Chapitre 10 : Un nouveau ministre

Ariane contemplait son reflet sans trop savoir que penser. Elle allait avoir 16 ans la semaine prochaine et avait dû se rendre à l'évidence après plusieurs semaines de procrastination. Elle devait changer sa garde-robe, ses pantalons laissaient voir ses chevilles et les boutons de ses chemises étaient sur le point de céder sous la pression de sa poitrine. C'était sans compter les nombreux accrocs qui parsemaient ses vêtements. Elle souffla l'une des mèches rebelles qui frisottaient devant ses yeux. Ses cheveux d'un roux cuivré lui arrivaient au milieu du dos et frisaient dans tous les sens, lui donnant un perpétuel air échevelé malgré tous ses efforts pour les coiffer. Ils contrastaient avec sa peau pâle et ses yeux verts aux longs cils. Elle mesurait maintenant un mètre soixante-cinq, selon ce que le tailleur lui avait dit. Une taille qu'elle n'aurait jamais pensé atteindre après tous les mauvais traitements qu'elle avait subis. Elle baissa les yeux pour regarder sa poitrine qui saillait sous sa chemise blanche, puis sur ses hanches dont la courbe était soulignée par la jupe plissée. Le tailleur, baguette à la main, était occupé à y poser des épingles pour la couper à la bonne longueur. Il affichait un air concentré et un pli barrait son front. Il ne devait pas faire d'erreur, Dumbledore n'était pas du genre à pardonner l'incompétence. Il lui fit signe qu'il avait terminé et quitta la pièce. Elle enleva délicatement les vêtements et les posa avec la cape et les pantalons. Elle regarda son corps à nouveau et rougit de sa presque nudité et se dépêcha de se rhabiller. Elle rejoignit Dumbledore qui confirma la commande, chaussettes, chaussures, sous-vêtements, uniformes et vêtements réguliers. Ariane avait des goûts classique, blanc, gris, noir. Elle n'avait pas de désir pour les objets matériels et encore moins pour la mode. Le tout serait livré à Poudlard dans les plus brefs délais. Une fois satisfaits, ils quittèrent la boutique. Les livres de cinquième année étaient achetés, de même que les ingrédients nécessaires au cours de potion. Dans la rue, elle remarqua la présence d'aurors qui faisaient semblant de faire des emplettes ou lire le Daily Prophet.

«Ils sont là pour moi»

«Ils sont là pour te protéger»

«Je ne savais pas que j'avais besoin d'être protégée» On sentait une pointe de colère dans sa voix.

«Tu sais ce que je veux dire, Ariane» Dumbledore laissa son regard errer sur la rue. Les commerces recommençaient à ouvrir dû au nombre de raids qui faiblissait de mois en mois. «Allons boire un thé»

Ils marchèrent jusqu'à un petit café dont Dumbledore semblait être un habitué, puisque le serveur lui fit un signe de tête et lui mentionna que sa place habituelle était libre. Il s'agissait d'une petite salle en retrait dans le fond du restaurant. Dumbledore sortit sa baguette et murmura quelques incantations pour s'assurer que leur conversation reste privée. Le serveur entra, une théière fumante et deux tasses flottant derrière lui, suivies du sucre et du lait. Pendant que le serveur versait le thé, Ariane remarqua à quel point Dumbledore semblait avoir vieilli ces derniers mois. Ses rides s'étaient creusées, son regard n'était plus aussi vif et son teint était parfois si pâle qu'il en semblait fantomatique. Elle se rendit compte que Dumbledore la regardait intensément, elle fronça les sourcils, il pointa le serveur qui attendait sa commande. Elle rougit jusqu'aux oreilles et repensa aux biscuits thumbprint qu'elle avait vus en entrant et en commanda trois d'une voix étranglée par la gêne. Ils restèrent en silence jusqu'à ce que le serveur dépose devant eux leurs pâtisseries. Dumbledore lui jeta un regard et fit signe de tête auquel le serveur répondit avant de fermer la porte.

«Nous pouvons parler librement maintenant» Il prit une bouchée de son scone.

«Je n'ai pas besoin d'être protégée» La gêne avait disparu et la fougue habituelle d'Ariane avait rapidement refait surface.

