" Aniki ! "

" Livaï ! "

" Fermez-là... " murmura d'une voix lasse et irritée le Caporal vautré nonchalamment dans son fauteuil de bureau, un verre à la main. Il ne portait pas son foulard blanc, sa chemise était négligemment semi-ouverte, les manches soigneusement repliées jusqu'aux coudes. Il se massait les tempes avec sa main libre, fronçant sévèrement ses fins sourcils, le regard mauvais et noir.

Livaï était à bout de nerfs... Cela faisait cinq jours depuis la mort d'Isabel et Farlan... Cinq nuits qu'il ne dormait pas... Cinq nuits que les images de leurs cadavres atrophiés dansaient macabrement dans sa tête... Cinq putain de nuits qu'il entendait leurs voix l'appeler, encore et encore...

Livaï glissa son regard sur son bureau où été posés deux bouts de tissu ensanglantés et brodés avec l'emblème des Ailes de la Liberté... C'était ceux provenant de la poche des vestes d'uniforme de Farlan et Isabel... Le lendemain matin suivant leurs morts, Livaï les avaient récupérés quand il était allé identifier les morceaux de cadavres de ses amis afin qu'ils soit enterrés "entièrement". Il y avait été seul, il ne voulait pas que Mikasa voit ça. Il n'avait pas pu la protéger de leur perte alors Livaï s'évertuait à l'empêcher de voir les corps sans vie de leurs amis. Il voulait lui épargner au moins ça, préserver la dernière image qu'elle avait d'eux...

Mikasa était... Étonnamment comme d'habitude. Toujours aussi calme, la plupart du temps silencieuse, toujours attentionnée. Elle s'assurait que Livaï mange suffisamment et à chaque repas, elle le réprimandait car elle pouvait voir à ses cernes qu'il ne fermait pas l'œil de la nuit. Il lui répondait alors que c'était qu'une question de temps avant que son sommeil revienne qu'il ne fallait pas s'en faire pour ça, il survivrait... Il survit toujours.

Cependant le besoin de dormir, se faisait atrocement ressentir... Il était vraiment fatigué et épuisé dans tout les sens du terme. Ces derniers jours, il avait été d'une humeur de chien, tellement qu'on pourrait presque aller jusqu'au terme de bâtard. Irrité et à fleur de peau, il ressentait tout plus fortement, les bruits étaient amplifiés, la lumière agressait ses rétines, les odeurs bonnes ou mauvaises lui piquaient le nez, il sentait même son cœur battre sans cesse douloureusement plus fort parfois il avait la sensation que de petites aiguilles transperçaient son cœur.

Le manque de sommeil commençait à engendrer des conséquences sur sa forme physique. Livaï s'était même, pour la première fois de sa vie, coupé la joue ce matin en se rasant car à cause de son insomnie, ses mains commençaient à trembler contre son gré... LUI qui excellait dans le maniement des lames et qui avait toujours su contrôler chacun de ses moindres muscles.

Ces dernières nuits, il avait même essayé la tisane de camomille, boisson qu'il snobait en temps normal car trop insipide à son goût. Sans résultat, il s'était alors tourné vers des boissons plus assommante comme le whisky, l'eau de vie et ce soir l'absinthe... Mais il tenait plutôt bien l'alcool pour son plus grand malheur.

Et actuellement, il venait même à se demander si l'alcool et le manque de sommeil ne le rendait pas juste moins raisonnable alors qu'il déambulait en plein milieu de la nuit dans les couloirs du château. Mais au fond il n'en n'avait plus rien à faire, ni envie de se poser plus de question, il voulait juste une chose, une solution pour dormir.

Livaï s'arrêta devant la porte du dortoir des filles, il l'ouvrit doucement et silencieusement. Sans une once d'hésitation et avec l'aide de la lumière tamisée de la lune qui éclairait la grande pièce, il se dirigea vers les lits superposés d'Isabel et Mikasa. Le lit de cette dernière était fait et vide alors il grimpa un peu sur l'échelle, il trouva Mikasa endormie dans le lit d'Isabel. Il gravit un peu plus l'échelle, le bois craqua légèrement sous son poids. Ce bruit réveilla doucement Petra qui se releva un peu en se frottant les yeux, quand sa vision s'éclaircie, elle plissa les yeux afin d'identifier la silhouette de l'intrus. Quand elle eut reconnut son supérieur, elle eut une expression surprise. " C-Caporal ? "

Ce dernier l'ignora simplement tellement qu'il était embrumé et concentré, il n'était peut-être même pas en état de réellement se rendre compte combien son action et sa présence étaient déplacées... Ou bien il était tellement à bout qu'il n'en avait plus rien à faire... Alors sans répondre et sans tourner son regard renfrogné, il s'affaira à sortir une Mikasa à présent presque à moitié réveillée du lit d'Isabel. Il plaça les bras de la jeune Ackerman autour de son cou tandis qu'il passa son bras derrière les genoux de la jeune fille. Quand elle ne se sentit pas assez soutenue et dans le vide, Mikasa serra ses bras et posa sa tête sur l'épaule de Livaï pendant qu'il descendit de l'échelle et sortit du dortoir avec elle dans les bras sous le regard d'incompréhension et papillonnant rapidement de surprise de Petra. Son supérieur venait-il vraiment d'entrer dans leur dortoir en plein milieu de la nuit comme s'il était rentré dans la cuisine, pour prendre Mikasa comme ça sans aucune explication ?!

