Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Zayn attendait déjà devant le numéro 5 de la rue de Furstemberg depuis plus de vingt minutes quand il vit arriver Nathan et Lia. C'était une courte rue calme, près de Saint-Germain-des-Prés. En son milieu s'élargissait une petite place carrée où quatre arbres au large feuillage dispensaient de l'ombre. C'était dans un coin de cette place que se trouvait la boutique. Sa devanture ancienne à la peinture passée était minuscule et, dans la vitrine, de vieux livres s'empilaient en pagaille étudiée. C'était bien la Librairie de Temps d'Avant.

- Ah ! Vous voilà enfin ! s'écria Zayn. Ce n'est pas poli de faire attendre !

- Désolé, Zayn, mais Lia était en retard.

- J'ai eu du mal à me réveiller.

- On t'a croisée avec une marmotte ou quoi ? fit remarquer le jeune homme en observant Lia, la mine fripée.

La jeune fille grimaça et se retourna vers la vitrine de la librairie.

- Alors, vous pensez que c'est ici qu'est caché le livre ?

- Je t'ai déjà dit que ça m'étonnerait. Je ne pense pas que Mélior aurait fait aussi simple.

Zayn avait posé sa main sur la poignée de la porte mais hésitait à la pousser.

- Et moi, je ne vois pas pourquoi il se serait cassé la tête. Personne ne pourrait imaginer qu'un livre pareil puisse exister, il ne craint rien !

- Et l'Avaleur de Mondes ? Tu l'as oublié, celui-là ! s'emporta Zayn en se retournant vers Lia.

- Il était sur Chébérith. Tu le vois ici ? Ooooh ! Peut-être qu'il s'est caché derrière l'arbre et qu'il te guette, là, prêt à te dévorer !

- Vous allez vous calmer, tous les deux ? On verra bien ce qu'on trouvera ici, ça sert à rien de se prendre la tête maintenant !

Pour souligner ses dires, Nathan se saisit de la poignée et poussa la porte d'un coup sec.

Une clochette accrochée au mur tinta gaiement, et les trois jeunes gens pénétrèrent dans la librairie. Elle était étroite et longue, poussiéreuse, avec des odeurs de papier, de colle, d'humidité mélangées. Des étagères montaient jusqu'au plafond, surchargées de livres anciens, apparemment posés là de façon aléatoire. Il faisait assez sombre et ils finirent par deviner le comptoir tout au fond de ce curieux endroit. Assis derrière, un vieil homme aux cheveux blanc, le nez surmonté d'énormes lunettes rondes aux verres épais, était penché sur un ouvrage à la couverture usée.

Il releva la tête en voyant le trio s'approcher et remonta ses lunettes sur le haut du nez.

- Tiens, tiens, tiens ! Des jeunes qui s'intéressent aux livres anciens, ça fait plaisir !

- Bonjour, monsieur, commença timidement Zayn, en allant vers lui.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Vous cherchez un livre qui n'est plus diffusé ? Une première édition ? Un objet rare ?

- Euh… en fait, nous ne sommes pas venus pour ça...

Le vieil homme les scruta. Ses yeux semblaient énormes derrière les verres de ses lunettes. Ses iris étaient délavés par le temps, et une lueur étrange brillait au fond de ses pupilles.

Zayn et Nathan se regardèrent brièvement. Ils ne savaient pas comment engager les choses.

- En fait, nous avons trouvé l'adresse de votre librairie dans un message, dit Nathan lentement.

Zayn hocha la tête pour souligner ses dires. Lia, derrière eux, avait perdue de son entrain habituelle.

- Un message ? Quel genre de message ? demanda le libraire.

- Heu...

Nathan se sentait très bête. C'est Zayn qui termina pour lui.

- C'est un homme appelé Mélior qui a mentionné votre librairie, et nous sommes curieux de savoir pourquoi. Alors… nous voilà.

La lueur dans les yeux du libraire sembla flamboyer un bref instant.

- Alors vous voilà..., reprit le vieil homme en reposant son livre.

Nathan s'attendait à ce qu'il leur rie au nez, ou qu'il les prenne pour des fous. Pourtant il n'en fut rien. Au contraire, il referma le livre qu'il tenait. Ses mains tremblaient légèrement.

- Je vous attendais depuis un moment, mais je ne savais pas exactement quand vous viendriez me voir. J'espérais que ce serait avant ma mort !

Le libraire se mit à rire en faisant un bruit étrange, comme celui d'un moteur cassé.

Zayn et Nathan échangèrent un coup d'œil bref.

- Vous connaissez Mélior ? souffla Nathan.

