Disclaimer : les personnages sont à Hiromu Arakawa, et je ne me fais pas de sous là-dessus.

Rating : T dans l'ensemble, et peut-être quelques passages plus durs qui seraient M.


Bonjour à tous !

Et tout d'abord une belle année à vous ! Que malgré la morosité ambiante, les mois à venir vous amènent de belles surprises, de jolies découvertes et bien sûr de bonnes lectures ! Prenez soin de vous.

Et pour bien attaquer, un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira et vous donnera envie de me laisser votre opinion. J'aimerais beaucoup savoir quels passages plaisent le plus, qu'est-ce qui éveille votre curiosité ? N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me donner votre avis !

Un petit message aussi à ceux d'entre vous qui ont découvert cette histoire récemment : je suis contente de vous voir arriver et de vous accueillir dans ce petit monde, bienvenue à bord et merci de suivre cette aventure!

Et pour le reste : bonne lecture !


Chapitre 10 : Relaxation en couleurs

Lundi matin, première heure, la classe d'Edward reçoit un emploi du temps modifié pour la semaine. Certaines heures ont été déplacées, et dans certains creux, ils découvrent les ateliers de l'infirmière. Le professeur qui leur explique les modifications, précise que vu le nombre d'intéressés dans leur classe, il a été décidé que les ateliers seraient un peu plus nombreux, et que leur classe serait test sur le sujet, pour les années suivantes.

Le premier atelier est prévu en première heure à la reprise de l'après-midi.


Lorsque les élèves arrivent dans la classe réservée pour eux, la plus grande et large du lycée, ils découvrent une salle dont le sol est couvert de matelas de gymnastique. L'infirmière les fait entrer en leur indiquant les matelas.

« Bonjour ! Laissez vos sacs près de l'entrée, et installez-vous, un par matelas, normalement c'est bon. S'il en manque, vous en avez un petit tas près de la porte du fond. »

Dans un brouhaha joyeux, les adolescents s'installent, par petits groupes. Lorsqu' Edward finit par entrer à son tour, une bonne partie de l'espace est déjà occupé.

« Ed ! » L'exclamation le surprend et il cherche des yeux la personne qui l'appelle. Il voit un bras s'agiter près d'un mur. Il sourit largement à son frère.

« Tu es avec nous aujourd'hui ?

- Oui, comme je ne suis pas en terminale, l'infirmière voulait que je commence avec ta classe. »

Alphonse s'est installé sur l'ultime matelas libre près du mur, mais il a gardé pour son frère le dernier tapis proche du sien. En attentant que la séance commence, ils s'adossent tous les deux au mur et s'échangent leurs nouvelles du matin.

Lorsque le remue-ménage se calme, l'infirmière se place devant le bureau et parcourt la salle de son regard perçant. Peu à peu le silence se fait dans la pièce.

« Bien, je vois que tout le monde est installé. C'est bien. Aujourd'hui, nous allons faire une demi-heure de relaxation, et à la fin de l'heure je vous expliquerai un peu plus l'arthérapie et ce que nous ferons la prochaine fois. Des questions ? »

Edward repense vaguement à l'avertissement du docteur Hughes, mais il est loin de l'infirmière et ne veut pas attirer l'attention sur lui. Tant pis, il décide de se taire.

« Parfait ! Alors, voici comment nous allons procéder : vous allez vous allonger sur les tapis et fermer les yeux. Ensuite je vais vous dire quoi faire pour vous détendre. Il vous suffit juste d'écouter ma voix. Allez ! On s'y met ! Allongez-vous ! »

Le bruit des corps qui remuent. Edward ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil circulaire, mal à l'aise. Personne ne fait attention à lui, l'ambiance est vraiment décontractée. Son cadet est déjà couché, appuyé sur un coude et lui sourit. Il retourne le sourire, se déplace vers son matelas et s'étend. Autour de lui, ses camarades de classe ont déjà fermé les yeux. Chacun a son tapis, pourtant, il a l'impression qu'ils sont entassés les uns sur les autres, très proches. Il sent sa respiration s'accélérer. Non. Il fait jour. Il est en cours. Tout va bien. Pour s'en convaincre, il s'assoit à nouveau, les mains sur les cuisses pour les empêcher de trembler. Il fixe le mur devant lui, respire à fond, de grandes inspirations, suivies d'expirations lentes. Une, deux, trois. Il sent la main de son frère sur la sienne. Il prend le temps de respirer profondément encore une fois, puis tourne la tête vers son cadet et sourit.

« Ed…

- C'est bon, tout va bien, tout va bien », marmonne l'adolescent.

Son frère ne répond pas, mais il voit l'inquiétude dans son regard. Pour ne pas avoir à répondre à ses questions, il se rallonge rapidement et ferme les yeux. Il n'est définitivement pas à l'aise, mais la main d'Alphonse dans la sienne l'aide à se calmer.

