Thème du jour : Bouton
Contexte : Modern!AU
Cela faisait plusieurs minutes que Cersei pleurait devant son miroir.
Toute sa vie allait s'effondrer et elle ne pouvait rien faire pour échapper à son triste destin.
Elle était fichue.
Sur cette pensée, ses larmes redoublèrent d'intensité, des sanglots si bruyants qu'ils ne purent qu'attirer l'attention de Tyrion, qui frappa à la porte de la salle de bains.
« Cersei ? Je peux entrer ? »
« Va t-en ! » rétorqua t-elle sèchement en contemplant les coulures de maquillage sur ses joues.
Plus qu'à aucun autre moment, elle se mit à regretter l'absence de Jaime et maudit une nouvelle fois leur père. Il avait envoyé son fils adoré dans une prestigieuse école privée pour qu'il y effectue sa dernière année de lycée, passeport direct pour l'avenir doré qui lui était promis, à savoir reprendre un jour les rênes de la société familiale.
Cersei, elle, devait se contenter du lycée du quartier, et, en tout cas selon les dires de Père, y rencontrer son futur mari qui, avec un peu de chance, serait tellement ébloui par sa beauté qu'il en oublierait son absence totale de bon sens et d'intelligence.
Elle n'avait pas répondu quand il lui avait fait cette remarque, elle s'était simplement contentée de sourire et de baisser docilement la tête.
Plus tard, elle avait donné un coup de poing dans le mur et avait manqué de se briser la main au passage. C'était Jaime qui l'avait accompagnée chez le médecin.
« Ne l'écoute pas, Cersei, » lui avait-il dit gentiment. « Tu es intelligente, quoi qu'il en dise. »
Elle avait soupiré avant d'accepter son étreinte réconfortante. Jaime était son jumeau, il savait tout d'elle et elle savait tout de lui mais sur ce point, il ne pourrait jamais la comprendre. Il ignorait ce que ça faisait de sentir qu'on ne comptait pas, qu'on n'était pas assez.
Cersei claqua la langue quand Tyrion, faisant fi de ses protestations, entra dans la pièce. Il se figea quand il s'aperçut qu'elle pleurait toujours.
« Que se passe t-il ? »
Elle lui désigna alors l'horrible bouton qu'elle avait en plein milieu du front.
« Regarde ! »
Il fronça les sourcils.
« Ce n'est qu'un bouton. »
« Je n'arrive pas à le dissimuler avec du maquillage, » reprit-elle en l'ignorant. « Je suis laide. Je suis hideuse. Tout le monde va se moquer de moi. »
« Ne raconte pas n'importe quoi. »
Son ton se fit plus sec. C'était lui qui était hideux, c'était de lui qu'on allait se moquer toute la journée, comme on l'avait toujours fait depuis sa plus tendre enfance.
Cersei était belle, tous les garçons se retournaient sur son passage (et pas que les garçons d'ailleurs) et ce n'était pas un petit bouton qui allait y changer quoi que ce soit.
« Tu ne comprends pas. C'est le jour de la rentrée. Je ne peux pas être laide le jour de la rentrée. Pas alors que... »
Elle s'interrompit et Tyrion se remémora les mots durs que leur père avait eus à son égard.
Sois belle et tais-toi. C'était tout ce qu'il attendait d'elle.
De Tyrion, en revanche, il n'attendait rien du tout. Il n'existait tout simplement pas à ses yeux et s'il en avait un temps souffert, il préférait désormais ça à la pression qu'il infligeait sans cesse aux jumeaux.
« Tu veux que je t'accompagne jusqu'au lycée ? » demanda t-il finalement.
Cersei écarquilla les yeux.
Si elle était vue en compagnie de son petit frère, en compagnie d'un nain, alors sa réputation serait tout simplement morte et enterrée.
Aucun garçon ne s'intéresserait à elle et quel serait son avenir, alors ?
(Mais, au fond d'elle, elle ne souhaitait continuer d'éveiller l'intérêt que d'un seul garçon, tout comme Jaime ne se souciait de plaire qu'à une seule fille.)
« Réfléchis. Tout le monde me regardera moi, et certainement pas toi et ton stupide bouton. »
Ceci ne serait valable que jusqu'à ce qu'elle franchisse les portes du lycée même si Tyrion n'y avait visiblement pas pensé. Cersei se mordit la lèvre.
Avait-elle vraiment envie qu'un garçon s'intéresse à elle ?
Avait-elle vraiment envie de passer sa vie à être belle, se taire et attendre que son mari daigne lui accorder un peu d'attention ?
Cersei prit sa décision au bout de quelques secondes.
.
Sur la route du lycée, des murmures moqueurs accompagnèrent leur passage, mais ils n'étaient pas destinés à Cersei et son stupide bouton. Tyrion ne réagissait pas – il avait l'habitude.
Ce qui était nouveau, en revanche, c'était les regards noirs que Cersei lançait à quiconque se permettait de laisser échapper une remarque sarcastique.
« Ça va aller ? » demanda Tyrion une fois qu'ils furent arrivés à destination.
Elle haussa les épaules.
« Je survivrai. Et toi ? »
« Moi aussi, » répondit-il d'un ton fataliste.
Et pour la première fois, Cersei songea qu'en cet instant, Tyrion la comprenait mieux que Jaime ne pourrait jamais le faire.
Elle se pencha et l'embrassa sur la joue.
« A ce soir, petit frère. »
