Résumé : Fiers de leur atelier de réparation d'objets magiques, Ron et George se voient confier une boite ensorcelée responsable de la mutilation d'une adolescente. Leur mission : lever le sort. Quand ils réalisent que l'artefact appartient à la famille Malfoy dont le dernier survivant a disparu depuis cinq ans, ils sont irrémédiablement entraînés dans une dimension plus complexe et intime.
Disclaimers : L'univers de Harry Potter et les personnes ne m'appartiennent pas. Je ne fais que les emprunter.
Notes : Merci encore à tous ceux qui lisent, suivent et, même, commentent cette fanfiction ! Bon, nous approchons tranquillement de la conclusion de cette histoire... et, chose sérieuse, ceci est déjà l'avant dernier chapitre.
Avant que vous ne lisiez la suite, je tiens à rappeler que l'histoire se déroule au début des années 2000 et que bien des choses ont changé en l'espace de 20 ans dans notre bas monde moldu...
Je vous souhaite une bonne lecture et rendez-vous la semaine.
Chapitre 9
Terra Incognita
Rien n'était plus mystérieux pour le commun des sorciers que la Technologie moldue. Elle était apparue récemment dans l'histoire et l'écart avec ces hommes et femmes curieusement dépourvus de magie s'était encore creusé. Quelques décennies avaient suffi pour que les sorciers soient définitivement étrangers au monde moldu, perdus dans une jungle de technologie à la sophistication grandissante.
Certains s'y plongeaient avec délectation et émerveillement, savourant chacune des nouveautés aussi incomprises soient-elles. Une bonne dose de curiosité saupoudrée du goût du risque agrémentaient les longs weekends pluvieux d'hiver des plus téméraires.
Plus souvent, le sorcier moyen gardait la fascination à distance, préférant ne pas trop s'aventurer sur des chemins méconnus et traditionnellement méprisés. Sans aménité particulière, il ne cherchait pas à côtoyer un monde un peu trop étrange, préférant une distance respectueuse et évitant tout risque inutile. L'instinct de conservation restait aiguisé chez la plupart des sorcier.
D'autres cependant fuyaient les innovations moldues, déclamant à qui voulait l'entendre que les sorciers devaient se tenir loin des moldus, que le danger guettait, que les bûchers pourraient bientôt prendre de nouvelles formes, technologiques cette fois-ci. La peur les saisissait à la gorge et tordait le ventre aux moments inopportuns.
Cependant, la plupart des sorciers n'avait que peu d'avis sur la question et considérait la Technologie moldue avec peu d'intérêt. N'y étant jamais réellement confrontés, ils reléguaient la question loin dans leurs priorités dans une indifférence certaine. Parfois le sujet tombait dans une discussion entre amis avant de basculer sur les nouveaux modèles de gants en peau de dragons aux propriétés adoucissantes.
George se situait spontanément dans la dernière catégorie, bien que les derniers rebondissements de sa vie l'amenaient à reconsidérer la question. Il s'était beaucoup interrogé sur la vie moldue ces dernières semaines, le plongeant brusquement dans un paysage qu'il n'avait fait qu'effleurer jusque-là. Il ne pouvait désormais plus ignorer le reste du monde, vivre en sorcier reclus, isolé du reste de l'humanité. Il devait aller au bout de son exploration avant de tourner une page lourdement chargée.
Résolu, il posa le doigt sur une première touche du téléphone, émettant un drôle de son aigu. Les autres suivirent avec hésitation, estimant le poids de son index sur le clavier numérique. Portant le combiné à son oreille intacte, il écouta les tonalités retentir. Au début, il crut avoir fait erreur.
Il se sentait maladroit avec l'objet froid entre ses mains. Il n'avait jamais utilisé de téléphone et ne savait pas à quoi s'attendre, comment parler, comment écouter, que dire. Dans d'autres circonstances, il aurait ri de son trouble, mais à cet instant, sa démarche était beaucoup trop solennelle pour plaisanter.
