Standing on the river of my mind. Float, sink or fight the unstoppable flow of my thoughts. I never know what I'm gonna do next, but I do it anyway.

Merci à :la personne qui m'a fait découvrir la chanson qui m'a bercé pour finir ce chapitre. Et vous, chers lecteurs.

Si tu pouvais voir ce que mes yeux voient, tu saurais pourquoi je me tais si souvent : Le temps s'écoule à un rythme étrange. Je vis factuellement en décalage par rapport au reste de la société depuis plusieurs années mais je me suis toujours sentie décalée. Dans mon esprit, passé, présent et futur, se mélangent et se confondent. Ce qu'il s'est passé, il y a dix ans me paraît aussi clair que maintenant et ce qui se produira dans dix ans me paraît à portée de main. Et parfois perdue entre hier et demain, j'oublie qu'aujourd'hui existe. Que j'existe. Et c'est pourquoi je disparais parfois des radars. Trop perdue dans mes diverses time-line interne, j'en oublie la présente.

N'oublie pas de prendre le temps de la vivre cette foutue vie.

Bonne lecture, les chatons !

(Oui j'ai unilatéralement décidé que vous étiez des chatons. Faite avec ou plaignez vous dans les reviews.)


C'est ton nom que je crains

Vingtième chapitre

Cendres


Je suis tranquillement en train de préparer le petit déjeuner quand Julia déboule dans la cuisine l'air particulièrement agité. Ses cheveux sont décoiffés, elle porte encore son pyjama en soie blanc et est pieds nus.

"Draco, il faut que tu viennes voir ça !"

Elle m'attrape par le poignet fermement et je réprime un grognement de surprise. J'ai tout juste le temps de couper le feu sous les œufs brouillés qu'elle m'entraîne déjà à sa suite en direction du hall d'entrée. Elle s'arrête devant la porte, semblant hésiter sur la suite des évènements.

Elle recule prudemment de quelques pas avant de m'enjoindre à ouvrir la porte. Interloqué, je m'exécute avant de la refermer aussi vite.

"C'est quoi ce bordel ?"

Derrière la grille du Manoir, une foule compacte s'est rassemblée. Foule qui m'a interpellé dès l'instant où j'ai ouvert la porte. Je n'ai pas eu le temps de saisir grand chose de plus que mon nom et je ne suis pas certain de vouloir en savoir plus.

Julia se tord nerveusement les mains, alors qu'un bruit sourd se fait entendre dans le salon. Qu'est ce qui se passe bon sang ? Je lui propose de m'attendre ici pendant que je vais voir ce qu'il se passe. Elle secoue fermement la tête.

"Pas moyen. Pour une fois qu'il se passe un truc ici."

Je hausse les épaules avant de me diriger d'un pas ferme vers la bibliothèque, baguette en main. Julia marche à mes côtés. Elle a aussi saisi sa baguette bien qu'elle ne maîtrise pratiquement aucun sort défensif et absolument aucun offensif. Je m'abstiens de lui faire remarquer.

À la manière dont ses doigts s'y cramponnent, je suppose que ça la rassure actuellement. Lui donne la sensation d'avoir un minimum le contrôle de la situation. Je lui fais signe de me laisser entrer en premier dans le salon au cas où. Elle acquiesce et j'ouvre prudemment la porte ne sachant à quoi m'attendre.

Le cœur battant, je jette un œil à l'intérieur et identifie presque immédiatement la cause du bruit qui nous a alerté. Je baisse ma baguette et pousse un soupir de soulagement. Devant la cheminée, Blaise est encore en train d'épousseter la cendre maculant sa robe de sorcier. Malgré l'heure matinale, il a l'air parfaitement éveillé et tiens un exemplaire de Sorcière Hebdo du jour entre les mains.

"Tout va bien, Julia. Ce n'est que mon ami, Blaise."

Elle abaisse sa baguette à son tour et nous pénétrons dans la pièce ensemble. Blaise alerté par le son de ma voix se tourne vivement vers nous. Il a l'air stoïque mais le ton avec lequel il crie soudain mon nom, me fait m'attendre au pire. Il traverse la pièce en grande enjambée déterminé avant de se planter devant moi agitant furieusement le journal devant mes yeux.

"Tu comptais me prévenir quand exactement ?"

Je lui lance un regard surpris avant d'attraper le quotidien et d'en observer la première page. Une photo un peu floue de Julia et moi nous tenant la main s'étale sur celle-ci. Je me souviens parfaitement de ce moment là. Je l'avais emmené au restaurant pour fêter son premier mois de liberté.

J'avais réservé une salle privée et avais demandé au personnel d'être particulièrement discrets, après tout ceux qui ont enlevé Julia en ont certainement encore après elle. La photo a dû être pris au moment du dessert, elle était émue et m'avait pris la main pour me remercier de l'avoir recueilli.

