9 janvier, 11h23

Un terrain neutre. C'est la condition que Regina avait émise pour cette rencontre qu'elle attendait depuis longtemps. Aussi, la portoricaine avait passé plusieurs minutes sur une application qui indiquait les meilleurs cafés et restaurants du centre-ville, à la recherche d'un établissement idéal. Pour elle, il était hors de question de se rendre au Starbucks où de nombreux évènements s'étaient passés. Pas question non plus de rejoindre le café où elle s'était rendue plusieurs fois avec Kelly et Victoria pour refaire le monde. Elle avait donc tout naturellement suivi son instinct et sélectionné un édifice incontournable du centre-ville, qui comptait apparemment comme les arrêts les plus populaires auprès des étudiants. Contrairement à ce qu'elle pensait, il s'agissait d'un salon de thé rétro, où de nombreuses tables d'époque accueillaient les clients, tandis que des serveurs en costume trois-pièces leur proposaient des boissons d'exception. L'établissement se nommait humblement Le Château de la Belle, et se targuait d'offrir un décor digne du Paris des années folles. Dès son arrivée, Regina avait d'ailleurs remarqué les magnifiques lustres rustiques éclairant la salle de leurs centaines de petites lumières. Elle s'était même dit que la table qu'elle avait choisie donnait à ce rendez-vous des airs de rencontres galantes. Pourtant, quand la blonde entre dans la salle, la saluant rapidement d'un hochement de tête, la journaliste sait que les prochaines minutes seront loin d'être aussi simples qu'elle ne l'espère. Installant en toute hâte sa veste en jean sur le dossier de sa chaise, la jeune femme s'assoit face à Regina, croisant bientôt ses mains sur la table, ne la quittant pas des yeux.

Comme à son habitude, Alex s'est contentée d'enfiler un jeans de couleur noire ainsi qu'un sweatshirt blanc, orné de l'emblème des Canucks. Ayant attaché ses cheveux en une queue de cheval serrée, elle semble autant préoccupée qu'avant un match décisif pour son équipe. Mais la brunette devine que les pensées de la sportive ne sont pas, aujourd'hui, dirigées vers son métier. D'ailleurs, elle sursaute presque quand le serveur vient déposer devant elle un café surmonté de crème fouettée -sa boisson préférée- avant de tendre élégamment à Regina le thé qu'elle a commandé. Reconnaissant immédiatement l'attention de son ex-petite amie, Alex lui adresse un sourire attendri, sans pour autant la quitter de ses pupilles claires. Malgré elle, Regina ne peut s'empêcher de remarquer qu'elle a l'air particulièrement mélancolique de la retrouver.

« Merci pour le café, enfin pour l'attention, » bredouille-t-elle justement, sans doute pour démarrer une conversation qu'elle n'aurait jamais songé débuter.

« Je t'en prie, » réplique la journaliste, rassemblant ses pensées pour ne pas faire de faux-pas quant à la suite de leur discussion. « Si je t'ai donné rendez-vous ici, c'est parce que je pense qu'il faut qu'on règle quelques choses, entre nous.

-Je suis assez d'accord, » reconnait la sportive d'une voix un peu plus sèche.

« Je suis désolée pour ce qu'il s'est produit chez tes parents, à Noël, » débute Regina, ne souhaitant pas se défiler. « Je n'avais aucune idée de tes intentions mais je sais aussi que si tu as pris cette décision, c'est parce que je n'ai pas été capable d'être suffisamment claire ou décisive, entre nous.

-C'est-à-dire ?

-On ne va pas se mentir, Alex, » reprend la journaliste, quelque peu embarrassée. « Tu as clairement considéré notre relation bien plus que je ne l'ai fait. Tu as donné une importance capitale à ce qu'on a créé alors que de mon côté…

-Tu t'en foutais éperdument.