«Tu as raison, en fait les aurors étaient là afin d'appréhender les mangemorts si Voldemort avait tenté de t'attaquer ou te capturer… mais cela m'aurait surpris»

«Pourquoi» Étrangement, elle fut surprise de la réponse de Dumbledore. Elle réalisa que les aurors avaient dû être là à chacune de ses sorties, mais qu'elle ne les avait remarqués qu'aujourd'hui.

«Tu dois avoir noté que depuis un moment il y a de moins en moins d'attaques»

«Oui, on en parle dans tous les journaux»

Dumbledore reprit une bouchée de son scone, l'air pensif.

«Vous semblez… inquiet, Monsieur… c'est une bonne nouvelle… non?»

«Si cela pouvait être aussi simple... Au ministère, ils croient qu'ils ont déjà gagné la guerre, personnellement je crois que Voldemort a un plan qui n'implique plus les attaques directes…» Dumbledore prit une gorgée de thé «À cause de toi, du moins en partie»

Ariane s'étouffa avec son biscuit.

«Quoi?!»

«Je crois qu'il est temps que je sois complètement honnête» Il fit une pause, pensa à comment présenter sa pensée.

«Tu n'as rien à craindre de la part des mangemorts, ils n'ont aucune chance contre toi. Et je pense que Voldemort non plus» Il prit une gorgée de thé, laissant Ariane comprendre l'étendue de ce qu'il venait de dire. Elle n'en revenait tout simplement pas, de quoi parlait Dumbledore, elle n'arrivait pas à le vaincre, alors comment pourrait-elle combattre Voldemort et l'emporter?

«Je crois que vous vous trompez»

«Je sais que tu peux le vaincre» Il fit une pause calculée. «Tu l'as déjà fait» Ariane roula des yeux.

«J'étais seulement un bébé»

«Et maintenant que tu es une jeune femme surentraînée, tu n'y arriverais pas?»

Elle baissa la tête. C'est vrai que ça ne faisait aucun sens dit comme cela. Mais pourquoi n'arrivait-elle jamais à vaincre Dumbledore? Ou même maintenir son bouclier en tout temps comme il lui avait proposé?

«Je crois que quelque chose détourne ton pouvoir, ta force. Peut-être un maléfice… »

Ariane passa à deux doigts de cracher son thé.

«Voldemort ferait ça?»

«Sans hésitation»

Elle resta pensive un instant et murmura

«Comment on peut en arriver là?»

«Voldemort a été l'un de mes étudiants. Tom Jedusor. Un élève brillant, mais plein de ressentiment. Sa vie n'a pas été facile, il a vécu dans un orphelinat moldu, il n'a jamais vraiment eu d'amis. Durant ses études, il a développé la théorie selon laquelle les sang-mêlé ne méritaient pas d'avoir accès à la magie et qu'ils étaient inférieurs aux sorciers de sang pur. Pire encore, il considère les moldus comme de la racaille et qu'il faut les asservir. Il est lui-même de sang-mêlé, mais ça ne l'empêche pas d'être puissant et charismatique. Il en est presque envoutant. Il a rapidement rallié des sorciers à sa cause et il n'a pas hésité à tuer ses opposants… Certains de ses mangemorts attaquaient des villages moldus simplement pour le plaisir… Il a dû découvrir comment créer un Alpha à un moment donné, je ne sais toujours pas comment… et sa violence a connu un sommet, puis il a essayé de te trouver... La suite tu la connais… Il a été sauvé de justesse, mais depuis les attaques ne font que diminuer. On voit à peine Voldemort depuis quelques années… Je crois qu'il n'a pas réussi à créer d'autres horcruxes et que sa propre mortalité le terrifie autant que la menace que tu représentes...»

Elle regardait Dumbledore, bouche bée. Son ancien élève. Elle, une menace pour Voldemort? Et si Dumbledore disait vrai. Si elle avait été ensorcelée et que sa puissance s'en retrouvait diminuée. Cette pensée l'enrageait.

«Pourquoi on ne va pas l'arrêter dès maintenant!»

Dumbledore frissonna, se rappelant l'avertissement de Snape, mais aussi à la possibilité de perdre son dernier atout dans cette guerre qu'il savait loin d'être gagné. Au ministère, on en était déjà à prévoir les célébrations de la victoire, alors que lui soutenait que quelque chose de terrible se préparait.

«Voldemort se cache dans le château de Salazard Serpentard. Les protections magiques rendent impossible de l'attaquer ou d'y pénétrer»

«Qu'est-ce qu'il fait là alors?»