« Allo ? »
La voix le surprit, calme, grave et assurée, attendant une réponse. Contrairement à lui, son interlocuteur semblait à l'aise avec l'usage du téléphone. Il se rappelait des conseils prodigués par Hermione à son père et essaya de prendre une voix mesurée.
« Draco Malfoy ? »
Finalement, l'obsession de Ron pour l'écriture de Draco Malfoy avait eu une utilité. George avait récupéré la carte de visite. Depuis, le numéro de téléphone de l'Étude le narguait nuit et jour.
« A qui ai-je l'honneur ? Demanda l'ancien Serpentard comme personne ne répondait.
- Georges Weasley.
- Weasley.
- Il y a quelque chose que je dois te rendre. »
En l'absence de réponse, il eut un doute. Parlait-il assez fort ? L'appareil fonctionnait-il correctement ? Il tapa de ses doigts sur les inflexions de l'écouteur. Tout semblait correct.
« C'est important, dit-il avant que l'autre ne lui réponde.»
Draco Malfoy lui avait donné rendez-vous au café qui les avait accueilli la première fois. Attablés dans un recoin intérieur, ils attendaient silencieux les deux cafés commandés plus tôt. Ni l'un ni l'autre n'avaient essayé d'entamer une conversation futile et polie, trop conscients de l'instant. George avait la nette impression de marcher sur des œufs de dragons et Merlin savait à quel point l'expérience pouvait être périlleuse.
Face à lui, Draco Malfoy se tenait droit sur sa chaise, le regard fixe d'une expression contrôlée et difficile à déchiffrer. On aurait pu croire à une absence d'émotion ou une indifférence froide. D'une certaine manière, George admirait la maîtrise dont il faisait preuve, mélange d'une pudeur exacerbée et d'un bouclier nécessaire dans une lutte de pouvoir. Le fruit d'une éducation rigide sous le signe de la discipline que George n'enviait finalement pas.
En appelant la veille, George s'était attendu à plus de résistance de sa part. Il avait préparé des arguments divers dans l'espoir de le convaincre, s'apprêtant à recevoir un refus catégorique. Pourtant, Draco Malfoy avait accepté sans plus de discussion, imposant toutefois le lieu et l'heure du rendez-vous.
George s'était demandé s'il aurait accepté si Hermione l'avait sollicité. L'hypothèse était de toute façon improbable mais il avait remarqué la forme de respect avec laquelle Draco Malfoy le traitait. Cela avait dû jouer un rôle non négligeable dans sa balance décisionnelle. Tenter sa chance ne coûtait de toute façon pas grand chose à part deux bonnes minutes d'hésitation, un risque pour son amour propre et le premier coup de téléphone de sa vie. Malgré le duel qui semblait se jouer à l'instant, l'un les doigts posés sur la anse de la tasse à café, l'autre les avant bras frôlant le bord de la table, il ne regrettait pas.
George posa au centre de la table un paquet qu'il glissa vers Draco.
« J'ai pensé que ça devait te revenir. »
Draco Malfoy se saisit du sac en papier marron et le dégrafa. Il glissa sa main à l'intérieur pour en ressortir la boite à secrets. Son expression ne trahissait rien mais son attention portée sur l'objet et son index soulevant le couvercle dénotait un intérêt marqué. Il donna d'habiles coups de ses mains pour ouvrir les tiroirs secrets avec une telle facilité que Ron en aurait rougi de jalousie. Il ne s'autorisait aucune pose, résolvant le casse-tête à une vitesse ahurissante. A n'en pas douter, il connaissait cette boite bien plus qu'il ne l'avait dit. La dextérité avec laquelle il manipulait les mécanismes après de nombreuses années sans y avoir touché laissait soupçonner qu'il avait passé de nombreuses heures avec l'objet magique.