-Non, » contre la brune, refusant catégoriquement de perdre, encore une fois, la face devant la joueuse de hockey. « Je ne m'en foutais pas et si tu crois sincèrement que je ne t'aime pas, tu te mens à toi-même. Je t'aime, Alex. Je t'ai aimée et je suis vraiment tombée sous ton charme, quand on s'est rencontrées.

-Mais ? » interroge l'intéressée, dont la voix se brise légèrement sur la dernière intonation.

« Mais je n'envisage pas d'avenir entre nous parce que je sais qu'on est trop différentes et que tes projets pour le futur sont à des lieues des miens, » parvient à articuler une Regina qui se sent incroyablement soulagée par son aveu, tant qu'angoissée par la suite de leur conversation. Contre toute attente, néanmoins, Alex resserre un peu plus ses bras contre elle, reculant sur sa chaise comme pour se mettre à distance de ce qu'elle vient d'entendre. Ses sourcils se froncent légèrement, elle détourne le regard et la portoricaine n'a aucun mal à deviner qu'elle accuse silencieusement le coup qu'elle essaie d'éviter depuis deux semaines.

« C'est la raison pour laquelle j'ai refusé ta demande, et c'est aussi la raison pour laquelle je veux qu'on s'arrête là, » conclue Regina d'un ton plus sérieux, espérant affirmer ainsi sa décision. « Je suis désolée, » lâche-t-elle malgré tout, devant la mine renfrognée de la blonde en face d'elle.
Alex laisse justement passer quelques secondes, durant lesquelles elle évite soigneusement le regard charbon de la brunette. Mais quand elle ramène son attention vers elle, elle se contente d'un profond soupir, prête, sans doute à lui transmettre toute la rancune qu'elle ressent envers elle depuis Noël. Cependant, sa réaction est bien éloignée de celle que Regina aurait pu imaginer.

« Si tu m'avais dit ça il y a six semaines, j'aurais sans doute explosé et renversé mon café. Je me serai levée avec violence, prête à frapper quiconque aurait voulu interrompre mon accès de rage, » déclare-t-elle d'une voix posée, presque professionnelle. « Mais grâce à toi et à cause de circonstances assez terribles, je n'en ressens pas le besoin, » admet-elle avant de se racler la gorge d'embarras. « J'aimerais te hurler que je te déteste, que je t'en veux de m'avoir ridiculisée et que je te souhaite tout le malheur du monde, mais ça ne sert à rien. Et j'aimerais certainement aussi te demander si tu prends cette décision à cause d'Emma et du fait qu'elle t'a retourné l'esprit pour me faire du mal, mais je sais que c'est faux. Et j'ai beau être très centrée sur mes propres émotions, aux dépens de celles des autres, je n'ai pas besoin de mode d'emploi pour comprendre que tu ne changeras pas d'avis. Quoi que je fasse. » Tandis qu'elle serre les poings, sans doute pour contenir sa colère, Regina réalise que son sentiment de culpabilité est bien plus grand que si la sportive lui avait, effectivement, fait une scène. « Alors merci pour le café et pour m'avoir fait réaliser certaines choses, malgré tout, » poursuit la blonde en se levant, ignorant totalement ladite boisson, en train de refroidir dans sa tasse blanchâtre. « Je suis encore une fois désolée de t'avoir fait du mal, mais, au moins, ça m'aura fait évoluer. Et ça t'aura peut-être permis de réaliser certaines choses aussi. »

Sans attendre de réaction de la part de la journaliste, elle prend sa veste, fait volte face et quitte l'établissement d'un pas déterminé. Surpris, le serveur rejoint la table de Regina en toute hâte, lui demandant si son amie compte revenir ou s'il devrait lui faire une nouvelle boisson en attendant. Bouleversée par ce qui vient de se produire, la brunette se contente de répondre que ça n'a pas d'importance et qu'elle paiera les deux breuvages de toute manière. Si elle vient de tourner définitivement la page de sa relation avec la sportive, elle n'aurait jamais imaginé que ça se termine de manière si cordiale. D'ailleurs, il lui semble que cette conclusion est bien plus douloureuse que les potentiels scénarios qu'elle avait dessinés dans son esprit. Mais comme le lui a dit Elsa avant qu'elle ne quitte son garage, quelques jours plus tôt, il est peut-être temps pour elle de mettre de l'ordre dans son existence avant de songer à quelque nouvelle relation que ce soit…

