Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 10 : Mais où est Alice Fortescue ?
Petite précision : Si vous voulez savoir à quoi ressemble Eva dans mon esprit, allez taper "Eva Mohn" sur Google images. Et oui, c'est bien l'actrice de la saison 1 de Skam ! N'oubliez pas de laisser un review pour donner vos impressions !
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Eva ne savait plus où donner de la tête. L'exposé pour McGonagall était pour la semaine suivante et elle n'avait toujours pas trouvé le temps de faire le point avec Alice Fortescue qui était étrangement élusive pour une préfète. En plus, elle avait entendu Lizzie Lestrange dire à Evan Rosier, son fiancé, que Slughorn avait prévu un contrôle surprise pour le lendemain. Et autant dire qu'avec son niveau « acceptable » en Potions, Eva ne se sentait pas du tout en confiance pour l'épreuve du lendemain.
Elle ne comprenait toujours pas comment elle avait réussi à décrocher un « Exceptionnel » aux BUSES. Si Slughorn avait été un tant soit peu logique, il se serait posé la même question et ne l'aurait pas accepté en niveau ASPIC.
Bon, ce n'était pas vraiment la faute de Slughorn. Si elle avait voulu, elle aurait pu abandonner cette matière en 6ème année mais sa mère lui avait bien fait comprendre qu'elle n'avait pas intérêt à le faire si elle voulait encore avoir un toit sous lequel dormir pendant l'été.
C'est pourquoi elle était là, assise non loin du portrait de la Grosse Dame qui la toisait toujours avec méfiance depuis son arrivée il y a une demi-heure.
(Ils n'oseraient pas venir aussi près de la tour des Gryffondors. Elle était en sécurité.
Au cours de la journée, elle avait tellement été sur ses gardes qu'elle avait failli frapper la main d'Emmeline lorsque celle-ci avait voulu attirer son attention en lui tapotant l'épaule. Eva s'était repris au dernier moment sous les yeux surpris d'Emmeline. Mais sa vigilance avait payé, aucune trace de suie n'était apparue sur sa peau.
LE JEU A RECOMMENCÉ
Ces mots étaient imprimés dans sa mémoire. Dès qu'elle fermait les yeux, ils apparaissaient.
Elle avait dit à Charlotte et à Akash où elle allait. Si quoi que ce soit arrivait, ils sauraient.)
« Je ne vous reconnais pas. J'espère que vous n'êtes pas ici pour rentrer illégalement dans ma tour, » lui avait dit la Grosse Dame d'un ton peu amène lorsqu'Eva était apparue en haut des escaliers mais n'avait pas osé faire un pas de plus – elle ne connaissait pas le mot de passe des Gryffondors.
– J'attends juste quelqu'un, » avait répondu gauchement Eva, n'ayant pas du tout pris en compte le caractère revêche de la Grosse Dame lorsqu'elle avait décidé sur un coup de tête de venir ici.
En soit, elle ne mentait pas. Elle était bien venue là dans le but de réussir à coincer Alice Fortescue. Mais pour être tout à fait honnête, elle avait envisagé de se frayer un chemin dans la tour des Gryffondors en même temps que d'autres Gryffondors. Cependant, c'était peine perdue puisque la Grosse Dame l'avait remarqué dès son arrivée et paraissait sur le qui-vive. La preuve, lorsqu'un groupe de jeunes lions avaient voulu donné le mot de passe, la Grosse Dame les avait coupés sèchement puis leur avait dit de baisser d'un ton tout en jetant un regard suspicieux en direction d'Eva qui avait le nez plongé dans son manuel de Potions.
(Si elle devait attendre elle ne savait combien de temps, autant réviser pour le fameux contrôle surprise.)
Face à cette paranoïa de la part de la Grosse Dame, Eva serait presque tenter de lui dévoiler qu'elle avait déjà accédé de nombreuses fois à la tour des Gryffondors et que tant de zèle ce soir-là n'allait pas compenser toutes les fois où la Grosse Dame, pompette après un apéritif avec d'autres portraits, n'avait fait que ronfler bruyamment alors qu'un essaim d'élèves d'autres Maisons rentraient dans la tour, pressés de faire la fête.
« De quelle Maison êtes-vous ? » lui demanda la Grosse Dame qui, malgré son air faussement sévère, ne pouvait retenir sa curiosité après de longues minutes de silence.
Eva releva la tête, arrachée à sa lecture intense des étapes clés pour la concoction d'une potion de régénération sanguine.
« Poufsouffle, » répondit Eva après une brève hésitation qui ne dura guère longtemps puisqu'elle se rendit compte que si la Grosse Dame faisait un minimum d'effort, elle remarquerait bientôt l'écusson de Poufsouffle épinglé sur sa robe de sorcière.
Eva la soupçonnait d'avoir déjà deviné à quelle Maison elle appartenait et de vouloir simplement briser le silence. Les tableaux étaient tous très curieux à cause de leur vie monotone. Eva serait sans doute comme eux si elle était coincée pour l'éternité dans un tableau. Déjà qu'elle tapait du pied en cours à cause de l'ennui, elle n'osait imaginer son état mental si elle ne pouvait plus aller où elle voulait.
(Plutôt mourir)
« Et qu'est-ce qu'a une Poufsouffle à faire à la tour des Gryffondors ? »
Je vous l'ai déjà dit
Eva ravala sa réponse initiale pour répondre plus cordialement. La Grosse Dame avait beau être une pochtronne, elle avait aussi la mémoire longue. Et se mettre un portrait à dos était très dangereux. Ils étaient des moulins à parole et, si Eva ne voulait pas que son insolence remonte jusqu'aux oreilles de McGonagall, elle devait rester le plus polie possible.
« Je cherche à voir Alice Fortescue. Elle est en 7ème année.
– A quoi ressemble-t-elle ? » lui demanda la Grosse Dame, s'épouvantant son visage outrageusement poudré.
Ha. C'était vrai que les tableaux étaient condamnés à voir tellement d'élèves passer durant leur vie éternelle qu'il devait leur être très difficile de retenir un seul prénom.
« Petite, des joues rondes. Brune aux cheveux bouclés. Elle a les cheveux assez courts. A son menton environ, précisa Eva. C'est la petite amie de Frank Londubat ? tenta Eva, se disant que la Grosse Dame connaissait peut-être au moins les noms des préfets.
– Londubat vous dites ? répéta la Grosse Dame, fronçant ses sourcils de manière assez comique alors qu'elle paraissait réfléchir intensément.
– Le préfet qui a failli avoir le badge de préfet-en-chef cette année ?
– Oh ! Vous parlez du garçon dont le père a été assassiné l'année dernière ?! s'exclama la Grosse Dame en se penchant en avant, l'air un peu trop excitée pour un tel sujet.
– Hum, oui, c'est ça, acquiesça Eva en éprouvant un certain malaise devant le sourire avare de la Grosse Dame qui paraissait avoir retrouvée son énergie – elle se retint de dire que Londubat Senior était officiellement porté disparu et non mort (même si tout le monde se doutait bien qu'il devait être mort).
– Oui, oui, je vois de qui vous voulez parler, reprit la Grosse Dame en faisant les gros yeux, hochant la tête avec vigueur. Il a un air très sérieux cette année. Toujours le nez fourré dans un bouquin. Il ne dit même pas bonjour ou merci. Les adolescents n'ont plus de manières! Avant, les élèves me remerciaient et prenaient le temps de prendre de mes nouvelles mais c'est à croire que les enfants n'ont plus le temps de parler à des vieux tableaux. M'enfin ! fit abruptement la Grosse Dame, ne paraissant pas avoir perdu son souffle malgré son débit de paroles qui avait perdu Eva. Vous dites qu'il a une petite amie ? Huuuum, fit-elle en plissant les yeux, paraissant faire le tri dans ses souvenirs, je ne me souviens pas l'avoir vu accompagné d'une jeune fille ces derniers temps. Il m'a l'air d'être un loup solitaire. De toute façon, je trouve ça étonnant qu'il ait réussi à se trouver une compagne. Il a le visage plutôt ingrat, vous ne trouvez pas ?