« C'est un artefact d'une grande beauté, enchanté d'une magie délicate, dit George. »
Arrivé au bout de son exploration, Draco ouvrit le dernier compartiment qu'il trouva vide. Il releva alors la tête vers George.
« Mon père me l'avait offert à mon douzième anniversaire.
- Une tradition familiale, je suppose.
- Es-tu certain de me le rendre? »
Puisque Draco Malfoy attendait une confirmation, George hocha la tête.
« Vois-tu, continua Draco, je n'avais conservé aucun bien de ma famille. Tout doit avoir disparu ou presque. Ce coffre est dorénavant le seul objet qui reste de la famille Malfoy.
- La magie à l'intérieure est signée de ta famille. Cette boite aurait de toute façon finie par te revenir.
- Ça n'a plus beaucoup d'importance désormais. »
L'artefact fut glissé dans le sac de Draco, le retirant des regards indiscrets des moldus. Ce type d'objet attirait définitivement l'œil, surtout dans un simple café moldu. Il y avait fort à parier que personne ne reverrait avant longtemps la boite et qu'il la garderait jalousement chez lui. Elle retournerait à nouveau dans le cercle familial, à l'abri, comme en avaient l'habitude les vieilles familles sorcières concernant les objets enchantés par la magie du sang.
« Dis-moi, Malfoy, quel est le sortilège qui protège cette boite ? Nous avons réussi à en identifier les principales caractéristiques pour le lever mais...
- Tu aimerais satisfaire ta curiosité.
- En quelques sortes.
- Je ne peux pas te répondre.
- Je sais que ma question est indiscrète.
- Ce n'est pas ça le problème, Weasley. Les secrets de la magie de ma famille ne se transmettent qu'après la fin de l'apprentissage de la magie de premier cycle, généralement après le dix-septième anniversaire. Les circonstances n'ont pas permis à mon père de me transmettre quoique ce soit. J'ai de toute façon perdu la confiance de la magie familiale quand j'ai quitté le monde magique. »
Évidemment, comme un bon nombre de sorciers de sa génération, Draco n'avait pas terminé son cursus à Poudlard, ce qui n'aurait pas dû poser de difficultés au vu de son bon niveau scolaire. En revanche, il avait déserté avant d'atteindre la majorité et son père était mort quelques semaines avant son dix-septième anniversaire. Trop d'éléments perturbateurs pour une magie ancienne réclamant une implacable fidélité.
« J'en connais suffisamment pour reconnaître ce qui appartient à ma famille, mais j'ai bien peur que les sortilèges familiaux ne soient définitivement perdus.
- Tu n'as pas l'air affecté, constata George.
- La famille Malfoy a commencé à disparaître bien avant ma naissance. De nouveaux sortilèges remplaceront les anciens. Ça a toujours fonctionné ainsi. Nous sommes éphémères alors que la magie, elle, est partout et éternelle. »
Dans le fond, George approuvait en partie les propos de Draco même s'il était déroutant de les entendre chez quelqu'un qui avait tant perdu. Pourtant, il n'était pas surprenant qu'un sorcier de son extraction en arrive à penser ainsi. Chez lui, la tendance à considérer qu'il ne faisait qu'emprunter la magie grandissait peu à peu. Elle existait avant lui et resterait bien après sa mort. Elle était partout et il ne faisait qu'en utiliser une infime partie pour ses propres fins.
« Toi aussi tu la ressens, n'est-ce pas ? Dit soudain George. »
Draco le scruta de ses yeux gris indéchiffrables, comme figés au milieu du café moldu, immobile. Il aurait pu rester ainsi longtemps, ne cédant à aucune tension, forçant son interlocuteur à poursuivre inexorablement. Seuls ses cils battaient régulièrement, signe qu'il captait toute son attention.
