Valentin était aux fers, bâillonné, et entouré d'une escorte nombreuse et lourdement armée.
Jace fermait la marche de ce petit escadron, une main sur la fusée de sa lame séraphique. L'inquisitrice Herondale, quant à elle, était à l'avant, les épaules droites et le port altier afin d'affirmer sa supériorité hiérarchique.
Le silence était tendu dans le sous-sol de l'Institut de New-York où chacun attendait sur le qui-vive l'ouverture du portail en direction de la capitale d'Alicante.
C'est dans cette ambiance pesante que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent dans un bip qui brisa le calme illusoire.
Certains sursautèrent, d'autres se mirent en position de défense, tandis que d'autres encore n'avaient même pas daigné jeter un regard en arrière.
Le blond, lui, jeta un coup d'œil sans se retourner et put apercevoir une tornade rousse courir vers lui, en tenue de combat.
Il fronça les sourcils et la dévisagea presque quand elle s'installa en fin de file à ses côtés.
— Qu'est-ce que tu fais là, tu ne devais pas quitter le chevet d'Izzy, chuchota-t-il entre ses dents serrées par l'incrédulité, tout en se voulant discret.
— Simon va la veiller. Tu ne pensais quand même pas que j'allais manquer le procès ?
— L'interrogatoire, miss Morgenstern, corrigea Imogène Herondale avec un air sévère, et je ne me souviens pas vous avoir autorisé à nous escorter !
— Je vous en pris, j'ai aidé à la capture de Valentin, ma mère est morte à cause de lui après s'être cachée — et moi avec — toute sa vie durant pour lui échapper ! Je pense que je suis en droit de voir cette histoire prendre un terme définitivement et faire mon deuil dignement !
Elle avait de toute évidence préparé son plaidoyer et peut-être même que Simon l'avait aidé.
Le blond ne put s'empêcher de se renfrogner à cette sinistre pensée. Son cœur se serra douloureusement.
Peu importe que leur lien de parenté fût un mensonge de la part du leader du Cercle, le mal était fait : il avait perdu Clary.
Et, bon sang qu'il l'aimait. Il n'avait jamais cessé de l'aimer malgré la douleur dans son âme, malgré la culpabilité d'éprouver des sentiments pour celle qu'il pensait alors être sa sœur…
Le portail s'ouvrit mettant un terme à sa torture mentale et la petite troupe avança, Valentin en son centre, pour rejoindre Idris, la cité angélique.
L'interrogatoire fut long et pénible. Valentin avait décidé de résister afin de ne pas répondre à certaines questions, le faisant agoniser de douleur sous le pouvoir de l'épée de vérité.
Il avait beau être un psychopathe responsable de la mort de centaines de personnes : voir un homme supplicié était toujours un spectacle difficilement supportable.
— Qu'en est-il de Jace ? Il a rejoint vos troupes, vous épaulant durant un temps, pourquoi ?
Clary se tendit aux côtés de Jace mais le jeune homme était lui-même trop nerveux pour être en état de la rassurer. Il savait les révélations qui allaient suivre et n'était tout bonnement pas prêt à ce que la rouquine l'apprenne et surtout pas de la bouche d'un autre que lui… S'il avait su qu'elle serait présente, peut-être aurait-il pris les devant ? Comment savoir ?
Le regard fatigué et empli de souffrance du géniteur de la jeune femme se tourna lentement vers eux, il grimaça… sa réponse avait trop tardé.
— Je lui avais fait croire qu'il était mon fils mais, même ainsi il aurait préféré me tuer quitte à y perdre la vie que de m'aider, commença le prisonnier.
Sa fille ouvrit des yeux ronds et tourna son regard choqué vers Jace qui ne broncha pas.
— Il a fallu que je menace la vie de Clary pour le convaincre et dès qu'il en a eu l'occasion il s'est enfui.
— S'il n'est pas votre fils, est-il un Wayland ?
— Non, grogna Valentin en plantant son regard fou dans celui de la femme, je vous l'ai déjà dit, il est le fils de Stephen et Céline Herondale… Votre petit-fils !