- Je le connaissais, oui. Il a disparu depuis longtemps. Venez, ne restez pas debout comme ça, venez vous asseoir !

Il leur fit signe de contourner le comptoir et ouvrit une porte coincée entre deux pans de bibliothèque. Les trois adolescents suivirent le vieil homme dans une arrière-boutique où régnait le chaos le plus total. Il y avait des centaines de livres en pagaille, des piles, des tas, des caisses d'ouvrages anciens, certains en pitoyable état. Et tout au fond se trouvait un salon constitué de fauteuils défoncés et d'une table basse bancale.

Le libraire leur fit signe de prendre place, puis s'assit à son tour et ôta ses lunettes. Ses yeux apparurent alors tout petits, fatigués, usés par le temps. Il observa les trois adolescents face à lui en silence, puis il soupira.

- Lesquels de vous recherchent les livres ?

Nathan et Zayn sursautèrent et se regardèrent à nouveau. Ils levèrent la main timidement.

- Parfait. Mélior m'avait précisé que vous seriez deux, c'est pour cela que j'étais étonné de vous voir arriver à trois, mais je présume que votre amie vous soutient dans vos recherches ?

Lia hocha la tête.

- Je suis leur Robin, dit-elle en guise d'explication.

Le libraire sourit.

- Alors j'ai en face de moi Batman et Superman ?

- Ouah ! Vous connaissez ? demanda Lia, épatée. Je pensais que vous ne lisiez pas de livres de moins de cent ans !

Cette fois, l'homme éclata franchement de rire.

- C'est vrai que les livres anciens sont ma passion, mais j'aime les comics aussi ! Il ne faut pas se fier aux apparences, jeune fille ! D'ailleurs, nous partagions ce goût du fantastique avec Mélior.

Il sembla vouloir ajouter quelque chose, mais se tut. Son regard se troubla quelques instants.

- Vous le connaissiez bien ? demanda Zayn en se penchant en avant.

- Oui, c'était un ami très cher. Il habitait dans l'appartement juste au dessus de la librairie, et il venait tous les jours acheter des livres qu'il dévorait à une allure folle. C'est ainsi qu'il est devenu mon meilleur client et un ami exceptionnel. Il m'étonnait parce qu'il lisait tout ce qui lui tombait sous les yeux, comme s'il venait d'apprendre à lire et de découvrir que le monde était contenu dans ces pages. Parfois il me faisait penser à un grand enfant. Il était passionné par tout, voulait tout savoir, tout comprendre, comme s'il n'avait pas eu l'occasion de le faire avant. Il m'avait expliqué qu'il était pris par le temps et qu'il était victime d'une maladie qui le ferait disparaître un jour. Et le fait est qu'il arriva un moment où il se mit à décliner, perdant la mémoire, le sens des réalités, des sensations. C'était comme s'il "s'effaçait". Je me souviens de ce terme qu'il employait car il était très curieux. Et puis, un jour, il n'est plus venu. Je suis monté chez lui. J'avais la clef, car il m'avait prévenu que tout ceci se produirait et qu'il voulait que je reprenne tous les livres et les éditions rares qu'il m'avait achetés.

Le libraire s'arrêta de parler et plongea dans ses souvenirs. Les trois jeunes attendirent qu'il reprenne le fil de son récit. Enfin, il sembla se réveiller et gratta les poils blanc de sa barbe naissante. Il rechaussa ses lunettes. Ses yeux redevinrent énormes.

- Quand je suis monté chez lui, il n'était plus là, mais tout était en place, propre, rangé, comme s'il allait revenir d'un moment à l'autre. J'ai attendu son retour de long mois, espérant le voir franchir la porte de la librairie en souriant, comme il le faisait auparavant. Hélas, il n'est jamais revenu. Il a tout simplement disparu. J'ai fini par récupérer les livres, comme il me l'a demandé, mais je les ai mis de côté. Je les garde précieusement, pour le jour où il reviendra.

- Et s'il ne revenait pas ? demanda Nathan d'une voix nouée.

Il avait deviné que Mélior s'était effacé à cause de l'Avaleur de Mondes. Il n'avait pas pris de mémo comme Eyver et était, à terme, condamné.

Le vieil homme sourit.

- Je suis sûr qu'il reviendra. Et je suis certain que vous avez un rôle à jouer dans son retour. Il m'a expliqué qu'un jour deux jeunes gens viendraient me voir pour me demander des informations sur ce qu'il appelait les Livres-Monde. Je n'ai jamais compris ce que c'était exactement, mais cela semblait très important pour lui. Il m'a confié quelque chose à vous remettre pour le jour où ça arriverait.