«Il est hors de tout doute un héritier de Serpentard, et la marque qu'il donne à ses mangemorts leur permet de passer les sortilèges»

Ariane se calla dans sa chaise. Elle et Dumbledore affichaient le même air abattu. Ils ne pouvaient rien faire pour l'instant. Elle engloutit son dernier biscuit, espérant que ce dernier lui apporte du réconfort. Dumbledore soupira. Ils terminèrent leur thé et ils se mirent en route pour Poudlard en silence. Ariane salua son tuteur et se rendit à la bibliothèque afin de faire des recherches sur les maléfices ayant la capacité de limiter son pouvoir.

À peine arrivé, Dumbledore quitta pour le Ministère. Il remit à peine les pieds à Poudlard durant les jours qui suivirent. Il était en train de perdre toute crédibilité. Le Haut Conseil lui disait qu'il était paranoïaque, pessimiste, défaitiste, mais il savait que quelque chose n'allait pas, il y avait beaucoup trop de nouveaux visages au sein du Ministère, des visages qu'il aurait préféré ne pas voir. Il soupira, le réseau de cheminées était particulièrement achalandé ce matin, et il croisa des sorciers soupçonnés d'être des mangemorts, mallette à la main, prêt à entamer leur journée de travail. Quelque chose de grave se préparait, et il ne pouvait pas l'arrêter. Son influence n'était plus ce qu'elle avait jadis été. Il devait se préparer au pire et s'assurer d'avoir un plan en cas d'attaque.

Si Voldemort et son armée attaquaient Poudlard, il devait donner une chance à Ariane de sortir de l'école si la situation devenait trop dangereuse. Enfin, il devait en laisser l'impression. Son plus grand souhait serait que Ariane décide de son propre chef de se battre et en finisse. Elle en était certainement capable, enfin, l'espérait-il. Mais il ne pouvait pas lui donner l'impression qu'il la supportait, Severus ne lui pardonnerait pas et il tenait tout de même à la vie. Il réfléchit un moment et une idée lui traversa l'esprit. Il devrait passer à Gringotts dans les prochains jours afin de mettre son plan à exécution. Ensuite, pensa aux ouvrages qu'il lui faudrait consulter de même que les documents sur les Alphas que Severus lui avait laissés jadis. Il devait trouver pourquoi le pouvoir d'Ariane ne débloquait pas.

De retour à Poudlard, il alla s'assoir à son bureau. Il devait réfléchir à comment présenter les choses à Ariane, lui expliquer ce qui allait probablement se passer. Il se prit la tête entre les mains. Ce serait tellement plus facile si elle pouvait simplement tous les tuer! Il soupira. Lui qui avait été aimant, gentil, bienveillant, il était épuisé. Ce conflit avait trop duré, il avait fait de lui un être amer et cruel. Il voulait que cela s'arrête, que la vie reprenne son cours normal, qu'il n'aille plus à s'inquiéter de Voldemort, de la guerre, des manigances politiques… Il ne se reconnaissait plus lui-même, pas plus qu'il ne reconnaissait le monde dans lequel il vivait. Pour les élèves les attaques ponctuelles, les raids, les arrestations étaient rendus presque normaux. Ce n'était pas de leur faute, c'était tout ce qu'ils avaient connu.

OoOoOo

La rentrée se passa sans encombre. Les nouveaux élèves étaient nombreux et toujours aussi émerveillés par la beauté et la grandeur de Poudlard. Ariane avait été surprise de la joie de certains de ses collègues serdaigles qui l'invitèrent à s'assoir avec eux. Le groupe de fille papotait de leurs vacances et à quel point elles avaient hâte que les cours reprennent. Ariane avait rarement été aussi heureuse, elle avait mal aux joues tellement elle avait ri. Elles discutèrent jusqu'au discours de Dumbledore qui commença par souligner la sombre époque dans laquelle ils vivaient, de se lever et s'unir contre le mal et de ne pas se laisser berner par de belles paroles. Quelque chose se préparait, elle en était certaine. Jamais Dumbledore ne lui avait semblé aussi défaitiste. Il reprit sa place à la table des enseignants et sembla absorbé dans une sérieuse discussion avec ses collègues. Elle le regarda un moment, puis elle sentit un léger coup sur son épaule. Elle sourit à la jeune fille et retourna à la conversation.