Livaï marchait silencieusement dans les couloirs reprenant le chemin de ses appartements. Il sentit bouger la tête de Mikasa posée contre son épaule. " Tu pues l'alcool. " dit-elle simplement d'une voix encore empreinte de sommeil, sans ouvrir ses yeux. Il ne répondit rien et ouvrit la porte de son bureau, il alla dans sa chambre et déposa la jeune fille sur son lit. Mikasa à présent un peu plus réveillée, le regarda interrogativement alors que lui la fixa d'un air absent et épuisé. " Je n'arrive pas à dormir. " Il se massa la nuque en fronçant les sourcils, contrarié. " Peut-être que tu pourrais faire ce truc avec ton pouls. "

Mikasa le dévisagea, ses yeux scrutèrent les cernes noires et profondes, le blanc de ses yeux qui avait rougit, son teint terreux... Il était dans un état lamentable... Sans hésitation, elle lui tendit lentement son bras gauche. C'est ce qu'elle lui avait dit de faire quand il était surmené par ses cauchemars macabres, il devait se raccrocher à un signe de vie.

Livaï glissa son regard sur l'intérieur du poignet qu'elle lui présentait, il posa son index et son majeur pour sentir le pouls tout en s'asseyant sur le bord du lit et s'adossant contre la tête de lit. Il ferma les yeux, se concentra sur le battement de vie qui tapait contre ses doigts en un petit rythme régulier. Sous ses paupières pourtant closes, il eut quelques flash de la tête décapitée d'Isabel et entendit sa voix l'appelant joyeusement Aniki comme elle avait l'habitude de le faire, il revit les yeux sans vie et la moitié du corps de Farlan alors que dans sa tête résonnait les taquineries de son ami... Livaï serra le poignet un peu plus... Il pouvait sentir le battement taper plus fort contre ses doigts, il essaya de se concentrer uniquement sur cette sensation, de ne penser à rien d'autre, de faire le vide.

Mais en vain, les cadavres de ses deux amis vinrent s'imposer dans son esprit, ce dernier d'ailleurs attribua à l'image de la tête à l'expression horrifiée d'Isabel, un cri féminin de détresse à faire froid dans le dos... Puis dans le brouillard du souvenir de la scène, Livaï distingua une masse sombre et informe. Il s'approcha. C'était un lit dans lequel reposait Kuchel, sa mère amaigrie, au teint grisonnant, la peau sur les os, les lèvres retroussées dévoilant sa dentition. Il pouvait même sentir l'odeur du corps à la putréfaction avancée...

Il ouvra ses yeux, le regard douloureux et défaitiste. Il serra avec force et frustration le poignet de Mikasa, cette dernière réprima une petite plainte en serrant fermement ses lèvres . " Ce n'est pas suffisant... " pensa-il en regardant le poignet dans sa main, puis bizarrement il visualisa l'artère. Ses yeux gris suivirent alors le vaisseau sanguin, remontant le long du bras puis passant sous la clavicule avant de redescendre au niveau de la poitrine là où se trouvait le cœur, qu'il imaginait battre avec force. Sans un mot, Livaï posa sa tête sur la poitrine de Mikasa. Avec une expression concentrée, il bougea un peu pour caler son oreille afin d'entendre le son qu'il recherchait.

Et là, il l'entendit... Il battait vite et intensément. Ce son résonnait comme une mélodie à ses oreilles, celle de la vie. Livaï soupira de soulagement et passa ses bras sous le corps de Mikasa afin de renforcer sa prise. La jeune soldate surprise et gênée n'osa pas bouger ni dire quoi que ce soit. Elle regarda avec compassion le visage de Livaï, ses yeux clos, mais ses sourcils toujours froncés. Elle l'enlaça doucement puis elle posa l'une de ses mains sur le haut de la tête de Livaï en caressant tendrement ses cheveux longs puis ceux rasés. Au bout d'un petit moment, elle vit les sourcils du Caporal se défroncer, elle sentit qu'il la serra un tout petit peu plus, elle fit de même avant de s'autoriser à son tour à fermer les yeux.

Livaï se réveilla environ 4 heures plus tard, il se redressa et s'assit en se massant l'intérieur de ses yeux. Il n'avait pas trop mal dormit. Son sommeil n'avait pas été troublé par ses souvenirs morbides mais il ne ressentait pas totalement le sentiment de sérénité que l'on peut avoir après une bonne nuit reposante et paisible. Le bruit de froissement de drap lui fit tourner son regard sur Mikasa qui, toujours endormie, s'emmitoufla un peu plus dans les draps sûrement pour compenser la perte de la chaleur corporelle de Livaï.

Il se pencha un peu au dessus d'elle et l'observa. Comment faisait-elle ? Même s'il ne lui souhaitait pas de subir des insomnies infernales comme les siennes... Une petite partie de lui la jalousait, l'enviait... Mais une autre partie de lui était... Fascinée...