Ce mouvement dans le coin des deux frères n'a pas échappé à Mme Hawkeye qui fronce les sourcils. Mentalement, elle fait la liste de ce qu'elle sait des deux frères. Le cadet a manqué les cours pendant plusieurs mois. L'aîné a été absent une quinzaine de jours, puis est revenu en janvier, avec deux plâtres. Elle a été spécifiquement avertie de leur absence, car elle était liée à la fusillade de décembre. Ce mois-là, il y avait eu un gros suivi des élèves du lycée à cause de l'événement. Plusieurs avaient développé des angoisses. Mais ils sont les seuls qui étaient sur les lieux, et c'est bien sûr différent. La réadaptation au lycée a semblé se faire sans problème, et elle n'a pas poussé plus loin que la simple entrevue qu'elle a fait avec chacun d'eux à leur retour, d'autant qu'ils lui ont tout deux assurés qu'ils étaient suivis. Pourtant, si la santé du cadet semble s'être vraiment améliorée, l'aîné l'inquiète. Habituellement brillant et extraverti, il est devenu taciturne, renfermé et ses professeurs rapportent un gros changement d'attitude depuis son retour. Sans réelle chute de ses notes, beaucoup n'y ont pas vraiment prêté attention, cependant certains s'inquiètent de le voir fatigué et désintéressé par les cours. Le collègue de physique l'avait même envoyé à l'infirmerie pour dormir. L'adolescent n'est pas causant et elle a seulement réussi à apprendre qu'il faisait des cauchemars. Elle sait que certains effets secondaires après un traumatisme peuvent surgir et se développer après plusieurs mois ou années, mais sans manifestation visible, elle ne sait pas à quoi elle a affaire. Elle préférerait ne pas le découvrir pendant l'atelier. Elle soupire face aux soucis qu'elle prévoit.

« Tout le monde est prêt ? Allez, fermez les yeux ! Essayez de vous détendre. Si certains d'entre vous se sentent bien à l'aise pendant la séance, il est possible que vous somnoliez, ce n'est pas un problème, au contraire, ne luttez pas. Dans ce cas, je vous réveillerai pour le cours suivant. Pendant la relaxation, je vais passer parmi vous, si vous sentez quelque chose près de vous, c'est moi qui passe. Si vous entendez ma voix différemment, c'est normal. »

Puis, elle commence à parler d'une voix plus lente, plus profonde, un peu plus ferme.

« Maintenant tout le monde écoute ma voix. On va commencer à détendre votre corps... D'abord la tête… Faites-la rouler de gauche à droite, puis de droite à gauche… Puis secouez les épaules… Ensuite on remue les bras… Les avant-bras… Les mains et les doigts… »

Entre chaque partie du corps qu'elle nomme, elle marque une pause silencieuse, comme pour laisser le temps à chacun de remuer les membres désignés.

« On continue en détendant le dos… Les hanches… Puis les jambes… Et enfin les pieds et les doigts de pied… Voooilàaa. »

Pendant qu'elle parle, tous les jeunes prennent leurs aises. Certains suivent à la lettre les instructions, d'autres remuent vaguement, certains rouvrent les yeux puis les referment en voyant le sérieux de leurs amis, d'autres sont simplement allongés un peu tendus et gênés.

Ed trouve que la voix de l'infirmière est agréable. Elle lui fait beaucoup penser à celle de son maître d'arts martiaux, lors des séances de méditation.

« Respirez doucement...

Prenez le temps de prendre conscience de votre respiration…

Inspirez profondément…

Expirez lentement…

Pensez au chemin de l'air dans votre corps…

Il entre par votre nez…

Descend dans vos poumons…

Sentez votre poitrine qui se soulève…

Pensez au sang qui transporte l'oxygène dans tout votre corps, jusqu'aux extrémités…

A votre cœur qui bat régulièrement…

Expirez, sentez l'air qui ressort par votre bouche…

Recommencez plusieurs fois…

Des respirations profondes, lentes. »

On entend inspirer, souffler, petit à petit le silence s'est établi dans la pièce, et chacun semble s'être apaisé.

C'est trop calme.

Ed entend son cœur battre la chamade. Si fort qu'il a du mal à entendre la respiration de son frère qui est pourtant tout près. Mais il sent sa main dans la sienne, Al est là, tangible, tout va bien.

« Au fil de vos respirations, décrispez-vous, détendez un peu plus vos pieds… Vos jambes… Vos hanches… Votre torse et votre dos… Vos mains… Vos bras… Vos épaules… Votre cou… Votre visage… Faites le vide dans votre tête. »

Quelques mouvements, des bruits d'habits froissés. Edward sent son trouble monter d'un cran. Le matelas lui semble dur, inconfortable, désagréable.

« Maintenant, imaginez un endroit où vous vous sentez à l'aise, en sécurité. Vous vous y promenez. Pensez aux détails, à ce qui vous plaît dans cet endroit. Vous y êtes bien. Prenez le temps de vous y détendre, je vous laisse quelques minutes avant de continuer. »

Hawkeye balaie la classe du regard. Certains élèves ont gardé leur attitude crispée, mais la plupart semblent décontractés, plusieurs ont le sourire aux lèvres. Puis elle observe les frères Elric. Quelque chose ne va pas. Elle franchi rapidement la distance.

En suivant la voix de l'infirmière, Ed repense aux champs et aux prairies de son enfance. Il parcourt en pensée les chemins de terre avec son frère. Et soudain, il ne sent plus la main de son cadet. Al ! Immédiatement tout son corps se tend. Instinctivement sa main cherche celle de son frère. Il la frôle et pourtant n'arrive pas vraiment à la reprendre. Al ! Que se passe-t-il ? Pourquoi n'arrive-t-il plus à le retrouver ? Son frère est-il en danger ? Où est-il ?