– Euh…, balbutia Eva, les yeux ronds. Je – je n'ai pas d'avis sur la question.
– Allons, jeune fille, soyez honnête ! lui enjoint la Grosse Dame en levant ses yeux au ciel, continuant de secouer son éventail avec animation. Nous sommes entre dames. Il n'y a pas besoin de faire des manières à ce sujet. Nous savons toutes deux quand un homme est désirable et lorsqu'il ne l'est pas. Vous devez bien en avoir un que vous préférez même, n'est-ce pas ? » lui demanda la Grosse Dame en se penchant en avant, cachant avec peu de subtilité son sourire coquin derrière son éventail.
– Non, pas vraiment, » grimaça Eva, se retenant avec force de ne pas cacher son visage derrière son manuel pour échapper à cette discussion.
Comme si elle allait le dire à la Grosse Dame ! Il suffisait de voir ces yeux brillants de curiosité pour comprendre que toute confidence faite à la Grosse Dame ferait le tour des tableaux du château.
« Voyons, ne faites pas votre timide, ricana la Grosse Dame. Je le vois bien à vos yeux fuyants que vous avez quelqu'un en tête. Ce ne serait pas un Gryffondor par hasard ? Vous ne m'auriez pas raconté des bêtises tout à l'heure ? Peut-être que vous attendez ce charmant jeune homme et non pas la jeune Londubat, hum ? » roucoula la Grosse Dame en arquant de manière suggestive ses sourcils, sa bouche de nouveau pudiquement cachée derrière son éventail.
Déjà, elle n'attendait pas Londubat. En plus, Londubat n'était pas une fille ! Et la Grosse Dame n'avait pas à se mêler de ses affaires. Elles n'étaient pas amis et encore moins des confidentes ! Elle n'avait rien à lui dire sur sa vie.
Voyant qu'Eva n'allait rien lui dire, la Grosse Dame reprit de plus belle :
« Vous savez, nous en avons des beaux ici. Ma foi, un peu jeunes pour moi mais certainement pas pour vous ! Tiens, il y en a un qui est particulièrement saisissant. L'héritier d'une riche famille en plus ! Dès son arrivée à Poudlard, je l'avais remarqué. Nous aimons parier sur les futurs bons partis avec mes amies, voyez-vous. On dit souvent que l'adolescence ce sont les années ingrates mais celui-ci semble avoir été épargné. Ça doit être frustrant pour les autres adolescents, bien sûr. Surtout pour vous, j'imagine, ajouta la Grosse Dame et il n'y avait pas besoin de réfléchir très longtemps pour comprendre que les yeux du tableau étaient rivés sur les joues d'Eva dont la rougeur était causée par des traces d'acné.
Eva ne serait même pas surpris si la Grosse Dame lui demandait « vous vous lavez le visage ? ».
« Mais bon, ce sont les maux de la vie ! reprit la Grosse Dame avec un haussement d'épaules. On ne naît pas tous égaux. »
La Grosse Dame referma son éventail d'un geste sec puis se tapota la joue avec d'un air songeur :
« Ha ! C'est embêtant, je n'arrive pas à me rappeler du nom de ce charmant jeune homme. Il est toujours accompagné par un brun à lunettes plutôt joueur. Celui-ci m'avait fait promettre je ne sais plus quand de ne pas rapporter à McGonagall leurs escapades nocturnes en échange d'une bouteille de vin, lui révéla la Grosse Dame en roulant ses yeux. C'est un beau parleur celui-là. Il a tout de même tenu sa promesse et a plutôt bon goût. La bouteille qu'il m'avait ramenée était particulièrement goûteuse. »
Eva n'était pas sûre qu'elle était censée savoir ça. Offrir des cadeaux en échange d'une faveur ? La Grosse Dame était clairement corrompue si elle se laissait influencer ainsi. Et il n'y avait pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre qui était le fauteur de trouble.
Il y a deux semaines il avait flirté avec Madame Pomfrey sous son nez. Pourquoi donc n'oserait-il pas soudoyer l'ivrogne qu'était la Grosse Dame avec de l'alcool ?
« James… » soupira tout bas Eva avec fatigue, le sourire joueur de James à l'esprit.
Mais elle ne l'avait pas soufflé assez bas car la Grosse Dame l'entendit.
« James Potter ! Oui c'est ça ! Un vrai coquin, de ceux dont nos mères nous disent de nous méfier, » gloussa la Grosse Dame.
Les portraits de tableaux avaient des mères ?
« Mais comment diable s'appelle son acolyte ? Je l'ai sur le bout de la langue mais son nom m'échappe, se lamenta la Grosse Dame avant de reposer ses yeux soudainement plissés de suspicion sur Eva qui était toujours assise contre les rambardes en bois, non loin des escaliers : Vous êtes sûre que vous ne voyez pas de qui je parle ? Ils sont pourtant proches comme des siamois avec le jeune Potter ! Je suis sûre que vous –
La Grosse Dame disparut, coupant net son inquisition au grand soulagement d'Eva qui sentait que son silence commençait réellement à déplaire au portrait de la tour des Gryffondors. Des Gryffondors venaient (enfin !) de se décider à sortir de leur Salle Commune.
Lucy Emerson, ex petite-amie de Jeff et Gryffondor de 6ème année sortit du passage, toujours aussi distinguée. Puis, ce fut Sirius qui apparut à sa suite. La tête baissée alors qu'il s'ébouriffait les cheveux, il paraissait écouter d'une oreille distraite Lucy. Il avait abandonné sa cape de sorcier, laissant voir qu'il portait son pantalon d'uniforme ainsi qu'un pull gris moulant dont il avait remonté les manches jusqu'à ses coudes. A travers ses mèches de cheveux, on distinguait sa montre argentée enroulé autour de son poignet fin.
« Franchement, tu ne penses pas que tu devrais dire à James de lâcher le morceau ? disait Lucy. Lily est au bord de la crise de nerfs depuis la semaine dernière. Je comprends qu'il veuille s'excuser mais, crois-moi, quand Lily est dans cet état-là, il vaut mieux attendre qu'elle se calme par elle-même. »
Sirius avait relevé les yeux comme s'il avait senti le regard d'Eva sur lui et il n'avait pas tarder à la trouver. Il afficha un air surpris. Sa main retomba le long de son corps, sa montre avec.
« Tu m'écoutes ? » s'insurgea Lucy lorsqu'aucune réponse ne vint, s'arrêtant à un pas des escaliers.
La jeune fille se retourna et vit que Sirius s'était arrêté deux pas derrière elle. Il ne lui portait plus attention, son corps était tourné dans la direction d'une élève qui était assise par terre, un épais manuel sur ses cuisses et un sac à bandoulière dont dépassait une plume mal en point posé à côté d'elle. Lucy ne l'avait même pas remarqué bien qu'elle soit passée devant elle.
Le visage dénué d'une quelconque trace de maquillage et son corps enveloppé presque entièrement par une épaisse robe de sorcière noire, Eva Brown paraissait bien moins vibrante qu'en temps habituel. Elle fondait dans le décor. Mais Lucy devait admettre que si Eva Brown avait toujours quelque chose pour elle : c'était ses yeux marrons clairs. De ses yeux irradiaient toujours un certain…contentement ? Elle respirait la joie de vivre et c'était, on pourrait dire, paisible de discuter avec elle. Lorsque Lucy sortait encore avec Jeff, il lui arrivait de traîner avec les camarades de son maintenant ex et Eva était sa préférée parmi leur groupe de Poufsouffles bruyants. Tout ça parce qu'elle donnait l'impression de vous porter toute son attention lorsqu'elle vous parlait.