« La magie, je veux dire. Tu la ressens aussi. »
C'était une expérience peu commune pour George de se sentir aussi maladroit comme s'il abordait un sujet particulièrement intime. D'ordinaire, il avait peu de sujets tabous et prenait parfois un plaisir non dissimulé à mettre ses interlocuteurs mal à l'aise en parlant sans détour. C'était son côté joueur.
Seulement aujourd'hui, c'est lui qui se trouvait embarrassé sous le regard direct de Draco Malfoy à parler de sa magie et de ses sensations. Tout bien réfléchit, c'était sans conteste le sujet le plus intime et il était délicat de l'aborder, y compris avec ses relations les plus proches.
« Pour moi aussi la magie a une couleur. J'ai mis longtemps à me rendre compte que tous les sorciers ne la voient pas. Mon frère lui-même, Fred, ne comprenait pas vraiment ce que ça faisait. C'est pourtant une évidence pour moi qu'elle soit là, partout autour de nous, plus ou moins dense, à évoluer au fil de la journée. Quand je l'observe, je suis certain qu'elle est vivante et parfois, j'ai même l'impression qu'elle pense et ressent. »
Avec qui George avait-il déjà parlé de ses sensations ? Les doigts d'une seule de ses mains suffisaient amplement pour faire le compte. De tous, c'est avec Draco Malfoy lui-même qu'il s'épanchait actuellement.
« D'une certaine manière, je suis convaincu que la magie possède une forme de conscience, dit le sorcier en question. C'est ce qu'affirmait ma mère.
- La magie ancienne n'est pas perçue par tout le monde, c'est une sorte de don. De tous mes frères, seul Charlie est comme moi. Je soupçonne aussi Teddy, mais il est encore très jeune.
- Le monde doit être bien triste pour les autres, dit Draco. »
En effet, George imaginait mal son environnement sans cette perception de la magie. Ce serait comme perdre l'odorat ou même l'ouïe : impensable. Pourtant, la majorité des sorciers ne s'estimait pas amoindrie ou privée d'un sens fondamental et il n'était pas non plus question d'un handicap ou d'une gène particulière. L'humanité était décidément bien compliquée.
« Je pense que ce que la magie peut produire est difficile à envisager pour ceux qui ont peu l'occasion de la connaître, surtout s'ils ne la perçoivent pas, dit-il. Les sorciers comme Hermione, ou même Harry, n'ont pas grandi dans des vieilles familles de sorciers et ils n'ont pas autant baignés dans la magie que toi et moi.
- Qu'essaies-tu de me dire, Weasley ? »
Brusquement, le Serpentard remontait à la surface, sortant les crocs et montrant les griffes. George avait tendance à l'oublier, mais Draco Malfoy se rangeait parmi ses condisciples tournés vers la ruse et pour lesquels la méfiance était une seconde peau. Et le sorcier face à lui gagnerait actuellement la palme de la suspicion et du doute.
« Je ne sais pas, Malfoy, dit-il. De quoi pourrais-je bien parler ? »
Botter en touche serait une stratégie peut-être payante.
« Je pense juste que nous avons plus de points communs qu'il n'y paraît, reprit-il.
- Contre toutes apparences, tu restes un Sang-Pur jusqu'à la moelle. »
Ça horripilait George de l'admettre. Et il était hors de propos de l'avouer à voix haute. Faire allusion à son intérêt pour l'essence de la magie ancienne ou à sa fascination des rites traditionnels serait tout aussi flagrant.
Il avait perdu la partie.
Il ne parlerait pas avec Draco Malfoy de sa passion pour les étoiles. Il le lui dirait rien sur ses observations des astres et des interprétations du passé, du présent et du futur qu'il en tirait. Il tairait ses connaissances à propos des constellations et des légendes associées. Pourtant, il en savait beaucoup à ce sujet, ce qui aurait pu éveiller la curiosité de l'ancien Serpentard.
Il garderait aussi pour lui son attrait pour tout un tas d'autres choses qu'il n'avouerait jamais et dont il se sentait un peu honteux.
