- Ouvre bâtard ! Putain ouvre !

Les insultes se transformèrent en cris de douleur. Encore et encore, le battant de la porte claquait lourdement à en faire gémir les gonds, prêt à sauter, et derrière la malheureuse étagère de métal tenait bon, vibrant de longues secondes en menaçant de céder. L'écho de se cauchemars se répercutant longuement dans la pièce quasiment vide alors qu'un silence de mort drapait le bâtiment. Il n'y eu d'un éclat final, suivit d'un bruit de moteur avant que la nuit ne les laissent enfin tranquilles. Encore une fois, ils n'avaient pas eu de choix et le sang qui avait coulé sous la porte de porte de bois venaient se moquer de leur nouveau massacre, peut-être auraient-ils pu éviter un tel massacre, s'ils avaient fait plus attention, si Daryl avait fui discrètement, si Carl avait réfléchit plus longtemps, s'ils ne s'étaient pas rencontrés. Ils ne voulaient pas réfléchir et leurs têtes étaient lourdes. Ils manquaient de sommeil et calme.

La pièce restait baignée dans l'obscurité malgré le trait de lumière d'une dynamo à moitié déchargé dont les éclats se faisaient moins perçants. Il y avait plus de douceur dans ce rayon altéré qui séparaient le gamin de son compagnon, toujours accroupi près de la porte, prêt à la bloquer si les coups reprenaient. Ca faisait trop longtemps, il n'y avait plus rien à craindre, ni à espérer. Ils étaient inexorablement seuls dans cet abri maladroit, sombre et où régnait poussière et fumet nauséabond.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demandait Carl en reprenant contenance. Il avait tremblé en entendant les bruits au dehors, pensant au fruit de son ingéniosité, et dans le silence le plus complet, quelques larmes avaient couvert ses joues alors que la tension retombait, enfin en sécurité.

Avant de répondre, le chasseur quittait son poste, traversant leur frontière lumineuse pour s'asseoir aux côtés du gamin, posant une main sur son épaule quelques secondes, autant pour le rassurer que pour évaluer sa panique. Ce n'était son plan qui avait réussi et il commençait chercher les possibles solutions en soupirant lourdement.

- Est-ce que t'es en état de sortir ?

- Ouais, et j'ai prévu un truc, commençait-il en farfouillant dans son sac pour en tirer une longue tunique qui ressemblait à celle dont il était pourvu plus tôt et qu'il avait gardé à la main. Y'a des viscères dessus, du coup les marcheurs nous remarquent pas.

- Je sais pas si c'est génial ou dégueu... T'es sûr que ça fonctionne ?

Carl hochait vigoureusement la tête, il avait vu son père le faire plusieurs fois et il était passé dans des foules de monstres agité comme un couteau dans une motte de beurre, lentement mais surement. Ils réfléchirent longtemps avant de décider d'attendre la fin de la nuit avant de sortir, leurs membres fatigués ne feraient pas le poids contre les menaces extérieurs et ils préféraient ne pas tenter le diable tout de suite. S'installant à même le sol, se servant de sac comme d'oreiller, ils tentaient de récupérer un peu.

- Daryl ? commençait Carl hésitant, décidant enfin de poser la question qui lui tournait à l'esprit. Pourquoi t'était avec eux ?

- C'est une longue histoire. Mais en gros, je voyageais avec mon frère au début, c'était pas un enfant de cœur mais j'avais que lui. On a rencontré Joe quand on était bien dans la merde et ils nous ont aidez. Puis mon frère s'est fait mordre et, j'avais nulle part où aller.

- Je n'aurais jamais pensé que t'était du genre à avoir peur d'être seul.

- J'avais mes raisons.

La curiosité du jeune avait été piquée. Tentant de deviner les contours du visage de son voisin à travers le noir complet, il attendait patiemment qu'il élabore. Au contraire, Daryl lui souffla qu'ils feraient mieux de dormir pour de bon. Entre le stress, la course et les pleurs, le gamin sombra comme une masse, le bout de ses doigts frôlant l'avant-bras nu de son compagnon qui avait à peine la place pour tenir allongé sur le dos. Malgré l'inconfort, la respiration calme du jeune, la chaleur de son corps à quelques centimètres et sa présence, sain et sauf, suffisait à la rassurer et l'endormir à son tour.

OoOoO

Le réveil prit Carl par surprise, il retenait à peine un juron alors que le visage de Daryl n'était à quelques centimètres du sien. Reculant un petit peu, l'arrière de sa tête rencontra le pied d'un meuble en aluminium, lui arrachant un nouveau gémissement, de douleur cette fois. Le chasseur paisiblement endormi, un filet de bave coulant de ses lèvres entre-ouvert, sursauta à son tour, offrant un air perdu face auquel le gamin ne put qu'exploser de rire. Les yeux à moitié ouvert, collé par le sommeil, le teint gris, les lèvres sèches et sa joue écrasée par le sol où des zébrures rouges et blanches apparaissaient lentement.

