Chapitre 10:
Harry savait à quoi, ou plutôt à qui s'attendre lorsqu'il s'aventura sur la tour d'astronomie. Il avait vu sur la carte du Maraudeur que non loin du point de Draco, dans un coin, se cachait Blaise Zabini. Il avait longuement pesé le pour et le contre avant de choisir de venir exposé, sans sa cape, décidant de suivre son intuition qui lui disait de faire confiance au blond, quoi que puissent en penser Ron et Hermione (qui pour l'heure le croyaient en rendez vous avec Cho Chang autour du lac).
Pourtant, le rouge et or n'avait pas prévu que la vision du jeune homme de dos, de ses cheveux fins balayés par le vent et de sa peau plus pâle que jamais dans la nuit, comme une lune sous forme humaine, de la courbe discrète de ses fesses, sous un dos fin, et de ses deux mains délicatement posées sur le rebord, tels des lys ouverts, provoquerait chez lui une émotion si intense qu'il oublierait toute précaution et avancerait vers cette apparition si poignante, sans même sortir sa baguette ou repérer Blaise avant.
Le jeune homme se retourna juste avant qu'il n'arrive à sa hauteur, dans un mouvement fluide, gracile, qui évoquait l'envol d'un oiseau et fit battre plus vite le coeur de Harry. S'immobilisant à quelques centimètres du Serpentard, le Gryffondor s'efforça d'effacer la rougeur de ses joues et d'offrir un visage aimable et rassurant à cet oiseau sauvage, effrayé à l'idée qu'il lui glisse à nouveau entre les doigts et s'enfuie dans la nuit. Mais les yeux gris le regardaient fixement, plus curieux que méfiants, et le corps du vert et argenté n'avait pas cette tension habituelle qui le montrait prêt à attaquer ou fuir.
« Bonsoir, Potter.»
La voix grave de Blaise dans son dos ramena Harry à la réalité. Il sursauta et se retourna brusquement, ce qui déclencha un petit rire moqueur chez Draco, un son léger et piquant de grelots. Le jeune homme à la peau noire avait sa baguette en main, mais il se contentait de la tenir mollement entre ses doigts, en guise d'avertissement. Il affectait une nonchalance toute serpentarde, mais ses yeux sombres restaient rivés sur Harry, attentifs au moindre de ses mouvements.
« Bonsoir Zabini» répondit Harry d'une voix qu'il voulait maîtrisée mais trembla légèrement. Il était bien moins à l'aise dans les jeux d'intimidation et de pouvoirs par la parole et le corps que ces deux là (comme quoi le choixpeau magique avait vraiment eu tort de lui proposer Serpentard).
« Qu'est ce que tu me voulais, Draco?» reprit Harry d'une voix plus forte, trop forte peut être, qui résonna dans le vide du sommet de la tour. Craignant d'avoir été trop brutal, il ajouta précipitamment :
« Je suis là, seul, comme tu m'as demandé hier. Tu vois bien que je ne compte pas te nuire.»
Blaise le toisait toujours et le visage de Draco était indéchiffrable. Cerné entre les deux vert et argent, Harry devait sans cesse tourner la tête pour observer leurs réactions. Il se sentait démuni, et cette sensation faisait grandir en lui une colère bouillonnante, que ne retenait que son désir de convaincre Draco de sa bonne foi.
« C'est vrai, Potter.» souffla finalement Draco.
Sa voix avait été si douce que la colère de Harry s'éteignit, aussi le regard qu'il tourna vers le jeune homme, tournant son dos à Blaise et au danger potentiel qu'il représentait, était plein d'espoir. Draco baissa un instant les yeux, l'air gêné par cette expression, puis il reprit sa contenance et dit :
« J'aimerais que tu fasses un serment inviolable. »
Harry recula légèrement, sonné par cette demande énorme. A nouveau, le masque de Draco se fissura pour révéler un mélange de peur et d'hésitation.
« Juste un serment inviolable pour que tu ne divulgues à personne sans mon autorisation quoi que ce soit que tu as vu dans mon esprit.
- "Juste" un serment inviolable?! Ce truc est puissant, si je le romps, même par accident, je meurs! »
Cette fois, Draco détourna carrément les yeux. Le silence tomba sur eux, intense.
« J'accepte.»
Harry se surprit lui même en donnant son accord, et plus encore en entendant l'expression décidée de sa voix. Il vécut la suite des événements comme dans un songe, ou comme si c'est un autre que lui à qui Draco soufflait "merci" du bout des lèvres puis attrapait la main. A travers la brume de sa conscience, Harry songea que cette décision lui avait gagné le respect de Blaise. En effet, avant de jeter le sort, le Serpentard qui s'était mis entre eux, une main sur sa baguette, l'autre posée sur les mains jointes des deux anciens ennemis, inclina la tête vers le rouge et or et lui adressa un mince sourire. Éclairé par ce sourire, son visage auparavant fermé devenait bienveillant, chaleureux. Se rappelant le Blaise des souvenirs de Draco, Harry se fit la réflexion qu'il devait être un ami précieux.