13 janvier, 22h35

Lorsque le générique du film commence à défiler sur l'écran sombre de sa télévision, Regina appuie machinalement sur la télécommande, interrompant rapidement les images. Si elle s'attendait à de nombreuses choses du long-métrage qu'elle vient de visionner, elle n'aurait certainement pas cru à un tel moment de légèreté. Lors de leurs multiples rencontres avec Emma, la tatoueuse avait admis adorer quelques films français des années 1980, et notamment leurs scènes romantiques qui, selon elle, étaient bien plus attrayantes -bien que particulièrement niaises pour certaines- que celles proposées par les blockbusters modernes. En regardant cette œuvre spécifique, la journaliste semble enfin comprendre ce à quoi la jeune femme faisait allusion. Dans ce long-métrage, les deux amants n'ont pas besoin de se tourner autour longtemps avant de s'avouer leurs sentiments et, au final, leurs retrouvailles sont teintées d'une certaine légèreté, qu'aucun film récent ne pourrait décemment retranscrire.

Comme par habitude, elle attrape son smartphone sur la table basse de son salon et ne s'étonne pas en ne découvrant aucune notification. Aucune réponse. De toute évidence, le message est clair et elle serait bornée de ne pas le saisir. Regina ne connait évidemment pas Emma depuis plusieurs années, contrairement à Elsa, mais il lui a suffi d'un peu d'observation pour comprendre comment elle fonctionnait. Sous ses airs assurés, la blonde est effectivement une personne qui ne partage pas aisément sa douleur, sa colère, et préfère les contenir plutôt que les rejeter à ses proches, au contraire d'une certaine sportive. C'est sans doute la raison pour laquelle Emma ne répond à aucun des messages de la brunette depuis deux semaines, malgré ses multiples tentatives d'excuses, ses suggestions de rencontre et ses demandes pour qu'elles puissent enfin se parler de vive voix. Mais le silence est certainement une arme bien plus fiable pour la tatoueuse que n'importe laquelle des réponses qu'elle pourrait donner à Regina pour expliquer son mutisme.

Cependant, la portoricaine déteste l'idée de rester les bras croisés, accusant le coup de toutes ses erreurs, et laisser la jeune femme dans le doute. Elle sait pertinemment qu'Emma a conscience de l'ambiguïté qui s'est instaurée naturellement entre elles deux. Mais elle a l'impression que, sans preuve tangible de ce qu'elle ressent, la tatoueuse refusera encore et encore de revenir vers elle, quelle que soit la nature de leur relation. C'est donc motivée par une certaine rage que la portoricaine ouvre son application d'appels, composant en toute hâte le numéro qui s'est enregistré dans son subconscient sans qu'elle ne s'en rende compte. Si Emma souhaite qu'elle lui dise clairement ce qu'elle ressent, elle se sent prête à faire ce pas, peu importe les retombées que ce geste aura. De toute manière, la situation parait suffisamment désespérée pour que Regina continue de patienter sans agir ni prendre les devants…