Il déglutit doucement en scrutant attentivement son visage paisible et endormi, d'un geste un peu incertain il écarta une mèche de cheveux ébènes. Il effleura du dos de ses doigts la peau jeune et douce de sa joue, il détailla de ses yeux perçants chaque trait du visage de Mikasa puis ses lèvres légèrement entrouvertes. Il fit glisser sa main et se saisit doucement du menton de la jeune fille. Il se pencha encore un peu plus en regardant les paupières toujours closes et ornées de longs et épais cils noirs. Il était si proche qu'il pouvait sentir le petit souffle de Mikasa contre ses lèvres. Il devait ne rester qu'un infime centimètre entre eux, entre leurs lèvres...

Livaï se redressa vivement et ferma les yeux en soupirant. " Qu'est ce que je suis en train de foutre ?! " pensa-il en plaquant ses cheveux en arrière. Il se leva et fouilla dans l'armoire, il en sortit une petite couverture soigneusement pliée, avec laquelle il recouvrit négligemment la jeune fille toujours paisiblement endormie. Puis il sortit de la chambre en refermant doucement la porte en lançant un dernier regard à la silhouette sous les draps.

Le Caporal regarda l'horloge de son bureau, elle affichait 4h20. Il remit un morceau de bois dans le poêle qui n'était pas encore totalement éteint et mit à chauffer un peu d'eau, pendant que cette dernière chauffait, il mit quelques feuilles de thé dans le filtre de sa théière. Livaï posa alors son regard sur les deux bouts de tissu ensanglantés trônant sur son bureau, il s'en saisit et après plusieurs secondes d'hésitation et de réflexion, il les plaça dans le tiroir de son bureau qu'il referma lentement.

Mikasa se réveilla à peu prés une heure plus tard, elle se redressa un peu et scruta la chambre qui n'était pas la sienne en se remémorant rapidement les événements de cette nuit. Elle ne fut cependant pas surprise de se réveiller seule dans le lit. Doucement, elle posa ses pieds sur le parquet froid, elle mit par dessus ses épaules la couverture et se leva. Elle ouvrit doucement la porte et se posa contre l'encadrement. Elle observa silencieusement Livaï en train de faire le ménage. Au bout d'une minute, le Caporal qui se sentait observé se retourna et prit connaissance de la présence de Mikasa. Il enleva le foulard devant son nez. " J'ai fait trop de bruit ? Désolé. "

Mikasa hocha négativement de la tête. " Non. Je n'ai rien entendu. " Ils se regardèrent silencieusement alors que Mikasa se pinça les lèvres. " Tu sais... Tu as l'air... comique avec cet accoutrement. " dit-elle d'une voix pourtant lasse en le voyant avec un foulard sur sa tête et un autre à présent autour de son cou. Il ne lui répondit seulement qu'avec un de ses fameux claquement de langue tandis qu'elle alla s'installer paresseusement sur le canapé à côté du poêle à bois en s'enroulant dans la couverture.

Livaï enleva ses foulards et s'approcha de son bureau, il posa sa main contre la théière en fonte blanche, il constata qu'elle était toujours chaude. Il versa alors le thé dans deux tasses et en tendit une à Mikasa qui le remercia en attrapant la tasse avec sa main gauche. C'est à ce moment là qu'il la vit... La marque violacée ornant son poignet. Il regarda, songeur, l'ecchymose qu'il lui avait faite sans le vouloir. Mikasa dût le remarquer car elle remonta aussitôt la manche de sa chemise de nuit pour cacher la marque. Elle ne voulait pas qu'il culpabilise, il était assez tourmenté et torturé en ce moment.

Sans un mot, Livaï recula pour s'appuyer contre son bureau et porta son regard contrarié dans le liquide ambré tournoyant dans sa tasse. " Je... pense aller voir Hansi, tout à l'heure. Je lui demanderai de me refiler un peu de la drogue dont Erwin s'est servit pour te capturer. Ça devrait pouvoir m'aider à dormir si j'en ai besoin. "

Mikasa fronça les sourcils en le regardant. " Oui, elle est assez efficace j'en conviens... Mais elle rend aussi malade. Tu as oublié le nombre de fois que j'ai dû faire arrêter le convoi pour vomir ? "

Livaï grimaça de dégoût. Non, non, il n'avait pas oublié... Il se souvenait encore des sons de plus en plus écœurants et ragoutants à chaque nouvel arrêt... Il ne savait pas comment Farlan n'avait pas pu être rebuté par l'odeur (qu'il imaginait atroce) et sans lui aussi vider le contenu de son estomac pendant qu'il retenait les cheveux de Mikasa qui vomissait ses tripes. " Quelle autre option j'ai alors ? " Ce n'était pas une question. Livaï se doutait qu'avec la perte récente de ces deux amis, son insomnie allait empirer.

Ils restèrent tous deux silencieux une petite minute avant que Mikasa reprenne la parole avec une petite voix hésitante. " Je peux venir ici... Si tu le veux... Si tu en as besoin... " Elle se pinça les lèvres en regardant timidement Livaï du coin de l'œil. Ce dernier s'était figé et regardait la jeune fille avec des yeux légèrement écarquillés. " Ça ne me dérange pas de toute manière. " Elle détourna le regard et s'entoura un peu plus de la couverture. " Le dortoir est devenu plutôt froid ces derniers jours. " ajouta-elle d'une voix aussi évasive que son regard.