Le libraire se perdit un bref instant dans ses pensées. Encore une fois, il sembla sur le point d'ajouter quelque chose, mais se ravisa.

- Un livre ? demanda Nathan, souhaitant que Lia ait vu juste et que le premier Livre-Monde soit tout simplement caché dans cette librairie.

- Non, ce n'est pas un livre. C'est un carnet de notes. Je vais le chercher.

Il se leva d'un bond et zigzagua avec une étonnante agilité entre les piles d'ouvrages poussiéreux jusqu'à un bureau que les jeunes n'avaient pas remarqué dans le bazar ambiant. Le libraire fouilla dans sa poche et sortit un trousseau de clefs. Il en introduisit une dans la serrure d'un tiroir qu'il ouvrit, et en extirpa une pile de documents qu'il posa sur le bureau.

- Ce n'est pas ça, grommela-t-il. Il se pencha et replongea une main dans les profondeurs du tiroir. Ah, voilà !

Il tenait un grand cahier recouvert de cuir brun et lisse, au coin un peu écornés. Un élastique faisait le tour de la couverture pour la maintenir fermée.

De retour dans le salon, il tendit le précieux objet à Nathan. Mais sa main ridée tachetée de brun se refermait sur le carnet comme une serre d'aigle et semblait ne pas vouloir le lâcher.

- Je suis désolé, je me suis permis de le feuilleter… Mais je n'ai pas compris grand chose.

Zayn remarque que le libraire tremblait. Il se mit à parler plus précipitamment.

- J'ai l'impression que ce sont des notes sur une histoire que Mélior aurait aimé écrire. Il raconte des sortes de souvenirs d'un autre monde, très lointain. Il avait beaucoup d'imagination ! Il y a aussi des croquis et des passages entiers dans une langue étrangère. Il parle également des trois livres qu'il faut absolument retrouver. Ils doivent être très précieux. Si vous avez besoin de les faire expertiser un jour..., pensez à moi ! Enfin, voilà, j'imagine que vous saurez quoi en faire.

Nathan prit le carnet. Le libraire le retint quelques secondes avant de le lâcher comme à regret. Le jeune homme passa la main sur la couverture douce du cahier. Il mourait d'envie de l'ouvrir, mais ce n'était ni le moment ni le lieu. Il fallait attendre d'être chez lui, au calme, avec Lia et Zayn, pour étudier ce que leur avait laissé Mélior en héritage.

- Merci, souffla Nathan en donnant le cahier à Zayn pour qu'il le range dans sa sacoche. C'est vraiment très généreux de votre part d'avoir attendu toutes ces années.

Encore une fois, une étrange lueur passa dans les yeux de l'homme, lui donnant un air un peu hagard. Zayn se sentit mal à l'aise, mais il n'aurait pas su dire pourquoi.

- Mais il n'y a pas de quoi. Quand on a la chance de croiser quelqu'un d'aussi exceptionnel que Mélior, on est prêt à tout pour lui. J'espère que tout va bien se passer pour vous à présent. Je ne sais pas ce que vous allez comprendre au charabia qu'il a noté sur ce carnet, mais si vous avez besoin d'aide, d'un détail sur Mélior qui pourrait vous aider, n'hésitez pas à repasser me voir. Je serai heureux de vous aider et de faire remonter à la surface de ma mémoire les bons moments passés avec mon ami.

- C'est gentil, merci infiniment, lui dit Zayn en se levant. Nous n'hésiterons pas à vous contacter si besoin est.

Il étouffait, et ressentait le besoin impérieux d'écourter la conversation, de prendre une grande bouffée d'air frais.

- Parfait alors. Bonne chance à vous, conclut le vieux libraire en raccompagnant la petite équipe dans la boutique.

Ils se serrèrent la main puis quittèrent les lieux en silence. Une fois dans la rue, la lumière du jour leur parut éblouissante, par contraste avec la pénombre qui régnait dans la librairie. Ils se remirent en route vers le métro. Zayn respirait avidement.


Sur le chemin, ils achetèrent de quoi déjeuner. Lia les laissa à contrecœur en arrivant, car elle devait garder sa sœur qui finissait tôt ses cours. C'est une fois enfermés dans la chambre de Nathan, armés de hamburgers, de frites et de grands gobelets de Coca, qu'ils se permirent de sortir le carnet que Mélior leur avait légué. C'était un cahier tout simple, grand format, aux pages blanches et douces, couvertes de l'écriture nerveuse du Chébérien. Zayn était impatient de découvrir le contenu de cet étrange héritage. Précautionneusement, il l'ouvrit à la première page.