22h37

Couvrant ses épaules dénudées avec l'un des sweatshirts d'Emma, Belle se lève machinalement du lit de la blonde, se dirigeant à pas lents vers le salon. Tandis qu'elle entend la douche démarrer dans la salle de bain de la tatoueuse, elle rejoint instinctivement la bibliothèque de celle-ci, s'amusant de lire les titres d'œuvres que la blonde a certainement dévorées. Nancy Huston, Paolo Coelho, Camilla Läckberg, Deborah Shapiro, H. P. Lovecraft, Ken Follett… Les genres littéraires qu'Emma apprécient sont aussi variés que ses intérêts artistiques. Si Belle sait qu'elle n'a que très peu de chances de créer une relation stable avec Emma, comme la blonde le lui a déjà expliqué, elle ne peut décemment pas réfréner les battements trop rapides de son coeur quand elles sont ensemble. D'ailleurs, la brunette doit admettre qu'elle n'a jamais été aussi comblée, tant sur le plan physique qu'intellectuel. Mais de toute évidence, la tatoueuse ne ressent pas la même chose à son égard.

Lorsqu'elle perçoit des vibrations en provenance de la table de chevet d'Emma, Belle se retourne par automatisme, faisant les quelques pas qui la séparent du meuble. Trop curieuse, elle jette un coup d'oeil à l'écran de l'appareil et lit en toute hâte un prénom féminin qui s'affiche dessus. Sentant un léger pincement dans sa poitrine, elle presse son doigt sur le bouton rouge, interrompant immédiatement l'appel entrant. Il ne s'agit pas d'une simple cliente qui essaie de la rejoindre si tard, songe la française, agacée par ses propres pensées. Elle s'assoit alors sur le lit, croisant les jambes sous ses fesses, essayant de se convaincre qu'elle ne devrait pas plus se soucier des relations qu'entretient la blonde avec les autres femmes dans son existence. De toute manière, le lien qu'Emma et Belle construisent depuis quatre semaines n'a rien de sérieux, d'exclusif, et certainement pas de prometteur pour la suite. Toutefois, de nouvelles vibrations interrompent les pensées de la brunette qui saisit rapidement l'appareil pour voir de quoi il retourne.

*Messagerie : 1 nouveau(x) message(s).*

Bon sang, râle la littéraire en appuyant sur la petite notification, préférant suivre son instinct plutôt que sa raison. Je ne sais pas qui tu es Regina mais ce soir, tu me fais vraiment chier. Après un bref message automatique, la jeune femme appuie sur l'écran de nouveau, espérant écouter ce que la dénommée Regina a bien pu vouloir dire à Emma. Se rassurant quant à son geste trop intrusif, Belle se dit que, de toute manière, la tatoueuse n'a pas besoin, dans sa vie, d'une personne qui l'appelle seulement après 22h, sans doute après avoir trop bu ou parce qu'elle s'ennuie de son absence. Et s'il s'agit de la personne qui occupe les pensées de la blonde, la française n'en aura que plus de satisfaction d'avoir suivi son instinct, aux dépens de la jeune femme, à l'autre bout.

« Salut Emma, euhm… Écoute, je sais que tu ne réponds pas à mes messages parce que tu m'en veux et t'as totalement raison d'être encore en colère après moi. Pas seulement pour ce que je t'ai dit à Noël, mais aussi pour toutes mes autres erreurs. J'ai été conne, stupide, impulsive, et j'ai préféré choisir l'option la plus rassurante au lieu de me jeter dans le vide. De me rapprocher de toi. Mais… Pour ce que ça vaut, j'ai officiellement quitté Alex et j'ai commencé à mettre un peu d'ordre dans mon existence alors… Je me disais que c'était un bon moment pour te le dire. J'aurais aimé te l'avouer de vive voix mais comme je n'ai pas envie de te déranger en me pointant chez toi… Voilà. Je crois que je suis amoureuse de toi, Emma. Et je me sens hyper puérile de le dire de cette manière mais c'est ça… Et ce n'est pas uniquement parce que tu es venue à Abbotsford ou que tu m'as sauvé la mise plusieurs fois… C'est juste que quand je suis avec toi, je me sens plus en sécurité qu'avec n'importe quelle autre personne, je me sens bien, je me sens moi. Et je sais que tu ne ressens peut-être pas la même chose mais… »

Quand elle entend l'eau se couper dans la salle de bain, Belle appuie au hasard sur l'écran du téléphone, songeant que cela lui permettra de supprimer immédiatement le message vocal, mais aussi d'interrompre l'appel. Elle repose en vitesse le téléphone de la tatoueuse sur sa table de chevet avant de bondir du lit, rejoignant aussi vite qu'elle le peut la bibliothèque. Essayant de se donner une contenance, elle saisit un livre au hasard pour le consulter, alors que les pas de la blonde s'approchent de sa chambre.