Actuellement, ces yeux-là, plissés par l'esquisse d'un sourire qui semblait être permanent chez Eva, fixaient ceux plus clairs de Sirius.
« Tu pourrais lui répondre, » dit Eva qui levait son menton pour capter le regard de Sirius qui fit un bruit dédaigneux en guise de réponse.
– Dès que tu arrives tu me donnes des ordres maintenant ? Tu deviens dominante ces derniers temps, commenta Sirius en la regardant d'un air impérieux.
– Je te donne juste des indices sur comment être poli vu que tu n'as pas l'air de t'en soucier », répondit Eva et si Lucy ne se méprenait pas, les joues de la Poufsouffle prenaient des couleurs.
Un sourire amusé s'étendit sur les lèvres de Sirius :
« T'as tout compris. Je les connais les règles de politesse, c'est juste que je m'en fous. Tu te proposes comme tutrice ?
– J'ai pas que ça à faire, Sirius Black. J'ai déjà un contrôle de Potions demain pour lequel je viens tout juste de commencer de réviser alors m'occuper de toi en plus ? Impossible.
– Je suis sûr que tu trouverais le temps pour moi.
– Tu me sembles bien –
Mais la rétorque d'Eva se perdit. Une voix plus aigüe étouffa ses mots :
« C'est lui ! s'écriait la Grosse Dame qui venait de réapparaître, rappelant à tout le monde présent son existence. C'est lui dont je vous parlais ! »
L'air triomphant et les joues rouges de satisfaction, elle brandissait son éventail fermé en direction de Sirius qui avait tourné des yeux interloqués vers le portrait à son cri.
« Mais de quoi est-ce qu'elle parle ? » demanda Lucy Emerson, ses sourcils plissés exprimant sa confusion.
Eva avait trop honte pour répondre.
Elle se releva, son manuel de Potions coincé sous un bras. Elle attrapa le coude de Sirius de sa main libre pour qu'il pose son attention sur elle. Ce qu'il fit, l'air éberlué. Il n'avait rien fait à ce qu'il sache alors pourquoi la Grosse Dame faisait les gros yeux et le montrait du doigt ?
Les doigts chauds d'Eva happèrent son attention. D'aussi près, il pouvait distinguer l'inquiétude et l'empressement qui brillaient dans les yeux de la brune.
« Je t'explique tout dans une minute à condition que l'on parte d'ici, lui promit-elle d'un ton pressant.
– Euh, d'accord, » acquiesça Sirius, ne comprenant strictement rien à ce qu'il se passait.
Derrière lui, il attendait la Grosse Dame siffler « c'est lui, c'est luiii » comme s'il était incapable de l'entendre alors qu'elle était à deux mètres de lui. Il se laissa entraîner par la Poufsouffle qui se baissa un instant pour attraper son sac à terre puis s'empressa de suivre le pas à Lucy qui avait déjà commencé à descendre les escaliers à l'entente du pacte.
« Tu m'expliques ? lui demanda finalement Sirius une fois qu'ils eurent descendu les escaliers.
– Tu nous expliques, » le corrigea Lucy.
Sirius se retint de lever ses yeux au ciel. Lucy n'avait jamais appris à se faire discrète. Entre elle, Lily Evans et Saoirse Stewart, il ne savait pas qui était la plus têtue. Il n'y avait que Mary McDonald qui savait se mêler de ses propres affaires.
« Oui, explique-nous, » répéta sarcastiquement Sirius en jetant un regard blasé à Lucy dont les lèvres peintes en rouge se tordirent en une grimace, croisant les bras sous sa poitrine d'un air buté.
Eva se mit à jouer avec le bout de tresse qui lui tombait mollement sur la poitrine. C'était la seule tâche de couleur sur elle, à l'exception de l'écusson de Poufsouffle qu'elle avait épinglé sur sa robe de sorcière sombre.
« Elle m'a parlé de deux élèves qui l'avaient soudoyé une fois, répondit finalement Eva en faisant un sourire contrit à Sirius après avoir jeté un regard prudent en direction de Lucy, se demandant s'il était prudent de révéler ce « délit » devant la brune aux yeux bleus perçants. Je crois bien que c'était toi vu sa réaction. »
Mais Eva n'aurait pas dû se soucier de la réaction de Lucy. Bien loin d'être outrée par cette révélation, la Gryffondor paraissait simplement exaspérée. Elle donna même un coup à Sirius qui poussa un « hé » mécontent mais qui ne chercha pas à sortir ses mains de ses poches. Visiblement, il n'était pas d'humeur à se défendre. Ça ou il avait juste l'habitude de ce genre de traitement de la part de Lucy.
Eva se rappela soudainement de l'article de Poud'news. Le magazine avait laissé entendre qu'il y avait eu un rapprochement entre Lucy et Sirius lorsque les Gryffondors de 6ème année avaient décidé de passer leur samedi après-midi à boire dans la Salle Commune à la vue de tous.
« Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas ? Est-ce que vous savez seulement faire la différence entre le mot 'légal' et 'illégal' ? Vous allez terminer à Azkaban un de ces jours à jouer selon vos propres règles ! le rabroua Lucy.
– Fais pas ta coincée, Emerson, soupira Sirius en se frottant l'arrière de la nuque. On n'est pas assez cons pour se faire choper de toute façon.
– Tu es d'une arrogance ! s'empourpra Lucy. J'y crois pas !
– Dit la fille qui ne veut jamais admettre avoir tort, » répliqua Sirius en ne se privant pas de laisser paraître son agacement.
A les voir se lancer des piques avec la fluidité d'un vieux couple, on pourrait croire l'article de Poud'news. Et puis, Lucy était une bombe. Avec ses sourcils épais, ses cheveux longs d'un noir de jais accompagnés de ses yeux bleus clairs, elle ne laissait personne indifférent. Le rouge à lèvres qu'elle avait pris l'habitude de porter depuis sa rupture avec Jeff la rendait encore plus saisissante.
Eva avait beau savoir que Lucy était une fille sympa, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir inférieure. Elle n'avait pas oublié le commentaire de la Grosse Dame sur l'état de son visage. Et, se retrouver face à deux adolescents comme Sirius et Lucy qui pourraient facilement décrocher un travail dans une agence de mannequinat, ne donnait qu'une envie à Eva : se cacher le visage et laisser les Gryffondors se prendre la tête sans que sa tête de déterrée ne vienne amochir le paysage.
Refusant de rester plus longtemps dans la salle de bain de sa chambre après avoir passé une quarantaine de minutes à frotter le message ensanglanté du mur de la douche pour le faire partir (aucun sortilège de nettoyage qu'elle connaissait n'avait eu de l'effet), Eva n'avait pas pris la peine de se maquiller aujourd'hui. Habituellement, elle le vivait bien de ne pas avoir de maquillage. Puisque, comme dirait Emmeline : « Si aujourd'hui je suis moche, demain tout le monde se dira que je suis sacrément belle lorsque je me maquillerai. »
Elle le vivait bien sauf quand elle se retrouvait en tête à tête avec des adolescents qui ne connaissaient pas les maux des années ingrates comme dirait la Grosse Dame.
« Enfin bref Lucy, conclut Sirius avec un soupir agacé. J'imagine que tu attendais quelqu'un à la tour si tu es venue jusqu'ici, dit-il ensuite à Eva, adressant un regard contrarié à Lucy qui n'avait pas hésité à le brusquer de nouveau. Je me trompe ? reprit-il plus fort en posant de nouveau ses yeux sur Eva alors que Lucy faisait une grimace de mécontentement.
– Je voulais voir Alice Fortescue, lui répondit Eva en continuant à tortiller entre ses doigts sa tresse. Elle était dans la Salle Commune ?