" Mikasa... Je ne suis pas... Isabel. " dit-il d'une voix hésitante en comprenant qu'elle proposait d'emménager dans ses appartements et peut-être même de dormir ensemble ?. " Tu ne peux pas proposer ce genre de chose à un hom-"

" Je sais ! " l'interrompit brusquement Mikasa en le regardant dans les yeux. Elle se leva et se mit devant lui en prenant une voix plus douce. " Mais je te fais confiance... Je sais que je ne risque rien avec toi. "

Livaï la regarda avec surprise, il se remémora ce qu'il avait faillit faire un peu plus tôt ce matin... Et l'entendre lui dire qu'elle pensait ne rien risquer avec lui, remua un peu plus le couteau dans la plaie. Mais en même temps cela lui donna un peu de baume au cœur. L'entendre dire qu'elle lui faisait confiance, lui donnait également la volonté de ne pas merder et perdre ça. Et puis il devrait se l'avouer, il dormait imperceptiblement mieux quand la soldate était proche, il appréciait sa présence. Même plus, il avait envie d'autres étreintes comme celle de cette nuit...

Le Caporal déglutit à ses pensées et en regardant les yeux noirs qui le fixaient sans crainte et avec assurance. Il reprit son air habituel avant de regarder le contenu de sa tasse redevenu si intéressant. " De toute manière je dors jamais dans mon lit, normalement je dors dans le fauteuil ou sur le canapé alors fais comme tu veux. "

Mikasa acquiesça silencieusement, elle posa sa tasse de thé vide sur le bureau. Elle regarda la pendule afficher 5h42. " Je vais retourner à mon dortoir pour me doucher et m'habiller avant de descendre au réfectoire. " Elle plia la couverture qu'elle posa sur le canapé et se dirigea vers la porte.

" Attends. " Elle s'arrêta et se retourna vers Livaï. " Tu ne peux pas sortir et déambuler dans cette tenue. " Mikasa se regarda dans sa petite robe de nuit et se couvrit un peu avec ses bras tandis que Livaï alla rapidement chercher son long manteau vert kaki dans l'armoire de sa chambre. Il le tendit alors à la jeune soldate. " Tiens, enfiles ça. "

Mikasa prit le long trench et l'enfila. " Merci. Je te le laverai avant de te le rendre. "

" Pas besoin. "

La jeune fille se figea et le regarda d'un air suspicieux. " T'es sur que ça va ? " En voyant Livaï la regarder sans comprendre où elle voulait en venir, elle ajouta " Ça ne te fait rien que je ne laves pas un vêtement qui a été porté... Ça ne te ressemble pas. "

Livaï claqua sa langue contre son palais en prenant air renfrogné. " C'est un manteau qui va être au mieux porté quelques minutes. Faut pas exagérer non plus. "

Mikasa haussa finalement les épaules en nouant la ceinture du trench et partit rejoindre son dortoir. Après son départ, Livaï entreprit de finir son ménage, faire la vaisselle et son lit. Puis il alla prendre une douche rapide et revêtit un uniforme propre avant de descendre prendre son petit déjeuner.

Mikasa eut rapidement regagné son dortoir, quand elle entra, elle constata que la plupart de ses camarades était encore endormies tandis que quelques unes se réveillaient doucement ou préparaient leurs affaires ou refaisaient leur lit au carré. La jeune Ackerman se dirigea vers son lit en enlevant le trench kaki qu'elle plia soigneusement avant de le déposer sur son lit. Elle s'agenouilla et ouvrit le tiroir sous son lit.

" Mikasa ? " appela gentiment Petra. L'interpellée tourna la tête vers la petite soldate rousse qui s'était avancée vers elle. " Tout va bien ? "

" Oui. " répondit Mikasa en sortant un uniforme propre et une serviette. " Pourquoi ? "

Petra se gratta l'arrière de la tête avec un air gêné. " Beh, le Caporal est venu te chercher en pleine nuit et... "

" Il t'a réveillée ? Désolée. " demanda Mikasa en refermant le tiroir puis se releva avec ses affaires.

Petra agita les mains pour protester. " Ce n'est pas grave ça. C'est juste... Qu'il ne semblait pas être dans son assiette... " Expliqua-elle en se souvenant de l'expression de son supérieur. Il avait l'air tellement épuisé et soucieux. Il avait vraiment une tête à faire peur, ses yeux étaient si gonflés et petits que quand il ne lui avait pas répondu, Petra s'était même demandé s'il n'était pas somnambule.

" Oui, il a quelques soucis de sommeil. Mais ne t'inquiète pas, il ne reviendra plus comme ça. " Mikasa, suivit de Petra, ouvrit la porte et sortit afin de se rendre aux douches. " D'ailleurs Petra... Si tu pouvais garder ça pour toi... La dernière chose dont Livaï aurait besoin en ce moment c'est d'être convoqué par le Major car il est entré en pleine nuit dans notre dortoir. "

" Oui bien sûr ! Comptes sur moi ! " Répondit Petra en souriant gentiment.

