Résumé des chapitres précédents :

*Akira Minato et son collègue rendent visite à la présidente d'honneur du groupe Karasuma après une logue journée à acheter de quoi paraître fortunés. La vielle femme finit par leur donner une invitation pour le Gala du groupe mais leur annonce que ce dernier se déroule à New York...

*À une autre époque, Anastasia assiste à la mort de Hiata et de son homme de main. L'organisation débarque dans le domicile de l'homme d'affaires. Finalement soulagé que Hiata soit bien éliminé, Gin relance le plan initial pour empêcher la chute de l'organisation, mais une nouvelle traque s'annonce...


— Le chef va être furax…

— Non tu crois ? Lui répondit son collègue.

— Louer une bagnole comme ça sur deux jours alors qu'on l'a utilisée cinq minutes…

— Imagines sa tête quand il va voir le prix des billets ! Vaux mieux que ce soit toi qui ailles le voir, Akira. Moi je vais me faire tuer sur place, plaisanta-t-il.

— Ouais. Déjà c'est un miracle que l'ambassade des Etats-Unis nous ai délivré un visa aussi rapidement.

Leur tour dans la file d'attente pour l'enregistrement était arrivé. Contrairement à ce qu'avait cru les deux policiers, le vol du soir était très chargé. Celui de la Japan Airlines avait décollé il y a une heure, et le couple avait dû se rabattre sur la dernière liaison de la journée effectuée par American Airlines pour avoir le temps de passer chez eux et prendre des affaires. Les passagers étaient surtout des touristes américains qui rentraient chez eux et des hommes d'affaires japonais qui devaient être à New York le lendemain en début d'après-midi. Le comptoir qui venait de se libérer devant eux était celui d'une jeune hôtesse blonde dans un uniforme bleu marine foncé élégamment contrasté par un nœud de cravate rouge. Elle portait un insigne en forme d'ailes déployée sur le cœur.

— Bonsoir. On voudrait prendre deux billets, s'il vous plait.

— Je suis désolée, on ne peut pas acheter de billets moins d'une heure avant le décollage.

Akira prit sa tête dans ses mains. Parfois la réalité est plus forte que la volonté se dit-elle.

— Quel est votre nom Mademoiselle ?

La jeune navigante ne portait pas de badge nominatif.

— Rachel. Pourquoi vous me demandez ça ? Répondit-elle, un brin énervée par cette question que des passagers masculins lui posaient souvent.

Le collègue d'Akira sortit sa plaque de police.

— Parce qu'un procès pour entrave à la justice sera ouvert à ce nom si vous ne nous aidez pas. Vous connaissez un peu la justice Japonaise ?

— Je vais parler à la chef de cabine. Veuillez m 'excuser.

La jeune femme se leva et alla au comptoir d'à côté pour interrompre une collègue bien plus âgée qu'elle. Les deux femmes regardèrent en direction des policiers tout en discutant, et la plus ancienne des deux finit sa frase par un geste de dédain de la main. L'hôtesse d'Akira et de son collègue reprit son poste.

— Vous avez de la chance, il existe un système de billetterie destiné aux employés, et il n'est pas limité en temps. Par contre la priorité pour ces billets est laissée aux passagers commerciaux donc si l'avion est plein vous ne pourrez pas embarquer.

— Très bien. Faisons cela.

Les bagages des deux policiers avancèrent sur le tapis puis s'évanouirent derrière les rideaux en plastique.

La jeune hôtesse donna les billets à ses clients spéciaux et leur rendit leur passeport.

— Embarquement immédiat. Ne perdez pas de temps dans les boutiques après les contrôles s'il vous plait.

Le Mcdonnell-Douglas DC-10 était rutilant dans sa robe chromée qui reflétait les lumières du tarmac sous son ventre. Le tri-réacteur avait déjà commencé à faire tourner ses moteurs et Akira eu juste le temps de voir celui qui se trouvait sous la dérive par la fenêtre de la passerelle avant de pénétrer dans l'appareil. Une membre d'équipage prit son ticket avec un grand sourire commercial pour l'accueillir à bord en lui montrant où était sa place. L'air de la cabine était froid et sec, avec une légère odeur de plastique qui devait venir du système de pressurisation. Les passagers étaient debout dans les allées et rangeaient leurs bagages dans les coffres au-dessus des sièges. Akira, qui peinait à se faufiler au travers des burgers sur pattes, finit par arriver à sa rangée et prit le hublot à son collègue qui n'arrivait pas aussi bien qu'elle à trouver son chemin en majeure partie à cause de sa largeur d'épaule, plus importante.