Un brouhaha s'éleva de la foule ainsi qu'un mouvement de surprise. Jace faisait parti de ces gens-là. Il se leva comme électrocuté et dévisagea celle qui l'avait reçu la veille.
Il avait trouvé son comportement changé alors… Elle savait, mais ne lui avait rien dit.
Il se sentit tout à coup perdu. En moins d'un an, il changeait de nom pour la troisième fois… Il avait surtout encore de la famille en vie…
Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et ses oreilles se mirent à bourdonner, l'enfermant dans une bulle silencieuse où le temps avait perdu ses droits.
Le silence fut exigé, Clary tenta d'attirer l'attention de son ex et le força à s'asseoir, et, sonné, Jace se laissa faire comme une poupée de chiffon.
Elle posa une main qui se voulait réconfortante sur celle du blond et le contact de la peau de la jeune femme contre la sienne lui permit de se raccrocher à la réalité et de sortir de son état de choc, ses yeux accrochèrent les prunelles vertes et il s'y noya presque, car au milieu de l'océan d'incertitude qu'il y trouva, il crut y déceler une minuscule étincelle qui brillait comme la promesse d'un espoir.
Le reste de l'interrogatoire resta flou pour les deux nephilims et au bout de quelques heures, le verdict, sans surprise, tomba : Valentin serait exécuté pour crimes de masses par l'épée mortelle et ce, devant toute la communauté magique réunie, ici même à Idris, dans une semaine.
La conseillère Herondale espérait ainsi calmer les esprits et apaiser le monde obscur.
***********************************
Isabelle était profondément endormie.
Le temps semblait s'étendre à l'infini tant et si bien que le vampire finit par attraper son téléphone pour s'occuper les mains et l'esprit.
Clary lui avait expliqué que la nephilim enchaînait de longue période de sommeil avant de se réveiller, angoissée et perdue jusqu'à en faire parfois des crises de panique incontrôlables.
Même ainsi, décoiffée, pâle et fiévreuse, elle était belle. Son apparence inébranlable de guerrière laissait place à un autre aspect plus vulnérable, plus fragile.
Après des heures sans qu'il ne se passe rien de particulier, Izzy se mit à gigoter dans son sommeil, gémissant de temps à autre en serrant les draps entre ses poings, la fièvre était revenue.
Simon se leva et récupéra de l'eau fraîche dans la salle de bain avant d'appliquer un linge humide sur le front de la jeune femme qui soupira d'aise.
Oui, Isabelle Lightwood était vraiment une femme magnifique.
Simon était tombé sous son charme dès le premier regard.
Il repensa à cette fois où elle l'avait entraîné vers sa fourgonnette parce qu'elle s'ennuyait.
Le jeune homme d'alors avait frissonné à l'idée d'être embrassé par une créature si sexy que tous les hommes de la planète l'auraient jalousé…
Au lieu de ça, il s'était fait enlever par Raphaël et était devenu un enfant de la nuit et, plus jamais il n'aurait l'occasion de découvrir ce que cela ferait d'embrasser des lèvres si pulpeuses… de savourer leur douceur et d'en connaître le goût !
Il secoua la tête et s'obligea à détourner son regard de la bouche entrouverte de la brune sur lequel il fantasmait secrètement.
Il était avec Clary… Clary qu'il aimait depuis toujours…
Il y avait d'ailleurs quelque chose de gênant dans cette relation pourtant idyllique.
Ils se connaissaient tous les deux par coeur et ne se disputaient jamais. Il n'y avait pas de frisson de la découverte, et au lieu de la passion, il n'y avait entre eux qu'une profonde tendresse.
Isabelle se redressa d'un seul coup dans son lit en inspirant une grande quantité d'air comme si elle était en train d'étouffer.
Elle se tourna sur le côté, haletante, et attrapa un flacon qu'elle porta à ses lèvres avant de le tourner vers le sol en le secouant avec désespoir.
Pas une goutte n'en sortit, la fiole était vide !