Il se redresse, affolé. Ouvre les yeux brutalement. Juste à côté de lui, son frère est allongé, tout détendu. Pourquoi est-il allongé ? Est-il blessé ? Est-ce grave ?

Il est prêt à le secouer lorsqu'il sent une main sur son épaule. Il sursaute violemment et se retourne. Pour découvrir Mme Hawkeye, un doigt sur ses lèvres, qui lui fait signe de se lever. Pendant quelques instants il se sent complètement perdu, l'esprit cotonneux, ne sachant plus ce qu'il fait là. Il prend la main qu'elle lui tend et se laisse guider vers la chaise du bureau où elle le fait s'asseoir et lui sert un gobelet d'eau. Il le boit d'un trait et elle le remplit à nouveau. Cette fois il boit à petites gorgées. Au bout de quelques minutes, l'infirmière lui demande à mi-voix :

« Ça va mieux ? »

Il n'a pas vraiment, ni l'envie, ni la force de répondre. Il hoche la tête en continuant à boire dans son gobelet.

Tout cela n'a pas duré longtemps et personne n'a rien remarqué. De là où il est, Edward voit bien Alphonse. Son cadet semble s'être endormi avec le sourire. Pourtant il a l'impression de le voir couvert de sang. Il se frotte les yeux. Les rouvre. Pas de sang. Mais Al n'est-il pas un peu plus pâle que d'habitude ? Edward soupire. Se frotte toute la figure cette fois, comme pour chasser ces images de ses rétines et de son cerveau.

Il sent à nouveau une main sur son épaule, un contact très léger cette fois. Il lève les yeux vers l'infirmière. Elle lui sourit, accompagnant son expression d'une légère pression de sa main. Il se force à lui rendre un maigre sourire, puis soupirant, il plonge sa tête dans ses bras qu'il croise sur le bureau. Toutes ces angoisses le fatiguent. Il voudrait juste que cela s'arrête. Débrancher son cerveau, souffler un peu.

Il entend que l'infirmière s'est remise à parler, a repris la séance, incitant ses camarades à reprendre contact avec leur corps puis la réalité, mais il n'écoute plus, ne cherche plus à suivre. Il voudrait juste rester ainsi et ne plus rien faire. Il se sent vidé.

« Ed ? »

C'est avec surprise qu'il entend son frère l'appeler doucement. Il redresse la tête. La séance est finie ? Se serait-il endormi ? Il se sent l'esprit embrumé, a du mal à se situer dans le temps.

« Al ?

- Ça va Ed ? Pourquoi tu t'es déplacé ?

- Je … Non, c'était pas super la relaxation, pas très relaxant. L'infirmière m'a proposé d'arrêter. Et toi ? C'était bien ?

- Oui. Je crois que je me suis endormi. C'était sympa. Mme Hawkeye m'a donné l'horaire de demain, apparemment on ne sera pas ensemble.

- Ok. C'est … sûrement bien aussi.

- Oui. » Alphonse ne semble pas convaincu. Il sent qu'Edward ne lui dit pas tout. Mais il n'insiste pas. Pas au lycée.

A ce moment, la sonnerie se fait entendre.

« On se retrouve ce soir !

- Oui, à tout à l'heure ! »

Lorsqu'Edward se lève pour aller prendre son sac et partir, il se retrouve face à face avec l'infirmière.

« Je sais que vous avez cours, mais je vais vous garder encore un peu. Je vous ferai un mot pour retourner en classe. »

Puis, pendant que les derniers élèves sortent, elle prend une chaise et s'assoie de l'autre côté du bureau.


Le brouhaha de la sortie dure encore quelques instants, puis tout devient très calme, presque trop silencieux. Edward baisse la tête. Il sait qu'il aurait dû parler à l'infirmière, Hughes lui avait dit de le faire, mais il ne voyait pas comment aborder la question. Et même maintenant il ne sait pas quoi dire. Et il n'en a pas vraiment envie. La perspective de l'interrogatoire qui va suivre lui déplaît fortement.

« Qu'as-tu aimé dans la séance d'aujourd'hui ? »

Surpris, Edward relève la tête. Il s'attendait à un sermon, pas au ton chaleureux sur lequel la question lui a été posée. Même le tutoiement le surprend. Pourtant ce n'est pas la première fois que Mme Hawkeye l'emploie avec lui. Peut-être l'utilise-t-elle pour mettre à l'aise les élèves…

« J'ai bien aimé le début. Quand il faut relâcher les muscles du corps, faire le vide.

- Pourquoi ?

- Ça m'a fait penser à la méditation qu'on fait en arts martiaux.

- C'est vrai qu'il y a des similitudes. Tu pratiques les arts martiaux ?

- Oui, j'ai fait plusieurs années de karaté et d'aïkido, et je continue à m'entraîner le plus possible, même si j'ai ralenti le rythme depuis que je suis au lycée.

- D'accord. Donc tu connais le principe de la méditation ? Tu en as fait souvent ?

- Je connais oui. Mon maître nous en faisait faire quelques minutes à chaque entraînement, et une vraie séance plus longue régulièrement.

- Et tu as déjà réagi comme aujourd'hui à ces séances ? »

Edward soupire.