Finalement, le binôme finit par se retrouver mais il dû déranger un japonais qui s'était assis à côté d'Akira pour échanger leurs places. L'homme ne fit pas de difficultés et laissa son siège volontiers. Quitte à ne pas être à côté du hublot, autant être plus près des toilettes… Peu de temps après le décollage, il s'endormit avec son masque cache-lumière, et ne se réveilla quasiment qu'à New York.

Akira Minato senti la masse de son collègue s'affaler sur son siège, et chercher nerveusement à attacher à sa ceinture.

— Mais t'es super pâle !

— Moi ?

— Oui toi ! T'as jamais pris l'avion ?

— Euh… Non. J'aime pas ça…

Il était assis droit comme un balais dans son siège, tendu, comme s'il était dans un wagon de roller-coaster sur le point de franchir la grande descente.

— J'ai entendu un passager dire que ce modèle était le moins fiable, et qu'il s'était déjà crashé plein de fois, poursuivi-t-il, tout en parvenant enfin à rassembler les deux parties de sa ceinture, qu'il ajusta au maximum.

— Serres aussi fort que t'es con…

— C'est ça, fous toi de ma gueule. Tu feras moins la maline si on se plante.

— Et comment tu fais pour l'enlever si jamais tu dois partir ?

— Euh…

Il essaya, sans succès, probablement à cause du stress.

— Akira, on fait comment ?

— Ah dommage, regardes, l'hôtesse vient d'expliquer pendant que tu te battais avec ta boucle, le narguait-elle.

Il lui grimaça en retour, et attrapa le carton d'informations de sécurité placé devant lui pour comprendre comment il pouvait se libérer de cette ceinture de tous les diables. En comprenant qu'il suffisait de soulever le capot de la boucle, il se senti assez stupide.

Malgré tout cela, ce fut à ce moment précis que les trois moteurs crachèrent leur pleine puissance. L'avion s'élançait alors sur la piste tandis que le jeune officier de police paniquait pour ré-attacher sa ceinture et la resserrer. Akira, elle, laissait son collègue se débattre à côté d'elle et observait par le hublot le bord de la piste défiler de plus en plus vite et les lumières du tarmac défiler dans la distance avant de finalement s'éloigner pour de bon quand l'appareil se cabra pour prendre de l'altitude.

Après une heure de vol, au détour d'un virage, Akira sentit la tête de son collègue se poser sur son épaule. Il avait fini par s'endormir, fatigué par la journée marathon qu'ils venaient de vivre. Akira se jura de se moquer de lui à son réveil, mais décida de tout de même s'octroyer également quelques heures de repos opérationnel. La compagnie fournissant à chaque passager un masque, une couverture et un coussin, la jeune femme se blottie comme elle put pour ne pas avoir froid.

Plus tard, une turbulence réveilla son partenaire qui retrouva la tête d'Akira sur son épaule. Il se jura de se moquer d'elle à son réveil. La secousse ne le rassura guère, mais le fait de voir tout le monde en train de dormir autour de lui le rassura. Son anxiété avait disparue, et il se dit qu'il pourrait profiter du vol d'une manière plus confortable à partir de maintenant, bien qu'il redoutât encore un peu l'atterrissage. Sans peine, après avoir remonté la couverture d'Akira, il voulut reprendre son activité précédente, mais les ronflements du passager à côté de lui l'en empêchèrent.

Huit heures après le décollage, le personnel commença à servir le repas. Ils eurent droit au traditionnel poulet-riz cuisiné par l'intégralité des compagnies depuis que l'avion existe, surement car c'est un plat que toutes les cultures peuvent manger, et sans allergène notable.

La jeune hôtesse blonde arriva à leur hauteur pour les débarrasser et leur proposer une boisson chaude.

— Café ou thé ?

— Café.

— Moi aussi.

— Perdu, c'est du thé. Désolée, quand on arrive au fond de l'avion il ne reste que ça généralement.

Les tablettes étaient désormais propres et Akira rangeât la sienne.

— Pourquoi tu ne rabaisse pas ta tablette ?

— J'ai quelque-chose à te montrer. J'ai réétudié certaines pièces du dossier pendant que tu dormais, expliquait-il pendant qu'il récupérait l'attaché case en cuire qu'il avait laissée sous son siège pour en ressortir les documents qui l'intéressait.

