Le Ministère de la Magie


L'article en première page signé James Potter et intitulé "Le Retour des Baguettes Folles : Sinistre Incident à Hollyhead" avait fait vendre plus de copies de la Gazette qu'un des scandaleux articles de Rita Skeeter.

Evidemment, le nom de Constance y figurait, et évidemment, maintenant qu'un sorcier avait été envoyé à Sainte Mangouste à cause de cette histoire, le Ministère prenait tout cela un peu plus au sérieux. James avait fait la part belle à Constance, soulignant bien son statut d'experte et précisant qu'elle seule avait réussi à stopper la pluie mortelle d'étincelles. Elle avait grimacé en voyant son nom noir sur blanc dans le journal le plus lu d'Angleterre, mais s'était finalement dit qu'au moins ça ferait de la pub à Ollivander's… Elle se réconfortait en se disant qu'elle s'en sortait mieux que James, qui avait quand même volé à sa propre mère l'article de première page sur le match le plus spectaculaire de l'année. Même si Ginny Potter lui avait gracieusement laissé le champ libre, James avait affirmé en riant qu'elle ne se gênerait pas pour remettre le sujet sur la table dès que l'occasion se présenterait dans le futur, afin d'obtenir ce qu'elle voulait de son fils aîné. Le chantage émotionnel était une arme redoutable dans la famille Potter-Weasley, d'après ce qu'avait compris Constance.

Dès le lundi matin qui suivit le weekend de match, alors qu'elle et Polly venaient de rouvrir la boutique après deux semaines de fermeture, Constance reçu une missive du Ministère de la Magie.

Elle était attendue dès le lendemain au bureau des Aurors pour témoigner sur l'incident de Hollyhead, et devait apporter avec elle tout instrument utile à l'analyse de baguettes. Cette dernière partie l'avait pour le moins intriguée. Cela ne faisait-il pas des mois que les Aurors avaient en leur possession la dizaine de baguettes confisquées suite aux incidents remontant au printemps ?

Constance avait décidé d'envoyer un hibou à James, pour savoir si lui aussi avait été invité à témoigner. Il lui avait répondu promptement en confirmant qu'il devrait y aller ce mardi également, à la demande de son père, qui venait de reprendre l'affaire. James trouva le temps de plaisanter un peu au milieu de cette étrange situation, en disant à Constance qu'il aurait espéré mieux comme second rendez-vous. Elle lui renvoya une lettre en lui disant d'un ton léger que 1) elle n'était pas au courant que premier rendez-vous il y avait eu, et 2) ils pouvaient toujours se rattraper le weekend prochain s'il y tenait tant que ça. Elle-même avait été surprise de sa propre audace. C'est qu'il devait vraiment lui plaire le Potter…

Le mardi matin, Constance avait donc laissé la boutique aux mains de Polly, et son sac sur l'épaule, avait disparu dans une fumée de poudre de Cheminette pour réapparaitre quelques instants plus tard dans le hall principal du Ministère. Une fois qu'elle se fut présentée à l'accueil et qu'elle ait reçu son badge de visiteuse, elle se dirigea vers les ascenseurs avec hésitation. Après être restée plantée de longues minutes devant un panneau d'indications, elle localisa l'étage où elle avait rendez-vous, et s'engouffra enfin dans un ascenseur presque vide. A ses côtés se tenait une sorcière aux larges lunettes rouges, engoncée dans une robe assortie, et entourée d'une floppée de missives du Ministère. Elle tentait de les repousser de la main lorsqu'elles s'approchaient un peu trop près, sans grand succès. Au fond de l'ascenseur, un jeune homme absorbé dans ses papiers releva à peine la tête lorsque les portes s'ouvrirent à son étage et qu'il descendit. Constance ne put s'empêcher d'être intriguée par ses cheveux d'un bleu vif, qui détonnaient avec l'ambiance plutôt stricte qui semblait régner dans le bâtiment. L'étage de Constance arriva enfin, elle réussit à s'extirper avant qu'une demi-douzaine de sorciers à l'air austère ne prennent sa place dans l'ascenseur.

Elle inspira, puis poussa la porte à double battant qui portait en grosses lettres dorées l'inscription "Bureau des Aurors". De l'autre côté, le chaos avait remplacé l'ordre apparent du Ministère. Des notes en papier volaient d'un bureau à l'autre dans l'open space, des sorciers aux robes assorties étaient éparpillés un peu partout, certains assis à leur bureau, sur leur bureau ou debout dans les allées ; au fond de la pièce deux Aurors avaient l'air en plein duel, tandis que le long du mur Est se trouvaient tout un tas de cellules, pour la plupart remplies de criminels en tous genres.

"Je peux vous aider Miss ?"