La conversation mondaine. Les lois de la magie ancestrale. Les rituels magiques. L'éducation et la culture sorcière. Les elfes de maison. Le code d'honneur. Le goût pour la puissance magique. Les prophéties. La bienséance. La botanique. La confection des baguettes magiques. La fidélité familiale. La finesse artistique de la sorcellerie. Les fantômes.
Au lieu de quoi, il chercha quelques pièces moldues dans sa poche, espérant que le compte serait suffisant. Il les déposa nonchalamment au centre de la table avant de se lever. D'un geste se voulant maîtrisé, il ajusta sa veste et repoussa la chaise. Les quelques mots qu'ils échangèrent ressemblaient à des formules de politesses appropriées.
George s'apprêtait à quitter définitivement le café. Il marqua une pause avant de dépasser la table où Draco était encore assis. Sa main glissa à l'intérieur de sa veste et en ressorti le poing fermé, dissimulant un petit objet. Délicatement, il ouvrit la paume, dévoilant un minuscule vif d'or qu'il saisit entre son pouce et son majeur.
« Tu devrais le donner à ton fils. »
Il approcha le frêle objet de ses yeux une dernière fois avant de finir.
« Il pourrait être un attrapeur aussi doué que son père, qui sait ? »
Observant de près une dernière fois la petite sphère dorée, il finit par la remettre à son interlocuteur et s'éclipsa du lieu sans un regard en arrière.
Après quelques minutes de marche pour mettre un peu d'ordre dans son esprit, George transplana directement au Terrier. Il sentit de loin l'odeur du ragoût de lapin que Molly devait cuisiner depuis plusieurs heures, ne sachant pas s'il appréciait l'odeur ou s'il en était dégoûté après le café corsé. Le nain en plastique moldu à l'entrée du jardin déclencha le carillon de l'entrée alors qu'il remontait l'allée du jardin.
Aussitôt, une boule d'énergie surgit de la maison, se jeta dans ses jambes et s'agrippa à sa robe avec une force digne d'un géant.
« Capitaine George ! Viens voir ma collection de scarabées ! »
Teddy le tirait désormais vers la maison, babillant sur sa nouvelle passion pour les insectes et bestioles en tout genre. Il avait trouvé le vivarium de Percy quelques jours plus tôt, mais ni Molly ni Harry ni personne d'autre n'avait accepté d'y mettre des serpents, au grand désespoir de l'enfant. Les motifs de chacun étaient très différents mais tous s'accordaient sur un point : l'idée était très mauvaise. Depuis, l'imagination de Teddy avait pris le pas, testant chaque jour une nouvelle collection d'animal à placer dans la boite. Harry avait bien été révolté par les expériences de son filleul, mais Molly lui avait rappelé les frasques bien pires et cruelles de Bill ou encore des jumeaux au même âge. George ne se rappelait pas avoir ôté les pattes des scolopendres ou arraché les ailes des mouches à potions. Cependant sa mère l'affirmait et les quelques exagérations de sa part n'enlèveraient pas le fond de vérité. Elle ne s'émouvait pas tellement par ailleurs des frasques enfantines et du manque d'empathie des jeunes enfants. Elle en avait vu d'autres, disait-elle souvent.
Le vivarium trônait sur la table du jardin et Teddy s'empressa de lui décrire sa chasse fructueuse du jour. Il accompagnait son propos de moult détails que George commentait de son mieux. Molly finit par apparaître, sermonnant l'enfant de ne pas laisser son oncle un instant respirer. Elle embrassa son fils sur les deux joues comme elle le faisait toutes les semaines. George venait dîner avec ses parents tous les jeudis soirs ou presque. C'était un rituel qui avait commencé quand Fred et lui avait ouvert leur première boutique, condition imposée par Molly en contrepartie des études qu'ils ne finiraient pas. Par la suite, ils n'avaient jamais osé remettre en cause la demande maternelle. Fred comme George craignaient les colères de leur mère. Depuis, George continuait à venir, appréciant la présence de Teddy de temps à autre.