« Ça va ? » demande une Emma qui s'est contentée de nouer une serviette autour de son buste, ignorant apparemment les gouttes d'eau filant de ses cheveux dorés sur ses épaules. « J'ai entendu… genre un gros boom, » ajoute-t-elle en sourcillant.

« Oui, oui, oui ça va, » ment la française, un peu essoufflée. « J'ai juste… J'ai trébuché en me levant… Excuse…

-Pas de problèmes, » répond la blonde, nonchalante. « Nancy Huston ? » interroge-t-elle en observant la couverture du livre que Belle tient maladroitement entre ses mains.

« Euhm… ouais… Ouais… » bredouille l'intéressée. « J'ai pas vraiment lu son œuvre, mais j'aime beaucoup son style. Pour avoir consulté quelques extraits.

-C'est très cru et cynique, » admet la blonde. « J'aime le fait qu'elle ne prend pas de chemins détournés pour nous transmettre les émotions de ses personnages.

-Je vais essayer de lire ce qu'elle fait, alors, » promet la française, toujours embarrassée à l'idée de ce qu'elle vient de faire.

« Toi qui adores Gary, tu devrais lire son Tombeau de Romain Gary. Je l'ai dévoré et j'ai eu l'impression d'être bien plus proche de lui que lorsque j'ai lu son fameux Pseudo. C'était très juste, très exact dans ce qu'elle dit à son sujet, sans pour autant le démonter.

-J'en prends note, alors, » acquiesce la brunette, se demandant si, en fait, elle ne vient pas de commettre une erreur monumentale. Mais au moins, elle sait désormais que l'inconnue du nom de Regina ne viendra plus troubler l'existence d'Emma Swan. Car si elle n'obtient pas de réponses après un tel message, elle serait plus que bornée d'insister, n'est-ce pas ?

26 janvier, 13h24

« Je ne vais pas trop te manquer, looser ? » sourit Elsa, tandis qu'elle enfonce ses mains dans ses poches pour se donner une contenance.

« Je pars trois semaines El', pas huit ans, » la taquine Emma, un sourire aux lèvres.

« C'est quand même long, trois semaines, sans m'entendre me plaindre sur la gent masculine et désespérer sur mon sort. Je suis sûre que tu vas souffrir de mon absence dans les 48 prochaines heures.

-N'en rajoute pas autant, » se moque la tatoueuse. « De toute manière, on n'est plus en 1950. T'auras qu'à m'appeler, si toi tu t'ennuies de moi.

-Ouais sauf que quand tu te lèveras, moi je serais en train de me coucher. Hors de question que je reste debout trop tard pour tes beaux yeux.

-T'en fais un peu trop pour trois petites semaines, » répète la blonde, amusée par le comportement de la mécanicienne. De toute évidence, Elsa refuse d'admettre qu'elle s'ennuiera de sa meilleure amie, aussi court soit son séjour de l'autre côté de l'Atlantique. De son côté, Emma préfère nier le fait qu'elle appréhende beaucoup ce voyage, bien qu'elle sache qu'il lui est nécessaire.

« En tout cas, ne nous ramène pas de britty girl prête à t'épouser, parce que je vais passer le reste de mon existence à me moquer de son accent, » ajoute la jeune femme aux cheveux argent.

« J'ai assez donné avec les Britanniques, » admet la tatoueuse. « Et puis, de toute manière, je ne vais pas à Londres pour m'amuser. Je participe à une convention de tatouage, je te rappelle.