« Non. »

L'infirmière attend patiemment.

« J'aurais dû vous prévenir. Le docteur m'avait dit de le faire. Mais… J'ai pas trouvé le moment avant qu'on démarre… Et après…

- Après j'ai improvisé. Bon qu'est-ce que tu aurais dû me dire alors ?

- …

- …

- Que j'ai des flashbacks. Et le docteur m'avait prévenu que la relaxation pouvait les faire ressurgir.

- D'accord. Effectivement. »

Elle hoche la tête. Puis elle le regarde avec une attention renouvelée.

« Est-ce que tu acceptes de m'en parler ?

- J'ai pas envie de raconter. Mais je veux bien répondre.

- Très bien. D'abord je veux que tu saches que même si cela n'a pas été une réussite aujourd'hui, tu peux revenir. En sachant ce qui t'a mis mal à l'aise on pourra adapter pour que tu puisses, toi aussi, profiter de la séance. Sans que cela te fasse remarquer par tes camarades. »

A ces mots, elle voit ses épaules se relâcher et une certaine tension se dissiper.

« Pour cela, j'ai besoin de savoir ce qui a pu t'incommoder.

- Être allongé au milieu des autres… Et que personne ne bouge... Et quand Al m'a lâché la main. C'est pour le trouver que je me suis assis.

- Je comprends. Merci. »

En guise de réponse, il lui offre un maigre sourire.

« As-tu fait de la méditation récemment ?

- Non.

- Tu m'as dit que tu as repris le sport pourtant, non ?

- Oui, mais pas l'entraînement complet. Il faut encore que je fasse attention et « agisse avec douceur » dixit le kiné. Sur les arts martiaux, j'ai juste repris pour me muscler, j'ai pas droit aux combats, j'ai pas vraiment recommencé. Par contre en tumbling, le coach m'a fait un vrai programme de reprise, pour que je puisse participer à la présentation en fin d'année.

- Je vois. Est-ce que tu penses que faire la relaxation assis en tailleur pourrait mieux te convenir ?

- Je sais pas. Peut-être…

- Tu ne serais certainement pas seul. J'ai vu plusieurs de tes camarades mal à l'aise à l'idée d'être allongé ou d'avoir les yeux fermés. Pour ton frère, je te laisse réfléchir : préfères-tu qu'il soit là ou pas ?

- Non. Je… Heu…

- Réfléchis. Et tu me rediras, d'accord ? Toutes les solutions sont possibles. Pour la prochaine fois, si tu n'as pas envie de faire la relaxation, tu pourras te mettre à côté. Comme je l'ai expliqué à tes camarades, demain j'aimerais que vous veniez avec des crayons de couleur ou des feutres. Si tu ne fais pas la relaxation, tu pourras passer directement à la suite de l'atelier. Là aussi, il est possible que d'autres préfèrent cela. »

Elle marque une pause, le regarde attentivement, puis reprend.

« Bon. Je pense qu'on a fait le tour pour aujourd'hui. Des questions ? »

Edward secoue la tête.

« Je sais qu'aujourd'hui cela n'a pas été agréable pour toi. Mais si tu en as le courage, n'hésite pas à réessayer demain, d'accord ? Et aussi, n'hésite pas à passer me voir. Que ce soit si tu as besoin de parler, ou de te reposer, ou juste pour être un peu tranquille, tu peux venir. Tu n'es pas seul, d'accord ?

- Oui. Je sais. Merci.

- De rien. Est-ce que tu veux retourner en classe ou rester encore un peu au calme ? »

L'hésitation est visible. D'un côté, l'adolescent a envie de retourner vers sa routine. De l'autre la séance et ensuite la discussion l'ont fatigué. Il se sent déphasé.

« Je sais pas.

- Tu as cours jusqu'à quelle heure ?

- 15h.

- Alors reste avec moi. Le temps que tu retournes en cours, l'heure sera terminée. »

Il la regarde, un peu perdu.

« Ça va ? Que se passe-t-il ?

- Je… Je sais pas. Je suis déçu. Je pensais que ça allait mieux. On avait avancé l'autre jour avec le docteur Hughes.

- C'est lui qui te suit ? Un sourire se dessine sur les lèvres d'Hawkeye.

- Oui.

- C'est dur d'être patient pour voir les améliorations, n'est-ce pas ? Mais, même si tu n'en as pas l'impression, tu avances. Regarde-toi ! Tu viens au lycée, tu n'as plus tes plâtres, tu fais du sport, tu arrives à m'expliquer tes soucis. Sois indulgent avec toi-même, tu vas mieux, mais tu ne peux pas être au top en si peu de temps, c'est normal. »

Edward soupire.

« Oui, je sais. Je sais. C'est juste que j'en ai aussi marre d'être mal comme ça. Mais vouloir aller bien ne suffit pas. Mon cerveau n'en fait qu'à sa tête. » Il conclut sa phrase avec un petit rire amer.

« Prend tes affaires et viens. On va passer à l'infirmerie pour la fin de l'heure. Ton cerveau a surtout besoin de repos. »


15h. Sonnerie. Fin des cours.

En attendant la fin de l'heure, l'infirmière a proposé un coloriage à Edward et lui a rappelé de prendre ses crayons le lendemain.