Harry avait confié l'enfant à Molly pour la nuit. Une mission urgente du bureau des Aurors l'y avait contraint, malgré son instance pour y échapper. Bien évidemment, la sorcière avait accepté avec joie de garder l'enfant le considérant pleinement comme l'un de ses petits enfants. Elle jetait des regards peinés à Teddy alors qu'elle repensait à sa triste situation.
Alors que sa santé lui faisait défaut depuis plusieurs mois déjà, Andromeda avait été hospitalisée une quinzaine de jours auparavant. Considérant la résistance de la sorcière et son aversion pour Sainte-Mangouste, chacun avait supposé que son état était bien plus grave que ce qu'elle laissait entendre. D'ailleurs, il n'avait pas été question d'une quelconque amélioration. Molly savait que la vieille femme était âgée, bien plus qu'elle, et qu'elle avait été éreintée par les événements de la vie.
Molly ne se faisait pas d'illusions quant à l'avenir proche d'Andromeda. C'est pourquoi elle se faisait du soucis pour Teddy. L'enfant était très attaché à sa grand-mère, figure parentale de premier plan dans son existence. Si Harry était très présent pour lui et qu'il prenait une place majeure dans son éducation, le jeune garçon passait la plus grande partie de sa semaine auprès de sa grand-mère maternelle. L'excitation de Teddy masquait son trouble et son désarrois. Sa grand-mère lui manquait.
« Le dîner est bientôt prêt, jeune homme, range-moi ça et file te laver les mains.
- A vos ordres, Colonel Mamie ! Répondit l'enfant avant de décamper au pas de course.»
Molly fronça les sourcils et reprocha à son fils d'avoir une mauvaise influence sur Teddy. George plaida non coupable, jurant que son jeu de rôle improvisé de la veille n'avait aucun lien avec les surnoms donnés par l'enfant.
« Andromeda a dit qu'il était le portait de son père mais qu'il avait le caractère de Tonks. »
Dépitée, Molly envoya son fils vérifier les activités de l'enfant et s'empressa de dresser la table pour le dîner. La tarte à la citrouille fit le bonheur de George mais reçue une moue circonspecte de Teddy. Il n'osa toutefois pas s'en plaindre au vu du regard sévère de sa grand-mère de cœur. Il préféra adopter une stratégie consistant à engloutir le plus vite possible le repas pour retourner jouer aussitôt fini.
Observant l'enfant dans le jardin encore ensoleillé, George demanda des nouvelles d'Andromeda. Molly avait emmené Teddy au chevet de sa grand-mère dans la matinée. Harry et la vieille femme avaient convenu que l'enfant serait autorisé à lui rendre visite tous les deux jours.
« Elle ne montre rien, mais j'ai bien peur que son état ne s'arrange pas. »
George aussi était arrivé à la même conclusion en discutant avec la vieille sorcière. En début de semaine, alors que Harry avait été retenu par une urgence au travail, George avait transplané avec Teddy dans le hall de Sainte-Mangouste. Il voyait Andromeda pour la première fois depuis janvier dernier.
La vieille sorcière donnait le change autant que possible, luttant pour rester concentrée le temps de ses visites. Même le dynamisme de Teddy n'était pas parvenu à capter son attention plus d'une heure. George s'était senti peiné face à sa peau sèche et ses yeux ternes et rentrés dans leurs orbites.
Quelques jours plus tôt, Harry avait prononcé du bout des lèvres le nom du mal : dégénérescence magique liée à l'âge. D'après les médicomages, la maladie se développait lentement mais il n'existait aucun traitement, ni potion, ni sortilège, permettant d'au moins ralentir son évolution. La magie s'évaporait peu à peu de son corps, emportant avec elle son énergie et les fragments de son âme. Andromeda s'effaçait inexorablement, disparaissant comme le reste du monde qu'elle avait connu.