-Oui mais on sait toutes les deux que ton accent so canadian et ta nonchalance les font toutes craquer, » se moque Elsa avant de lui donner un coup dans l'épaule.

« Tu m'attribues des qualités que je n'ai certainement pas, » soupire l'intéressée en ajustant son sac à dos sur son épaule.

« D'ailleurs, en parlant de faire craquer les autres… T'as des nouvelles ?

-Des nouvelles ? De ?

-De la fille que t'évite à tout prix depuis Noël, » tranche Elsa, peu encline à ce qu'elle se défile.

« Pas le moins du monde, » affirme la blonde. « Et j'imagine que le message est clair.

-Elle n'a jamais essayé de t'appeler ? De t'envoyer des messages ?

-Elle m'a envoyé quelques messages au début du mois, » admet la tatoueuse. « Mais j'étais encore trop… en colère. Et j'avais besoin de temps. Je m'attendais à ce qu'elle débarque chez moi ou qu'elle m'appelle pour qu'on se parle de vive voix mais apparemment elle en a décidé autrement, » ajoute-t-elle en haussant les épaules, dissimulant son trouble.

« Elle avait pourtant l'air assez décidée à renouer les liens entre vous, » se risque la mécanicienne, ne souhaitant pas lui dire tout ce que Regina lui a admis, quelques semaines plus tôt.

« J'imagine qu'elle a changé d'avis, » répond Emma un peu trop vite. « C'est peut-être pour le mieux, après tout. » Cette fois, elle détourne le regard, mimant de s'intéresser à l'immense écran de contrôle qui annonce les heures d'arrivée et de départ des vols. « Bon, je devrais y aller. Ça ne me tente pas d'être la dernière à monter à bord, » conclue-t-elle en s'approchant d'Elsa pour la prendre dans ses bras. Malgré elle, la tatoueuse fait promettre à sa meilleure amie de faire attention à elle et de ne rien faire de stupide en son absence.

« Et toi, ne vas pas déranger les fantômes, là-bas, » ricane Elsa. « On en a assez ici, je pense. Et puis, les leurs sont pas mal plus effrayants que les nôtres, d'après ce que j'ai lu.

-Promis, juré, craché, signé, » réplique Emma en lui tirant la langue, comme lorsqu'elles étaient enfant. Elle fait ensuite volte face et se dirige vers les portiques de sécurité, son sac à dos négligemment installé sur son épaule. Tandis qu'elle l'observe s'éloigner, la mécanicienne se demande ce qui a bien pu provoquer un tel changement de cap pour la journaliste, si elle n'a pas plus insisté pour se rapprocher d'Emma, voire lui présenter ses excuses…

16h11

« Salut, je viens voir Regina Mills, » lance Elsa d'un air nonchalant, face à la jeune femme rousse qui se tient de l'autre côté du bureau d'accueil.

« Bonjour, » répond une Megara au regard suspicieux. « Vous êtes…. qui, au juste ?

-Sa… petite amie, » se risque la mécanicienne, se remémorant la parade d'Emma lorsqu'elle était venue rendre visite à la portoricaine. Cette fois, la secrétaire se redresse sur sa chaise, détaillant la blondinette de bas en haut, comme pour mieux prendre sa décision quant à sa rencontre avec sa patronne.

« Je ne crois pas, non, » dit-elle lorsque son regard s'arrête sur les jeans un peu trop larges d'Elsa, avant de remonter sur son sweatshirt délavé.

« Et je t'affirme le contraire, » la défie la mécanicienne, sans se démonter. « Dis-lui juste que je veux lui parler et que c'est important.

-Vous n'avez pas son numéro personnel pour la joindre ? » s'enquit la rousse, trop lucide.

« Mon téléphone n'a plus de batterie, » ment la blonde avec assurance. « Et c'est hyper important. Genre, urgence maximale.