Mikasa la remercia simplement, elles se rendirent alors ensemble aux douches. Petra faisait la conversation naturellement tandis que Mikasa se contentait de lui répondre par quelques signes de tête ou par des réponses courtes comme elle avait l'habitude de faire.

La journée se déroula normalement et paisiblement dans une routine bien connue de tous depuis leur entrée dans le Bataillon. Le soir venu après le dîner, Mikasa et Livaï se rendirent dans les appartements de ce dernier. Depuis le décès de leurs amis, les deux noirauds ne se rendaient plus dans la salle de détente comme ils avaient l'habitude de le faire avant. Ils n'y voyaient à présent plus l'intérêt, Livaï pouvait boire son thé dans son bureau tandis que Mikasa n'aspirait plus à jouer du piano et chanter... Alors ils venaient boire un thé pour le Caporal et une tisane à la camomille pour la soldate. Ils sirotaient leurs boissons respectives silencieusement profitant de la douce chaleur émise par le poêle à bois.

Après qu'ils eurent tous deux finit leurs tasses, dans une ambiance gênée et maladroite d'abord, Mikasa décida de rester dormir. Afin de lui éviter de retourner à son dortoir pour récupérer sa chemise de nuit, Livaï lui refila un de ses tee-shirts à manches longues et un short de sport. Si le tee-shirt lui était presque trop grand, le short à l'inverse lui était presque trop petit. Même s'ils avaient tous deux un gabarit presque similaire, ils n'étaient pas du même sexe. En tant qu'homme, Livaï avait des épaules plus large et un bassin étroit. Mikasa en tant que femme avait une carrure plus fine mais plus de hanches et de fesses. Une fois changée, Mikasa retourna dans le bureau afin de récupérer la couverture sur le canapé. Livaï, assis derrière son bureau, la regarda de bas en haut dans son nouvel accoutrement. " Ça te va ? "

" Oui merci. Ça fera bien l'affaire pour une nuit. " répondit-elle en mettant la couverture sur son avant-bras.

" Tu devrais ramener tes affaires ici. Je ferais de la place dans l'armoire. " dit-il nonchalamment en prenant une gorgée du thé qu'il s'était resservit pendant qu'elle était partie se changer.

Mikasa acquiesça en se retournant vers lui. " Je m'en occuperais demain. " Elle se dirigea alors vers la chambre. " Bonne nuit. " ajouta-elle en fermant la porte de la chambre.

Livaï regarda brièvement la porte fermée, il prit une nouvelle gorgée de thé puis reposa sa tasse blanche sans anse sur sa soucoupe en bois. Il reporta alors son attention sur le livre ouvert devant lui, il se saisit d'un stylo plume et commença à recopier avec application le texte sur une feuille blanche. Cela n'avait aucune utilité si ce n'est l'aider à se détendre et lui permettre de travailler sur sa calligraphie pourtant déjà bien soignée. Le Caporal avait à cœur que son style d'écriture ne puisse pas trahir ses origines des bas-fonds ainsi que son manque d'éducation "scolaire" que Farlan lui avait aidé à palier. C'était peut-être aussi pour ça que depuis son entrée dans le Bataillon d'exploration, il abordait un style vestimentaire plus soigné et sophistiqué avec l'aide de chemises grises bien cintrées ainsi qu'un foulard blanc noué autour du cou.

Aux environs de deux heures du matin, Livaï entra silencieusement dans la chambre, il s'approcha du lit et observa simplement. Il était venu un peu perdu sans vraiment savoir ce qu'il voulait vraiment. Mikasa ouvrit les yeux quand elle entendit le parquet craquer sous les bottes du Caporal, elle le regarda silencieusement. Puis elle se décala pour lui laisser de la place et comme pour l'inviter à se mettre derrière elle.

Avec hésitation, Livaï vint s'asseoir et enleva ses bottes, il s'allongea par dessus les draps. En voyant Mikasa remonter la couverture sur elle, sûrement parce qu'en grande frileuse qu'elle était elle devait avoir un peu froid, il se tourna vers elle et mit maladroitement son bras par dessus elle. La jeune fille lui tira un peu le bras pour le rapprocher tandis qu'elle prit entre ses deux mains froides et douces celle chaude et rude. Elle passa l'une de ses mains sur le bras du Caporal, sentant le tissu chemise sous ses doigts, évidemment il n'avait même pas pris la peine de se changer. Il ne considérait pas dormir comme un événement important. Alors pour lui, qui ne dormait que très peu, il était futile de se changer pour ça. Ils s'endormirent finalement quelques minutes plus tard une fois la gêne passée pour laisser place au sentiment de plénitude que leur procurait cette étreinte.