— Je crois que je sais comment on peut trouver qui est Gin, poursuivi-t-il, avec une certaine fierté dans le regard.

— Ah bon ? S'étonna la jeune femme assise à côté de lui.

Le policier déplia délicatement la feuille qu'Izumi leur avait remis plus tôt. Elle était censée être une pièce importante, Miahoma l'avait lui-même étiquetée comme telle dans son dossier. Pourtant ce n'était à rien n'y comprendre. Akira et son collègue avaient été plus que perplexes lorsqu'ils avaient déplié le papier pour la première fois : ils s'attendaient à une photo, un article de journal, un texte, mais certainement pas ça.

Comme l'ultime énigme lancée par Miahoma à ses successeurs, la photocopie qui avait été imprimée sur le papier n'avait absolument rien à voir avec l'affaire. Pourtant il y avait bien un lien, parmi toutes les pièces du dossier. Un détail imperceptible. Passé inaperçu par les enquêteurs de l'affaire des suicides, ce petit détail pointait son doigt vers l'identité de l'homme à l'origine du massacre, et il l'avait vu.

— Akira, qu'est-ce qu'il y a sur la photocopie d'Izumi ?

— Hein ? Le truc inutile qui a failli nous faire abandonner l'enquête tellement il n'a pas de sens ?

— Celui-là même. Mais il est loin d'être inutile.

— Ah oui ? Et donc tu vas m'expliquer ce qu'un putain de tableau périodique des éléments vient foutre la dedans ?

— Tout juste ma chérie. Je vais te mettre sur la piste. Tu es chimiste et quelqu'un viens de te pendre. Tu as quelques secondes pour designer ton meurtrier, en donnant par exemple un signe distinctif qui pourrais permettre de le retrouver. Comment fais-tu ?

— C'est impossible. Je n'ai accès à aucun objet. Je ne peux rien écrire. Je peux crier mais personne ne va m'entendre. Hummm…. Ah, je pourrais enfoncer mes ongles dans la chair de ma peau pour écrire quelque chose !

— Pas idiot, mais les hommes ont généralement les ongles assez courts, et pour que la marque reste il faut appuyer suffisamment longtemps, et tu n'as pas ce temps. Néanmoins tu t'es trompée à un endroit dans ton raisonnement.

— Ah oui ? Où ça ?

— Tu as accès à UN objet. Un seul.

Il éparpilla sur la tablette les photos prises par les enquêteurs des pièces à convictions. Les photos étaient toutes automatiquement horodatées par l'appareil, et l'heure ainsi que la date étaient inscrites en jaune en bas à droite de chaque photographie.

— Observe bien.

La jeune femme prit les photos. Leur voisin était heureusement entrain de dormir, le repas ayant à peine suffi à le réveiller, et il ne souffriraient pas la vue de ces corps bleus morts, reposant à terre à côté d'une corde.

— Un objet tu dis ? Je crois que je vois. Ça ne pourrait être qu'une montre alors…

— Bingo !

— Attends, mais comment tu désignes ton meurtrier avec une montre ?

— Ces gens là sont très malins. Ils savent exploiter leurs connaissances dans toute leur puissance. Et quand il ne reste plus que quelques secondes à un grand scientifique, tu peux t'imaginer qu'il sait sagement les mettre à profit en choisissant judicieusement ce qu'il va faire.

— Deux d'entres eux portent leur montre au bras droit, cela veut surement dire qu'ils sont gauchers contrairement aux autres. Ou peut-être qu'ils veulent dire que leur meurtrier est gaucher… Supposait-elle.

— Non, et ça ne te dis pas pourquoi on a le tableau périodique. Regarde plus attentivement les photos qui zooment sur les montres de ces deux chercheurs…

— Elle sont pas du tout à l'heure ! Ni même à la bonne date !

— Exactement ! Grace à l'heure de la photo, on sait de combien de temps les montres sont déréglées. La première montre, elle a un retard de seize heures et onze minutes. Sa date est le dix-neuf zéro huit. Seize est le numéro atomique du souffre de symbole S. Onze est le numéro du sodium de symbole Na. Dix-neuf est le numéro du potassium, de symbole K, et huit correspond à l'oxygène de symbole O.

— Snako… Snake ! un serpent !

— Oui. L'autre montre, je te laisse la déchiffrer ?

