Après tout cette histoire avec Blaise et Neville, je n'avais pas faim. J'ai donc décidé de sauter le repas du soir et je me suis rendu directement dans la salle commune des Serpentard. J'étais encore en colère contre lui, quand Blaise, accompagné de Draco, est arrivé à son tour dans la pièce.

Il avait l'air penaud quand il croisa mon regard.

— Écoute, Elena, je… merde, pourquoi c'est si dur de s'excuser ?!

Malgré moi, je ne peux que sourire légèrement suite à cette réplique pour le moins spontanée. Le pire, c'est qu'il a l'air sincère. Enfin, en tant que sang-pur, je suppose qu'il n'a eu que très peu de fois l'occasion de faire ce genre de chose. Mais ça n'excuse rien.

— Oh, j'ai réussi à te faire rire, commença-t-il en me fixant avec de grands yeux, alors ça veut dire que…

Il ne put finir sa phrase, car Draco l'a frappée rapidement derrière la tête, avant de lui lancer un regard noir.

— D'accord, d'accord. Elena, je suis désolé d'avoir parlé comme ça a l'autre…

Nouvelle tape, mais sur le bras cette fois et de ma part, pour Blaise. Et, même si mon regard noir est bien moins meurtrier que celui de Draco, il peut quand même faire son effet.

— Je suis désolé d'avoir parlé de cette manière à Londu… à Neville.

Il grimace fortement à la suite de ses paroles, mais cette fois je ne dis rien. Je doute de pouvoir avoir plus de sa part, et c'est déjà bien je dirais.

— J'accepte tes excuses.

J'ai l'impression de lui avoir annoncé que le père Noël était réel, tant le sourire qui prend forme sur son visage est énorme. Puis, sans attendre, il m'attire à lui et manque de m'étouffer dans son étreinte. Il semble avoir compris que j'avais du mal à respirer, car il me relâche et cette fois il n'a aucun mal à s'excuser.

C'est donc dans une atmosphère plus détendue, que nous discutons pendant un long moment. Petit à petit, tous les élèves qui nous avaient rejoints dans la salle commune entre-temps, partirent se retirer dans les dortoirs. Bientôt, il ne resta que nous trois.

— Bon, je pense que je vais aller dormir aussi. Cette journée m'a épuisé.

Je jette un regard ébahi à Blaise, après tout la journée a été assez calme je trouve. Mais, avant que je puisse faire preuve de mon étonnement, un énorme bâillement se fait entendre de son côté. Il n'attend donc pas plus longtemps pour nous souhaiter une bonne nuit.

Je me retrouve donc, comme ce matin, seule avec Draco dans la salle commune des Serpentard. Décidément, ça aura été le thème de ma journée.

Aucun de nous deux ne parle, si bien que je me concentre sur les crépitements du feu qui se trouve non loin de nous. Je préfère éviter de le dévisager, je ne sais pas comment il pourrait le prendre. Mais, ma curiosité est plus forte que le reste, aussi, je n'arrive pas à me retenir plus longtemps et je jette un coup d'oeil dans sa direction. Là, je le surprends en train de me regarder fixement. Quand il se rend compte que je l'ai vu, il baisse la tête aussi vite.

Il n'a rien du Draco que je pensais connaître à travers les livres et les films. Il n'a quasiment pas parlé de la journée, a été de mon côté quand j'ai demandé des excuses à Blaise à propos de Neville, s'est mis en retrait dès qu'il en avait l'occasion et, surtout, je ne l'ai vu parler à personne d'autre que Blaise, le professeur Rogue et moi-même. C'est tellement… étrange.

— Tu es, commençais-je avant de pouvoir me retenir, différent. Enfin, pas que je puisse vraiment dire que je te connais, évidemment, mais… Non, oublie, j'aurais dû me taire.

C'est à moi de baisser la tête, pour être sûr d'éviter son regard s'il le tourne vers moi. Que dit-on déjà ? Ah oui, qu'il faut toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Je devrais apprendre à suivre ce genre de conseil, ça ne serait pas trop mal.

— Quelle image avais-tu de moi ?