Et comme la veille, Livaï se réveilla tôt et fit son ménage pour s'occuper en attendant. Mikasa se réveilla un peu plus tard, regagna son dortoir dans son uniforme de la veille avant d'aller prendre une douche et se changer. La journée se déroula dans la même routine habituelle, si ce n'est que le soir Mikasa ramena le peu d'affaires qu'elle avait. Comme annoncé, Livaï lui avait fait de la place dans l'armoire de la chambre. Et après le thé et la tisane du soir, la jeune fille alla se coucher puis fut rejoint par Livaï après quelques feuilles blanches remplies par des textes recopiés avec une écriture soignée. Cette routine se reproduisit les jours suivants, devenant de plus en plus naturelle et rapidement acquise. Il n'y avait même plus de gêne ni de maladresse dans leur étreinte du soir. Évidemment le départ de Mikasa du dortoir des filles ne fut pas passé inaperçu mais personne n'osa dire quoi que ce soit étant donné à qui ils auraient à faire mais également en vue de la situation. Les deux noirauds venaient de perdre deux êtres chers et malgré leurs expressions impassibles, tout le monde pouvait voir à quel point ça les avaient affectés... En particulier le Caporal-Chef.

Puis un soir après le dîner, Mikasa rentra avec deux gros baluchons dans le bureau de Livaï. Elle les déposa simplement à côté de la porte d'entrée. " C'est quoi ça ? " demanda le Caporal en la suivant du regard tandis qu'elle se rendit comme si de rien dans la chambre en refermant la porte derrière elle.

" Des affaires... " Répondit-elle à travers la cloison de bois fermée derrière laquelle elle se changeait pour aller dormir. Elle marqua une petite pause et prit une voix plus assurée. " C'est Petra et Gunther qui me les ont donnés. "

Livaï fronça ses sourcils en regardant la porte de la chambre, ne comprenant pas ce qu'elle lui expliquait. Il se leva et se dirigea vers les deux baluchons, il ouvrit le premier et se figea. Il fouilla dedans et en sortit une petite tunique orange, c'était les vêtements d'Isabel... Avec hésitation, il ouvrit le second sac contenant les affaires de Farlan, il en sortit un petit livre de cuisine. Il resta contemplatif un petit moment avant de remettre doucement le livre dans le sac qu'il referma. Il attrapa les deux baluchons et les mit délicatement au fond de son placard d'entrée, il recula de quelques pas en regardant la porte du placard comme s'il voyait à travers. Puis il revint derrière son bureau et se remit à recopier le texte d'un roman. Il vida sa tasse de thé en jetant un long coup d'œil à la porte de son placard d'entrée. Il sortit alors une bouteille de whisky d'un des tiroirs de son bureau et remplit sa tasse avec le liquide ambré qu'il vida cul-sec avant de la remplir à nouveau... Se trouvant pathétique, il s'arrêta au troisième verre qu'il sirota lentement en continuant d'écrire.

Plus d'une heure plus tard, son regard vagua à nouveau vers son placard, son esprit repartit alors dans les souvenirs de cette tragique expédition... Il appuya si fortement son stylo contre la feuille qu'il en brisa la plume, l'encre bleue imprégna le papier en une grosse tâche difforme. " Tch. " Voyant le carnage qu'il avait fait sur sa copie, il prit la feuille et le stylo plume et les jeta sans ménagement dans la corbeille. Livaï s'adossa contre son fauteuil en se massant les paupières, essayant ainsi d'effacer les images macabres qui semblaient être gravées dedans...

Sans succès, il se leva et entra dans la chambre. Il enleva ses bottes tout en fixant le dos de Mikasa dans son lit. Le Caporal monta sur le lit, il réveilla sans vraiment le vouloir la jeune fille en voulant la mettre sur le dos afin de pouvoir mettre son oreille contre le cœur qui battait toujours.

Mikasa le regarda avec des yeux encore empreints de sommeil, Livaï la surplombait, elle vit alors ses yeux gris s'ancrer dans les siens. Ils se regardèrent intensément un moment en silence avant que Livaï pose tendrement une main sur sa joue, caressant de son pouce la pommette de la jeune femme. Elle posa sa propre main par dessus la sienne et appuya un peu plus son visage contre la paume chaude de Livaï, ce dernier se baissa tout en maintenant le contact visuel. Ils se regardaient toujours les yeux dans les yeux quand leurs lèvres se touchèrent timidement avant de s'éloigner un petit peu.

Il y eu un petit moment de flottement comme la sensation légère d'une bulle de savon planant dans les airs. Puis vint la tension et l'attraction, la même énergie que deux aimants s'attirant mutuellement. Leurs bouches rentrèrent à nouveau en contact plus fermement et cette fois-ci ils fermèrent les yeux. Quand Mikasa posa une main sur la nuque de Livaï, ils entrouvrirent leurs lèvres et leurs langues commencèrent une danse instinctive et langoureuse. Le Caporal déposa alors tout son poids sur la soldate tandis que cette dernière fit glisser sa main, qui était sur celle de Livaï, sur la nuque de ce dernier. Ils rompirent le baiser, leur respiration saccadée, se regardant profondément les yeux dans les yeux.