— Ok. Sept heures cinquante-trois de décalage et la date est le vingt-deux zéro neuf. Ça nous donne Azote, N, Iode, I Titane, Ti, et Fluor, F. Nitif ? Mais ça ne veut rien dire !

— Il avait pas non plus tout son après-midi hein… C'est pas dans l'ordre.

— Euh… Finti ? Tifni ? Infti ?

— Voilà.

— Quoi ?

— Le dernier truc que t'as dit. C'est ça. Infti. Pour infinity.

— On est vachement bien avancés ! On cherche quoi ? Un serpent ? Et l'infini, qu'est-ce que ça veut dire ?

— J'ai souvent travaillé sur des affaires concernant les yakuzas. Ils me refilaient tout le temps ces dossiers là car personne ne voulait s'en occuper. J'ai vu un tatouage une fois. Il représentait un serpent qui se mordait la queue et ça faisait un huit.

— Un huit ?

— Couché, ça fait le symbole de l'infini.

— Ah oui… Donc Gin serait un Yakuza tu crois ?

— Non… Peut-être un ancien, je sais pas… Mais je pense qu'il a ce tatouage. Son nom est Ouroburos. Il est le symbole de l'éternel recommencement, du rajeunissement…

— Je vois ce que tu veux dire… Mais comment ils ont su qu'il avait ce tatouage ?

— Il a dû se retrousser les manches devant eux. Et le fait qu'ils portent tous les deux leur montre au poignet droit doit vouloir dire que son tatouage est sur ce bras-là.

— Ils étaient peut-être juste gauchers…

— Non, leur stylo est posé à droite de leur lettre.

— C'est un bon indice, mais comment on va faire pour le trouver si tout le monde porte des manches longues ?

— Je ne sais pas. Je cherche encore…


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Un souffle froid souffla dans le dos d'Anastasia. La porte venait de s'ouvrir, provocant un courant d'air. Elle entendit les voix et les pas de plusieurs personnes dans le vestibule, sans pouvoir les voir.

Elle cru avoir une hallucination en voyant Hiata entrer dans la pièce où elle se trouvait, mais l'illusion s'étiola un peu quand cet ersatz parla avec une voix féminine.

— C'est donc toi le petit cul qui a foutu tout ce bordel ? Lui lança la femme déguisée en son ancien client.

Anastasia ne prit pas la peine de répondre.

Gin apparu à son tour aux côtés de Hiamouth et Vodka. Il approcha Anastasia et l'attrapa par la mâchoire. Il lui tourna la tête sur la gauche puis la droite et relâcha sa prise, sans rien dire.

— Qu'est-ce que tu veux faire Gin ? Demanda sa collègue.

— Je ne sais pas… répondit-il d'une voix lointaine.

Anastasia ne pouvait pas parler, figée devant l'homme qui lui faisait face. Elle se savait sur le fil, suspendue à sa volonté.

— Vermouth donnes-moi ton revolver.

Gin en retira une seule cartouche. Les quatre autres étaient toujours chargées. Il fit tourner le barillet, et d'un coup de poignet le rappela à l'intérieur de l'arme.

— On va jouer à un jeu Anastasia. Si le coup ne part pas je te laisse partir. Sinon tu restes. Tu es… trop dangereuse, mais je n'aime pas rompre mes engagements. Je laisse donc le sort choisir, en lui donnant une préférence pour l'option qui m'arrange. Tourne-toi vers la baie vitrée, et admire le paysage. C'est surement la dernière chose que tu verras.

Gin replia son index sur la queue de détente. Le marteau recula, puis fut libéré pour s'abattre sur le percuteur.

Comme d'habitude monsieur Kujo conduisait la voiture jusque devant la porte de son patron. Il était sorti du parking puis était venu se garer juste devant la tour de façon pour récupérer monsieur Hiata et l'amener jusqu'à ses quartiers généraux.

Ce matin-là, il le trouvait différent. C'était peut-être le timbre de la voix ou la posture, mais il le sentait. Monsieur Kujo se dit que son patron était peut-être malade, et se concentra sur la route. Le trafique était assez dense, comme pour tous les débuts de matinée, et il ferait de son mieux pour ne pas prendre de retard. Le siège de Black Corp était à vingt minute par trafic léger, quarante pour les jours comme celui-ci.

— Alors Patron, comment on va faire ? On va les empêcher de racheter l'Organisation ? Demanda Vodka, au volant de la Porsche.