– Fortescue ? répéta Sirius.
– Oui, elle vient bien de dire Fortescue, Black, se moqua Lucy d'une voix traînante en roulant ses yeux clairs, s'attirant de nouveau un mauvais regard de la part de Sirius. T'as un problème d'audition ce soir ? Ou c'est juste que tu es déçu que ce ne soit pas toi qu'Eva soit venue chercher ? railla la Gryffondor en ayant l'air de ne pas avoir peur d'affronter les yeux froids de Sirius qui semblait avoir atteint la fin de sa patience à en juger par le muscle de sa mâchoire qui sautait par intermittence.
– Emerson. Tu commences sérieusement à me saouler, » dit finalement Sirius, ses yeux gris plantés dans ceux impassibles de la Gryffondor.
Il l'avait dit platement mais il aurait fallu être bête pour ne pas comprendre qu'il se retenait de parler plus méchamment.
Sirius savait être particulièrement cassant lorsqu'il le voulait. Eva ne doutait pas que son sang-froid était seulement dû à sa considération pour la brune. Ça ou il avait appris depuis l'année dernière à ne pas aboyer à la moindre contrariété.
« Pas besoin de vous embrouiller pour moi, » s'interposa Eva en tirant légèrement sur le bas du pull gris de Sirius pour qu'il cesse de fusiller du regard Lucy. Je vous suis déjà très reconnaissante pour m'avoir sauvé du monologue de la Grosse Dame. »
Cessant son duel de regard avec son camarade de Maison avec récalcitrance (le bouseux osait lever ses yeux au ciel d'un air irrité alors que c'était lui l'idiot dans l'histoire), Lucy expira d'un air hautain avant de poser son attention sur la Poufsouffle qui relâcha le pull de Sirius.
Si ça avait été quelqu'un d'autre qu'Eva Brown, Lucy aurait été surprise qu'une fille se permette de toucher Sirius aussi librement. Déjà tout à l'heure, la Poufsouffle n'avait pas hésité à l'attraper par le bras pour le tirer derrière elle. Si Lucy le faisait, elle ne doutait pas que Sirius ronchonnerait tout du long.
Eva Brown avait toujours une fille qui semblait ne pas être consciente de l'espace personnel des gens – pour les filles comme pour les gars. Ça avait été le sujet d'une des premières crises de jalousie que Lucy avait fait à Jeff lorsqu'elle avait remarqué que la familiarité de la Poufsouffle ne préoccupait pas Jeff.
Assise à table, Lucy avait voulu capter le regard de Jeff qui était entouré de son groupe de Poufsouffles sur la table de sa Maison. A la place, à son grand énervement, elle avait vu Eva Brown avec un grand sourire aux lèvres jouer du coude avec Jeff qui semblait ronchonner mais ne se décalait pas.
Après une dispute virulente où Jeff lui avait assuré que sa relation avec Eva Brown était parfaitement platonique depuis des années, Lucy était restée sceptique et avait décidé de rester prudente. Les rumeurs qui couraient à l'époque sur Eva Brown n'avaient pas arrangé les choses non plus.
En réalité, la conversation à la table des Poufsouffles avait été bien innocente :
Octobre 1975, 6ème année
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« Alors, c'est quand que tu nous présentes ton amoureuse ? » demanda Eva, un sourire taquin aux lèvres.
Elle se pencha vers Jeff pour enfoncer son coude dans son flanc.
« Arrête, Eva. T'es lourde.
– Timide comme tu es, je suis sûre que c'est elle qui est venue te chercher.
– Mec, tu rougis ? rigola Akash, ce qui déclencha un rougissement encore plus violent de la part de Jeff alors que tout le monde se tournait pour le fixer.
– Il est amoureux notre Jefferson, que c'est mignon, minauda Amos, se moquant ouvertement de son camarade.
– Amos, arrête de faire le malin. Tu ne faisais pas le fier non plus au début de notre relation, je te rappelle, le rabroua Charlotte en arquant ses sourcils en direction de son petit ami.
– Char' ! s'exclama Amos alors que les garçons autour d'eux ricanaient moqueusement. T'es censée être de mon côté ! ajouta-t-il en entourant le cou de Charlotte de son bras pour la ramener contre lui, elle se défendit avec un rire mais il ne la lâcha pas, en profitant pour enfouir son nez dans ses boucles blondes. Je dois te rappeler qui rougissait hier soir ? murmura-t-il rien que pour elle.
– Non mais c'est pas possible vous deux ! s'emporta Akash qui, assis à côté d'Amos, avait tout entendu. On veut pas être au courant de votre vie intime ! »
Avec un rougissement violent qui concurrençait celui de Jeff, Charlotte se détacha d'Amos pour se concentrer sur son assiette, ignorant de toute ses forces les ricanements moqueurs de leurs amis. Jamais un pour être gêné, Amos se redressa simplement et posa sa main sur le bas du dos de sa petite amie.
« Akash, on sait tous que tu n'as pas de vie intime. Y a pas de honte à vouloir entendre ce qu'il se passe dans la vie des autres.
– Mais j'en ai rien à faire de vos histoires de cul ! s'étouffa Akash sur sa bouchée de tarte à la viande. Déjà que je suis obligé de vous entendre le soir quand vous oubliez de jeter un silencio, j'ai pas besoin d'en entendre plus en journée ! »
Eva ne put retenir un pouffement de rire alors qu'elle observait avec amusement Charlotte continuer de manger comme si la couleur rouge pivoine de sa peau ne révélait pas qu'elle entendait bien ce qu'il se disait autour d'elle.
Alors que Howard se lamentait lui aussi d'avoir perdu des heures de sommeil à cause des escapades nocturnes de Charlotte et Amos (« Fais pas comme si tu faisais mieux Howard. Je t'ai entendu le week-end dernier avec Ravencrest ! » s'écriait Akash.), Eva se pencha vers Jeff :
« Un conseil, Jeff, n'amène pas ta copine dans votre dortoir si tu ne veux pas te faire charrier jusqu'à la fin de ta vie. »
Jeff soupira avec lassitude alors que Howard lançait un méchant sourire à Akash en lui disant : « T'es juste jaloux d'être toujours un puceau ! ».
« Crois-moi, je le sais. »
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« Dit merci à Potter dans ce cas, répondit Lucy, ses bras étaient toujours croisés en une position défensive. C'est à cause de lui qu'on est sorti plus tôt que prévu pour manger. Il a encore réussi à faire exploser Lily et, franchement, ça en devient lassant de devoir assister à ce spectacle presque quotidiennement. C'était drôle les premières fois mais là ça devient carrément répétitif. Black devrait sérieusement réfléchir à raisonner son copain qui m'a l'air d'être masochiste sur les bords, ajouta Lucy d'un ton méprisant en prenant soin de ne pas accorder un regard au brun d'une tête plus grand qu'elle debout à côté d'elle.
– Pff, se moqua Sirius en levant ses yeux au ciel. C'est plutôt toi qui devrais faire une intervention auprès d'Evans. Les seules fois où elle ne pète pas un plomb c'est quand elle a un ou deux verres d'alcool dans le sang.
– Elle passe un moment difficile en ce moment, O.K., » répondit défensivement Lucy, semblant prendre à cœur la critique sur sa meilleure amie.
Sirius qui s'était mis à fixer le plafond d'un air ennuyé jeta un regard blasé à Lucy du coin de l'œil. Eva ne savait pas si elle devait soupirer d'exaspération (elle n'avait pas demandé à assister au drama des Gryffondors de 6ème année) ou tenter de calmer le jeu entre les deux adolescents tout aussi têtu l'un que l'autre.
« Ouais. Bah c'est con pour elle. »
C'était froid. C'était déplacé.