Outre le fait que le personnel risque d'entendre parler de moi sous peu, le plus mortifiant reste la légende accolée au titre. "Scoop !Draco Malfoy fiancé à une jeune femme mystérieuse. Découvrez tout sur cette liaison torride et scandaleuse en page 6." Je relève les yeux vers Blaise qui s'est tourné vers Julia et lui fait un baise main gracieux avant de se présenter.

"Blaise Zabini, meilleur ami et avocat de Draco Malfoy. Enfin vous devez déjà le savoir Miss ?"

Il marque une pause attendant qu'elle dise son nom. Je l'arrête et l'éloigne de Julia qui semble encore médusée par le baise main et son apparition soudaine.

"Tu peux m'expliquer c'est quoi ce bordel, Blaise ? Je pensais qu'on avait un accord avec Sorcière Hebdo depuis la fois où ils ont publié cet article sur la soi-disant grossesse d'Astoria et que les Greengrass ont failli la déshériter ?"

Si la presse s'est globalement désintéressée de moi, ma vie amoureuse continue visiblement de fasciner les rédactrices de Sorcière Hebdo puisqu'elles me classent chaque année dans leur liste des meilleurs partis d'Angleterre et qu'il leur prends de temps en temps d'écrire ce genre d'articles basés en général sur un tas de conneries.

Enfin après que la famille Greengrass et moi-même les avons poursuivi en justice pour "Diffamations et atteinte à la vie privée", ça n'était plus arrivé jusqu'à aujourd'hui.

"Visiblement, elles ont plus peur des Greengrass que de toi. Tu t'expliques maintenant ?"

Son ton est très calme mais je le sens agacé, il a croisé les bras et sa main droite tapote nerveusement son bras gauche. Julia, quant à elle, a récupéré le journal et au vu de sa mine mi- atterrée, mi- amusée, elle est probablement en train de lire le fameux article en page 6.

"Expliquer quoi exactement, Blaise ?"

Après tout, il est tôt et je n'ai même pas encore pris mon petit déjeuner, pas vraiment les conditions idéales pour ce genre de conversation. Je ne sais pas exactement ce qu'il me reproche de plus.

"Pourquoi j'apprends par la presse que mon meilleur ami a une nouvelle petite amie par exemple ?"

Il ajoute dans un murmure indigné.

"Et depuis quand il les recrute à la sortie des écoles.

- Julia n'est pas ma petite amie, Blaise."

Je lève les yeux aux ciels. Typique de Blaise. Au lieu de s'inquiéter des répercussions légales de ces accusations, il commence d'abord par se sentir bafoué dans son honneur de meilleur ami. Je jette un œil à Julia qui s'est installée sur mon fauteuil derrière lui et semble se délecter de la situation.

Je devrais peut être me pencher plus sérieusement sur l'idée de lui offrir une télévision moldue. Elle a vraiment pris la fâcheuse manie d'observer mes péripéties comme son propre petit divertissement privé. Un sourire franchement moqueur étire ses lèvres.

Je m'avance pour prendre le journal des mains de Julia et le roule entre mes mains avant d'en asséner un coup sec sur le bras de Blaise qui pousse un cri peu distingué.

"Ça c'est pour avoir cru une seule seconde que je pourrais être assez tordu pour fréquenter une adolescente. Maintenant, tu t'assoies sur le canapé et tu attends. Je n'ai pas encore pris mon petit déjeuner donc je vais le ramener ici et je t'expliquerais tout, d'accord ?"

Il hoche piteusement la tête et je me tourne vers Julia.

"Toi tu m'accompagnes."

Hors de question que je la laisse seule avec Blaise pour le moment. Si je lui fais confiance pour garder pour elle ce qu'elle sait, je ne peux pas en dire autant de lui. Et il a le don pour raconter les anecdotes les plus embarrassantes de ma jeunesse dès que j'ai le dos tourné.

Je briefe rapidement Julia sur qui il est pour moi puis elle me raconte ce que contenait l'article du journal pendant que nous terminons de préparer le petit déjeuner. Comme je m'y attendais, un pur ramassis d'inepties, elles ne savent même pas son nom.

Des spéculations sans fondement qui si elles font rire Julia de bon cœur m'inquiète tout de même. Pas pour ma réputation, il faudra juste que je contacte Nott pour qu'il se coordonne avec Blaise et ils se débrouilleront avec ce désastre comme toujours. Je leur fait confiance pour ça.

Par contre, Sorcière Hebdo est un journal national, ce n'est pas bon pour sa sécurité qu'une photo de nous deux ensemble soit diffusée à cette échelle là. Je ne lui fais pas part de mes inquiétudes pour le moment, si elle peut rire de cet article ce n'est pas plus mal.