A sa grande surprise, lui qui ne s'estime pas artiste, a aimé ce coloriage. En sortant pour retrouver son frère, il repense aux longs après-midis qu'ils ont passés tous les deux penchés avec leurs crayons. Il se souvient du plaisir qu'il avait enfant, à faire ces dessins et à les offrir à ceux qu'il aimait. Quand et pourquoi a-t-il arrêté ? Cela lui paraît flou. Arrivé à l'arrêt de bus, son coloriage toujours en main, il retrouve Alphonse.

« Ed ! Ça va mieux ?

- Oui, oui, t'inquiète pas.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- J'ai paniqué. Allongé, trop de monde, je sentais plus ta main… »

Alphonse ne répond pas, juste un grognement pour montrer qu'il comprend. Puis il désigne la feuille de papier dans les mains de son aîné.

« Et ça ?

- Oh, pour la fin de l'heure, Hawkeye a tenu à me faire colorier un mandala.

- Tu me montres ? »

Edward tend sa feuille, et pendant quelques instants le cadet ne dit rien. Puis il rend le coloriage. Il repense aux recommandations de l'infirmière, le dessin est là pour exprimer et extérioriser les sentiments, pas pour être jugé sur sa qualité.

« Ça t'a plu de faire ce coloriage ?

- Oui, c'était agréable. Je me suis dit que je n'avais plus fait de dessin depuis longtemps et je me suis souvenu qu'on dessinait beaucoup quand on était petits.

- Oui, c'est vrai. »

Un sourire nostalgique se dessine sur les lèvres des deux frères. Le bus arrive à ce moment-là, interrompant la conversation. Une fois assis, encouragé par la tournure de la discussion, Alphonse sonde son aîné.

« Tu serais partant pour dessiner un peu avec moi un soir ?

- Pourquoi pas... »

Le sourire du cadet s'élargit et il semble très satisfait.

« Tu serais d'accord pour commencer ce soir ? J'ai une idée dont je voulais te parler.

- Si tu veux... »


Après le repas, ils ne traînent pas chez leurs voisines. Alphonse est si manifestement impatient de rentrer que Pinako ne cherche pas à les retenir. Une fois chez eux, le cadet jette sans précaution son sac et court dans sa chambre. Il en revient avec ses tubes de peinture et une toile neuve.

Pendant ce temps, Edward s'est installé dans le canapé, attendant les explications promises par son frère.

Lorsqu'il voit la toile, il fronce les sourcils.

« Al…

- Tu sais que c'est pas la première fois que je te dessine. Et c'est toi que je réussis le mieux ! D'habitude je ne te fais pas poser, mais pour une peinture… Je… Je voudrais vraiment te peindre pour l'exposition de fin d'année. Je ne ferai pas que toi, j'ai aussi demandé à Winry et mamie Pinako, elles ont dit « oui ». Et si tu es occupé à dessiner ou à lire tu ne t'ennuies pas, tu ne verras même pas que le temps passe ! Allez, dis oui ! »

Alphonse regarde son aîné, l'air suppliant. Il n'a jamais pu résister à ces yeux-là. Il soupire.

« Bon, d'accord ! Mais pas tous les jours ! De toutes façons, demain soir je bosse…

- OK ! »

Pendant que l'un installe son matériel de peinture, l'autre va prendre un bloc de dessin, un crayon, une gomme et un livre pour plus tard. Le peintre en herbe laisse son frère s'installer, trouver une position confortable. Pendant plusieurs minutes il l'observe. Le voit s'absorber petit à petit dans son croquis. Lorsque seule sa main et ses yeux bougent, il se décide à tourner autour du salon, à la recherche du meilleur point de vue, tout doucement, pour ne pas déconcentrer son frère. Puis lorsqu'il est satisfait de l'endroit qu'il a trouvé, il rapproche ses affaires. Avant de commencer son esquisse, il prend le temps de regarder à nouveau son modèle. Son expression concentrée, les sourcils froncés, sa langue pointant par moments aux coins de ses lèvres, ses mèches dorées qu'il a passé derrière son oreille pour qu'elles ne lui tombent pas dans les yeux, les petits à-coups nerveux qu'il donne sur le carnet de feuilles. Mais aussi son poids qui pèse sur l'accoudoir, ses jambes en tailleur, le coussin qu'il a calé sous son bras. Avec tendresse, l'adolescent sourit face à ce moment de calme. Bien sûr il voit aussi les cernes et les traits tirés, les épaules légèrement voûtées, pourtant malgré la fatigue, il a l'air un peu plus en paix ce soir. C'est avec ce constat qu'il démarre son propre travail.

La soirée s'écoule paisiblement, chacun des garçons penché sur sa tâche. Lorsqu' Edward se lasse du dessin, il troque son bloc contre le livre près de lui et devient encore plus immobile. Seul le bruit des pages interrompt régulièrement le silence. Ils continuent ainsi pendant encore un long moment. Alphonse, concentré sur la couleur qu'il a commencé à mettre, ne s'aperçoit pas tout de suite du changement dans la pièce. Lorsqu'il relève la tête, il s'aperçoit que son frère s'est endormi, la tête sur son bras et l'accoudoir, le livre lui glissant des mains. Un sourire furtif passe sur les lèvres d'Alphonse et très vite il redonne quelques coups de crayon pour modifier son esquisse. Lorsqu'il s'estime satisfait, il recule pour juger de ce qu'il a fait, croise les mains devant sa poitrine, penche la tête, modifie encore quelques traits, puis hoche la tête comme pour se complimenter. Avant de ranger son matériel, il attrape son téléphone, cadre et prend une photo de son frère endormi. Puis il remballe ses affaires dans un coin du salon, prenant bien soin de couvrir son œuvre en cours, avant de secouer doucement son frère.