- Tu crois t'es mieux peut-être ? répondit-il en essuyant sa salive.

De son côté, Carl avait les cheveux en bataille, gras et tout emmêlés, le visage couleur olive et il puait encore le marcheur et la poussière. Il avait l'air aussi sale et maladif l'un que l'autre. N'ayant que peu de place pour manœuvrer allongé ou assis, ils se levaient rapidement, quitte à en avoir des vertiges, et commençaient à réfléchir à la situation. En fait, il n'y avait quand chose à planifier, ils récoltaient leurs maigres affaires, l'aîné offrant un paquet de gâteau au cadet, et retirait aussi délicatement que possible l'étage bloquant la porte. Deuxième étape, Carl se faufilait derrière le battant alors que Daryl gardait son couteau bien en main, face à l'ouverture. D'un geste du menton, ce dernier indiquait qu'il était prêt et l'autre ouvrait doucement, laissant apercevoir quelques montres parqué derrière. Un par un, maitrisant le flot des marcheurs, ils en dégommaient cinq ou six avant de pouvoir sortir.

En réalité, la horde avait été attirée autre part et il ne restait que des morts, des vrais, allongés par terre. Certain étaient des anciens infectés, d'autre des membres du groupe dont il ne restait que le buste et une partie du visage, certains claquaient des dents, les autres s'étaient tiré une balle. Carl aurai vomit mais il tenait trop à garder son maigre déjeuner dans le ventre pour ça.

- Putain… souffla le chasseur, fronçant les sourcils quelques instants avant de reprendre son sérieux et sa distance.

En rationnalisant les évènements, ils devenaient plus faciles à supporter. Après avoir récupéré quelques affaires sur les corps de leurs anciens camarades, ils sortirent enfin de la boutique pour découvrir les dégâts au-dehors. En se penchant au-dessus du hall principal, il découvrait un endroit principalement vide, dont les vitres plus fines de l'entrée principale avaient été défoncées par un véhicule. La horde ne s'était pas fait prier pour enfin sortir et suivre le bruit alors que les morts de leur étage avait fini par sauter, malgré la large rambarde. Un vent léger s'infiltrait à présent, lavant petit à petit les odeurs corporelles qui avaient incrusté l'endroit. Sur cette dernière image, ils se dirigeaient vers la sortie en faisant un détour pour récupérer les affaires qu'ils avaient cachées plus loin.

C'était le premier endroit où Carl s'était senti un peu à l'aise depuis qu'il avait perdu son propre groupe, il s'était amusé dans les magasins de jouets et s'était débarrasser quelques temps du dégoût qui couvrait sa peau. C'était dommage de partir. Mais il avait réussi à changer leurs vêtements en lambeau, il avait rempli un sac de nourriture et trouvé quelques équipements de camping flambant neuf. Avec une insultante facilité, ils faisaient leur chemin d'arrivée en sens inverse, arrivant dans le parking déserté ou ils devaient choisir par où continuer leur chemin. Il était bien moins impressionnant sans les bruits de monstre au loin. Avant tout, et un peu maladroitement, Daryl se tournait vers le jeune, plongeant son regard dans le sien avant de soupirer.

- Tu m'as sauvé, vraiment, alors, merci.

Par réflexe, l'adolescent masquait son sourire en tordant un peu ses lèvres, tout aussi maladroit, il s'approchait un peu et finissait par entourer le corps musclé du chasseur dans ses bras tout fin, posant sa joue sur la gorge de son compagnon, prit par surprise.

- Je suis content qu'on soit ensemble.

- Moi aussi gamin.

- Par contre, tu pues ! finit par s'exclamer le jeune en s'éloignant, cachant sa gêne derrière les rires.

- Parce que tu sens la putain de rose peut-être ? Y'a une rivière à quelques kilomètres, on peut aller par là et… on verra le reste sur place.

Tout aussi soulagé d'en avoir fini avec la séance émotion, ils prirent doucement la direction de leur planque ou ils avaient laissé, entre autre, leurs bicyclettes. Ils vidaient leurs sacs, jugeaient de l'utilité de chacun des objets qu'ils avaient emportés avant de repartir vers la forêt qu'ils avaient longée précédemment.

- Ce n'est pas très original, mais j'ai toujours eu envie d'aller à un parc d'attraction. Mon père trouvait que ça ne servait à rien de m'y amener tant que j'étais trop jeune pour m'en souvenir.

Le chasseur enregistrait l'information. Tout comme les diverses petites conversations qu'ils faisaient sur le chemin, restant tout de même sur ses gardes, plus que mal à l'aise à l'idée que certains de ces camarades aient survécus. Pas les plus dangereux, c'était déjà ça…

- Tu vas avoir des rides si tu continus à froncer les sourcils, lui fit remarquer Carl alors que Daryl prenait trop de temps à répondre à sa question.