Une fois le petit déjeuner prêt nous retournons au salon. Blaise est plongé dans le Sorcière Hebdo quand nous arrivons. En nous entendant il jette pratiquement le journal et se justifie l'air gêné.

"Vous étiez un peu long. Faillais bien que je m'occupe."

Julia et moi haussons le sourcil en même temps, pas dupe un seul instant. Je réprime un rire, c'est vraiment stupéfiant le nombre de fois où nous avons exactement les mêmes réactions elle et moi. Nous déposons la nourriture sur la table basse et après une courte négociation, je récupère mon fauteuil que Julia voulait à nouveau réquisitionner.

Elle s'installe près de Blaise l'air boudeur et semble se venger sur son petit déjeuner qu'elle entame agressivement. Avant même que j'ai pu commencé le mien, Blaise attaque.

"Donc si ce n'est pas ta fiancée, qu'est ce qu'elle fiche chez toi en pyjama ?

- Je suis son tuteur légal."

L'air choqué sur le visage de Blaise est assez délectable, je dois l'admettre. Je profite de sa surprise pour avaler mes œufs brouillés avant qu'il reprenne ses questions.

"Depuis quand ? Et pourquoi ? Tu t'es séparé d'Astoria parce qu'elle voulait des enfants et pas toi, par Merlin !"

Julia continue à manger en silence mais je sens un changement dans son attitude. Elle ne perdra pas une miette de la conversation, j'en suis certain. Je choisi mes mots avec soin avant de finalement répondre.

"Depuis quelques semaines. Et pour le reste ..."

J'abaisse brusquement la manche de ma chemise dévoilant la marque sur mon poignet. Julia comprenant mon geste dévoile la sienne aussi mais continue à manger obstinément sans relever la tête. Blaise observe nos deux poignets de plus en plus étonné.

"Il semblerait que Père s'intéressait à la magie du Destin. La mère de Julia faisait des recherches avancées sur le sujet et visiblement il l'a convaincu de tester un sort de Lien sur sa fille et moi."

Je poursuis en lui résumant rapidement notre rencontre, comment je l'ai sauvé du puit et le reste des évènements des dernières semaines. Blaise passe par toutes les nuances de l'étonnement au fur et à mesure que je lui raconte toute l'histoire. Il finit par m'arrêter à un moment.

"Attends, deux secondes, Potter t'aide avec ça ? On parle bien du même Potter avec qui tu t'es battu pendant toute notre scolarité ?

- Oui.

- Et ça se passe bien ? Vous ne vous sautez pas dessus ?"

Julia a un rire bref mais sonore. Je la fusille du regard tandis que Blaise la contemple étonné. Après tout, elle est restée silencieuse tout au long de notre conversation. Je prends les devants avant qu'elle n'ajoute quelque chose.

"Il y a parfois quelques tensions mais on n'est plus des gamins, Blaise, on sait se tenir."

Je lance un regard d'avertissement à Julia craignant un nouveau rire de sa part. Elle me fait un grand sourire innocent en retour avant d'ajouter d'un ton sarcastique.

"Oui maintenant ils ne se sautent dessus qu'en privé. Comme des adultes.

- Julia !"

Cette fois, elle se marre ouvertement. Je me passe une main sur le visage, mortifié alors que le regard de Blaise passe de Julia à moi, tentant de comprendre ce qu'il se passe exactement.

"Au lieu de te moquer, va plutôt faire la vaisselle. Et donne moi ta baguette, interdiction de t'aider de la magie."

Son sourire s'efface dans l'instant. Elle se lève et me donne sa baguette la mort dans l'âme. Juste avant de partir, elle se penche à mon oreille.

"Je suis désolée, je voulais juste te taquiner.

- Je sais, fais attention c'est tout. Quand tu auras terminé, change toi et rejoins-nous."

Je lui donne une rapide accolade pour lui montrer que je ne suis pas fâché. Elle dépose un baiser sur ma joue puis s'éloigne en direction de la cuisine. Blaise a observé toute la scène avec attention.

"Eh bien, ça fait vraiment bizarre mais c'est mieux que les élucubrations de Sorcière Hebdo, j'imagine."

Je hausse un sourcil indigné. Je n'arrive pas à croire qu'il ai gobé ce que racontait ce fichu journal. Enfin c'est du Blaise tout craché ça, il s'attends toujours au pire.

"Espérons que la plupart des gens ne soient pas aussi crédules que toi, Blaise. Enfin ma réputation, ce n'est pas très grave mais la photo pose problème.

- Pourquoi ?"

Je lui explique brièvement mon raisonnement, le fait que maintenant ses kidnappeurs pourraient faire le lien entre elle et moi. Il semble partager mon opinion.