— Isabelle, calme-toi, si tu as besoin de quelque chose, dis-le moi…
La malade tourna un regard brumeux sur lui comme si elle remarquait seulement sa présence, puis, elle parcourut la chambre des yeux avant de se laisser tomber sur le lit avec un air désespéré.
— Où est Clary ?… Et Jace ?
— Ils sont à Idris, ils reviennent vite, d'accord ? Je suis là, moi.
Elle remonta les couvertures sur elle, frissonnante et ses lèvres tremblèrent. Elle avait l'air perdu, si fragile…
— J'y arriverais pas, Simon… pleurnicha-t-elle bientôt, la potion de Magnus est finie… je ne vais pas y arriver !
— Bien sûr que si, Izzy, tu y arrives déjà… Le plus dur et derrière toi, ok ?
— Non….
— Crois-moi ! Quand ma mère a arrêté de boire, ça a été très dur aussi… Parfois, elle a cru ne pas y arriver, comme toi. Elle a voulu sombrer à nouveau. Elle achetait des bouteilles qu'elle cachait, mais… Elle a tenu bon, et toi aussi, tu peux y arriver, Izzy. T'es la personne la plus forte que je connaisse !
Isabelle le regarda à nouveau avant qu'un fin sourire n'égaye à nouveau les traits de son visage angélique.
Le vampire ne put s'empêcher de lui rendre son sourire, ravi que ses mots aient pu calmer la jeune femme.
Elle se releva et expliqua à Simon qu'elle avait besoin de se rafraîchir avant de disparaître dans la salle de bain pour se doucher.
Quand elle en ressortit, elle était métamorphosée.
La guerrière badass était de retour.
Les cheveux tressés, maquillée, et affublée d'une robe très près du corps.
Simon déglutit le plus discrètement possible avant de s'humecter les lèvres par réflexe.
— Bon, du coup, est-ce que tu as faim ? Tu dois être affamée. Je vais te chercher quelque chose en cuisine… Ouais, c'est sûrement mieux, même si Clary m'a demandé de ne pas te lâcher d'une semelle… Tu ne vas pas t'enfuir, pas vrai ?
La brune s'était approchée d'une démarche féline durant le monologue du jeune homme et son sourire était à mi-chemin entre l'amusement et la séduction.
— J'ai pas vraiment faim de nourriture, répliqua-t-elle avec volupté en caressant le torse du vampire du bout du doigt sans rompre le contact visuel qu'elle avait établi comme si Simon était une proie prise dans ses filets.
— Isabelle, je suis flatté, vraiment, mais…
Il ferma les yeux, sous le frisson qui l'envahi quand du bout de l'ongle, la brune lui effleura le cou dans une caresse mi-douce mi-sauvage.
— Ce n'est pas toi qui parles, Izzy… Je sais ce que tu veux de moi et je te préviens tout de suite que tu n'auras rien ! Je ne te mordrais pas, c'est hors de question !
Le visage de la nephilim se durcit instantanément et elle se recula, en colère.
— Tu vas adorer, il n'y a rien de meilleur que le sang d'ange…
— Je sais, murmura Simon se souvenant du goût du sang de Jace sur sa langue…
Il avait d'ailleurs failli le vider de son sang si Valentin ne l'en avait pas empêché…
Boire du sang humain le répugnait déjà bien assez. Les poches d'hémoglobine lui convenaient. Hors de question de planter ses crocs dans la chair de quelqu'un et encore moins dans celle d'Isabelle ! Ce ne serait leur rendre service ni a l'un ni à l'autre.
Dans un geste désespéré, la shadowhunter attrapa un poignard sur sa table de chevet — habitude de chasseur, certainement — et s'entailla le poignet avant de le rapprocher du visage de Simon qui ne broncha pas.
— Merci, sans façon, j'ai pris un gros petit-déjeuner avant de venir, répliqua celui-ci.
Isabelle, recula de trois pas comme si le vampire l'avait frappé, elle secoua la tête comme pour reprendre ses esprits et le poignard tomba sur le sol dans un bruit métallique.