Eva se sentit mal à l'aise. Dans son esprit, elle se revoyait sangloter à devenir bleu d'asphyxie dans le passage de Lancelot il y a deux semaines de ça à cause d'un commentaire déplacé de la part de Sirius.
« Nan mais t'es sérieux ?! explosa Lucy, cessant de faire semblant que Sirius ne soit pas à côté d'elle pour lui crier à la figure. T'as aucune empathie ou quoi ? Je croyais que t'étais un mec bien mais clairement je me suis trompée sur ton compte ! Toi et Potter vous avez qu'à aller vous faire foutre, vous et vos égos surdimensionnés ! »
Et telle une furie, Lucy tourna les talons et partit à grands pas, le claquement de ses talons résonnant dans tout le couloir. C'était toujours impossible de ne pas remarquer Lucy Emerson. Surtout quand elle était en colère. Eva se souvenait encore des crises de colère qu'avait parfois fait Lucy à Jeff à l'époque où ils étaient encore ensemble. Lucy avait beau ne pas être grande, c'était comme si la colère lui faisait pousser des ailes. Que ce soit contre Jeff ou Sirius, elle donnait l'impression de faire la même taille qu'eux rien qu'avec la force de sa voix.
Pourtant, le résultat de ses colères était bien différent. Jeff avait plutôt été du genre à écouter silencieusement (avec une touche d'irritation tout de même) puis à s'excuser car il avait en horreur les prises de tête. Sirius, lui, regarda Lucy partir avec des sourcils arqués d'une manière exaspérée et un soupir las.
Une fois que Lucy Emerson eut disparut au tournant d'un couloir, Sirius laissa sa tête retombée en arrière et commença à se masser la nuque d'un geste compulsif.
« Qu'est-ce qu'elle peut être folle celle-là, » marmonna-t-il dans sa barbe, pas assez discrètement pour qu'Eva ne l'entende pas.
Eva tourna des yeux prudents vers lui, ne sachant pas vraiment à quoi s'attendre maintenant qu'ils étaient tous les deux seuls. Il l'a surpris quand il se mit à rire. Mollement puis plus franchement, ses yeux toujours à fixer le plafond.
« Je vois pas ce qu'il y a de drôle, commenta Eva en le regardant avec confusion.
– Tout ce drame-là, tu trouves pas que c'est ridicule ? lui répondit Sirius, la trace d'un sourire toujours sur ses lèvres.
– Bah…, hésita Eva – elle ne connaissait pas les nuances de l'histoire, elle. J'en sais rien moi. J'ai toujours eu l'impression que c'était toujours très dramatique chez vous de toute façon, » révéla-t-elle avec un sourire amusé.
Sirius haussa ses sourcils :
« Nous dramatiques ? Tu t'es vue toi ? A chaque fois que je te vois tu te bagarres avec un de tes copains. »
Eva remit sa tresse derrière son dos avec un rire coupable. Impossible de le contredire. C'est vrai qu'elle passait son temps à se disputer avec les Poufsouffles. Quand ce n'était pas Akash, c'était Amos qui s'y mettait, sans parler de ceux des années en-dessous qui semblaient toujours s'amuser à trouver le moyen de l'agacer.
« Oui, mais au moins nous c'est direct, se défendit Eva avec un haussement d'épaules désinvolte. Ils me cherchent, je leur donne une claque puis c'est réglé. Peut-être que vous devriez adopter notre manière de faire parce que, chez vous, chaque embrouille a l'air de prendre des années à se résoudre.
– Idée intéressante sauf qu'elle a ses limites, concéda Sirius en lui lançant un sourire amusé. Prenons l'exemple de James et Evans. Evans a beau avoir foutu des baffes à James, elle ne peut toujours pas le voir en peinture. »
Eva fit une grimace, admettant que le cas James-Lily Evans décrédibilisait son argument.
« C'est sûr qu'avec eux ça n'a pas l'air simple. Mais, mis à part leur divergence de point de vue sur Severus Rogue, il s'est passé autre chose ? » demanda Eva.
Elle ne voulait pas l'admettre mais elle était curieuse de savoir ce qui se tramait chez les 6ème année de Gryffondor.
Mine de rien, James était très discret sur ses altercations avec la préfète. Jamais il ne lui en avait parlé même si Eva, tout comme la majorité de la population de Poudlard, avait pu assister à une de leurs bruyantes disputes. Ce n'était que grâce à quelques commentaires par-ci par-là que James avait laissé entendre son intérêt pour Lily Evans. Comme la fois où ils étaient tombés nez à nez avec la rousse en s'extirpant d'une tapisserie après qu'ils eurent fini de se réconcilier après de long mois de silence et que James avait paniqué à l'idée que Lily Evans s'imagine qu'il s'était passé des choses pas très nettes entre eux deux.
Honnêtement, Eva aurait pu choisir de demander des informations à n'importe qui hormis Sirius. Bien qu'en tant que meilleur ami de James (ou siamois comme le disait tantôt la Grosse Dame) il devait tout savoir du statut de la relation James-Lily Evans, il était plutôt du genre à ne rien révéler. Eva admirait cette loyauté qu'unissait James et Sirius mais, à cet instant précis, elle espérait juste que Sirius lâche quelques infos.
Sirius fit une expression moqueuse, semblant se retenir de lever ses yeux au ciel. Le sujet n'avait pas l'air de lui plaire.
« Rien d'intéressant, répondit-il d'un ton dédaigneux. Comme l'a dit Emerson, Evans pète les plombs en ce moment et James est le seul à être assez idiot pour se laisser hurler dessus.
– Tu m'as l'air d'y avoir déjà réfléchi, commenta Eva.
– Quoi ? Ça te surprend ? lui rétorqua Sirius en arquant gracieusement un sourcil.
– Non, pas vraiment, répondit Eva avec un petit sourire amusé. J'ai toujours su que tu étais un gars perspicace. C'est juste que tu n'es pas du genre à le montrer, ajouta-t-elle en lui lançant un sourire taquin.
– Ha, s'exclama-t-il d'un ton faussement joyeux. Va dire ça à Emerson, railla-t-il.
– Non merci. Tu as été vache avec elle, à toi de t'excuser maintenant.
– M'excuser ? répéta Sirius, l'air presque répugné à l'idée. C'est elle qui était vache.
– J'arrive pas à savoir si vous vous entendez bien ou pas avec Lucy, commenta Eva en fronçant ses sourcils, attrapant de nouveau sa tresse pour la triturer entre ses doigts.
– Elle peut être sympa quand elle veut, » répondit avec désinvolture Sirius.
Eva ne savait pas si elle devait se réjouir de cette réponse vague. Pourquoi est-ce que quand il s'agissait de ses relations avec la gente féminine il devenait aussi peu précis que Mr Binns ? L'autre jour au sujet de son rendez-vous avec Marlene McKinnon ça avait été pareil.
Il devait sans doute ne pas vouloir qu'elle se mêle de sa vie (amoureuse). Pourquoi fallait-il que James et lui se ressemblent autant ? Ils étaient tout aussi frustrant l'un que l'autre.
« Comme toi, lui rétorqua Eva en le défiant avec un sourire. Tu es sympa que quand tu le veux.
– Ah ouais ? fit Sirius en hochant sa tête dans sa direction. C'est comme ça que tu la joues ? Je sais plus si j'ai envie d'être sympa et de t'aider à trouver Alice Fortescue maintenant.
– Tu comptais vraiment m'aider ? s'enquit Eva, peinant à le croire – il n'avait jamais été du genre à « perdre son temps pour les problèmes des autres » comme il le disait avant. J'ai du mal à y croire.
– Pourquoi pas, répondit simplement Sirius avec un haussement d'épaules, enfonçant ses mains dans ses poches de pantalon, une manche de son pull avait glissé jusqu'à son poignet. Pas comme si j'avais envie d'aller manger avec Emerson après sa crise de tout à l'heure. Et les gars sont toujours dans la Salle Commune.