Draco Malfoy, assit à la table des Serpentards, sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine et ses oreilles bourdonner si fort qu'il n'entendait plus rien. Il s'assura que Dumbledore était bien occupé et il fit signe à Goyle et Crabbe de le suivre. Ils connaissaient déjà le plan. Ils se rendirent près du bureau du directeur et les deux rejoignirent une extrémité du couloir pour surveiller la venue d'un enseignant. Draco monta rapidement l'escalier en colimaçon et poussa lentement la porte, baguette en main il se concentra et murmura

«Somnium pictura somnum» puis «Avem somnum»

Les ronflements provenant des toiles confirmèrent que le sort avait marché. Il devait faire vite. Il lança un regard au phénix qui avait lui aussi ombré dans un profond sommeil. On avait juré à son père qu'elle avait été sortie de Gringotts ce matin… Il chercha un moment et finalement vit un paquet emballé de papier brun. D'un sort, il le désemballa et put voir le tissu gris chatoyant de la cape d'invisibilité. Rapidement, il la déplia et y cacha le rectangle de parchemin avant de la remballer d'un autre sort. Ni vu ni connu, il quitta le bureau du directeur alors que les tableaux commençaient à s'éveiller.

Ariane aurait voulu parler à Dumbledore, mais ce dernier était encore en train de discuter avec les autres enseignants. Elle avait envie d'aller dormir tôt, toute cette animation l'avait épuisée. Elle se rendit à sa chambre et, une fois la porte fermée, fit couler de l'eau bien chaude et mousseuse de la baignoire. Les autres filles de Serdaigle avaient 15 ans, mais la différence d'âge paraissait de moins en moins. Ce n'était qu'un an après tout, certaines étaient déjà toutes en courbes et attiraient les regards des garçons. Elle n'aurait pas aimé être la cible d'autant d'attention.

Elle s'enfonça dans l'eau jusqu'au menton, appréciant ce moment de détente. Elle en avait eu si peu ces derniers temps. Elle essayait de trouver ce qui bloquait sa magie, sa force. Elle avait encore gagné en endurance durant l'été, mais elle stagnait, quelque chose clochait, elle le savait. Dumbledore devait avoir raison, elle était ensorcelée. Elle avait testé quelques potions de détection, sans succès. Le sort devait être puissant, difficilement perceptible. Dumbledore pourrait essayer de lui lancer quelques sorts pour y voir plus clair. Elle devrait faire d'autres recherches. Elle resta dans l'eau jusqu'à ce qu'elle soit froide. D'un regard elle alluma le foyer afin de réchauffer la pièce, enfila un pyjama de coton, et elle allait se lover dans ses couvertures lorsqu'elle vit un paquet sur son lit. Elle prit le parchemin attaché à la mince ficelle et le déroula.

Joyeux anniversaire Ariane,

Voici un présent qui pourrait être particulièrement utile.

Nous en discuterons demain lors de ta période libre, je t'attendrai à mon bureau.

Dumbledore

Elle déchira le papier sans plus attendre et découvrit le soyeux tissu gris souris. Elle le déplia et s'enroula dans la cape. Quelque chose tomba au sol et elle tendit la main pour le récupérer lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne voyait plus ses pieds. Elle marcha jusqu'au grand miroir et constata que son corps était maintenant invisible. Une cape d'invisibilité! Dumbledore avait fait fort cette année! Elle vit le parchemin au sol derrière elle. Elle le déplia, mais rien n'était inscrit. Un autre morceau de parchemin allait tomber, mais du bout du doigt elle le fit voleter jusqu'à elle. Il y était seulement inscrit Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises et Méfait accompli.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises »

Aussitôt un plan commença à se tracer sur la carte et Ariane réalisa il s'agissait de Poudlard. Elle pouvait voir les élèves dans leur dortoir et les enseignants qui faisaient leur ronde. Elle n'en croyait pas ses yeux et examinait la carte avec attention lorsqu'elle remarqua un chemin qu'elle n'avait jamais vu. Elle réalisa qu'il s'agissait d'un passage secret. Avec la cape d'invisibilité, elle pourrait sortir sans qu'aucun enseignant ne la remarque! Est-ce que Dumbledore voulait qu'elle sorte du château? Prendre la situation en main? Elle sentit une bouffée de joie, mais aussi de confusion. Il avait écrit dans son message qu'ils en discuteraient demain, il serait sûrement plus clair sur ses intentions à ce moment-là. Elle regarda un long moment la carte et lorsqu'elle alla se coucher elle était encore fébrile.