"Potter se sert d'un sort spécial pour que son fils n'apparaissent pas sur les photos. Je lui demanderais s'il peut me l'enseigner. En attendant, je ne la laisserais plus sortir du Manoir, même pour m'accompagner à la boutique.

- Je vais contacter Nott, voir avec lui ce qui serait le plus efficace en terme de communication et de recours légaux, autant pour préserver ta réputation que la protéger elle.

- Merci, Blaise."

Il balaie mes remerciements d'un geste. Il geste un rapide coup d'œil à sa montre, avant de se lever.

"Tu m'excuses par contre, Draco, mais je dois y aller. J'ai du travail. Je t'enverrais un hibou pour convenir d'un dîner un soir avec ... Julia, c'est bien ça ?"

J'acquiesce et nous nous serrons la main en guise d'au revoir. Il s'avance vers la cheminée et disparaît comme il est venu dans un torrent de flamme.


Je regarde l'enveloppe sur la table basse ne sachant à quoi m'attendre. J'ai reconnu la chouette d'Harry. Il n'est toujours pas revenu de mission. La journée est passée à une allure folle. Après le départ de Blaise, je suis passé à la boutique.

En voyant les journalistes faire le pied de grue devant, j'ai décidé de la garder fermée tout en acceptant les livraisons. Ce système avait plutôt bien marché après le sauvetage de Julia. Je me sers un nouveau verre, sachant pertinemment que je cherche simplement à gagner du temps.

Finalement, j'attrape la lettre et la décachette d'un geste vif. Elle est relativement courte et rédigée dans ce qu'il semble l'urgence. L'écriture qui la recouvre est nerveuse et serrée.

Cher Draco,

J'ai eu vent de la situation avec la presse. J'espère que Julia et toi allez bien. J'aimerais être près de toi et pouvoir vous soutenir mais cela m'est impossible. Nous sommes proches du but et j'espère pouvoir revenir d'ici quelques jours avec des réponses.

Merde, je voulais rester factuel mais tu me manques, Draco. Ça me rends fou de savoir ce que tu traverses et de ne pouvoir te rejoindre. Ça me rends fou de ne pas pouvoir t'aider. De savoir qu'on devra être encore plus prudent à mon retour à cause de la presse alors que c'est la dernière chose dont j'ai envie actuellement.

Je me sens tellement impuissant. Tellement inutile. J'espère que l'opération que nous conduisons sera un succès, que ça en vaut la peine ... Je ferais tout pour en tout cas, je te le promets.

Pour toi et pour Julia.

H.

Je jette la lettre dans la cheminée où je la regarde se consumer, se réduire en cendre. Des cendres, c'est tout ce que j'ai de toi au fond. Des miettes, les restes brisés dont personne ne veut. Parce qu'ils veulent le grand Harry Potter, le héros dont parle les livres d'histoires. Sans peur, ni faille, dans sa cape de sorcier, inébranlable et inatteignable.

Oui, personne ne voulait d'Harry au sortir de la guerre. Personne ne voulait entendre ce que tu avais traversé, personne n'a jamais voulu te voir vraiment, voir ta vulnérabilité. Et puis il y a eu cette nuit là, ce baiser et ces confessions sur mon lit. Tu étais toi et je ne fuyais pas, j'écoutais en silence. Et je te voyais, je te voyais vraiment.

Je le voyais cet homme aux mains couvertes de sang, à l'âme écorchée, derrière le héros. L'enfant tremblant sur ses jambes, se demandant s'il arriverait à tenir le coup tandis que la foule l'acclamait, lui en demandant encore et toujours plus. Mais c'était pas ce que tu voulais toi, toi tu voulais simplement oublier.

Ou parler de ces choses que tu m'as confié. Les mauvaises choses, celles que personne ne veut entendre mais que ça soulage tellement de dire enfin. Je t'ai donné les deux, l'oubli et l'écoute. Je l'ai pris dans mes bras cet homme brisé et blessé par la vie, ces cendres humaines, et je suis tombé amoureux.

Comment aurai-je pu faire autrement ?

A suivre ...


Posté le 17 Janvier 2021 à environ 18h58.

Il y a cette paix teintée de mélancolie qui m'a suivi toute ma vie, ce calme étrange qui me caractérise aux yeux des autres et dans lequel je me perds si souvent. Tout ceci n'est que le refuge d'une gosse brisée. Certains se réfugient auprès des autres, oublient ou l'enfouissent, moi j'ai cet endroit dans ma tête, l'œil de la tempête de sentiments qui me traversent, où je vois tout mais ne ressent rien d'autre que cette paix mélancolique. Et c'est là que naissent mes plus belles histoires.

Merci de me lire, j'espère que ce chapitre vous a plu.

Et à la prochaine fois,

Mary J. Anna