Sa voix me surprend, mais cela me rassure aussi. Au moins, il n'est pas fermé à la discussion après ce que j'ai commencé à dire.

— Eh bien… Disons que tu paraissais toujours très sûr de toi, et…

Je vois une grimace tordre son visage, alors je m'arrête aussi vite.

— J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Je ne voulais pas me montrer désagréable ou quoi que ce soit. Je… Je suis désolé.

Je pousse un profond soupir, en détournant de nouveau le regard. Comment foutre en l'air une amitié à peine commencée en une leçon ? Voilà, comment.

— Non ! Tu n'as pas à t'excuser, tu n'as rien dit de mal, au contraire. C'est… c'était vrai, avant.

Il semble chercher ses mots, mais comme il n'y parvient pas, il soupire un grand coup à son tour. Je vois ensuite ses épaules qui s'avachissent d'un coup, avant qu'il ne recommence à parler.

— Que sais-tu de moi, par rapport à ma sixième année ici ?

Je réfléchis rapidement, avant de comprendre pourquoi il me pose cette question. Lors de sa sixième année il s'est passé un événement très marquant, mais… souhaite-t-il vraiment parler de ça ? Surtout que, de ce que j'ai pu en voir, tout ne s'est pas passé comme moi je l'ai découvert.

— Je pense savoir pourquoi tu me poses cette question. Mais, la situation que j'ai lue, n'est pas celle qui s'est passé ici. Cependant, si tu veux savoir ce que j'ai lu, eh bien, je sais que durant ta sixième année tu as eu la marque et ensuite… tu as tenté… de tuer… Dumbledore. Tu parles bien de ça ?

Il me jette un regard si déchiré, un regard que je n'aurais pourtant jamais cru voir chez lui, que j'en ai automatiquement mal au coeur. Si je n'avais pas peur de sa réaction, je l'aurais sans doute pris dans mes bras.

Hésitante, je reprends malgré tout la parole, mais d'une voix encore moins assurée qu'avant.

— Dans l'histoire que je connais, tu ne vas pas jusqu'au bout. C'est… c'est le professeur Rogue qui le fait à ta place, pour te protéger de toute ça.

Son regard est de nouveau pris de terreur. Et en même temps, il ne semble pas étonné que Severus ait pu faire ça.

— Ce jour-là, commence-t-il d'une voix tremblante, en haut de la tour d'Astronomie, je… je n'aurais jamais pu faire ça, mais… ils le voulaient tous… ils faisaient tout pour que j'aille jusqu'au bout…

Je vois l'une de ses mains serrer si fortement son bras, qu'il se met à trembler. Il a du mal à parler, et je peux comprendre pour quoi. À mesure qu'il m'explique, c'est comme s'il revivait la scène.

— Tu n'es pas obligé de me parler de tout ça, tu sais. Je…

Il me regarde droit dans les yeux et je me sens incapable de finir de parler. J'avale tant bien que mal ma salive, tout en écoutant la suite de son récit.

— Rogue est bien intervenu. Mais pas pour… enfin, pas pour ça. Il a attaqué les autres et il a été blessé ce jour-là. Madame Pomfresh a réussi à le remettre sur pied, mais… c'était ma faute. Et… Et Dumbledore, il… il ne m'en a jamais voulu. Je pense que c'est le pire… Pourtant, j'aurais pu le faire. J'avais tout fait pour m'en convaincre. Mais… j'en ai été incapable. Et lui, après tout ça, la première chose qu'il m'a dite, c'était que je n'avais rien à me reprocher. Ensuite, il a simplement pris le temps de vérifier que j'allais bien…

Sa voix se brise sur les derniers mots et, cette fois, je ne me retiens pas. Je le prends dans mes bras et caresse doucement son dos. En dehors de ça, je ne parle pas. Je n'ai aucune idée de ce que je pourrais lui dire de toute façon. Y a-t-il même quelque chose qui pourrait l'aider dans mes paroles ?

Pendant quelques secondes, je le sens crisper contre moi. Puis, doucement, il finit par se laisser aller dans mon étreinte. Ensuite, je sens ses mains se refermer autour de moi d'une manière si désespérer, qui fait que je le serre un peu plus à mon tour.