– Ta Salle Commune n'est pas loin, lui fit remarquer Eva en regardant par-dessus les épaules de Sirius la cage d'escaliers menant à l'entrée de la tour des Gryffondors qui était à dix pas à tout casser de là où ils se tenaient debout face à face.
– J'ai pas envie de retourner écouter Evans faire sa harpie, » grimaça Sirius, l'air de se remémorer la scène qu'il avait quitté il y a dix minutes de ça.
Eva lui jeta un regard curieux :
« Qu'est-ce que tu proposes de faire dans ce cas ?
– Comment ça ? lui demanda Sirius en fronçant ses sourcils, l'air de ne pas comprendre où était le problème.
– Si tu ne veux pas retourner dans ta tour, comment est-ce qu'on fait pour trouver Alice Fortescue ? précisa Eva.
– On attend qu'elle passe par là, répondit platement Sirius en lui décochant un regard qui laissait entendre qu'il ne comprenait pas pourquoi elle se prenait autant la tête.
– On ? répéta Eva d'un ton incertain. Tu vas attendre avec moi ? »
Elle ne le comprenait pas. Il n'avait jamais été du genre à faire ce genre d'attention. Plus jeune, Eva ne lui avait pas laissé le choix. Elle avait été plus occupée à trouver des moyens d'embêter James que de demander son avis à Sirius. C'est pourquoi elle avait pris l'habitude d'enlever Sirius lorsque James refusait de passer du temps avec elle.
Au début, il avait été trop timide pour la rembarrer directement. Etant donné qu'il venait tout juste de rencontrer James, sans doute qu'il ne voulait pas la froisser de peur que James lui en veuille par la suite. Or, un jour, il avait planté ses pieds par terre et avait refusé de bouger.
Octobre 1971, 2ème année
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« Tu ne penses pas que tu devrais me demander mon avis ? Je ne suis pas ton chien à ce que je sache.
– Je le sais très bien ! s'était offusquée la Eva de 12 ans. Mais est-ce que tu viendrais avec moi si je te le demandais ?
– Sans doute que non. »
Ça avait été aussi violent qu'une claque de la part de sa mère. Et Sirius l'avait dit si innocemment avec un haussement d'épaules nonchalant.
« Mais apprends à être plus sympa ! s'était énervée Eva qui, en y repensant, était beaucoup trop franche – pas étonnant qu'elle s'était attirée toutes sortes d'ennemis.
– Et toi tu devrais apprendre que tu ne peux pas faire tout ce que tu veux quand tu veux, avait répondu Sirius et, dans l'esprit d'Eva, son visage s'était superposé à celui de Narcissa Black.
– Pourquoi est-ce que tous les Sang-Purs disent ça ?! » s'était emportée Eva en levant ses bras en l'air avec fougue.
Sur ses mots, elle avait tourné les pieds et avait quitté les lieux en tapant du pied. Son énervement l'avait fait rater l'expression froide de Sirius qu'avait suscité son commentaire.
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Règle n°1 quand on fréquentait Sirius Black : ne jamais mentionner sa famille. Et jamais, au grand jamais, dire qu'il avait un quelconque lien avec la culture Sang-Pur.
Autant dire que leur amitié florissante avait été mise en pause pendant un moment.
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– Pourquoi tu prends un air aussi inquiet ? lui demanda Sirius d'un air confus. Si j'avais pas envie de le faire je ne l'aurais pas proposé.
– Franchement, j'ai du mal à te croire. Je suis plus habituée à devoir te motiver pour faire quelque chose.
– Oui bah je suis d'humeur conciliante aujourd'hui, lui répondit-t-il avec un sourire fainéant qu'Eva passa quelques secondes de trop à fixer.
– Et qu'est-ce que tu proposes de faire en attendant qu'Alice fasse son apparition ? lui demanda-t-elle en le fixant bien dans les yeux, ignorant la bouffée de chaleur qui avait noué son estomac l'espace d'une seconde.
– T'as pas un contrôle à réviser ? » fit Sirius en guise de réponse, lançant un coup d'œil vers le sac aux pieds d'Eva qu'elle n'avait pas pris la peine de fermer – son manuel de Potions en dépassait. Sinon, je vois pas pourquoi je t'ai surpris avec un bouquin dans les mains. »
Eva rit jaune :
« Très drôle. »
Et là, Sirius lui dit quelque chose qui brisa toutes les idées préconçues qu'elle avait de lui après l'avoir fréquenté (brièvement ou quotidiennement par période) depuis presque 6 ans.
« Je peux t'aider.
– Attends, attends ! » s'exclama Eva.
Ses mains en l'air et un sourire incrédule aux lèvres, Eva essaya de comprendre comme ils en étaient venus là. Ou elle essaya de réaliser ce moment monumental.
« J'ai vraiment du mal à croire que tu sois vraiment en train de proposer de m'aider pour mes devoirs. Tu es sérieux ? » s'assura-t-elle, l'ombre d'un sourire toujours sur ses lèvres.
Sirius leva ses yeux au ciel :
« Si tu continues à me prendre la tête comme ça, je vais clairement pas t'aider
– Non, non, aide-moi ! s'exclama Eva, les yeux ronds – elle n'était pas assez bête pour refuser l'aide d'une tête comme Sirius. Il y a un truc que j'ai pas compris mais toi tu devrais être capable de tout comprendre, intelligent que tu es.
– Exagère pas non plus, » soupira-t-il en se frottant la nuque en un geste qui lui semblait aussi naturel que s'ébouriffer les cheveux l'était pour James.
Sa réaction fit sourire Eva. Sirius Black dont l'orgueil n'était pas des moindres faisait-il preuve d'humilité ? Eva décida toutefois de ne pas le charrier à ce sujet – elle était sérieuse quand elle lui disait qu'elle avait besoin d'aide tout à l'heure.
Finalement, ils s'assirent l'un à côté de l'autre. Adossés contre le mur, ils avaient vue sur les escaliers menant sur la tour des Gryffondors ainsi que sur l'ensemble du couloir.
Sirius étendit ses jambes alors qu'Eva qui s'était assise en tailleur – avec sa robe de sorcière, impossible qu'elle ne montre sa culotte par mégarde – sortit de nouveau son manuel de Potions de son sac. Eva feuilleta son manuel jusqu'à tomber sur la 7ème étape de la potion de régénération sanguine. Pendant ce temps, Sirius avait sorti sa baguette de sa poche et s'amusait à la faire tourner entre ses doigts en un mouvement habile.
(C'était Eva qui l'avait appris à James qui l'avait ensuite appris à Sirius. Mais ça, Eva ne le fit pas remarquer.)
Eva commence à lire à voix haute la partie sur laquelle elle butait mais Sirius lui prit le manuel des mains alors qu'elle avait à peine terminer de lire la première phrase.
« Je préfère lire par moi-même, » s'expliqua-t-il lorsque Eva posa sur lui un regard confus.
Avec un haussement d'épaules, Eva le regarda poser sur ses genoux son manuel où on pouvait distinguer ses annotations noircir le papier – elle avait toujours trouvé plus simple d'écrire directement les conseils de Slughorn sur son manuel plutôt que de sortir une nouvelle feuille de parchemin. Avec son index, Sirius traçait le fil de sa lecture.
Avec son léger froncement de sourcils, il paraissait bien sérieux. Elle se demandait comment il se comportait en cours. Faisait-il preuve de sérieux en lisant attentivement les consignes avec ce petit pli entre ses sourcils ? Ou passait-il son temps à échanger des blagues avec James et à ricaner dans sa barbe ?