Puis le Serpentard noir commença à jeter le sortilège et l'esprit de Harry retourna au présent. Il accepta d'une voix claire les conditions exposées par Blaise, et Draco fit de même. Alors, une chaîne de feu rougeâtre jaillit de la baguette de Blaise et s'enroula autour des mains jointes. Harry sentit une chaleur contre sa peau, pas assez forte pour le brûler, mais suffisamment pour qu'il souffre s'il lâchait la main de Draco. Inconsciemment, il resserra ses doigts autour de ceux du Serpentard. Et contre toute attente, celui ci caressa doucement le dos de sa main, comme pour le rassurer.
Le feu rougeoyant se dissipa, et avec lui le nuage de songe qui infestait l'esprit d'Harry. Il prit brutalement conscience qu'il était sur la tour d'astronomie, interdite d'accès, en compagnie de Blaise Zabini et Draco Malfoy avec qui il s'était lié par un Serment Inviolable, et que la main délicate du jeune homme qui hantait ses rêves reposait dans la sienne, détendue et confiante. Le Gryffondor pria pour que la nuit dissimule ses joues rouges.
« Bon, c'est chose faite. N'hésitez pas à me recontacter si vous avez à nouveau besoin de services de la sorte. Serments Inviolables, Sortilèges de Langues en Plombs mais aussi Sortilèges de Crânes Chauves, si jamais le jeune homme ici présent veut un jour vaincre la choucroute qu'il a sur sa tête gryffondoresque.»
Draco rit à nouveau, et ce son cristallin remua le ventre de Harry. Il lâcha la main d'Harry, mais celui ci ne s'en formalisa pas. Car devant lui, le visage du jeune homme avait perdu toute tension, toute inquiétude, et rayonnait d'un bonheur léger, libéré sous la caresse de la lune, un tableau charmant. Blaise haussa un sourcil et reprit :
« Par Merlin, le héros des lions aurait il perdu sa langue? Est ce du à une mauvaise manœuvre de ma part?
- Tu n'aurais pas confondu le Serment Inviolable et le Sortilège de Langue en Plomb? » rétorqua Draco sur un ton faussement horrifié.
Harry s'ébroua et répliqua maladroitement:
« Ça va. Je suis juste un peu secoué.
- Oh non, le héros du monde sorcier va perdre toutes ses bulles par ma faute! s'écria Blaise
- Peut-être qu'on devrait le raccompagner à sa Salle Commune pour éviter qu'il gicle partout sur le chemin, renchérit Draco.
- Ce ne serait pas convenable, pensez à son image de star!
- Je vois déjà les gros titres dans la Gazette des Sorciers "Harry Potter, précoce dans la lutte contre le mal, mais pas que"» pouffa Draco.
Les deux Serpentards explosèrent de rire, laissant le Gryffondor médusé. Il avait la désagréable impression d'avoir retrouvé son rôle de bouc émissaire sujet aux railleries de son ex ennemi, de celui pour qui il venait de faire un Serment Inviolable. Furieux et déçu, Harry s'éloigna vers la porte de la tourelle, bien décidé à mettre de la distance entre ces deux hyènes et lui.
« Attends Harry!»
Le ton pressant de Draco, et plus encore l'usage de son prénom, firent s'immobiliser le Gryffondor au moment où il ouvrait la porte. Il s'efforça de prendre une voix neutre pour répondre, mais son coeur battait la chamade dans sa poitrine.
« Oui?
- Reste un peu... s'il te plait. »
Une bourrasque souleva le bas de la cape d'Harry, comme pour l'inviter à partir.
« Blaise va partir. Avec ses mauvaises blagues. »
Cette fois, le ton était légèrement ironique, mais aussi hésitant. Harry se retourna et dévisagea le jeune Malfoy. Ses yeux gris étaient fixés sur lui avec une telle intensité que Harry se retrouva emprisonné dans ce regard.
« Bon, comme vient de me signaler si délicatement mon ami de toujours, ma présence n'est plus souhaitée. Je me retire donc, et ne vous salue pas. »
Harry entendit à peine le claquement de la cape de Blaise lorsqu'il s'engouffra dans la tourelle, puis le grincement de la porte qui se refermait derrière lui. Ses oreilles étaient trop pleines de la mélodie de Draco, du léger flottement de sa cape autour de lui, de sa respiration profonde et de sa voix qui résonnait encore dans sa tête, à répéter son prénom avec une douceur nouvelle, délicieuse...