« Ed… Tu seras mieux dans ton lit. Il est tard, viens te coucher. »

Un temps. Edward ne semble pas avoir entendu. Puis ouvrant à peine les yeux, il se traîne vers sa chambre, se change et se glisse dans son lit.


Le reste de la semaine passe sans autre évènement. Le patron, déjà au courant des modifications d'emploi du temps par son fils, discute avec Edward de nouveaux horaires alternatifs et ils tombent d'accord rapidement, mettant en place un quota d'heures plus faible mais régulier, chaque jour, permettant à Ed de ne pas trop allonger ses journées et ménager du temps pour ses révisions, pour prolonger l'effet bénéfique des ateliers. En entendant son patron invoquer cette raison, Ed proteste, faisant valoir qu'il doit faire ses heures de travail pour mériter son salaire. Mais l'adulte coupe court aux argumentations en recomptant avec lui, pour bien lui assurer qu'il fera toutes ses heures, insistant auprès de l'adolescent lui affirmant qu'il a vu sur son fils les effets bénéfiques des conseils de l'infirmière, et qu'il ne va pas l'empêcher d'en profiter aussi. Après lui avoir rappelé qu'ils avaient tacitement convenu dès le début du fait que ses études et sa santé ne devaient pas pâtir de ce travail, pour la bonne conscience du commerçant, le jeune homme se laisse convaincre et valide lui aussi ces nouvelles heures.

Comme convenu avec l'infirmière, Edward ne s'allonge plus pour la relaxation et cela fonctionne beaucoup mieux. A sa grande surprise plusieurs autres camarades sont heureux de l'imiter. Elle le lui avait annoncé, mais il ne l'avait pas vraiment crue. La routine de relaxation a aussi été raccourcie, pour leur laisser le temps de faire autre chose. Pour démarrer, Mme Hawkeye leur a proposé du coloriage de mandalas. Plusieurs lycéens ont protesté, se jugeant trop âgés pour faire du coloriage. Les prenant au mot, lors de la séance suivante, elle leur a proposé d'être créatifs et de dessiner ce qui leur venait à l'esprit, pour ensuite faire émerger des formes. Le jour suivant, elle les a dirigés vers du mime. A la fin de la semaine, ayant testé plusieurs formules, ils peuvent ainsi débattre de ce qui leur convient le mieux et des effets qu'ils en retirent. Tous ne sont pas convaincus, mais dans l'ensemble, la plupart reconnaissent que cela leur apporte un peu de sérénité. Pour les semaines suivantes, l'infirmière leur annonce que les séances vont continuer à un rythme un peu plus ralenti, avec à chaque fois quinze minutes de relaxation, puis une répartition en ateliers, selon ce qui a eu les préférences de chacun. En partant, Edward range soigneusement son mandala du jour, avec les précédents, dans une pochette qu'il leur a consacrée. C'est sa manière d'en prendre soin. Ils lui sont précieux, reflet de lui-même et de ses humeurs versatiles du moment qu'il n'arrive pas à exprimer autrement. Entrelacs délicats où le choix des couleurs a apaisé pour quelques minutes son esprit tourmenté. Une interprétation unique de ces dessins photocopiés qui les ont rendus personnels, presque intimes.


« Bonsoir ! Vous avez rendez-vous ?

- Oui, au nom d'Elric.

- Très bien. Installez-vous, le docteur va venir vous chercher. »

Ce soir la salle d'attente semble un peu plus sombre que d'habitude. Les journées ont rallongé pourtant, mais le temps est lourd et menaçant. Edward jette un œil inquiet à l'extérieur. Il est parti sans parapluie ce matin, le ciel était complètement dégagé. Il espère que la pluie n'arrivera pas tout de suite. Il aimerait rentrer sans se faire mouiller. Se détournant de la fenêtre, il fouille dans son sac et ressort sa pochette de mandalas. Il en a cinq, tous différents. Chacun a ses particularités, autant dans les motifs que dans les couleurs. Aux yeux de l'adolescent, dans cette légère pénombre, ces dessins semblent éclairer la pièce et il les contemple comme s'il y trouvait les réponses à de grands mystères.

« Bonsoir Edward.

- Bonsoir docteur Hughes ! »

Le médecin semble moins gai qu'à son habitude, mais se ressaisi très vite en voyant les dessins dans les mains de l'adolescent. Il le dirige vers le cabinet tout en désignant les feuilles.

« Les ateliers de ton lycée ont commencé ?

- Oui. Moi je fais surtout des mandalas, mais il y a d'autres choses possibles.

- Tu me montrerais ?

- Si vous voulez. »

Edward remet ses feuillets dans l'ordre, puis les passe au praticien, qui observe chaque coloriage avec attention. Lorsqu'il arrive à la troisième page, l'adolescent lui désigne le motif.