Le soleil était à peine levé lorsqu'elle s'éveilla. Elle avait dormi d'un sommeil agité et avait l'impression de ne pas avoir fermé l'œil tant il avait été léger. Il faisait sombre dehors, le ciel était complètement masqué par une épaisse couverture de nuages grisâtres. Il va pleuvoir, pensa Ariane. Elle avait cours de défense contre les forces du mal, espérant que la nouvelle enseignante serait meilleure que celui qui avait remplacé Lupin l'an dernier. Elle avait aperçu la femme au banquet. Les fils argentés qui couraient dans ses cheveux brun chocolat trahissaient son âge, mais son regard pétillant montrait sa vivacité d'esprit. Elle ne croyait pas apprendre quoique ce soit de nouveau, mais au moins assister à un cours intéressant serait déjà un bon départ.

Le déjeuner ne serait pas servi avant au moins une demi-heure. De son lit, elle ouvrit sa garde-robe d'un regard et fit voler devant elle ses différents vêtements. Elle observait d'un air blasé ses habits aux couleurs bleues et bronze. Elle n'avait jamais eu de mal à choisir quel uniforme elle allait porter, mais à cet instant il lui semblait que cette décision méritait d'être réfléchie. Elle avait observé les filles au banquet de la veille, elle avait remarqué comme les plus vieilles se démarquaient des plus jeunes, pas seulement par leur taille, mais par la manière dont elles s'habillaient. Lorsqu'elle pensait à auparavant, elle ne voyait qu'une masse de gens informe, elle n'avait jamais noté ce genre de détail, ni même remarqué en quelle année les filles commençaient à avoir des formes, à devenir des femmes. Et elle l'avait bien vu, hier, que les cinquièmes avaient énormément changées. Elle n'avait pas envie de s'exposer, elle ressentait un profond malaise face à sa féminité et voulait cacher son corps, tel un secret qu'elle désirait garder sous silence. Elle opta donc pour un pantalon, un pull et une cape large.

Les vêtements retournèrent dans la garde-robe. Ariane s'habilla lentement, ne lâchant pas du regard la cape d'invisibilité et la carte. Elle les prit tout contre elle, ne sachant pas trop quoi en faire, puis décida de les cacher dans le coffre qui cachait ses livres préférés. Une fois cela fait, elle regarda le coffre intensément. Elle entendit le bois craquer, vit l'ouverture du coffre se sceller. Impossible pour quiconque qui n'était pas elle de l'ouvrir maintenant. Son estomac grognait, juste à temps pour le déjeuner.

Le cours se passa très bien. L'enseignante était infatigable, son cours, presque théâtral. Elle était bien heureuse de ne pas de nouveau se trouver dans un cours magistral durant lequel l'enseignant se contentait de répéter ce qu'ils avaient lu dans leur manuel la semaine précédente. Le cours d'histoire de la magie, par contre, était exactement comme elle le redoutait. Elle décida de se pratiquer à maintenir son bouclier et y mis toute son énergie, mais elle trouva cela encore plus ennuyant. Elle regarda les autres Serdaigles dans les estrades devant elle, tous attentifs comme si le professeur était en train de leur révélé un grand secret de la vie. Elle remarqua une fille aux cheveux noirs, Muriel. Elle riait d'elle durant ses premières années d'études, disant qu'elle avait sûrement redoublé puisqu'elle avait 12 ans et non 11 comme tous les autres. Elle avait finalement abandonné ses tactiques d'intimidation, car Ariane s'était fait un devoir de ne jamais réagir. Elle avait trop peur de lui faire du mal par accident, n'ayant pas, à l'époque, un plein contrôle de son pouvoir. Ces souvenirs avaient tout de même une saveur amère.

Elle eut un sourire en coin et un instant plus tard, Muriel agita sa plume, la déposa sur le parchemin, tenta d'écrire, en vain, puis la trempa dans l'encrier avant de reprendre ses notes. Toujours rien. Elle voyait l'encre sur la plume, mais aucune trace sur le parchemin. Elle regarda rapidement autour d'elle, mais tous les élèves étaient concentrés sur leurs propres notes. Elle changea de plume, puis de parchemin. Elle n'avait pas d'autre encrier. Elle regarda à nouveau autour, mais ne vit rien de suspect, rien qui lui eut permis de savoir qui s'amusait à ses dépens. Elle leva la main.