Rapidement, sans laisser plus de temps pour reprendre leur souffle, Livaï revint plaquer ses lèvres contre les siennes, approfondissant encore un peu plus le baiser... Il tenait fermement et désespérément la joue de Mikasa, il voulait plonger à corps perdu dans la sensation enivrante et le bien-être que lui procurait ce baiser. Son autre main parcourra l'épaule de Mikasa puis il la fit glisser le long de ses côtes, de sa hanche puis de sa cuisse qu'il agrippa si fermement que cela provoqua un gémissement étouffé de la part de la jeune fille. Avec l'aide de sa prise, il écarta la cuisse de Mikasa afin de se caler entre ses jambes, appuyant son corps un peu plus contre le sien.

La main de Livaï entreprit alors de faire remonter la chemise de nuit le long de la cuisse de la jeune femme. En le sentant faire, Mikasa stoppa la progression en posant sa main sur la sienne, étonnement elle le sentit insister alors elle rompit le baiser en posant une main sur son torse pour l'éloigner un peu. " Attends Livaï ! Je ne- " elle se stoppa quand elle vit son expression... Elle était douloureuse et désespérée.

Livaï écarta la main de la jeune fille sur son torse en la prenant dans la sienne. Il posa son front contre le sien. " Je veux juste me sentir bien... " murmura-il en fermant les yeux " S'il te plaît Mikasa... Fais moi à me sentir bien... " continua il de murmurer suppliant. Il était mal et cela se voyait... Elle voulait l'aider à se sentir mieux même si cela voulait dire de cette façon... Alors... Elle retira sa main qui retenait celle de Livaï sur sa cuisse, elle laissa son corps tout entier se reposer contre le matelas.

Quand Livaï sentit la main de Mikasa se retirer de la sienne, il comprit que c'était le signe implicite qu'elle le laissait faire... Il l'embrassa tendrement en serrant la petite main qu'il tenait encore, quand il se recula un peu et qu'il regarda dans ses yeux noirs, il se figea. Il pouvait y voir, malgré ses prunelles sans éclat, une petite pointe de déception et de crainte...

Il réalisa brutalement alors ce qu'il lui demandait... Qu'est ce qui lui était passé par la tête ?... L'aider à se sentir bien de cette façon... À elle qui avait été vendue à un bordel afin qu'elle rende les hommes "heureux"... Et pourtant Mikasa le laisserait faire, peu importe ce qu'elle ressentait ou ce qu'elle souhaitait... Parce qu'elle était comme ça, elle faisait toujours passer le bien-être de ceux qui comptait pour elle avant le sien, quitte à se sacrifier.

Livaï se laissa tomber, il enfouit sa tête dans le cou de Mikasa et enleva la main de sa cuisse. " Je suis désolé... Je suis désolé... " Il était désolé de n'avoir rien pu faire pour sa mère, désolé de ne pas avoir pu sauver Isabel et Farlan, désolé d'avoir eu ce moment de faiblesse, désolé de ce qu'il avait demandé à Mikasa en ne pensant égoïstement qu'à lui sans avoir réfléchit préalablement à ce qu'elle pourrait ressentir...

Mikasa resta impassible sans bouger ni parler jusqu'à ce qu'elle sente une larme coulée sur son cou... Il était vraiment mal et le voir comme ça était aussi douloureux pour elle... Il comptait trop pour qu'elle puisse lui en vouloir pour un moment de faiblesse et de désespoir. Tout ce qu'elle voulait c'était être à ses côtés, être là pour lui, pour le soutenir. Alors elle l'enlaça, elle caressa d'une main ses cheveux longs puis rasés. " Ça va aller. " Elle sentit Livaï l'enlacer fermement à son tour. " Ça va aller. " répéta-elle en fermant les yeux et en resserrant son emprise.

Livaï se réveilla quelques heures plus tard, se rappelant rapidement des événements et de son comportement de cette nuit, il eut une sensation désagréable qui commença à se former dans le creux de son ventre. Il se redressa un peu, il sentit la culpabilité s'insinuer encore plus à la vision de Mikasa toujours en dessous de lui. Il se leva alors soucieux de sortir de la chambre au plus vite et sans un regard pour la personne endormie.

Il referma doucement la porte de la chambre, il resta plusieurs secondes la main sur la poignée, ressassant les événements. Il se dégoûtait... Il exécrait les hommes répugnants qui venaient « voir » sa mère... Et pourtant, cette nuit il avait voulu et failli faire la même chose avec Mikasa... Livaï leva alors les yeux sur son bureau, il y vit la tasse de thé vide et la bouteille de whisky. Il n'avait même pas prit la peine de ranger hier soir.

Poussé par la tentation et la culpabilité qu'il ressentait, il s'avança déterminé vers son bureau et se servit une tasse du liquide ambré. Livaï vint se poster devant la fenêtre, il vit son propre reflet dans la vitre tenant une tasse d'alcool juste devant ses lèvres tandis que le soleil commençait timidement à se lever...

" Pathétique... " cracha-il à la vision de son propre reflet. Et pourtant, malgré et peut-être même à cause de sa réflexion, il porta la tasse à ses lèvres.