— Oh mon Dieu, mais qu'est-ce qui m'arrive, se remit à sangloter Izzy en se laissant tomber assise sur le lit.
Le cœur pourtant mort du vampire se serra et il s'installa à coté de la brune avant de la serrer dans ses bras en signe de réconfort.
La nephilim se laissa aller dans l'étreinte réconfortante, mouillant le T-shirt du garçon par ses larmes de désespoir.
— Mon frère a disparu et je ne peux rien faire pour le retrouver… Je suis vraiment inutile, nulle, faible…
— Non, non, non… Je t'interdis de penser ça, Isabelle. Tu es au contraire forte et courageuse et Alec serait fier de toi s'il était avec nous.
Les sanglots redoublèrent en intensité et Simon se mordit la lèvre en se traitant d'idiot : parler de l'absence d'Alec n'était certainement pas la meilleure manière de réconforter la jeune femme.
— Et, si on ne le retrouve jamais ? Il ne peut pas m'abandonner, il ne peut pas…
La respiration d'Izzy s'accéléra et elle commença à haleter nerveusement.
— J'y arriverais pas sans lui… Je n'y arriverais pas…
Le rythme respiratoire de la jeune femme s'accéléra encore et elle commença à hyperventiler.
En manque d'air elle se redressa, à la recherche de son souffle sans parvenir à reprendre le contrôle sur sa respiration anarchique.
Ses poumons n'avaient pas le temps de se remplir d'air qu'elle les vidait aussitôt, elle chancela et se laissa tomber au sol.
Une crise de panique.
Clary l'avait prévenu, pourtant le vampire se sentit complètement démuni face à ce spectacle terrifiant.
— Calme-toi, Izzy. Respire doucement, d'accord ? Conseilla Simon en s'agenouillant devant elle sur le sol.
— J'y… J'y arrive pas ! suffoqua la brune.
Sa poitrine se soulevait à un rythme soutenu et ses yeux commencèrent à papillonner tandis que des vertiges prenaient peu à peu possession de son corps, la faisant chanceler légèrement de droite à gauche et d'avant en arrière à la recherche d'un équilibre.
— Qu'est-ce que je dois faire ? s'affola Simon sans s'attendre à ce qu'Isabelle puisse lui répondre.
Sans vraiment réfléchir davantage, le vampire plaça ses mains en coupe autour du visage de la brune et, un peu violemment, plaqua ses lèvres sur celles de la jeune femme.
Surprise, Izzy cessa un instant de respirer : le temps suffisant pour que les spasmes qui secouaient ses poumons cessent et que sa respiration redevienne normale.
Ses yeux, d'abord ronds, se fermèrent finalement, apaisée.
Ses lèvres se muèrent contre celles du vampire.
Simon se laissa entraîner par la sensation paradisiaque.
Son ventre fut envahi par une douce chaleur.
Emportés par le moment, seuls dans leur bulle hors du temps, leurs langues se trouvèrent et commencèrent un ballet sensuel et envoûtant qui fit gémir Simon.
La porte de la chambre claqua, les faisant sursauter tous les deux et mit fin au moment.
Le jeune homme cligna des yeux pour reprendre pied dans la réalité et une connexion se fit dans son cerveau.
Quelqu'un était entré dans la chambre sans que ni l'un ni l'autre ne le remarque et était parti précipitamment en les découvrant ainsi.
Aussitôt, sa poitrine se serra douloureusement.
Clary !
Il sauta sur ses deux jambes et se précipita dans le couloir avant d'apercevoir la rouquine, de dos, au bout de celui-ci.
— Clary, attend, je peux tout t'expliquer, cria-t-il avant de s'élancer à la poursuite de sa petite amie.
***********************************
— À nous, trinqua Magnus en levant son verre.
Le visage d'Alec se para d'un sourire magnifique quand il planta son regard dans celui de son compagnon pour faire tinter leur verre.
Il but une gorgée avant de faire une grimace….
Non, décidément, il ne s'y ferait jamais !
— En quel honneur, cette soirée ?