«Professeur, quelqu'un m'a jeté un sort, je ne peux plus prendre de notes»

«Allons, allons, arrêtez cet enfantillage» Il reporta son regard sur Muriel qui gribouilla sur son parchemin, laissant des traces noirâtres bien visibles. L'enseignant acquiesça et continua son cours. Le nez dans ses notes, Ariane ne put réprimer un sourire.

Le dîner arriva, puis sa période libre. Elle monta les escaliers si rapidement qu'elle faillit tomber en plein visage pas une, mais deux fois. Elle entra en trombe dans le bureau de Dumbledore qui caressait doucement Fumseck.

«As-tu pris le temps de manger au moins?»

Ariane lui sourit et alla le rejoindre auprès du phénix. Ils restèrent en silence un instant, puis Dumbledore la regarda avec sérieux.

«Je ne le dirai qu'une fois, le cadeau que je t'ai fait a un but précis. Si Voldemort attaque le château, tu dois sauver ta vie et fuir. Tu es trop importante pour prendre le risque de te perdre»

Ariane n'avait jamais vu ce regard chez son tuteur. Ses paroles étaient claires. Fuir. Mans dans ses yeux elle voyait de la rage, et ces yeux ne lui disaient pas de s'échapper, ils lui disaient de se battre. Elle lui fit signe qu'elle avait compris.

«Bon et bien maintenant que cela est réglé, j'ai pris le soin de noter quelques sorts et potions pour vérifier quel maléfice bloque ta magie… j'imagine que tu as déjà essayé les potions de base»

«Oui j'ai essayé toutes les potions de détection même celle avec un demi-litre de sang de vipère…» Elle fit une grimace en se rappelant le goût ferreux de la potion «J'ai noté les sorts classiques, finite incantatem, destructum etla dizaine de sorts du diagnostic magique» Dumbledore acquiesça

«J'ai aussi noté la potion de purification» Elle sorti un parchemin de sa poche «Elle nécessite des crins de licorne offerts à la pleine lune. Malheureusement Professeure Utar n'en a pas…»

Dumbledore se frotta le menton durant un long moment

«En effet, c'est une bonne idée, normalement c'est un puissant antidote, mais la potion pourrait aussi briser le ou les sortilèges qui te limitent… te retourner à ton état original…»

Dumbledore prit une plume et inscrivit quelques notes sur un parchemin.

«Tu pourrais essayer de trouver une licorne dans la forêt interdite… la pleine lune est dans…» Il regarda un module en or représentant le système solaire qui trônait au plafond. «Cinq jours»

Il lui fit signe de prendre place dans un fauteuil. Il la bombarda rapidement de différents sorts visant soit à détecter une magie étrangère, soit à mettre fin à un sortilège en cours, mais rien ne se produisit. Dépités, ils se creusaient l'esprit afin de penser à quelque chose de nouveau. Dumbledore essaya un autre sort qui lui donna une migraine terrible qui prit de longues minutes à disparaître. Il la regarda avec déception. À nouveau, elle put l'observer perdre cette prestance, cette grandeur qui l'avait jadis habité. Il avait l'air d'un vieil homme fourbu par des années de dur labeur.

«Tu devrais aller dormir» Il avait murmuré.

«Vous aussi, Monsieur»

Elle se rendit à sa chambre, inquiète. Elle n'avait jamais pensé que son tuteur serait ainsi dépassé. Que se passait-il dans la tête de Dumbledore.

Le directeur avait de quoi être inquiet. Une connaissance travaillant au ministère disait que quelque chose n'allait pas du tout. Des ministres en place depuis des années démissionnaient sans préavis, pour être aussitôt remplacés par des sorciers de mauvaise réputation. Le ministre sursautait à chaque bruit, il était pâle et amaigri. Dumbledore pensait de moins en moins que Voldemort allait attaquer Poudlard, mais que sa nouvelle cible était de prendre le Ministère. Il était peut-être déjà trop tard. Et si c'était le cas, il ne pourrait rien y faire. Ni lui, ni Ariane. Elle ne pouvait s'attaquer à un Ministre dument élu. Il allait tout faire en son pouvoir pour qu'ils ne se rendent pas là.