" Je ne te le fais pas dire. " interrompu dans son geste, Livaï tourna sa tête vers la porte de la chambre pour y voir Mikasa, les bras croisés, les sourcils froncés et un air durement réprobateur. Il l'a regarda sans piper un mot ni esquisser le moindre mouvement quand elle s'avança et se mit devant lui. Mikasa lui enleva sèchement la tasse des mains pour la poser sur le bord de la fenêtre. Elle le regarda sévèrement et commença à le réprimander. " Ça suffit maintenant. Je sais et je comprends que ce n'est pas facile pour toi en ce moment. Mais tu dois arrêter de t'auto-torturer. Ce n'est pas comme ça que tu te sentiras mieux. Cela doit prendre fin, maintenant. Tu en es capable et tu vaux mieux que ça. "

" Comment tu peux dire ça ? Surtout après ce que j'ai faillit te faire... " Livaï regarda son interlocutrice avec une sincère incompréhension. Á ses yeux, il était impardonnable et une cause perdue brisant tout ce qu'il touchait, tout ce qu'il chérissait. Il ne méritait ni compassion ni soutien surtout venant de la personne à laquelle il tenait énormément mais qu'il avait blessée dans tout les sens du terme.

Livaï fronça sévèrement ses fins sourcils et prit une voix glaciale. " Tu devrais repartir dans ton dortoir. " Il commença à partir, mais Mikasa l'agrippa fermement par le col de sa chemise et le replaça devant elle, voire même plus près encore.

Elle planta ses yeux dans les siens et parla d'une voix presque agressive. " Je n'irais nul part. Et je ne compte pas te laisser sombrer. Je ne le permettrai pas. " Elle desserra un peu sa prise en se rapprochant et en baissant un peu les yeux tout en prenant une voix plus douce. " Pour ce qui s'est passé cette nuit... Ce que tu m'as demandé... Je te l'aurai accordé même si je n'étais pas prête... Parce que je voulais que te sente mieux. Alors tu aurais pu... " Mikasa releva son regard et l'adoucit. " Mais tu ne l'a pas fait... Et ça, ça signifie plus pour moi que tout le reste... "

Livaï la regarda avec une expression légèrement surprise, elle se tenait là devant lui dans le halo des rayons du soleil qui se levait doucement, plus belle que jamais avec sa petite chemise de nuit blanche ample, ses cheveux ébènes un peu ébouriffés, ses yeux sombres le regardant avec douceur et reconnaissance. Mais plus que cette vision, il y avait ses mots... Ceux qui disait qu'elle ne le laisserait pas, qu'elle serait là pour lui... Il avait déjà conscience de la dévotion sans limite qu'elle faisait preuve envers lui, mais ses mots et ses actions étaient toujours une source de chaleur agréable se répandant en lui... Il n'était pas seul, il ne l'avait jamais été... Il y avait eu sa mère puis Kenny, Farlan et Isabel. Ils n'étaient plus, ils les avaient tous perdu dramatiquement... Mais il n'était toujours pas seul, elle était là, elle serait toujours là. Elle semblait déterminée à le rester et même à le tirer vers le haut.

Les traits du Caporal se détendirent, ses lèvres s'étirèrent timidement. Il regarda Mikasa avec tendresse et posa sa main sur la joue de la jeune fille. " Merci Mikasa. Pour tout. "

Sans rompre le contact, Mikasa embrassa l'intérieur de la paume de Livaï puis elle appuya un peu plus sa joue dans la main si chaleureuse, elle ferma les yeux un instant afin de profiter un peu plus du contact.

Quand elle les réouvrit et que son regard accrocha celui de Livaï, elle s'avança et posa ses lèvres sur les siennes tendrement. Il glissa sa paume sur son cou, ses doigts sur sa nuque tandis que son autre main vint soutenir le dos de Mikasa. Cette dernière agrippa le col de la chemise de son partenaire de ses deux mains et tira dessus pour approfondir le baiser et réduire chaque centimètre les séparant à néant. Mikasa titilla avec sa langue les lèvres de Livaï pour qu'il les ouvrent ce qu'il fit sans se faire supplier, immédiatement elle s'y glissa et caressa langoureusement sa langue avec la sienne ce qui arracha un petit râle à Livaï. Sous l'intensité du baiser, il resserra son emprise et s'avança en faisait reculer Mikasa dont les fesses vinrent heurter la tasse posée sur le rebord de la fenêtre...

" Merde ! " s'exclama Livaï à présent contrarié tandis qu'il vit la flaque de whisky se rependre sur son parquet. Il s'accroupit et ramassa la petite tasse blanche en fonte au milieu de la flaque. Il la fit tourner entre ses doigts avec appréhension mais pas une seule fissure. " Pas de anse. Et imbrisable. " C'est ce que lui avait dit Mikasa quand elle lui avait offert.

Dans sa contemplation, Livaï n'avait pas remarqué que Mikasa était rapidement partie chercher des serviettes dans la salle de bain. Il leva ses yeux vers elle et se saisit de la serviette qu'elle lui tendait. Mikasa s'agenouilla et s'affaira à éponger l'alcool sur le parquet sous le regard de Livaï qui scrutait son visage concentré, ses lèvres encore boursouflées. Il regarda à nouveau la tasse dans sa main. " Imbrisable. " Il sourit subtilement en reposant la tasse et se mit à son tour à éponger le whisky sur le parquet. Le cœur plus léger de savoir que certaines choses pouvaient perdurer.