-Je vais voir ce que je peux faire pour vous, » soupire Megara en se levant avant de rejoindre le couloir. Le dernier regard qu'elle adresse à Elsa avant de la quitter témoigne sans doute de toutes les interrogations qu'elle se pose au sujet de sa supérieure. Dans les dernières semaines, elle a quand même pu rencontre trois personnes différentes se présentant comme la petite amie de Regina. Apparemment, la rédactrice en chef a une vie sentimentale bien plus trépidante qu'elle ne le laisse croire.

Après avoir découvert le bureau de Regina vide, Megara se rend immédiatement dans celui de Graham, qui est une sorte d'adjoint pour sa patronne. Frappant quelques coups dans la porte, elle entre sans attendre de réponses, trouvant l'homme devant son ordinateur, apparemment très concentré sur ce qu'il est en train d'écrire.

« Quelqu'un à l'accueil cherche madame Mills, » déclare la rouquine d'un air las.

« Elle est en réunion, » lâche Graham sans détourner le regard de son ordinateur. « C'est qui ?

-Sa petite amie, soi-disant, » soupire la secrétaire. Cette fois, le brun ramène son attention sur elle et retire ses lunettes, comme pour s'assurer qu'il a bien compris.

« Encore ?

-J'en sais rien, Graham, » proteste Megara. « C'est pas la même que les deux dernières fois et honnêtement, je refuse de croire que Regina sorte avec une fille aussi mal sapée.

-T'as pas vu sa joueuse de hockey ? » se moque-t-il malgré lui. « C'était pas la fashion week non plus, si tu veux mon avis.

-Ouais ben c'est pas elle qui est ici en ce moment. Et c'est pas non plus la fille qui a débarqué un jour couverte de café.

-L'amie de Banksy ?

-Quoi ?! » éructe la rousse, peu sûre de suivre la conversation.

« Ouais celle qui a des tatouages connaîtrait Banksy apparemment…. Mais peu importe. T'es sûre que tu ne l'as jamais vue ?

-Certaine.

-Elle s'appelle comment ?

-On s'en fout, non ? Elle a juste l'air très suspecte.

-Peut-être que Regina l'a mise sur la nouvelle liste de visiteurs qu'on a fait début janvier, » dit-il en se levant d'un air las. « Elle est comment ?

-La fille ? Blonde, » répond Megara, cynique. « Enfin, ses cheveux tirent plutôt sur l'argenté, je trouve. Mais blonde quand même. Comme les deux autres.

-C'est bien, on sait quel type de poupée gonflable offrir à Regina pour son anniversaire, » ricane le journaliste sous les yeux choqués de la secrétaire.

« Graham ! » lance-t-elle d'un ton réprobateur.

« Come on, Meg, » dit-il, hilare. « Tu sais bien que je plaisante. Mais je vais venir avec toi pour voir qui est cette fille si mal sapée. »

Il suit la rouquine dans les couloirs de la rédaction, tandis qu'ils rejoignent le comptoir d'accueil où Elsa est accoudée, son téléphone entre les mains, en train de consulter une application de réseau social.

« Je croyais que vous n'aviez plus de batterie, » siffle la rousse en reprenant sa place.

« Belle observation, » s'amuse la mécanicienne. « Mais je parlais de mon autre téléphone. Parce que j'en ai deux. En fait je travaille aux services secrets, c'est pour ça que j'ai deux téléphones, » ajoute-t-elle, se moquant délibérément de la rouquine. « Bon, elle est où, Regina ?

-Vous êtes qui, au juste ? » interroge Graham d'un air sérieux, essayant de ne pas suivre les taquineries de l'inconnue.

« Sa petite amie, comme je l'ai dit à mademoiselle… Megara, » précise Elsa en lisant le prénom de la secrétaire sur son badge.

« Mademoiselle Coldwater, » rectifie l'intéressée, agacée par ses familiarités.

« Regina vous a-t-elle enregistré sur la liste des visiteurs ?