OoOoOo

Ariane avait attendu la pleine lune avec impatience. Elle se glissa hors de l'école sans soucis grâce à la cape d'invisibilité. Elle la glissa dans son sac à dos et se dirigea vers la forêt. Au loin, cette dernière avec un air menaçant tant par sa noirceur que par les rares bruits qui s'en échappaient. La cour avait un air fantomatique sous la lumière lunaire. La cheminée de la cabane de Hagrid fumait allègrement. Les nuits se refroidissaient.

Dumbledore lui avait dit que les licornes étaient plutôt curieuses, mais ne s'aventuraient pas à l'orée de la forêt. Il faudrait qu'elle avance dans les terres appartenant aux centaures. Elle n'avait pas fait cent mètres que des bruits de sabot se firent entendre.

«Qui va là?»

«Je m'appelle Ariane. Je cherche une licorne qui accepterait de m'offrir quelques crins»

«Dumbledore nous a prévenus de ta venue. Je me nomme Firenze, laisse-moi t'accompagner. Les bois ne sont pas sûrs»

Il serait impoli de refuser son offre, se dit la jeune fille, elle acquiesça et se mis en route. Ils marchèrent un long moment en silence, alternant entre les ténèbres des bois et la clarté de la lune.

«Nous savons qui vous êtes» Firenze avait parlé d'une voix basse, presqu'inaudible. Il s'arrêta et s'approcha d'elle. «Nous savons aussi pourquoi vous voulez ce crin, mais vous avez tort. Aucune magie autre que la vôtre ne vous habite»

Ariane le regardait stupéfaite.

«Ta quête ne se trouve en aucun lieu autre que toi-même»

Elle déglutit avec difficulté, son cœur battant à tout rompre. Elle recula, les yeux fixés sur le centaure qui regardait par-dessus son épaule. Elle se retourna. Dans la noirceur, le pelage immaculé semblait irradier d'une aura surnaturelle. La licorne s'approcha sans crainte et, à quelques pas d'Ariane, fit la révérence. L'adolescente fit de même, ne connaissant pas le protocole de salutation des licornes, il valait mieux jouer de prudence. Elle savait, cependant, qu'il fallait mieux laisser l'animal venir à nous, plutôt que le contraire, elle tendit donc une main tremblante. Elle n'eut pas à attendre longtemps, le museau froid et humide toucha sa main, demandant plus de caresses. À deux mains, elle gratta la tête de l'animal mythique qui ferma les yeux de bonheur. Ses mains erraient dans le doux pelage, elle lança un regard vers le centaure, mais ce dernier avait disparu. Elle se serra contre la licorne, la tête tout contre la crinière, et sans qu'elle comprenne pourquoi, des larmes coulèrent sur ses joues, à flot. La licorne traversait l'existence exempte de jugements, elle accueillait ses émotions avec la chaleur d'une mère aimante. Ariane n'avait pas conscience de toute cette tristesse, cette angoisse qui s'était nichée tout au fond de son être, mais ainsi exposée devant tant de pureté, elle entendait l'écho de sa propre solitude et du fardeau qui l'étouffait de toutes parts.

Elle glissa les doigts dans le crin avec douceur, son regard brouillé de larmes. Sa quête était vaine selon les centaures. Au moins, elle ne serait pas venue dans la forêt en vain. Elle pleura de longues minutes, effleurant parfois à peine le poil de l'animal, d'autres fois en y enfonçant ses doigts pour en apprécier la délicatesse. Puis, l'animal quitta d'un pas lent sans regarder derrière. Elle était tellement fatiguée sur le chemin du retour qu'elle failli oublier de remettre la cape d'invisibilité en rentrant dans l'école. Elle s'appuya contre la porte de sa chambre, le souffle court, les yeux fermés. Elle glissa les crins, sauf trois, dans une pochette de tissu. Les autres, elle les cacha au milieu d'un livre. Elle laissa ses vêtements traîner au sol pour rejoindre son lit.

OoOoOo

Dumbledore ne put s'empêcher de sourire en ouvrant la pochette dans laquelle une vingtaine de crins blancs s'entremêlaient. C'était bien la seule bonne nouvelle qu'il avait eue depuis un moment. Son humeur s'assombrit lorsque Ariane lui dit simplement

«Firenze a dit que la potion ne fonctionnerait pas»

«Il a dit pourquoi» Elle haussa les épaules.

