennes avec moi. » répondit-elle, énigmatique.
« Concerné par quoi ? » Ça sentait l'entourloupe à plein nez.
« Par Shinsekō voyons. »
Il se hérissa à l'entente du nouveau nom de l'illusionniste.
« Je n'ai jamais dit ça. Où est-ce qu'on va ? »
« Pour l'instant on suit cette direction. » Là, c'était limpide. Sa sœur s'était lancée dans un de ses petits jeux pour obtenir ce qu'elle voulait de sa victime. Sauf que cette dernière, c'était lui. Il s'arrêta net.
« Compote. Où. M'emmènes. Tu ? »
« Techniquement nulle part. Tu me suis, je ne t'emmène pas par la force. » esquiva-t-elle.
« Où ? »
« Ah, Compote, vous voilà ! Et Katakuri aussi à ce que je vois. Vous avez fait vite. » fit la voix de Joseph à l'autre bout du couloir. « Restez pas plantés là ! Venez. » ajouta-t-il en voyant qu'ils ne bougeaient pas. De sa position il ne pouvait pas sentir l'électricité entre les deux et encore moins apercevoir le regard noir que Katakuri lançait à la jeune femme.
Piégé pour piégé, il préféra rejoindre le médecin, curieux de voir ce que ce dernier voulait montrer avec tant d'empressement à sa sœur. La salle dans laquelle ils rentrèrent était une petite salle de jeu pour leurs cadets. Sans surprise au milieu de la pièce se tenait Shinsekō.
« Je me disais que vous voudriez la voir à votre retour, Compote, mais j'ignorais que ça serait aussi votre cas, Katakuri. » dit Joseph en refermant la porte derrière eux.
« Moi aussi. » marmonna le jeune homme.
« Comme je le disais dans mon mot ce n'est que pour quelques minutes vos frères et sœurs l'attendent et vous savez comment ils sont quand ils deviennent impatients. » continua le plus âgé.
Compote se dirigea directement auprès de sa protégée.
« Comment vas-tu Shinsekō ? Joseph m'a dit que tu avais fait de grands progrès. »
L'illusionniste acquiesça silencieusement, les yeux tournés vers le sol. La jeune femme aux cheveux verts s'extasia aussitôt de ce qu'elle appela un « progrès immense » auprès de Joseph.
Katakuri trouvait cela pathétique. L'état de l'illusionniste était pathétique. Quelle déchéance pour cette femme fière et forte qui avait été capable de le lacérer. Le désespoir l'avait rendue misérable. Il en était dégoûté, déçu. Perdre une guerrière avec tant de potentiel pour la recycler en nounou, il n'avait pas envie d'en voir plus.
« Kata où vas-tu ? Tu ne veux pas saluer Shin ? » demanda Compote en le voyant se retourner.
« Non » répondit-il sèchement.
« Ne sois pas rude. Ne trouves-tu pas qu'elle a l'air d'aller bien mieux ? »
Il lança un coup d'œil. Effectivement l'illusionniste n'avait plus grand-chose à voir avec la sauvage qu'il avait affronté dans les bois, si ce n'était sa taille. Elle était propre, permettant de voir sa peau pâle et ses cheveux magenta, voilà bien le seul aspect positif qu'il constatait. Elle était toujours affreusement maigre, ses bras semblaient même avoir perdu de la force. Et ses yeux... elle qui les levait toujours haut et fiers, jugeant le monde, voilà qu'elle les gardait baissés.
« Non. » Il s'approcha de son ancienne adversaire. « Elle aura beau acquiescer comme un bon petit toutou, ce n'est pas elle. » Il prit son menton entre ses doigts pour lever son regard. « Le vrai illusionniste est un guerrier, pas une loque comme elle. »
Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, pas consciemment. Peut-être que quelque chose en lui avait envie de la faire réagir, de la faire sortir de sa torpeur. Mais ses yeux ne plongèrent que dans ce regard terne et froid qui hantait ses cauchemars. Il s'en détourna.
Les protestations de sa sœur qui arguait du contraire tombèrent dans l'oreille d'un sourd. Il en avait assez vu. Mais quand il voulut éloigner sa main de l'illusionniste, une prise ferme retint son poignet. Cela réduisit au silence Compote.
Il regarda avec stupéfaction son poignet retenu par Shinsekō. Elle pencha la tête en le détaillant.
« N'me sous-estime pas, grand homme Kata. » Sa voix claqua avec force.
Ses yeux brûlaient à nouveau d'un feu ardent.
Vous ne rêvez pas. Bébou Lulu est de retour ! (Merci Trèfle pour avoir donné ce surnom à l'Illusionniste ^^)
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