Constance sortit de son état second, et reporta son attention sur l'homme qui lui avait adressé la parole, derrière le bureau qui servait d'accueil à cet imbroglio.

"Oui, bonjour, j'ai rendez-vous avec l'Auror Susan Bones ?" Elle lui tendit la lettre reçue quelques jours plus tôt.

"Effectivement, suivez-moi je vous prie Miss Blake."

Le sorcier l'entraina sur sa droite dans un couloir qu'elle n'avait pas remarqué, où se trouvaient de nombreux bureaux, et ce qu'elle pensait être des salles d'interrogatoire. Arrivés devant une porte en bois sombre, le sorcier toqua, puis annonça : "Auror Bones, votre rendez-vous de 11h." Il repartit dans la foulée, et Constance avança dans le bureau, refermant la porte derrière elle.

"Ah, Miss Blake, parfait ! Entrez, entrez, installez-vous, j'allais me faire un café, vous voulez quelque chose ?" La femme en face d'elle était dans la cinquantaine, et portait un t-shirt blanc et un pantalon de tailleur plutôt que la réglementaire robe d'Auror. Ses cheveux étaient rassemblés en un chignon bas un peu défait, et elle avait un sourire accueillant sur le visage.

"Non, merci ça va aller." répondit Constance, un peu intimidée. Après tout, elle ne savait toujours pas vraiment ce qu'ils allaient lui demander.

L'Auror Bones réapparut quelques instants plus tard, et plongea dans le vif du sujet, demandant un récit précis des événements du match de Quidditch, et surtout de ce qu'il s'était passé après dans la tribune du commentateur.

"Pourquoi avez-vous pris la décision, en compagnie de James Sirius Potter, de vous rendre dans cette tribune lors de l'incident ?"

"Eh bien, disons que James et moi, du fait de nos travails respectifs, on s'intéresse à cette histoire de baguettes explosives depuis quelques mois, et c'était la première fois qu'on y assistait en vrai, donc… Enfin pour ma part je me suis dit qu'il fallait absolument que j'examine le phénomène, vous voyez ?"

"Mmmmh…" L'Auror Bones regardait sa plume à papote qui retranscrivait les paroles de Constance sur papier à vitesse grand V. "D'après plusieurs témoins, c'est vous qui auriez réussi à stopper l'éruption de magie en provenance de la baguette folle. Est-ce que vous pouvez me confirmer ce fait ?"

"Euh oui, c'était moi."

"Comment ?"

"Comment j'ai fait ?"

"Oui, pour arrêter les étincelles, comment avez-vous fait ?"

"J'ai utilisé les enchantements habituels pour sevrer une baguette de toute magie."

"De quel genre d'enchantements avez-vous fait usage précisément ?" L'Auror Bones avait une étincelle de suspicion dans le regard, comme si elle s'attendait à ce que Constance lui sorte quelque chose d'absolument rocambolesque.

Constance se lança alors dans une vague description des enchantements qu'elle avait utilisés, puis s'attarda sur ceux qui étaient aussi courants dans le métier.

"Enfin, chaque fabricant de baguettes doit adapter les enchantements à ses créations, voir en inventer de nouveaux afin d'avoir un semblant de contrôle sur ce qui sort de son atelier. Si les miens ont fonctionné le weekend dernier, c'est simplement parce que l'on avait affaire à une baguette faite par Ollivander, et qu'il m'a appris les enchantements que lui utilise habituellement, au cas où il se passerait quelque chose avec l'une de ses baguettes au sein de la boutique. Mais bon normalement il y a quand même certaines formules qui sont assez universelles, comme celles que vous avez du utiliser lors des précédents cas de baguettes folles…"

L'Auror Bones eu une sorte de grimace qui lui déforma le visage le temps d'une seconde. Elle fit glisser une feuille à travers le bureau qui les séparait.

"Oui, à ce propos…" Constance reconnut l'écriture déliée de Garrick qui recouvrait le parchemin. "Mr. Ollivander avait fourni il y a des années cette liste de sorts communs. Malheureusement on a eu très peu de succès avec eux lors des précédents incidents."

L'interrogatoire, qui avait jusqu'ici plutôt été un simple entretien, prit une tournure différente, et Constance comprit qu'elle n'était peut-être pas ici en tant que simple témoin…

Elle lança un regard curieux à l'Auror Bones.

"Mais si vous n'avez pas réussi à neutraliser les autres baguettes folles, qu'est-ce que… enfin, comment…?"

"Confringo. Une version un peu plus puissante, si l'on veut être exact. Il ne nous reste que quelques débris de ces baguettes-là."