Eva avait toujours été curieuse de savoir quelle dynamique il y avait chez les 6ème année. Elle savait qu'il y avait des différents entre les Gryffondors et les Serpentards – l'animosité qui existait entre James, Sirius et Severus Rogue l'exemple le plus connu – mais la tension était-elle aussi pesante que lors d'un de ses cours de Potions où Slughorn s'évertuait à désigner des groupes inter-Maison ? Est-ce que les élèves de différentes Maisons parlaient encore ensemble ou chacun restait-il dans son coin ? Est-ce que les Serpentards restaient dignement muets à part lorsqu'un ricanement moqueur leur échappait ?
Eva arracha son regard songeur du profil de Sirius où elle avait inconsciemment suivi des yeux la ligne de grains de beauté qui ruisselait du bas de sa joue jusqu'à se perdre en-dessous du col de son pull. Reprenant ses esprits, elle se pencha vers Sirius pour lui montrer précisément l'endroit qui la perturbait. Le bout de sa tresse chatouilla les pages du manuel de Potions ouvert sur les genoux de Sirius.
« Eva, dit soudainement Sirius.
– Hum ? » fit Eva en levant distraitement ses yeux vers lui, coupée court dans sa réflexion.
Epaule contre épaule, ils étaient si proches l'un de l'autre qu'elle pouvait clairement voir que ses yeux n'étaient pas bleus comme le disaient certaines mais bien d'un gris saisissant. Quant à ses lèvres, elles avaient quelque chose de distrayant qu'Eva n'arrivait pas à comprendre.
La voix de Sirius l'arracha à ses pensées :
« Tu peux reculer un peu ? Tes cheveux piquent, expliqua-t-il avec une grimace et c'est seulement à ce moment qu'Eva se rendit compte qu'elle s'était tellement rapprochée de lui que sa tresse de cheveux bruns clairs dégoulinait le long du bras de Sirius avant de terminer leur route sur le dos de la main de Sirius qui tenait le manuel.
– Oh, pardon ! » s'exclama Eva en s'empressant de se décaler.
Rose de gêne, elle rajusta sa tresse pour qu'elle tombe sur son torse. Sans la chaleur du corps de Sirius, son épaule et son bras pourtant couverts de son pull d'uniforme en plus de sa robe de sorcière lui paraissaient bien froids.
Qu'est-ce qui lui avait pris de se coller à lui comme ça ? Il allait se faire des idées et elle trouverait difficilement une explication pour son comportement. Elle qui avait tant d'effort pour garder ses distances avec lui depuis l'accident du mois de mars, elle avait l'air d'une idiote maintenant. Une idiote aguicheuse.
« Elle joue avec les garçons. Diggory, Banerjee, Windsor, Mulciber, elle semble proche de tout ceux-là. »
Et si Sirius suivait un tant soit peu le moulin de commérages de Poudlard, il en viendrait à la même conclusion.
Pourtant, le fil des pensées de Sirius sembla être bien différent de celui d'Eva.
Les doigts de Sirius effleurèrent la poitrine d'Eva avant qu'il ne suive de ses doigts la longueur de la tresse d'Eva qui pendait jusqu'à son nombril. Prenant entre son pouce et son index le bout de la tresse, Sirius se mit à caresser ses cheveux.
Tétanisée, Eva le regarda faire sans un mot. Sous le coup de la surprise, son cœur avait fait un douloureux bond dans sa poitrine et il ne se calma pas durant les dix longues secondes où Sirius resta silencieux.
Ce n'est que quand il reprit la parole qu'elle osa lever ses yeux ronds de stupeur vers lui. Penché légèrement vers elle, Sirius la regardait d'un air pensif.
« Tu es vraiment difficile à comprendre comme fille. Un jour, tu sursautes parce que je te touche et un autre jour tu te colles à moi. »
La bouche d'Eva s'entrouvrit mais les mots lui échappaient. Ce n'est qu'un pitoyable « euh » qui lui échappa.
« Ça ne me dérange pas, lui dit Sirius. Mais un autre gars que moi pourrait se demander quels signaux tu essayes de lui envoyer. »
Puis, il relâcha sa tresse et, comme si de rien n'était, commença son explication sur la 7ème étape de la potion de régénération sanguine. Mais Eva ne l'écoutait plus. Mortifiée, elle fixa sans un mot son manuel que Sirius tapotait du doigt pour accentuer son explication.
Elle avait cru être discrète avec ses réactions physiques disproportionnées mais ce que Sirius venait de lui dire prouvait le contraire. Elle passa en revue ses rencontres avec Sirius depuis trois semaines et se revit sursauter alors qu'il l'avait attrapé après qu'il eut fait son commentaire sur ses genoux égratignés, sursauter encore lorsqu'il l'avait pris par la main dans le couloir après qu'elle l'eut surpris en compagnie de Marlene McKinnon, sans compter les fois où leurs bras s'étaient effleurés par mégarde. Et d'un autre côté, elle avait librement amorcé des contacts physiques comme la fois où elle l'avait pris par la main sur le terrain de Quidditch ou aujourd'hui lorsqu'elle l'avait pris par le bras ou s'était penchée vers lui.
Elle se voyait mal lui expliquer qu'elle ne supportait plus qu'un garçon la touche sans crier gare mais qu'en même temps, après tant d'années à l'avoir côtoyé aux côtés de James, elle était assez à l'aise pour se comporter librement avec lui. Ce serait hypocrite de sa part.
Elle décida finalement de se concentrer de nouveau sur ce que lui disait Sirius – après tout, elle avait toujours son contrôle à préparer. Ils échangèrent pendant une dizaine de minutes, Sirius proposant même de lui poser des questions pour voir si elle avait retenu les étapes clés.
Finalement, des bruits de pas les arrachèrent à leur séance de révision improvisée et ils levèrent tous les deux leurs yeux pour voir qu'un troupeau de Gryffondors descendaient les escaliers. Ça devait être l'heure de pointe du dîner.
Eva aperçut d'abord la chevelure claire de Remus qui, par sa taille, se démarquait des autres puis elle vit que James et Peter étaient avec lui. La personne qu'elle cherchait se trouvait là aussi. Le bras enroulé autour de celui de Frank Londubat, Alice Fortescue discutait avec celui-ci. Ses yeux étant levés vers ceux de son petit ami, elle était inconsciente du regard enjoué d'Eva qui s'était posé sur elle.
« Alice Fortescue est là ! » s'exclama Eva.
Précipitamment, elle se remit sur ses jambes et, maintenant accroupie, prit des mains de Sirius son manuel.
« Vraiment merci de m'avoir aidé. C'était très gentil de ta part. Je te revaudrai ça une prochaine fois, lui promit-elle, rangeant avec empressement son manuel dans son sac. Et Sirius – elle releva ses yeux marrons vers lui – je suis désolée si mon comportement t'a paru bizarre. »
Ne lui laissant pas le temps de répondre, Eva se redressa et partit à la poursuite d'Alice Fortescue qui l'avait dépassé sans la remarquer.
« Patmol ? Qu'est-ce que tu fous là ? »
La voix de son meilleur ami arracha Sirius à sa contemplation d'Eva qui venait d'aborder le couple de 7ème année avec un sourire exubérant si différent de l'air sérieux qu'elle avait pris en plongeant ses yeux chocolats dans les siens.
« Je suis désolée si mon comportement t'a paru bizarre » Quel genre d'excuse c'était ça ? Sans parler du fait que ça n'expliquait rien… De toute façon, Sirius avait appris à ne pas trop se prendre la tête avec Eva Brown. Elle réussissait toujours à le rendre perplexe. Jamais il n'avait réussi à comprendre ce qu'il se passait dans sa tête.
Elle pouvait bien l'envoyer paître, le repousser sans un remord tout comme elle pouvait adopter un comportement timide digne de Mary McDonald, rougissant furieusement à une de ses remarques dragueuses. Et cette année, elle sursautait à chaque fois qu'il la touchait de manière spontanée. Jamais il ne l'avait vu avec des yeux comme ça, des yeux effrayés. De quoi avait-elle peur? Il ne le savait pas.