«Il a été… énigmatique» Dumbledore prit place dans son fauteuil.

«Qu'est-ce qu'il a dit exactement?» Ariane n'avait pas envie de penser à ce que le centaure lui avait dit, encore moins de le confier à Dumbledore

«Que je dois résoudre ça moi-même»

Il prit une grande inspiration.

«Il y a eu une attaque cette nuit… je ne voulais pas que tu l'apprennes durant le déjeuner. Douze aurors sont morts et… une dizaine de moldus.»

Elle était incrédule. Une attaque aussi violente après des semaines de silence

«C'était un piège. Les mangemorts étaient en surnombre. Ils n'ont eu aucune chance»

Le silence était lourd. Ariane tremblait de colère. Dumbledore avait déjà la tête ailleurs, au ministère. Qu'allait-il se passer?

Les semaines suivantes furent tout aussi funestes. Les attaques se multipliaient, autant les aurors que les civils tombaient au combat. Les journaux étaient remplis de nécrologies et parfois on entendait des sanglots faire échos dans les couloirs. Un nouvel orphelin.

Alors qu'elle croquait sans appétit dans sa rôtie, un hibou plana au-dessus de la grande salle et laissa tomber une enveloppe dont la chute stoppa à mi-vol.

«Nous vous prions d'assister au discours du Ministre de la Magie à 14heure tapante. D'importantes informations seront données. Merci et bonne journée»

La lettre s'autodétruisit et les fragments tombèrent sur la pile de pancakes des Poufsouffle. Aussitôt le brouhaha reprit, les hypothèses fusant de toutes parts. Ariane continua de manger sans enthousiasme. Elle en avait assez d'être confinée au château. Elle était sortie la veille par le passage sous le saule cogneur, mais elle n'avait pas eu de chance, aucune attaque cette nuit-là. Elle s'était entraînée à transplaner. En tant que tel ce n'était pas très difficile, sauf l'atterrissage durant lequel elle se retrouvait plus souvent qu'autrement propulsée au sol tête première. Elle en avait assez de tout. Elle ne comprenait toujours pas ce que Firenze avait voulu lui dire, elle se sentait stagner et en plus les mangemorts attaquaient sans relâche. C'était assez. Ça avait assez duré. Elle devait agir.

Les heures passaient lentement et peu 14h tous les élèves se rassemblèrent dans la grande salle. Dumbledore leva sa baguette et dans un nuage d'un blanc bleuté, le ministre apparut. Il était pâle, amaigri et cerné.

«Je voudrais tout d'abord, en mon nom et en celui du ministère, offrir mes condoléances aux familles et amis des sorciers qui ont perdu la vie lors des récents combats. Nous vivons des jours sombres qui nécessitent des mesures sévères. Un couvre-feu obligatoire à partir de 18h jusqu'à 6h a été voté. Des aurors seront déployés partout sur le territoire, jour et nuit. Nous sommes en guerre, ainsi, il a aussi été voté que… » le ministre déglutit avec difficulté «Que… si les aurors soupçonnent que vous détenez des informations pertinentes ou avez des activités suspectes, alors vous serez arrêté et détenu aussi longtemps que nécessaire. Les regroupements de plus de dix personnes en dehors des lieux de travail et milieux scolaires sont désormais interdits. Ces mesures seront mon… héritage pour le monde sorcier. Ayant échoué à ramener la paix, j'annonce ma démission en tant que ministre de la magie. Un ministre intérimaire a été voté par l'assemblé. Je vous présente votre nouveau Ministre de la Magie, Lucius Malfoy.» Le sorcier aux longs cheveux blonds s'avança dans l'image et salua l'assemblée.

«C'est un honneur d'avoir été nommé…»

Ariane bouillait de rage, elle vit Dumbledore se lever et quitter la salle d'un pas rapide. Le discours du nouveau ministre fut bref et Ariane profita du chaos qui régnait dans la grande salle pour s'éclipser rapidement jusqu'au bureau de Dumbledore.

Le directeur était appuyé sur le foyer dans lequel les braises rougeoyantes craquelaient doucement, il tenait un verre de boisson ambrée. De l'alcool surement. Il n'osa pas regarder l'adolescente et se contenta de dire

«Il a gagné»