« Et Teddy ?
- C'est difficile à dire, dit Molly. Il est si jeune, le pauvre enfant. Si jeune et tellement d'épreuves à surmonter. »
Une pensée absurde traversa l'esprit de George. Il trouvait inquiétant l'attitude de sa mère consistant à prendre en pitié et adopter tous les enfants qu'elle croisait. Ginny ou Charlie se seraient moqués de lui.
« Harry viendra le chercher demain matin ?
- Sauf s'il y a encore du changement. C'est tout de même incroyable que le ministère l'ait appelé pendant ses congés ! »
Le soleil déclinait et Teddy venait de les rejoindre au salon. Cette fois, il jouait avec un petit pantin en bois. Il l'avait récupéré quelques jours plus tôt dans la chambre d'hôpital. Comme à chaque fois, il avait été impressionné par les poches de potions en suspension autour du lit de la vieille sorcière. L'odeur de chaudron embaumait l'air et mettait mal à l'aise l'enfant. Même s'il connaissait bien l'endroit, il fallait toujours plusieurs minutes à Teddy pour se détendre et arrêter de regarder suspicieusement les tuyaux de toutes les couleurs.
Le jouet était déposé en évidence sur la table de chevet en position assise à côté d'un vase rempli de fleurs. Il attirait l'œil avec ses couleurs vives. Pour être honnête, George le trouva de suite incroyablement hideux et mal proportionné. Pourtant, il avait séduit immédiatement Teddy. Il s'en était emparé et n'avait pas attendu pour l'ausculter sous toutes ses coutures. D'un bois léger, l'objet était incontestablement d'origine moldue et son style différait des jouets auxquels le garçon était habitué. Apparemment satisfait, il débuta une conversation avec le pantin et entama une nouvelle aventure.
Au moment de partir, Teddy avait d'abord répété plusieurs fois qu'il voulait rentrer à la maison avec sa grand-mère. Une crise de colère approchait. Personne ne savait s'il s'agissait plutôt d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle. Tous marchaient sur des œufs avec l'enfant, craignant et observant ses réactions versatiles. Forte de sa longue expérience avec ses sept enfants, Molly pensait qu'il était bien plus affecté qu'il n'en laissait paraître mais que son jeune âge ne lui permettait pas d'exprimer sa peine et son inquiétude.
Finalement, après quantité d'arguments de George, Teddy avait décrété, vaincu, qu'il garderait le pantin. Andromeda avait d'abord refusé fermement, intimant à l'enfant de plutôt venir sur ses genoux. La vieille sorcière ne débordait habituellement pas de gestes tendres et de marques d'affection. Elle n'en aimait pas moins l'enfant et lui donnait autant d'attention et d'amour qu'elle pouvait. Alors George s'était senti gêné d'être témoin du câlin qu'elle offrit à l'enfant, caressant délicatement ses cheveux et posant sa joue sur le haut de sa tête. Face aux larmes de Teddy quand elle le repoussa, elle céda et lui tendit le jouet. Cela ne suffit pas à consoler le garçon, mais il ne quittait plus le pantin depuis, le traînant partout avec lui.
« Au lit, jeune homme, dit Molly alors que Teddy étouffait un bâillement.
- Oncle George, tu me lis une histoire ?
- Va te mettre en pyjama et j'arrive.
- N'oublie pas de te laver les dents.
- Je veux l'histoire du prince et du dragon bleu, cria l'enfant du haut de l'escalier. »
Trois histoires, deux verres d'eau et un baiser de Molly plus tard, Teddy dormait à points fermés. Le sommeil lourd et profond de l'enfance l'avait finalement emporté pendant que les monstres de ses cauchemars menaçaient de faire surface à chacun de ses rêves.