Ses yeux étaient fuyants et en effet, son visage était sans doute tendu depuis quelques temps. Ils entendaient le bruit de l'eau plus loin qui étouffait légèrement le reste, l'endroit était rassurant, avec une bonne visibilité, quelques traces de baies et plantes toxiques dont les oiseaux raffolaient et pas un cadavre en vue. Malgré tout, Daryl ne pouvait pas se laisser prendre par surprise une deuxième fois.

- J'en ai déjà de toute façon.

- Vraiment ? Fait voir !

Sans en attendre l'autorisation, il se perchait sur bout des pieds, continuant à marcher de manière tout à fait ridicule, pour inspecter de plus près la peau de son front, les yeux plissés. Et son patient se prêtait au jeu, se baissant pour lui donner une meilleure vue. En regardant bien, il y avait en effet une petite ridule entre les sourcils du plus grand.

- Tu crois qu'ils vont nous suivre ?

- Ca dépend qui a survécu. Je ne crois pas qu'on sera leur priorité pour l'instant.

Ca faisait sens, mais ce n'était pas aussi rassurant qu'il ne l'aurait voulu. Ils avancèrent encore une quinzaine de minute avant de trouver l'eau, puis une demi-heure pour trouver un lieu adéquat. Une énorme bouche d'égout avait été creusée dans un flan de la rivière, les mettant à l'abri du vent, des regards indiscrets et au moyen de quelques mètres de cordes et pièges bien placés, ils seraient enfin en paix. Pour une fois, les épaules de Daryl s'abaissaient un peu alors qu'il posait ses affaires dans leur nouveau camp. Il réfléchissait déjà à la meilleure manière de faire quand il reçut quelques gouttes sur sa nuque. Dans son dos, encore habillé d'un t-shirt gris et d'un jean, Carl avait sauté la tête la première dans l'eau glacée, un grand sourire lui traversant le visage alors qu'il sentait enfin la sueur et la grasse se décoller.

Malgré les travaux qu'il restait pour faire de cet endroit un camp, il se laissait convaincre, attrapant une bouteille de gel douche sur le côté de son sac, Daryl s'approchait de la rivière à son tour. La froideur piquant ses jambes le faisait se sentir vivant, et petit à petit, la douleur dans ses membres endommagés par les coups s'embrumaient. A son tour, il sentait la saleté céder face au courant plus puissant qu'il n'y paraissait et quand l'eau passait au-dessus de ses hanches il eut besoin d'un instant avant de récupérer son équilibre.

- Y'a moins de courant ici, répondit Carl en le voyant en difficulté, tendant la main pour qu'il le rejoigne.

Les multiples rochers avaient créé une piscine naturelle où l'eau arrivait à leurs ventres, il suffisait de passer à travers quelques courants plus puissants mais en s'accrochant à la main tendue, Daryl se retrouvait dans ce petit endroit sécurisé. A quelques centimètres de lui, le garçon disparu un instant sous la surface avant de réapparaitre, éclaboussant partout autour de lui.

- Tiens, t'en as besoin.

- A son tour, il pliait les genoux et se retrouvait entièrement englouti. Sur son visage, le liquide était plus piquant qu'agréable mais il se forçait et en quelques secondes, le détestable contacte était devenu supportable.

- Ils t'ont bien amoché, remarqua Carl quand il fit surface, les yeux figé sur un filet de sang dans la rivière.

Dans sa masse de cheveux, l'un de ses plaies recommençait à saigner, les bleus couvrant de son ventre à son visage se révélait enfin, débarrassés de la poussière et il remarquait que sa cheville était plus douloureuse qu'au matin où déjà il grimaçait. Il avait plutôt bien donné le change mais il risquait des complications s'il continuait à faire semblant de rien.

- J'ai connus pire.

Retirant sa veste puis son t-shirt qu'il étendit sur un rocher à côté, il chopait la bouteille dans les mains savonneuse du gosse pour à son tour se décrasser en profondeur.

- Apparemment…

- Ouais, c'est y'a longtemps.

Les cicatrices dans son dos bleuissaient dans le froid. Il y avait à peine pensé en se déshabillant, non pas qu'il fut honteux de ces marques qui n'était évidemment pas de son fait. Il n'avait pas envie de raconter son histoire pour autant. Replongeant une nouvelle fois, le temps de se débarrasser de la mousse, il mettait fin à la petite pause en retournant vers la terre ferme enfiler ses vêtements de rechanges et faire un tour dans les environs, couteau en main, cherchant les dangers potentiels autant que de la nourriture ou des ressources.

Carl, à son tour, reprenait son sérieux pour commencer à s'occuper de l'intérieur en nettoyant rapidement le sol de ses détritus, en sortant l'une de leurs couvertures pour les isoler du sol ainsi que la nourriture qu'il avait récupéré. Par réflexe, il rangeait chaque boite en comptant combien de temps il pouvait tenir, dans le pire et le meilleur des cas. Le gamin jetait un regard circulaire sur l'endroit un peu miteux, qui sentait encore le poisson, mais où étrangement il commençait à se sentir bien.