— Bien sûr que non ! Ce serait trop grossier. On va faire bien mieux.

— Comment ça ?

— Vermouth possède une mallette. Dedans se trouve ce qui va nous sauver. En attendant, accélère, on va être en retard.

La pièce était de forme rectangulaire avec une grande table en forme de U qui trônait au centre. Le mur du fond était une grande baie vitrée dont les persiennes avaient été fermée pour mieux voir le diaporama projeté sur le mur opposé.

La géométrie de l'assemblée était disproportionnée. D'un côté de la table s'était assis dix responsables de Black Corp, y compris Hiamouth et la directrice des finances, Midori Fukuya, qui avait dû quitter son fumoir pour l'occasion. De l'autre se trouvaient simplement Gin et Vodka, seuls représentant du Groupe Karasuma.

Le reste des personnes se trouvant dans la pièce étaient des personnels mandatés par le ministère des finances, des représentants de la bourse et un huissier.

— Où sont les véritables responsables du Groupe Karasuma ? S'indigna l'un des dix membres du banc de Black Corp.

— Il est ici.

Un jeune homme, d'allure svelte, mais marchant avec une canne venait d'entrer dans la pièce. Il portait un costume trois pièces noir avec un écusson en forme de corbeau sur le revers de sa veste. Il passa sa main sur le bord de son crâne pour replaquer ses cheveux parfaitement coiffés en prenant place à gauche de Gin.

Sa voix semblait fatiguée, usée, comme celle d'un homme de soixante ans ou plus, bien que cela lui donnait une assise que bien peu de personnes de son âge possédaient.

— Pardonnez-mon retard.

— À qui avons-nous l'honneur ?

— Monsieur Karasuma. Propriétaire du groupe éponyme.

Gin avait la chair de poule. Cela ne lui arrivait pas souvent. Il n'avait peur de personne, sauf de la personne assise à sa gauche.

Vermouth, sous les traits de Hiata prit la parole.

— Bien, nous allons pouvoir procéder à la signature du renoncement des titres de propriété.

Elle posa sa mallette sur la table, l'ouvrit puis en sortit les documents qu'elle comportait.

— Je vais vous faire la lecture de l'ensemble des articles et nous pourrons parapher.

Bien que la voix de l'homme d'affaire parût plus féminine que ce qu'elle était, personne ne sembla remarquer l'imposture. Rapidement, elle arriva à l'ultime article, rajouté par l'Organisation.

— « Article 56 : Si le dirigeant (en poste à la date de signature) venait à décéder dans les deux semaines qui suivent la cession des titres, ces derniers seront automatiquement rétribués au précédent propriétaire et le présent document sera considéré comme nul. » Voilà. Est-ce que quelqu'un à quelque chose à faire remarquer ?

Le silence fut la seule réponse à sa question. Elle regarda chacun dans les yeux, mais personne n'eu la volonté, ou le courage, de s'opposer à l'énoncé qui venait d'être fait.

— Bien, alors nous allons signer.

Elle se saisit de son stylo en ivoire, le débouchonna et s'apprêta à signer, quand elle se rappela ne pas connaitre la signature de celui qu'elle incarnait. Elle avait eu peu de temps pour enfiler ce rôle et ce détail, bien qu'important lui avait échappé.

Gin frissonna. Il avait compris quand leurs regards s'étaient croisés.

— Un problème Monsieur ? Demanda l'homme à droite de Hiamouth.

— Non, je me disais simplement que ce n'était peut-être pas à moi de signer ce papier. Mme Fukuya, ça ne vous dérangerait pas signer ?

— Je peux le faire, oui.

Hiamouth tendit le stylo aux doigts nicoteux de la femme qui signa le document, sous les ordres de son patron, sans poser plus de questions, puis le fit passer pour qu'il arrive entre les mains de Karasuma.

— Apportez moi de quoi écrire. Lança-t-il de sa voix froide et rocailleuse.

Un employé de Black Corp lui tendit un stylo Bic mâchouillé.

Il prit une grande inspiration, et sembla réfléchir quelques instants, la pointe du stylo lévitant au dessus du papier.

— In cauda venenum…

Un bref sourire lui traversa le visage, puis il signa.


N'hésitez pas à laisser un commentaire si vous suivez cette histoire et si vous l'appréciez. Ça m'encouragera à la poursuivre.

Merci à Claude le Noctambule et au Docteur Watson pour leur review du chapitre précédent.