Se grattant la nuque, Sirius décida de ne rien dire de ce qu'il venait de se passer à ses amis qui le regardaient d'un air curieux :
« Emerson m'a pris la tête et je n'avais pas envie de retourner voir votre cirque dans la Salle Commune, » dit-il simplement ce qui était vrai mais il préférait garder pour lui qu'il avait eu envie de passer du temps avec Eva – jamais il n'avait parlé de son étrange fascination avec la Poufsouffle à James et il comptait bien ne jamais lui en parler.
Comme si fait exprès, Lily Evans passa à côté d'eux à ce moment-là – Mary McDonald, plus discrète, à ses côtés. Sirius fut le seul à le remarquer puisque les garçons lui tournaient le dos. Ça ne prit à Sirius qu'une seconde pour remarquer la peau rougie autour de ses yeux verts (vert émeraude, préciserait James à sa place) qui était incontestablement le signe qu'elle avait pleuré.
(Comme Eva la semaine précédente lors du cours de tutorat où ils étaient tombés en pleine accrochage entre Amélia Avery et le reste des 7ème années.)
Mais contrairement à Eva qui avait gardé la tête basse pendant toute l'heure de tutorat, Evans ne paraissait pas avoir honte de montrer sa faiblesse puisque, comme à son habitude, elle se tenait droite et levait son menton d'un air buté. Un peu comme si elle défiait quiconque d'oser faire un commentaire sur son état émotionnel.
Intérieurement, Sirius se félicita d'avoir quitté la Salle Commune à temps. Supporter les cris de colère il pouvait le faire mais assister à une crise de larmes ? Non merci. Il n'osait même pas imaginer comment avait réagi James une fois que la voix de Lily Evans avait trébuché sur un sanglot. Sans doute qu'il avait tenté de détendre l'atmosphère avec un commentaire blagueur déplacé qui avait fait réagir de plus belle Evans.
« Elle passe un moment difficile en ce moment, O.K. ! » lui avait dit Emerson plus tôt. Il ne savait pas exactement quel était le problème d'Evans et, honnêtement, il n'en avait rien à faire mais si elle continuait de passer ses nerfs sur James, Sirius n'allait pas tarder à la calmer et ce ne serait pas aussi gentil que ce qu'avaient tenté de faire Remus ou James depuis le début de l'année.
« Bah, si tu veux mon avis, tu as bien fait. J'ai l'impression qu'Evans a battu un nouveau record de décibel, grimaça Peter en se frottant l'oreille.
– Peter, siffla Remus d'un air réprobateur, s'assurant d'un coup d'œil que personne n'avait entendu le commentaire déplacé de son ami.
– Bah quoi, c'est vrai, se défendit Peter avec un haussement d'épaules nonchalant. Elle est tellement partie dans les aigües que j'ai cru que mes oreilles allaient saigner à un moment. »
Contrairement à Remus qui paraissait exaspéré ou James qui grimaçait avec gêne, la candeur de Peter fit sourire avec amusement Sirius. Ils pouvaient toujours compter sur Peter pour dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
« Hé, Pettigrow ! Si tu continues à faire des commentaires de ce genre sur ma copine, je te ferai saigner des oreilles pour de vrai la prochaine fois. Alors, fais gaffe. »
Et sur ces mots, Saoirse Stewart qui venait d'apparaître derrière l'épaule de Peter partit rejoindre en courant Lily Evans et Mary McDonald qui avaient déjà disparu du couloir.
Les yeux ronds de peur, Peter osa se retourner pour suivre des yeux l'irlandaise qui n'avait jamais eu peur de se faire entendre ni de proférer des menaces.
« Elle était derrière moi depuis quand ? s'exclama-t-il. Elle m'a fichu la trouille ! »
James et Sirius ne purent s'en empêcher, ils explosèrent de rire. Même Remus qui secouait sa tête d'un air exaspéré ne pouvait s'empêcher de sourire avec amusement.
« Non mais sérieux ! continua Peter. J'ai cru qu'un démon venait d'apparaître. Et me faire saigner les oreilles ?! Elle est folle celle-là !
– Peut-être que c'est sa manière à elle de draguer ? ricana James.
– Elle doit être spéciale au lit, ajouta Sirius en se remettant sur ses pieds.
– Tu penses qu'elle est du genre BDSM ? demanda James à Sirius, les deux garçons échangeant des sourires malicieux alors qu'ils commençaient à traverser le couloir pour se diriger vers la Grande Salle.
– C'est quoi ça ? » s'enquit Peter, ne se doutant pas dans quoi il s'embarquait.
Le sourire de James s'élargit. Il enroula son bras autour des épaules de Peter :
« Ça mon cher Peter, c'est quand une fille veut t'attacher au lit et faire ce qu'elle veut de toi, révéla innocemment James, déclenchant un rougissement embarrassé de Peter.
– Autant dire que ce n'est pas Mary McDonald qui te fera découvrir cet univers, plaisanta Sirius.
– Voyons, Patmol. Ce sont souvent les plus calmes qui sont les plus cochonnes, tu devrais bien le savoir, dit James en faisant un clin d'œil joueur à son meilleur ami qui lâcha une expression amusée.
– Je ne suis pas sûre de vouloir savoir ce que Sirius a fait avec Carina Winnifred l'année dernière, protesta Remus avec une grimace.
– Ah mais je ne parlais pas de cette 7ème année, Lunard, rétorqua James dont le large sourire laissait comprendre que le sujet le ravissait. C'est plutôt du côté des Serdaigles qu'il faut s'intéresser.
– McKinnon ?! s'écria Peter d'un air choqué avant de tourner ses yeux écarquillés vers Sirius qui marchait nonchalamment à côté de lui. Sérieusement ?! »
Sirius se contenta de hausser les épaules et de lui adresser un sourire énigmatique.
« Non mais c'est une blague ou pas ? J'arrive jamais à savoir avec vous deux ! s'exaspéra Peter, faisant ricaner James.
– Qui sait ? répondit évasivement Sirius dont le sourire en coin ne donnait aucun indice à Peter sur la véracité de l'histoire.
– Ne cherche pas, Peter, soupira Remus. Ils te le diront l'année prochaine s'ils y repensent.
– Ah, Lunard. Tu as une si piètre opinion de moi, ça me désole, soupira James d'un ton faussement blessé.
– Ça doit être pour ça qu'il s'entend si bien avec Evans, » se moqua Sirius.
La remarque de Sirius fit perdre toute trace de sourire à James qui n'avait jamais été très ouvert à des moqueries sur sa relation plus que compliquée avec Lily Evans. Sirius capta le regard de Remus qui, lui, paraissait avoir apprécié sa raillerie car il cacha un sourire amusé derrière son poing.
« C'est bas, Patmol, très bas.
– Pas aussi bas que ton niveau dans l'estime d'Evans. »
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titre : mais où est alice fortescue ?
nombre de mots : 10 000 et quelques (comme d'habitude, en fait)
Salut, c'est encore moi. Ahlala, j'adore tous les personnages. J'adore laisser des indices sur les relations des personnages. J'imagine Lucy Emerson comme étant une jeune Jennifer Connely. Une fille ultra consciente de son sex appeal et qui n'hésite pas à en tirer parti. Et oui, ils formaient un très très beau couple avec Jeff.
Quant à Sirius, omggggg, le mec sait comment y faire pour émoustiller une fille. Et James, eh bien, James va mal mais il a toujours ses copains pour lui faire oublier qu'il s'est fait engueuler comme jamais par la douce Lily Evans qui "passe un moment difficile" en ce moment. Vous avez des théories à ce sujet d'ailleurs ?
