Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Lettre''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Ce chapitre est un bonus de ma fic Joanna.

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


La tension était palpable, comme à chaque fois qu'une bataille se préparait.

Sauf que cette bataille-là ne serait comme aucune de celles que Jaime avait vécues.

Pourtant, il en avait menées, plus qu'il ne pourrait en compter.

Mais celle-là n'était pas contre une autre maison, dans laquelle il serait suivi par les porteurs de bannières écarlates au lion rugissant, défendant ardemment l'honneur de la maison Lannister.

Dans cette bataille, il serait un des défenseurs de la vie.

La vie contre la mort.

Il ne se battrait pas contre des humains. Il se battrait contre des morts, qui n'auraient aucune pitié, et surtout, aucune peur de la mort.

Ils n'auraient pas une boule au fond de la gorge, ni les entrailles pesantes.

Alors que Jaime, si.

Et cette bataille aurait bientôt lieu.

Mais, en l'attendant, c'était une toute autre peur qui l'habitait.


Il était dans la grande salle du château, attablé pour le petit-déjeuner avec Tyrion, quand Mestre Wolkan vint vers lui :

''Un corbeau pour vous, Messire... Un corbeau de la capitale...''

Reposant immédiatement la choppe de bière qu'il tenait, il s'empressa de saisir la lettre des mains du mestre, qu'il remercia.

L'homme parti, Jaime reposa le message sur la table, sans l'ouvrir, et prit sa tête dans ses mains.

Noires ailes, noires nouvelles.

Et s'il était arrivé malheur à Cersei ?

Cersei, qu'il avait laissée seule à Port-Réal, enceinte jusqu'aux yeux, alors qu'il prenait à nouveau la tête des armées Lannister, peut-être pour l'ultime bataille, mais en lui jurant qu'il reviendrait.

Il pouvait encore se souvenir de son visage et de son regard quand il avait pris son visage entre ses deux mains, l'une chaude comme les brises de l'été et l'autre froide comme les vents de l'hiver, embrassant son front, essayant de dissiper l'inquiétude venue voiler ses yeux, puis ses lèvres humidifiées par les larmes, comme pour sceller son engagement.

Il avait placé sa bonne main contre son ventre, et le bébé avait donné un violent coup à l'endroit précis où il avait mis ses doigts, comme s'il protestait contre le départ de son père.

Elle pouvait accoucher à n'importe quel moment, maintenant.

Il l'avait vue commencer à avoir du mal à se déplacer, ses seins et son dos à la faire souffrir, et à ne plus pouvoir tenir debout très longtemps.

Il avait été heureux de pouvoir prendre soin d'elle pendant sa grossesse, n'ayant pas pu le faire pour les précédentes.

Pour la première fois, Jaime allait vraiment être père.

Il se rappelait avoir parlé à son ventre quand, le soir, dans leur lit, le bébé décidait de ne pas laisser sa mère dormir. Il avait embrassé la bosse que leur nouveau petit lionceau formait.

Pour lui, le moindre coup de pied était magique.

Il chérirait pour le restant de ses jours les souvenirs des moments où Cersei était à la fenêtre, regardant pensivement la ville, une main posée sur son abdomen, et de lui venant derrière elle, la faisant s'appuyer contre lui pour la soulager du poids du petit, l'entourant de ses bras, posant sa bonne main sur la sienne, entremêlant leurs doigts et l'embrassant sur la joue. Elle finissait souvent par finir de soupirer de contentement et par fermer les yeux de bien-être.

Ils étaient si bien, là, tous les trois, eux deux, comme cela avait toujours été, et le fruit de leur amour, comme cela avait toujours été censé être.

Mais l'hiver était arrivé. Pour de bon.

Et, avec lui, les Marcheurs Blancs.

Daenerys Targaryen et Jon Snow étaient venus à Port-Réal demander de l'aide à Cersei pour évincer la menace.

Si elle avait d'abord hésité à faire la trêve avec leurs ennemis, il n'avait fallu qu'un simple coup d'œil à Jaime et un coup de pied du bébé pour la convaincre d'accepter.

Et Jaime était parti.

Depuis qu'il avait quitté Port-Réal, il ne cessait de penser aux deux lumières de sa vie.

A ses deux rayons de soleil dans le ciel gris de l'hiver.

A sa Cersei et au petit lionceau qu'elle portait.

Il serait malade de chagrin si quelque chose arrivait à l'un ou à l'autre des deux amours de sa vie, ou, par le plus grand des malheurs, au deux.

Jaime n'avait jamais pu, n'avait jamais voulu, imaginer sa vie sans Cersei, et depuis qu'il avait appris qu'elle était enceinte et qu'elle comptait confirmer publiquement sa paternité, il ne pouvait imaginer sa vie sans ce petit miracle.

Un miracle. C'est ce que ce petit était.

Une chance pour Jaime d'être le père qu'il n'avait jamais pu être.

Il s'était souvent demandé s'il serait un bon père, s'il serait comme le sien, trop obsédé par l'idée d'héritage pour aimer ses enfants.

Mais comment pourrait-il ne pas aimer leur chair et leur sang, à Cersei et à lui, alors que c'était leur amour qui les avaient unis ?

Soudain, il sentit une immense vague de culpabilité le traverser.

Jamais il n'aurait dû partir. Jamais il n'aurait dû quitter Port-Réal. Jamais il n'aurait dû quitter Cersei.

Et si elle trépassait en couches, exactement comme leur mère quarante ans auparavant ? Et si elle perdait le bébé ?

Et si elle était allongée, hurlant de douleur, seule, alors que Jaime lui avait promis qu'il serait avec elle pour toujours ?

Jamais il ne se le pardonnerait.

Non, il ne pouvait pas ouvrir la lettre. Les probabilités que ce soit des condoléances étaient trop beaucoup importantes.

Pourtant, il le devait.

Il décacheta le sceau rouge sang, sang, comme un mauvais présage, et déroula le parchemin.

Sa vue se brouilla avec les larmes qui lui montaient aux yeux, et il ne parvint quasiment pas à lire l'écriture de Qyburn.

Jusqu'à la dernière phrase.

Il laissa échapper un sanglot.

Tyrion le regarda d'un air inquiet, se demandant ce qu'il se passait, la pensée de Cersei et du bébé flottant entre eux.

Mais Jaime, essuyant ses larmes avec sa manche, sourit, et prononça une phrase qu'il n'avait jamais pu dire que dans ses rêves :

''Je... Je suis papa...''


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