16 mai 2012 - 10:45
Je savais que Bella serait triste d'avoir à quitter Alice pour rentrer à la maison. Je savais que ce serait difficile de dire au revoir. Elle avait été mélancolique tout le chemin du retour, ce qui est compréhensible. Nous devions affronter la réalité, nous ne pouvions simplement pas nous cacher à Chicago pour l'été. Nous devions finir les quelques jours restants d'école et nous devions parler à nos parents de l'autre vie.
Nous avons de gros problèmes qui nous attendent à Forks.
Mais il y en avait un que je n'avais pas du tout prévu…
Je ne savais pas que Charlie Swan nous attendrait à la limite de l'état prêt à m'engueuler comme un moins que rien.
Je ne savais pas qu'il nous arrêterait et me dirait de le suivre chez lui pour que nous puissions "discuter un peu".
Ouais… c'est juste arrivé.
Je suis toujours en vie, ce qui je suppose, est un bon signe. Mon cœur bat toujours. En quelque sorte. Il bat anormalement rapidement mais il bat.
Je suis assis sur une chaise dure à une table en acajou où Brightside dîne avec sa famille tous les soirs. Je salis encore le sol stratifié et propre des Swan avec mes baskets et j'essaie de ne pas remuer comme un petit garçon effrayé. Il y a un ficus dans chaque coin de cette salle à manger, donc tout sent le musc comme la terre humide et la chaux.
Je me demande si ça masque l'odeur de la peur qui exsude par mes pores.
Renée et Charlie Swan semblent tous les deux étrangement détendus assis en face de nous et cela ne m'aide pas du tout.
Ça commence à m'inquiéter.
Le chef Swan n'est pas d'humeur.
Il veut parler affaire, sa nouvelle moustache dit tout ce qu'i savoir. Il a coupé ses cheveux, et s'est débarrassé de sa barbe immonde. Il ressemble au Joe moyen et il ne plaisante pas.
Il sait déjà ce qu'il se passe - il sait que je connaissais tout juste sa fille avant que nous forniquions. C'est vraiment très simple, vraiment. Pour autant qu'il le sache j'ai embrassé Bella sur les marches de la terrasse la semaine dernière. Je sors avec elle depuis une semaine.
Nous n'avons pas fait un bébé pendant ces sept jours et c'est pourquoi à présent Charlie a son visage impassible de joueur de poker. La seule chose qui m'empêche d'avoir une attaque de panique est la petite assurance que la main de Bella dans la mienne me procure. Ça et aussi le fait que je peux voir l'étui de l'arme du Chef pendre près de la porte d'entrée. S'il va la chercher je pourrais facilement m'enfuir par la porte de derrière pendant ce temps.
Quel plan solide, Cullen.
Je ne sais pas vraiment ce que d'autres gars de mon âge diraient dans ce genre de situation.
Je suis désolé d'avoir mis votre fille enceinte ?
Non.
C'est encore quelque chose que j'ai encore mal à saisir. En un clignement d'œil ma vie entière a changé et il n'y a aucun putain de livre pour m'aider à comprendre ce que je dois faire. Ma vie n'est pas une série télévisée, cette merde est réelle et c'est en train d'arriver que je le veuille ou non. Est-ce aussi inhabituel qu'un adolescent prennent la responsabilité de ses actes ?
J'ai cherché sur internet.
Il existe une quantité limitée d'informations disponibles sur Internet concernant les pères adolescents sans parler de ceux qui envisagent l'adoption. Je comprends que c'est le choix de la femme - comme il se doit - mais je suppose que j'espérais trouver quelque chose comme Seize ans - vous avez mis votre petite-amie enceinte, pour les Nuls.
Bella est émue - bouleversée même. Elle ne sait pas quoi dire à ses parents et je n'ai absolument aucune idée de par où commencer.
J'envisage de faire le discours concernant les sourires et dire à Charlie que je suis tombé amoureux de sa fille au premier regard et lui promettre d'en faire une honnête femme mais… nous sommes en 2012. Charlie ne veut pas que j'épouse sa fille, il veut plutôt m'étrangler.
Il se penche en arrière dans sa chaise avec une expression impassible, regardant de Brightside à moi comme s'il essayait de savoir lequel d'entre nous commencer à interroger en premier.
Renée observe tout le monde et fait un petit sourire à sa fille pendant que Charlie prend une profonde inspiration.
Il regarde Bella et émet un soupir guttural.
"Tu es punie. A partir de maintenant, tu vas à l'école et tu rentres immédiatement à la maison." Il plante son doigt dans la table pour l'emphase, parlant avec ses mains tout comme son fils.
"Tu ne t'arrêtes nulle part en chemin. Tu ne parles pas à Heidi et tu n'essaies pas de quitter Forks à nouveau, Bella, parce que te promets que la prochaine fois je ne te rendrai pas les choses aussi faciles. Tu as seize ans. Est-ce que tu sais combien de fois ta mère m'a empêché de déclencher l'alerte Amber ? Ne refais plus jamais ça."
Bella opine lentement, gardant les yeux baissés.
"Je suis désolée, papa." Elle lève la tête suffisamment pour pouvoir regarder Renée. "Merci maman."
"Ne me remercie pas Bella." Renée secoue la tête avec véhémence. "C'est inacceptable. Est-ce que tu penses vraiment qu'on t'aurait laissé rester là-bas ? Promets-moi que tu ne feras plus jamais quelque chose comme ça. Nous avons été si inquiets."
"Je ne le ferai pas." Elle s'essuie les yeux, en gardant son regard fixé sur le sol. "Promis."
"Et toi." Charlie dirige son regard vers moi.
J'avale un petit cri.