- C'est comme un journal intime. Il y a des passages en français et d'autres en chébérien. Mélior semble parler de lui, de Chébérith...

- Il parle des Livres-Monde ?

- Attends ! Je ne lis pas à la vitesse de la lumière !

Nathan éclata de rire.

- Tu peux lire un passage ?

- Je vais te lire la première page, ça me paraît bien pour commencer.

- Je suis d'accord.

Zayn croisa ses jambes en tailleur sur le lit et prit une grande inspiration.

"Ma mémoire me fuit. Déjà, j'ai oublié de nombreuses choses, comme le parfum des fleurs au coucher de soleil, la voix de ma femme, le rire de ma fille. Je me souviens parfois d'un paysage, du regard d'un ami, du goût du vin du pays d'Alik, que je savourais, debout sur ma terrasse, en admirant les deux lunes se lever.

Jour après jour, tout s'efface, s'éteint, comme la flamme d'une bougie qui vacillerait de plus en plus, ayant brûlé sur toute sa longueur. Quand j'ai quitté Chébérith pour venir ici, je portais les germes de cet effacement en moi et il a continué ici. Un moment, j'ai espéré qu'en changeant de monde, tout se stabiliserait, mais ça n'a pas été le cas. Je pourrais prendre du mémo, comme le fait Eyver, mais je n'ai pas son courage, je refuse de me détruire, de subir ces crises et les douleurs qu'entraîne la prise de cette herbe maléfique.

Parfois, la nuit, je rêve de Chébérith, de chez moi, et tout me paraît tellement net, tellement réel… Je n'ai qu'à tendre la main pour caresser la joue de Mira, mon épouse. Je n'ai qu'à inspirer profondément pour sentir le parfum des fleurs mystiles qui poussent sur mon balcon, je n'ai qu'à déployer mes ailes pour m'envoler et sentir la brise chaude autour de moi. Mais au réveil, les images et les sensations s'évaporent, disparaissent, et c'est comme si je perdais tout à nouveau.

Pour compenser la perte de mon monde, j'apprivoise la Terre. Je lis des centaines de livres pour découvrir l'histoire de ses peuples, l'art, la philosophie. Les Terriens sont des êtres fascinants. Les soubresauts de leur passé sont bien plus violents que les nôtres, mais ils en ont tiré une réflexion que nous n'avions pas, peut-être que tout a été trop doux pour nous.

Quand je lève la tête les yeux vers le ciel de la Terre, je pense aux hommes qui sont allés dans l'espace. Nous n'avons pas été capables de réaliser un tel prodige, parce que nous avions nos ailes. En revanche, nous avons réussi à ouvrir un passage entre nos deux univers.

Nos différences et nos similitudes sont troublantes et passionnantes. J'ai appris à aimer la Terre. Et si un jour les Livres-Monde sont ouverts, je renaîtrai en ayant oublié tout ce que j'ai appris ici, puisque ma nano-puce a été enregistrée avant que je quitte Chébérith. Je pense que mon destin est celui de l'oubli. Oublier Chébérith, oublier la Terre, oublier qui je suis, oublier pourquoi je suis venu ici.

Pas encore. Pas tout à fait. Eyver m'a dit que les deux embryons ont été transférés chez des humaines. J'ai observé de loin une des deux femmes qui portent, sans le savoir, notre espoir.

L'autre est partie vivre loin d'ici. Je ne peux pas la croiser. Mais la première est toujours là. Elle s'arrondit tous les jours, pleine de vie et de notre avenir. Le bébé doit naître dans peu de temps. Mon tour viendra alors de jouer, de laisser un indice sur le lieu où se trouvent les Livres-Monde. J'espère que cela sera suffisant. Mais je ne peux pas faire autrement, je dois en dire le moins possible. Si jamais l'Avaleur de Mondes découvrait ce que nous avons fait, tous nos efforts seraient réduits à néant en quelques instants.

Il ne reste plus qu'à espérer que tout se passe au mieux."

Zayn cessa de lire.

Nathan avait arrêté de manger depuis un moment, écoutant attentivement chaque parole de son ami. Il était bouleversé de découvrir que ce texte avait été écrit quelque temps avant sa naissance.

Zayn le regarda, ses yeux marrons dorés immenses reflétant une forte émotion.

- Il parle de nos mères..., souffla Zayn.

Nathan hocha la tête.

- Il y a autre chose ? demanda Nathan

Zayn tourna la page.

- Il y en a pour des heures de lecture. Il faudrait tout lire, tout éplucher pour trouver ce qui nous intéresse.

- Alors nous avons du travail.