« J'ai bien aimé celui-ci. Il était vraiment agréable à faire. Le motif est vraiment beau, j'ai tout de suite eu des idées pour les couleurs.

- Oui, on voit qu'il t'a plût et que tu t'es appliqué.

- Vous trouvez ?

- Oui. »

Après avoir regardé les derniers, le médecin rend les mandalas à leur propriétaire, qui les range à nouveau soigneusement.

« Les ateliers te plaisent donc ?

- Oui, c'est sympa.

- Et tout se passe bien ?

- …

- …

- Oui, maintenant tout se passe bien, je reconnais que ça détend.

- Maintenant ?

- C'est… En fait, vous aviez raison sur la relaxation, mais j'ai pas pu prévenir l'infirmière avant la première séance.

- Et ? »

Edward baisse la tête, se cachant derrière ses mèches. Puis il débite son explication, comme pour s'en débarrasser plus vite.

« Allongé, trop de monde, à un moment j'ai lâché Al, j'ai paniqué, et j'ai dû arrêter avant la fin. » Il s'arrête un peu essoufflé.

- « Je suppose que tu en as parlé avec elle maintenant ?

- Oui.

- Tu as pu faire les ateliers suivants sans problème ?

- Oui, elle m'a proposé de faire la relaxation assis et cela a bien fonctionné.

- Cela ne pose pas souci ?

- Non. En fait plusieurs autres camarades préfèrent être assis aussi, alors je passe complètement inaperçu. Et maintenant tout se passe bien.

- Tant mieux ! »

L'adolescent acquiesce, pendant que le docteur prend quelques notes. Lorsqu'il a fini, il se lève, contourne son bureau et vient s'asseoir face au jeune homme sur le deuxième fauteuil.

« Bien, on va reprendre ce que nous avions commencé. Tu te souviens de tout ou tu as besoin d'un rappel ?

- Non, ça va, je me souviens.

- Pour aujourd'hui on va travailler sur le même souvenir que la dernière fois.

- D'accord.

- Alors, ferme les yeux. Respire profondément et calmement. Plusieurs fois. Très bien. Maintenant, rappelle la photographie mentale de ton souvenir. Remémore-toi les détails. Repense aux derniers chiffres que tu avais gardés en tête pour évaluer ce souvenir. Prends ton temps. »

La voix de Hughes s'est faite profonde, calme, lente. Edward réfléchi à son souvenir, à ce qu'il a ressenti à la fin de la dernière séance.

« Est-ce qu'aujourd'hui tu donnerais les mêmes notes qu'à la fin de la dernière séance ? Est-ce que ta photographie s'est modifiée pendant la semaine ?

- Je… L'image n'a pas changée. Mais elle paraît moins angoissante, oui.

- Changerais-tu les chiffres ?

- Oui.

- Très bien, dans ce cas-là, choisis tes nouvelles évaluations et après tu ouvriras les yeux et on démarrera pour la suite. »

Au bout de quelques instants Edward ouvre les yeux, le médecin tend le bras, pointe ses doigts, puis commence le mouvement de va-et-vient de sa main.

La séance se déroule comme la précédente, enchaînement de mouvements oculaires suivi de discussion sur les modifications liées au souvenir traité. Jusqu'au moment où l'adolescent annonce qu'il estime que le souvenir ne l'angoisse plus.

« Très bien, dans ce cas on va s'arrêter là pour aujourd'hui. Tu as bien avancé. Nous allons procéder ainsi pour le reste, souvenir par souvenir. Certains nous demanderont plus de temps, car plus marquants, mais il faut donner du temps et être patient. Comment te sens-tu ?

- La tête un peu lourde, mais ça va.

- C'est normal, tout cela t'a demandé beaucoup de concentration ce soir. Après ta journée de cours, ce n'est pas si facile.

- Hmmm. Mais sinon ça va.

- Bon, alors très bien. Avais-tu réfléchi à un autre souvenir ?

- Oui, j'avais une ou deux idées.

- Tu pensais à quoi ?

- Là j'étais sur le souvenir du marché lui-même. Je voulais arrêter de trouver Noël déprimant.

- Je vois...

- La prochaine fois, j'aimerais travailler sur la présence de la foule. Ça devient franchement handicapant de stresser à chaque fois que j'ai du monde autour de moi. Je ne peux pas éviter les autres dans les couloirs du lycée, dans la classe, dans la rue. Je voudrais améliorer ça.

- Je comprends, oui, effectivement, on peut s'intéresser à cette question la prochaine fois. »

Hughes refait le tour de son bureau, prend à nouveau quelques notes, puis se tourne vers l'adolescent.

« Parfait ! Alors je te dis à la prochaine fois ! L'horaire est toujours bon pour toi ?

- Oui ! Au revoir docteur Hughes ! »

Le jeune homme jette son sac sur son épaule, serre fermement la main tendue du médecin et part d'un pas décidé.

« Et si tu fais de nouveaux dessins, pense à les emmener, ça m'intéresse ! » Lance le praticien depuis le seuil de sa porte.

Un « Ok ! » joyeux est lâché, suivi d'une main agitée avant que la silhouette à veste rouge disparaisse.