"Je ne comprends pas ce qui est passé par la tête de ma fille de partir comme ça mais merci d'être allé la chercher. Je suis sûr que tu as probablement autant de problèmes que Bella en ce moment. Le fait que toi et mon fils ayez traversé le pays en voiture signifie beaucoup... mais ne recommencez pas."
Je sens ma mâchoire se décrocher.
Je suis tellement confus.
"C'était extrêmement imprudent. La prochaine fois que tu décideras de jouer au sauveur pour ma fille, prends un adulte avec toi."
Est-il sérieux ?
En me raclant la gorge, je me force à hocher la tête. "Euh..."
Il commence à se lever. "Et je ne peux pas croire ton audace..."
"Charlie." Renée place une main sur sa poitrine et le ramène sur sa chaise. "Chéri... Je pense que tu as dit ce qui devait être dit. Pourquoi ne pas laisser le garçon rentrer chez lui maintenant ?"
Charlie ouvre la bouche pour protester. "Oh, je n'ai même pas commencé..."
"Je garde le bébé !" dit Bella.
Charlie reste bouche bée et je sens mes yeux s'écarquiller tandis que mon cœur bat la chamade.
"Je veux dire... Je ne garde pas le bébé. Mais je ne vais pas avorter." Elle place sa main sur son ventre à nouveau. "Je ne peux pas faire ça, je ne peux pas le tuer."
Il observe sa fille pendant un instant, son regard s'adoucit.
"Oh, ma chérie." Renée tend la main de Bella à travers la table. "Nous ne te forcerons jamais à faire quelque chose comme ça. C'est une décision extrêmement difficile à prendre mais nous ne te ferions pas faire quelque chose que ton cœur ne pourrait pas supporter."
Charlie se déplace sur sa chaise. "Non, on ne ferait pas ça. Mais je dois te demander, gamine..." il se penche vers l'avant pour planter ses coudes sur la table, en frottant ses mains sur son visage. "Que diable penses-tu que tu vas faire, Bells ? Ce n'est pas un rhume, il ne disparaîtra pas tout seul. Je comprends que tu ne veuilles pas…"
J'attends qu'il continue.
"Je pense qu'ils parlent d'adoption, c'est ça ?" demande Renée, en regardant entre nous deux.
Je hoche la tête, encore trop effrayé pour parler. Quand je me rends compte que Bella est retournée dans sa coquille, je dégage ma gorge. "Nous avons parlé d'adoption..."
J'ai omis le "genre de" puisque nous n'avons pas vraiment poursuivi la discussion depuis l'autre nuit.
Rien n'est gravé dans la pierre. Il y a un bébé, une autre vie et nous voulons faire ce qui est le mieux pour cette vie. Alors de loin, l'adoption semble être une bonne idée mais nous ne savons pas vraiment ce qui est le mieux.
Renée fait un signe de tête prudent, m'envoyant un demi-sourire. "Ce n'est pas une décision à prendre à la légère." Sa voix devient un faible murmure lorsqu'elle se tourne vers Bella. "Nous ne te ferons pas choisir. C'est ton avenir... Mais je suis là, je t'aiderai dans tout ce que tu décideras de faire. Cela t'affectera pour le reste de ta..."
"Lui," le parleur, me pique avec son pouce en regardant sa femme, "n'est pas celui qui va subir les conséquences, Renée ! Il s'en fout…"
"Ce n'est pas vrai," affirme-t-elle en secouant la tête avec véhémence. "Regarde-le, Charlie." Elle fait un signe de tête dans ma direction, en le fixant du regard. "Penses-tu vraiment qu'il serait ici, avec notre fille, en ce moment s'il s'en fichait ?"
Charlie regarde entre Bella et Renée, sa bouche s'ouvrant et se fermant sans mot. Après un moment, il me regarde avec un regard déterminé. "Non."
"Il doit rentrer chez sa mère." Renée touche sa joue, en pinçant ses lèvres. "Elle est probablement malade d'inquiétude ..."
"Tout va bien." Je commence à protester mais je m'arrête quand je me rends compte que Renée a probablement raison - ma mère est morte d'inquiétude.
"Je vais le ramener à la maison." Charlie commence à se lever et je ravale un autre cri.
"Non, j'y vais," proteste Renée, en se levant de sa chaise. "C'est à cinq minutes de route, tu peux rester ici et parler avec ton fils de l'agression d'un mineur, dont la mère pourrait très bien faire porter plainte contre lui."
"Elle ne le fera pas." Je secoue la tête et je me lève de ma chaise. "Je vais rentrer chez moi à pied, ce n'est juste qu'à quelques kilomètres."
"Ne sois pas ridicule."
Je me sens un peu plus détendu à l'idée que Renée me reconduise chez moi. Je sais que Charlie ne me fera pas de mal.
En quelque sorte. Je suppose que j'ai la peur dans ma tête car il n'a pas eu de "petite discussion" avec moi, alors qu'il avait l'intention de le faire.
Je peux sympathiser avec lui. Je sais qu'il veut probablement me tuer - je voudrais me tuer. Sa fille a… seize ans, il me connaît à peine et j'ai à peu près ruiné sa vie... à ses yeux.
Je pense que si j'étais lui, je voudrais savoir si la personne responsable d'avoir potentiellement foutu en l'air l'avenir de sa fille était au moins assez décent pour la faire sourire et faire de son mieux pour le faire bien.
C'est le moins que je puisse faire.
Alors je repousse mes craintes irréalistes, je prends une grande respiration et je me force à regarder le chef dans les yeux. "Je vais être là pour Bella, quoi qu'il arrive. Je n'ai pas beaucoup d'argent mais je trouverai un moyen pour aider de toutes les manières possibles."
Renée me fait un petit sourire,
Charlie souffle,
Et...
Bella se lève de sa chaise pour aller vomir dans un des ficus de sa mère.