— Je crois qu'on a plusieurs choses à fêter : l'arrestation de Valentin, même si c'est à cause de ces méfaits que nous nous sommes rencontrés !
— Je refuse de trinquer en son honneur, s'insurgea le policier avec un sourire amusé.
— Tu as raison, répondit Magnus, bien laisse moi réfléchir : ton rétablissement.
Depuis son séjour à l'hôpital, près de dix jours plus tôt, Alec n'avait plus parlé à Magnus de ses flashs étranges ni de ses rêves sans queue ni tête.
Il préférait garder pour lui cette étrange sensation de déphasage qu'il ne comprenait pas lui-même. Il ne voulait pas finir à l'asile !
Avec un sourire crispé, il releva son regard vers l'Asiatique.
Il détestait le mensonge, mais il ne voulait pas inquiéter l'avocat inutilement.
Ils étaient retournés dans la petite brasserie dans laquelle Magnus l'avait entraîné lors de leur tout premier rendez-vous.
— Tu te souviens notre premier rendez-vous ? questionna le policier en lançant un regard en direction de l'alcôve abritant le billard.
L'avocat sourit et posa sa main sur celle de son petit ami.
— Comment oublier ? C'est la soirée la plus mémorable de toute ma vie.
— Pas la mienne, chuchota Alec avec des étoiles dans les yeux.
Magnus fronça les sourcils et l'interrogea du regard.
— Ma soirée la plus mémorable… commença le jeune homme avec un sourire mutin, c'est quand j'ai passé ma première nuit dans ton lit !
Magnus s'étouffa à moitié avec son Martini, toussotant pour s'empêcher de recracher l'alcool qui lui brûlait l'œsophage !
— Qui êtes-vous et qu'avez vous fait d'Alexander ? s'amusa-t-il après avoir repris une certaine contenance.
Alec rit à cette remarque et aussitôt le monde s'arrêta de tourner dans le cœur de Magnus.
Bon sang qu'il aimait ce rire.
— Il faut croire que tu me dévergondes, répliqua-t-il avec un clin d'œil.
L'avocat se pencha en avant pour approcher son visage par-dessus la table.
— Alexander, je te préviens, si tu ne cesses pas de flirter avec moi, je risque de faire ce que je rêvais de faire lors de notre premier rencard !
Ce fut au tour d'Alec de froncer les sourcils d'incompréhension.
— Nous enfermer dans la salle de billard et te faire crier de plaisir, expliqua Magnus calmement et ce fut autour d'Alec de s'étouffer… avec sa salive !
Il devint vite écarlate et regarda à gauche et à droite pour s'assurer que personne ne les avait entendu sous le regard amusé de son compagnon.
Maïa, la serveuse, leur apporta leurs plats dans l'entrefaite, ramenant le calme à leur table.
Ils mangèrent en se remémorant quelques anecdotes et de bons souvenirs ensembles jusqu'au moment du dessert.
— Quoi qu'il en soit, reprit Magnus. Il y a quelque chose que nous devrions fêter ce soir. Il y a trois mois de ça, tu entrais dans ma vie, et je n'oublierais jamais la sensation de mon cœur dans ma poitrine quand j'ai croisé ton regard pour la première fois. Tu as chamboulé ma vie sans même t'en rendre compte et aujourd'hui je sais… Je sais que, quoi qu'il puisse se passer entre nous : je ne peux pas vivre sans toi !
Il tendit une petite boite vers son compagnon : un écrin de velours.
Alexander était soufflé tant par les mots de Magnus que par l'objet devant lui qu'il regardait, incertain, faisant des allers-retours entre le cadeau et le regard chocolat de son petit-ami.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda le policier d'une toute petite voix.
— Ouvre, répliqua l'Indonésien, amusé.
Alec ouvrit doucement l'écrin et son cœur rata un battement face à l'objet qu'il contenait. Il releva les yeux une fois de plus et ses iris rencontrèrent ceux d'un Magnus visiblement ému.
— Je sais que c'est sûrement trop tôt mais… Acceptes-tu d'emménager avec moi, Alexander ?