"Vous avez fait exploser les baguettes explosives ?" Constance ne put s'empêcher de lâcher un rire nerveux devant cette ironie du sort. Elle était tout de même déçue de savoir ces spécimens détruits. Si seulement ils avaient fait appel à elle plus tôt…

"Effectivement, Miss Blake. Ça n'a pas été de gaieté de cœur, mais c'est ce qui nous a semblé le plus approprié à l'époque. Maintenant…" Elle sortit un parchemin vierge de l'un des tiroirs de son bureau. "Si vous voulez bien m'écrire la liste de vos enchantements."

Interloquée, Constance eu un mouvement de recul, tout amusement partit en fumée.

"Comment ça la liste de… Non mais c'est… c'est absolument impossible ! On parle de secrets de fabrication qui sont vieux de plusieurs centaines d'années, enfin je… Je ne peux pas me permettre d'aller raconter au premier venu comment rendre inutilisable chacune des baguettes qui sortent de nos ateliers ! Vous vous rendez compte… Qui viendra chez nous si en deux-trois sorts n'importe qui peut rendre nos baguettes inaptes à la magie ?"

Un sourire gracia les lèvres de la femme en face d'elle. "Vous êtes aussi tenace que ce bon vieux Garrick, hein ? Bon, je sais bien que ce genre de secret de fabrication est… secret. Mais qui ne tente rien n'a rien, n'est-ce pas ?"

Encore plus indignée qu'avant, Constance resta sans mots, la bouche entrouverte. Alors comme ça ils pensaient vraiment tous qu'elle était incroyablement débile, hein… Déjà que Garrick avait attendu des mois avant de lui confier ce secret-là, et encore, seulement parce qu'il devait partir en voyage, alors s'ils croyaient qu'elle allait tout leur balancer comme ça… Elle se renfonça dans son siège, croisa les bras sous la poitrine, et fixa la sorcière qui reprenait son maudit parchemin.

"Si vous avez terminé, Auror Bones, j'ai une boutique à gérer."

"Voyons, ne le prenez pas comme cela, Miss Blake. Je pense que la suite de cet entretien va plutôt vous intéresser…"

...

Rincée, Constance referma la double porte du Bureau des Aurors derrière elle dans un long soupir. Les portes de l'ascenseur allaient se refermer quand une main les en empêcha, et que nul autre que James se faufila dans la cabine.

"J'ai cru que tu allais partir sans moi. Alors cet entretien ?"

Un grand sourire aux lèvres, Constance lui fit le récit de sa matinée aux côtés de Susan Bones, qui avait plutôt mal démarré mais s'était finie en beauté. Ils se dirigeaient tous les deux vers les cheminées du hall principal pendant que James racontait son propre entretien, qui avait été mené par Hugo, l'un de ses cousins tout récemment devenu Auror, ce qui avait rendu la chose un peu étrange. Polly et Edgar les attendaient déjà surement chez Jo's, vu l'heure tardive.

"Mais attends, du coup ils t'ont laissé examiner les baguettes folles ?"

"Oui ! Bon clairement j'ai juste eu à confirmer mon diagnostic de ce weekend, et les autres débris correspondent parfaitement aussi…" James lui jeta un regard qui lui fit comprendre qu'elle se vantait peut être un peu trop. "J'aurais dû le voir plus tôt, il y a eu tellement de signes… Cette histoire devient extrêmement intéressante maintenant. Tu sais que l'Auror Bones m'a dit qu'ils voulaient que je sois Consultante sur cette affaire ? Il va falloir que je me plonge dans les journaux d'archives de la famille Ollivander, et… Oh ! Est-ce que quelqu'un dans ta famille pourrait me parler de ta Tante Muriel ?" Elle lui attrapa le bras, les yeux pleins d'espoir.

Leurs tours étaient venus d'emprunter les Cheminées. Ils interrompirent leur conversation, Constance s'éloigna de James pour se remettre dans sa file.

"Chaudron Baveur ?" se dirent-ils en même temps. Ils se sourirent, et entrèrent chacun dans une cheminée. Avant de disparaître, James se demanda, toujours aussi confus, ce que venait faire sa Tante Muriel dans cette histoire…


Bonjour bonjour !

Me revoila avec un peu de retard, j'espère que ce nouveau confinement ne vous sape pas trop le moral, et que ce chapitre a pu vous changer un peu les idées :)

On plonge un peu plus dans les technicalités des baguettes, je ne sais pas vous mais moi ça m'a beaucoup plu de réfléchir à tout cela. Et je m'amuse bien à faire intervenir des personnages un peu lointains comme ça (avec en prime une apparition express d'un de mes persos préférés, vous l'avez repéré ? ).

Dans le prochain épisode (qui arrive dans quelques jours pour me faire pardonner) : des recherches intenses dans de vieux carnets, une séance photo disons... particulière, et un James Potter qui se dévoile.

Sur ce à très bientôt !
Emma