- Si tu le veux bien, j'aimerai garder le carnet avec moi pour le parcourir un peu. Dès que j'ai terminé, je te le donne et tu pourras le lire à ton tour.

Nathan hocha la tête :

- Ça me va.

Zayn posa le carnet sur le lit, devant lui.

- Nathan, je commence à être inquiet.

- Pourquoi ? Tu me disais que ça ne te faisait pas peur, tout ça...

- Je sais, mais je crois que je n'avais pas tout saisi… C'est tellement… J'ai pris ça comme un jeu, et puis je me rends compte que ce sont de vraies vies que nous tenons entre nos mains.

- Tu veux abandonner ?

- Jamais ! On va découvrir ce que Mélior nous a laissé comme informations et on va aller chercher ces Livres-Monde !

- Tu dois rentrer quand à New York ?

- Je devrais rentrer à la fin de la semaine, mais je pense que je vais rester encore un peu.

- Tes parents ne vont rien te dire ?

Zayn poussa un grand soupir et saisit la main de Nathan qu'il serra entre les siennes.

- Mes parents sont en vacances à Saint-Barth. Ils y vont hors saison, pour être tranquilles. C'est pour ça qu'ils m'ont envoyé en France, pour que je ne me sente pas trop seul. C'est pareil tous les ans.

- Pourquoi tu ne pars pas avec eux ?

- Ils aiment bien se réserver quelques jours en amoureux. C'est leur pause au milieu de leurs vies de fous. En fait, je devrais être encore au lycée en ce moment. Mais tous les ans après les examens, mon père écrit une lettre au directeur de mon école pour expliquer que je n'irai plus en cours. Le tout accompagné d'une importante donation pour faire passer la pilule.

- Ils sont si riches que ça ?

- Plus que tu ne peux l'imaginer

- Eh ben...

- Ouais… J'ai longtemps cru que j'avais été adopté, qu'ils avaient payé une femme pour qu'elle leur vende leur bébé, un truc comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que, physiquement, je ne leur ressemble pas trop. Même si mon grand-père a une peau "foncée", je suis quand même plus foncé qu'eux. Maintenant je comprend mieux pourquoi je n'ai pas les beaux cheveux raides de ma mère ou les yeux bleus de mon père.

Nathan passa la main dans les cheveux ondulés et mordorés qui entouraient le visage du jeune garçon.

- Moi, je trouve que tu as de beaux cheveux. Et des yeux magnifiques.

Zayn baissa son regard et rougit.

- Merci...

Le garçon resta silencieux quelques instants avant de reprendre d'une voix hésitante :

- Je n'ai pas eu la même enfance que toi. Mes parents ont toujours été très présents. Je sais qu'ils ont essayé d'avoir un autre enfant après moi, sans succès.

- Tes parents ont l'air vraiment super.

- Oui, ça va, ils sont assez cool. Parfois ils m'énervent, mais dans l'ensemble je ne me plains pas !

Zayn se redressa.

- Et si tu appelais Eyver pour lui raconter notre matinée ?

- C'est une bonne idée, répondit Nathan en prenant son téléphone.

Visiblement, Eyver devait attendre des nouvelles car il décrocha tout de suite.

- Nathan, je suis heureux de t'entendre ! Dis-moi tout !

Le jeune garçon s'empressa de faire un résumé de tout ce qui venait de se passer. Eyver l'écouta attentivement jusqu'au bout.

- Je suis sûr que Mélior a laissé quelque chose d'important dans ce cahier ! s'exclama-t-il, une pointe d'excitation dans la voix.

- Nous le pensons aussi, expliqua Nathan. Zayn va s'attaquer aux passages en français, et pour les textes en chébérien, ce sera à vous de jouer !

- Je suis impatient ! Et je serais ravi de faire la connaissance de Zayn !

- Nous passerons vous voir, c'est promis.

En fin d'après-midi, Zayn retourna chez son oncle. Cloîtré dans sa chambre, Nathan laissa ses pensées vagabonder, repensant aux événements de la journée. Il avait en tête les mots de Mélior, qui racontait si brièvement Chébérith. C'était difficile pour lui d'imaginer qu'un monde puisse disparaître comme ça, dans un claquement de doigts. Il pensait à l'Avaleur de Mondes. Soupçonnait-il que, sur Terre, une poignée d'êtres tentaient de recréer ce qu'il avait détruit ?

Il tenta de se rassurer : jusqu'ici, l'Avaleur de Mondes semblait ne se douter de rien et les informations contenues dans le cahier avaient été protégées pendant plus de seize ans. Il n'y avait aucune raison pour que cela change. Il devait chasser ces idées effrayantes et attendre que les notes de Mélior dévoilent leur secret...