***********************************
Le nephilim poussa un énième soupire. Depuis qu'il était à la tête de l'Institut de New-York, il n'avait plus une seconde à lui, mais c'était le prix à payer pour que la priorité numéro une de tous soit l'avancée des recherches.
Il avait même réussi à convaincre sa grand-mère de retirer la mise à prix sur la tête des deux disparus.
— Entrez !
— Monsieur Herondale, un message de feu de Lorenzo Rey pour vous, indiqua le shadowhunter en lui tendant un morceau de papier brûlé sur les bords.
Il attrapa le pli pendant que l'homme prenait congé.
Depuis plus d'une semaine, les relations entre le monde obscur et les nephilim s'étaient grandement améliorées et, chacun espérait qu'elles continueraient d'évoluer dans ce sens après l'exécution de Valentin prévu le lendemain même.
Victor Aldertree est toujours vivant, mais sa trace est faible
Je l'ai localisé en Europe.
Le Grand sorcier de Brooklyn aidait activement aux recherches du shadowhunter disparu, en contrepartie, il avait demandé de s'occuper lui-même du sort qu'il réserverait à Magnus Bane.
Le grand conseil avait accepté à condition que le châtiment soit à la hauteur du crime ce qui ne semblait qu'une formalitée pour le nouveau représentant de la communauté magique.
Aldertree était vivant.
Jace ne savait pas s'il devait se sentir heureux à cette nouvelle ! Il avait voulu le retrouver pour innocenter Magnus, mais, à présent que le sort de celui-ci ne dépendait plus d'eux…
— Magnus ne peut pas être accusé de son crime, c'est une bonne chose, non ?
Il se tourna vers la rousse qui l'épaulait dans sa tache.
Le procès les avait ébranlés tous les deux, mais rapprochés aussi et, si aujourd'hui Simon et elle avait rompu pour une obscure raison aux yeux du blond, ils ne sortaient néanmoins toujours pas ensemble !
Ils n'avaient ni l'un ni l'autre la tête à ça.
— Tu sais comme moi que ça ne suffira pas à stopper Lorenzo Rey, Catarina nous a dit qu'il détestait Magnus depuis toujours et convoitait sa place.
— Il faut garder espoir, Jace… ne baisse pas les bras, on va le retrouver, les retrouver ! tenta-t-elle, apaisante en posant sa main sur le biceps de l'homme.
— Le lien est de plus en plus faible, Clary… Je sens que le temps joue contre nous et, bientôt, il aura totalement disparu… je… je ne peux pas le perdre ! Je ne peux pas !
Il se sentit envahi par le désespoir en prononçant ses mots. Il se sentait si faible d'exposer ainsi sa peur viscérale de perdre plus encore qu'un frère…
Mais il ne se permettait d'être vulnérable qu'avec Clary, avec elle, il était lui !
— Je vais voir Catarina, elle aura peut-être du nouveau.
Elle l'étreignit avant de quitter le bureau directorial.
Catarina avait tellement peur de ce qui pourrait arriver si Lorenzo retrouvait Magnus en premier qu'elle avait accepté de les aider secrètement. Depuis, elle tentait de localiser la destination du portail qu'avait emprunté les deux hommes, mais il y avait tant de réalité, tant d'univers à explorer que la tache semblait vaine et épuisante pour la sorcière.
La seule certitude, c'est que les deux amants n'étaient plus dans leur univers.
Clary l'avait compris en voyant le fragment violet irisé et Catarina avait fini par confirmer leur doute.
Pourquoi avoir fui leur réalité ? Était-ce volontaire ou accidentel comme Luke l'avait laissé sous-entendre ? Alec avait, il suivit Magnus de son plein gré ?
Tant de questions qui ne trouvaient aucune réponse.
Il ferma le dossier qu'il était en train de consulter et se décida à bouger lui aussi. Depuis quelques jours, il se rendait au loft afin d'essayer d'y voir plus clair.
Le sang qui avait été retrouvé sur place était celui d'Alec et des deux nephilims envoyés pour escorter Magnus jusqu'à Idris ce jour-là. Les malheureux n'avaient pas survécu d'après les analyses des cendres.