En ouvrant la porte de chez lui, Edward est accueilli par de bruyantes exclamations. Un peu surpris, il se débarrasse rapidement de ses affaires et avance dans le salon. Il découvre que la table est prête pour le dîner, et que ses voisines sont là. Il tourne un regard interrogateur vers son frère.

« Je t'en avais parlé Ed ! Tu te souviens ? On avait dit qu'on inviterait mamie et Winry à manger pour que je leur fasse goûter ma cuisine !

- C'est vrai. J'avais oublié que c'était ce soir. »

À ce moment-là, le tonnerre gronde à l'extérieur. La pluie est déjà battante contre les vitres.

« Tu as réussi à rentrer sans te faire mouiller Edward ?

- Oui mamie. J'ai un peu couru sur les derniers mètres, mais la pluie vient juste de commencer. C'est comme si elle avait attendu que j'arrive pour démarrer.

- Tu as eu de la chance ! Allez, fermez donc les volets, on n'a pas besoin de ça pour nous distraire de notre bonne soirée ! »

Pendant quelques minutes les trois adolescents passent dans les différentes pièces et ferment tous les volets.

Puis Alphonse file vers la cuisine et s'affaire avec les plats.

« Ed ! Tu peux venir s'il te plaît ?

- Tu as besoin d'aide ?

- Pour terminer de mettre la table.

- Ok. »

Edward attrape les derniers couverts à ajouter et les dispose rapidement. Puis il fait un nouveau voyage pour une carafe d'eau et du pain. Enfin, il vient se planter derrière son frère qui vérifie la cuisson de ses légumes.

« Ce ne sont pas les légumes qui ont cette bonne odeur ?

- Mais non bêta ! C'est le poulet, au four ! D'ailleurs il est prêt, tu peux arrêter la cuisson et l'amener au salon ? »

Edward s'exécute pendant qu'Alphonse amène l'autre plat, tous deux lançant un retentissant « À table ! »

Tous s'installent. Le cuisinier sert fièrement tout le monde. Après les premières bouchées, les compliments commencent à fuser. L'aîné est content d'entendre ces gentilles remarques qui reconnaissent le talent de son frère. Il est fier de lui et de la capacité qu'il a eu à développer une nouvelle compétence dans ce moment sombre. Chacun mange à sa faim. Puis Al sort le dessert du frigo, un magnifique tiramisu. Là c'est Edward qui fait le plus de compliments, avec la tarte aux pommes, c'est l'un de ses desserts préférés, il sait que son frère a voulu lui faire plaisir et cela le touche vraiment beaucoup. Alphonse ayant cuisiné, c'est Edward qui se charge de la vaisselle. Pendant qu'il commence à faire couler l'eau, Winry lui ramène assiettes, plats et couverts, frôlant ses mains à chaque objet qu'elle dépose dans l'évier. Ayant mis de l'eau à chauffer, elle attend près de lui, commençant à essuyer la vaisselle propre. Par-dessus l'odeur du produit vaisselle, il retrouve toute proche l'odeur de miel et de cannelle de la jeune fille. Lorsqu'elle s'appuie sur son épaule, pour se pencher et récupérer la bouilloire sur le comptoir près de lui, il sent ses longues mèches chatouiller son cou et réalise soudainement leur proximité, rougissant violemment. Elle lui ébouriffe légèrement les cheveux de sa main libre, lançant un « Dépêche-toi de finir, sinon ta boisson sera froide ! » et part sans se retourner, attrapant au passage les anses des quatre mugs qu'elle ramène avec elle. Il répond d'un vague grommellement, tentant de reprendre contenance.

Dans l'autre pièce, Pinako et Alphonse échangent un sourire amusé face à cette scène mais se gardent bien du moindre commentaire. Une fois Winry installée à nouveau avec eux et les boissons chaudes servies, la conversation reprend.

« Alors Al, tu nous offres un bon repas, mais tu as dit que tu avais un service à nous demander ?

- Oui mamie, vous aviez accepté de poser pour mes peintures, et en ce moment je suis motivé, alors je me disais que je pourrais commencer les croquis ce soir.

- Je vois… »

Alphonse explique ce qu'il veut. Winry file chercher de quoi s'occuper et ramène avec elle une partie du projet sur lequel elle travaille pour l'exposition de fin d'année et sa boite à outils. Une fois la table nettoyée et dégagée, elle s'installe et s'absorbe dans son travail. Assise en face d'elle, Pinako sort sa pipe qu'elle bourre tranquillement, tout en buvant quelques gorgées de sa boisson.

Edward lui s'installe confortablement dans le canapé, avec un livre. Avant de se plonger dans sa lecture, il prend le temps de regarder ceux qui l'entourent. Fermant doucement les yeux, la tête sur l'accoudoir, il se laisse imprégner par les différentes odeurs, celle du poulet qui flotte encore, celle du tabac de Pinako, les peintures d'Al qui commencent à imprégner le salon parce qu'il les utilise tous les jours et que ses œuvres ne sont pas encore complètement sèches, et dans ses mains l'odeur de papier de son livre. Il se sent bien, comme dans un cocon confortable et protecteur. Bercé par le bruit des vis de l'ouvrage de Winry, des coups de pinceaux d'Al, il sombre dans le sommeil avec le sourire aux lèvres.


Alors? Cela vous a plu? Quel est votre passage préféré dans ce chapitre?