Il n'a pas dû avoir beaucoup de preuves de soutien, ou d'amour, dans sa vie. Même étant enfant, sa vie n'a pas dû être facile. Je suppose que c'est le lot des vieilles familles de sang pur, comme la sienne. Alors, même si je ne pourrais jamais remplir ce vide qu'il ressent, je voudrais au moins l'aider au maximum.

Nous restons comme ça pendant de longues minutes. Suffisamment, en tout cas, pour que j'en perde la notion du temps. Il n'a pas pleuré, je l'aurais senti sinon, mais intérieurement, il est sûrement tout aussi mal que si ça avait été le cas.

Finalement, il se dégage doucement de mon étreinte, mais me retient quand même quand je vais pour récupérer ma place initiale dans le canapé.

— Si tu savais tout ça, pourquoi… pourquoi avoir accepté de me parler ?

Sa question ne m'étonne qu'à moitié. Je prends quand même une seconde pour réfléchir, avant de lui répondre. Et je comprends aussi, maintenant, pourquoi il a voulu savoir, ce matin, ce que je savais sur lui. Il devait penser que je ne savais rien, ou que des détails insignifiants, et que c'était pour ça que j'avais accepté sa compagnie.

— Car je suis intimement persuadé, que tu n'y aies pour rien dans cette histoire. La vie n'a pas dû être facile pour toi, surtout pas à cette période-là, et puis, tu n'as pas été jusqu'au bout. C'est ce qu'il faut retenir.

Mes paroles ne le réconfortent pas, je le vois bien.

— Alors… tu détestes Rogue ? Après tout, pour toi, il…

Cette fois ma réponse est spontanée, car je n'ai pas besoin de réfléchir à la réponse, alors je ne le laisse même pas finir sa phrase.

— Non ! Je sais pour quoi il a fait ça et aussi qui il est vraiment. Ce n'est pas quelqu'un de mauvais. Et toi non plus tu ne l'es pas.

Je le vois chercher dans mon regard, une trace de mensonge. Mais il ne trouvera rien, car je pense entièrement ce que je dis.

— Est-ce pour ça que tu restes à l'écart de tout le monde ?

Il ne détourne pas le regard, même si je sens qu'il en a envie.

— Je n'arrive pas à me sortir de la tête que j'étais si près de le faire. Si j'avais été jusqu'au bout, je…

— Mais tu ne l'as pas fait ! Et tu ne le feras jamais.

Sans réfléchir, j'attrape ses mains et les tiens fermement dans les miennes.

— Draco, tout ça, ce n'était pas toi. Je ne peux pas dire que je connais tous les détails de l'affaire, mais j'en sais suffisamment pour te dire que tu n'as pas à te le reprocher. S'il y a quelqu'un qu'il faut blâmer, c'est Voldemort.

Il frémit quand il m'entend dire son nom sans hésitant, mais je n'y fais pas attention, préférant finir ce que j'ai commencé :

— Pas toi. Surtout pas toi. Tu ne peux pas rester seul jusqu'à la fin des temps, car un connard a voulu contrôler ta vie.

Je ne peux que remarquer l'ironie de la situation. Évidemment, je ne peux pas comparer mon ex à Voldemort, ça serait extrême, même pour un salaud comme lui. Mais, je me rends compte que je ne suis pas mes propres conseils, comme souvent. C'est toujours plus facile de les donner aux autres, plutôt que de les suivre soi-même.

— Si tu le veux, tu peux être quelqu'un de bien, j'en suis sûre.

Pour la première fois, depuis le début de cette discussion, un sourire se forme sur ses lèvres. Oh, bien sûr, on est loin de celui qu'avait Blaise lorsque je lui ai dit que j'acceptais ses excuses, mais au moins, c'est un début.

— Merci, Elena.

— Alors, tu me promets de ne plus rester seul ?

Il sourit un peu plus.

— Je ne suis pas seul, j'ai Blaise avec moi. Et… toi ?

J'acquiesce doucement, pour lui faire comprendre que, s'il veut que je sois son amie, alors ça sera avec plaisir.

— C'est un bon début, on va dire.

Et, cette fois, c'est à mon tour de lui sourire.