-Des visiteurs ? » répète Elsa, surprise. « C'est une rédaction ou une prison, votre truc ?

-On ne peut pas entrer ici et voir les rédacteurs comme bon nous semble, mademoiselle, » explique Graham d'un ton assuré. « C'est pour la sécurité des employés et des collaborateurs.

-Ok, alors… C'est sûr que je ne suis pas sur la liste parce que ça fait pas longtemps qu'on est ensemble elle et moi... mais j'aimerais bien la voir justement... pour qu'elle me mette sur la liste parce que ça serait vraiment plus pratique, voyez-vous et… » proteste la mécanicienne en essayant de dépasser le journaliste, qui l'oblige à reculer sans ménagement. De toute évidence, il n'aura pas besoin d'appeler la sécurité, même si elle insiste. Avec ses 1m60 à peine, la jeune femme n'a rien de bien impressionnant, malgré sa personnalité visiblement très audacieuse.

« Come on, les gars, » soupire Elsa, levant ses mains en signe de paix. « Je veux juste la voir quelques minutes. Je suis une amie proche de Regina et c'est vraiment important. Je vous jure que ça ne sera pas long.

-Regina n'est pas disponible pour le moment de toute manière, » tranche alors la rouquine, espérant couper court à leur conversation. « Revenez demain ou bien essayez de la rejoindre avec votre téléphone d'agent secret.

-Agent des services secrets, » précise Elsa en lui adressant un clin d'œil amusé, que la secrétaire ignore. « Mais je vous jure que ça ne sera pas long. Donnez-moi juste deux ou trois minutes. C'est très important, je vous l'assure.

-Pas autant que la sécurité des employés de cet édifice, » contre Graham qui commence à s'agacer de son comportement.

Toutefois, il est interrompu quand des pas résonnent dans le couloir et qu'une brunette se présente à l'accueil, un dossier débordant de documents entre les mains.

« Graham, je te cherchais. Qu'est-ce que tu… » débute Regina quand son regard se pose sur une Elsa plutôt amusée d'avoir ainsi troublé la tranquillité d'un milieu dans lequel elle ne se sent pas à son aise. « Qu'est-ce que tu fais ici ? » demande la brunette à la mécanicienne, soudainement inquiète. « Tout va bien ?! » Elle bouscule presque le journaliste en s'approchant de la jeune femme, essayant de sonder son regard pour comprendre la raison de sa visite.

« Ouais euhm… je me disais qu'on pourrait discuter un peu, » lance la blondinette d'un air autoritaire. « Je crois qu'on ne s'est pas vraiment comprises sur certains points. »

Sourcillant d'incompréhension, Regina acquiesce machinalement, alors que Graham saisit Elsa par le bras, sans doute en désirant protéger sa patronne. Mais la rédactrice en chef le stoppe dans son geste, expliquant qu'elle veut être seule avec la mécanicienne.

« Regina, tu sais que je peux appeler la sécurité si jamais…

-Ça n'est pas nécessaire, » proteste-t-elle, le coeur battant à ses tempes. « On va aller discuter dehors, de toute manière. » Résigné, l'homme rebrousse chemin vers son bureau, se convainquant que sa supérieure devrait mettre un peu d'ordre dans ses relations si elle ne veut pas être constamment embêtée sur son lieu de travail par ses conquêtes. De son côté, la brunette laisse son dossier sur le comptoir d'accueil, indiquant à Elsa qu'elles vont rejoindre le toit de l'édifice pour poursuivre leur conversation, qu'elle ne souhaite évidemment pas partager avec ses collègues. Mais si elle tente de dissimuler ce qu'elle ressent dans l'ascenseur, la journaliste est, à vrai dire, terrifiée à l'idée d'avoir une nouvelle confrontation avec la blonde. Si Elsa s'est rendue jusqu'à son bureau pour lui parler, ce n'est certainement pas pour discuter de choses futiles...