Il ne restait plus que les fragments de portail violet : c'était leur seul indice, leur seul espoir.
— Jace ! l'interpella Isabelle sans cacher l'inquiétude dans sa voix. Tu as du nouveau ?
— Non, Catarina tente de localiser Magnus mais…
Qui avait-il à dire de plus qu'Izzy ne savait pas déjà ?
— Et toi ? Tu as l'air mieux, non ?
— Clary m'a veillée tout le long. Je crois que le plus dur est derrière moi ! Jace, je veux aider… Il faut qu'on le retrouve…
L'émotion faisait trembler sa voix et Jace l'attira dans ses bras dans un geste protecteur, unis dans la douleur, dans la terreur, l'incompréhension…
Ils se séparèrent et se firent un pâle sourire.
— J'allais justement au loft, tu veux m'accompagner ?
Sa sœur d'adoption hocha la tête et lui emboîta le pas.
— Clary t'a veillé, mais j'avais cru comprendre que Simon avait pris le relai dernièrement ?
Isabelle, lui jeta un coup d'œil et se mordit la lèvre comme si elle cachait quelque chose.
— Je crois que Clary m'en veut, avoua-t-elle tandis qu'ils arrivaient à l'extérieur.
L'air était frais mais agréable.
— Explique-moi.
— Il se peut que j'aie embrassé Simon !
Jace se tourna vers elle les yeux ronds avant de demander plus d'information.
Clary ne lui avait rien dit à ce propos et il avait préféré ne poser aucune question concernant la séparation entre le vampire et la rouquine.
Isabelle ne se fit pas prier pour tout lui raconter.
— C'est donc plutôt lui qui t'a embrassé et pas l'inverse, constata le blond.
— Oui et non. Il a fait ça pour mettre fin à ma crise de panique, mais après, c'est moi qui ai approfondi le baiser.
— Et vous deux, vous êtes… ?
— Je l'aime bien, approuva Izzy avec ce sourire si particulier qui fit chanceler son frère.
— Oh, non ! Izzy ! Ne me dis pas que tu es tombé amoureuse de ce suceur de sang ? Je veux dire, même quand il n'était qu'un simple terrestre, il était insupportable !
— Il est…
Elle sourit à nouveau en pensant au châtain et Jace leva les yeux au ciel sans pouvoir s'en empêcher.
— Il est adorable. Il prend soin de moi… il est respectueux et gentil…
— C'est bon, c'est bon, j'ai saisi l'idée, coupa son frère légèrement nauséeux.
Ils arrivèrent finalement au loft et entrèrent dans la pièce qui était autrefois le bureau de Magnus.
À l'extérieur, la nuit commençait lentement à tomber sur le pont emblématique de Brooklyn, une journée de plus venait de s'écouler.
Jace souleva son haut pour jeter un œil à sa rune parabatai.
Elle commençait lentement à s'estomper et, de noir d'encre elle était maintenant légèrement grisée.
Il poussa un soupir à fendre l'âme, le cœur vrillé de chagrin avant de reporter son attention sur Izzy à genoux, à même le sol.
— Qu'est-ce que tu fais ? Attention, tu vas te couper !
— Vous avez essayé de reconstruire le puzzle ? s'enquit celle-ci, deux morceaux de miroir irisé dans les mains.
Elle les rapprocha : ils s'emboîtaient parfaitement. Une vive lumière les éblouit et ils détournèrent les yeux pour ne pas finir aveugle.
Le téléphone du blond sonna, mais il était trop secoué pour répondre.
Les deux morceaux venaient de s'amalgamer, n'en faisant plus qu'un.
Son cœur battait à tout rompre face à cette découverte.
À nouveau l'espoir refit surface et son coeur se mit à battre plus fort d'excitation.
Son téléphone sonna à nouveau et, agacé, il répondit sans regarder le contact.
— Quoi ?
— Jace ? Nous avons retrouvé Victor ! Il est ici, à Idris…
