Note: Merci à tous ceux qui ont pris la peine de laisser un commentaire au chapitre précédent ! Je vous aime ! J'espère que ce chapitre ne vous décevra pas trop.

Franchement, je suis trop contente d'en être arrivée là dans l'histoire. La première partie est bientôt finie et la deuxième devrait être plus intéressante haha !

(Confession : je n'ai pas encore regardé the Queen's gambit et pourtant… Voilà que ce chapitre parle beaucoup d'échecs hahahahah damn…)

Le choix un peu zarbi au niveau de la narration de ce chapitre, c'est parce que je hais réécrire/paraphraser les événements canons du livre. Sorry haah


1.e4 e5 3 Nc6 4 Bc5 4.b4


Harry baissa lentement la lettre dans laquelle Dumbledore avait écrit ses instructions. Tom, en face de lui, le regardait avec curiosité. Il vit du coin de l'œil Ron et Hermione s'approcher subrepticement :

-Je ne serai pas là ce soir. Dumbledore et moi partons en... il grimaça : mission.

Ce n'était pas le terme adapté mais il devait admettre être un peu à court de mots. L'excitation d'avancer, de gagner un peu de terrain sur Voldemort le remplissait d'une appréhension - mais joyeuse - qui lui rendait difficile de trouver une expression appropriée.

-C'est génial ! s'exclama Ron avec enthousiasme : tu sais où vous allez ?

-Non.

Harry retourna la lettre. Elle ne contenait rien de plus que le message qu'il avait déjà relayé à ses amis.

-Il faut que tu prépares ton sac, est-ce que tu y as déjà pensé ? Est-ce que tu as des potions de soin ? Tu penses que ça va être dangereux ?

Harry sourit malgré lui. Ce n'était pas tout à fait un sourire heureux, il était teint de cette légère angoisse mais - mais il parvenait à la même conclusion l'été précédent après la possession de Voldemort. Il avait de la chance d'avoir des amis, d'être entouré par des gens qui pensaient à son bien-être avant tout.

-Est-ce que je viens ?

Harry se tourna vers Tom. Son visage était tel que d'habitude ces dernières semaines : complètement neutre.

-Je ne sais pas, il ne l'a pas mentionné.

-D'accord.

Apparemment, cela lui suffisait comme réponse. Au fond, Harry savait pertinemment que Tom ne serait pas convié. Le moins de personnes savaient ce que Dumbledore et lui faisaient le mieux et … en plus… il y avait toujours un risque avec Tom. Un risque que, face à Voldemort, son choix se tourne vers…lui-même plutôt que vers eux.

-Je me demande bien ce que vous allez faire, se demanda Hermione à haute voix. Est-ce que -

Harry serra inconsciemment la lettre entre son poing, la rendant illisible :

-Il ne l'a pas précisé non plus, la coupa-t-il.

C'était bizarre, il parlait plus vite qu'il ne le voulait. Il pensait sincèrement faire confiance à Tom mais - mais maintenant qu'il était réellement question de détruire une partie de l'âme de Voldemort il se sentait… méfiant. Comme s'il ne pouvait pas faire totalement confiance au garçon envers lequel il s'était pourtant promis d'agir comme s'il était différent.

Mais il ne pouvait pas se permettre de prendre le moindre risque. Pas quand il était question de Voldemort. Il fourra donc la lettre dans la poche de sa robe et essaya de ne pas penser à ce qui l'attendait le soir même.

Tentative complètement infructueuse, évidemment.


Ron était mort d'inquiétude. Après six ans, il avait tout de même l'impression de connaître son meilleur ami. En plus, avec toutes les épreuves qu'ils avaient traversées… Il pensait pouvoir déceler quand Harry était inquiet, quand il était triste, quand il était préoccupé… C'était tout de même son rôle de meilleur ami. Et le moins qu'il pouvait dire, c'était que là…

Comment dire ça délicatement. Harry était mort de peur. Son état semblait se dégrader à mesure que la journée s'écoulait. Oh, c'était Harry, il ne doutait absolument pas qu'il parviendrait à faire ce qu'il avait à faire. À rassembler son courage au moment où il en aurait besoin et à triompher de… De ce dont il devrait triompher.

Hermione et lui en avaient un peu discuté. Il avait voulu aborder le sujet tout de suite et de fond en comble mais Hermione l'avait pris à part et lui avait fait remarquer qu'Harry n'en parlait pas à cause de la présence de Tom. Ron avait souvent l'impression de tomber des nues. Il pensait qu'Harry n'avait pas de problèmes avec l'autre garçon.

Bon, Hermione lui avait fait un autre exposé sur le fait qu'Harry devait être sous pression et qu'il n'avait pas envie que Tom soit au courant parce que ça rendrait les choses trop réelles et qu'en plus il y avait toujours le risque -

Ron s'était offusqué à ce moment là -

Bref, selon Hermione, il y avait toujours le risque que Tom décide de retourner sa veste et de retrouver vous-savez-qui à la première occasion. Alors, tout l'épisode "Croutard" avait prouvé que Ron n'était parfois pas très perspicace, voire qu'il était même plutôt du genre à faire confiance à tout le monde mais -

Mais - Mais il avait vu la scène de loin. Tom se dressant pour prendre le coup de griffe à la place d'Harry. On pouvait dire ce qu'on voulait sur vous-savez-qui mais Tom Riddle avait mis sa vie en jeu pour protéger Harry Potter. Hermione aurait sûrement une autre théorie à lui livrer sur les dynamiques interpersonnelles et les stratégies sur cinq niveaux…Mais franchement, Ron croyait ce qu'il voyait.

Et ce qu'il voyait, pour l'instant, c'était un type un peu bizarre mais n'ayant strictement rien fait de mal (il occultait sciemment l'épisode basilique). Bref. Il était surpris de la distance qu'avait mise Harry avec Tom.

En fait, il avait même ressenti de l'empathie en voyant qu'Harry, préoccupé par sa mission et tout ce qu'elle impliquait, avait ignoré l'autre garçon pendant tout le repas. Il ne pouvait pas totalement ignorer l'air défait de Riddle quand Harry lui avait répondu par un "hmhm" très éloquent pour la cinquième fois.

En fait… C'était même d'ailleurs pour ça qu'il se retrouvait dans cette situation. Lié à la place d'Harry à un vous-savez-qui en pleine puberté. Il regretta immédiatement avoir pensé ça.

-Merci, Ron.

Ron haussa des épaules. Dumbledore leur avait demandé à Hermione et lui, qui était d'accord d'être lié à Tom pour la soirée, le temps qu'Harry et lui aient le temps de faire ce qu'ils avaient à faire.

Il s'était immédiatement porté volontaire. Il savait aussi qu'Hermione ne serait pas totalement à l'aise avec l'idée - ce qui était assez normal puisqu'elle était née-moldue. Vous-savez-qui avait une allure de croquemitaine pour elle alors que pour Ron… C'était un peu un révolutionnaire barjo et meurtrier.

Il n'était pas absolument certain que vous-savez-qui serait ravi d'apprendre qu'il était considéré comme un révolutionnaire tyrannique plutôt qu'un monstre mais… C'était indéniablement le cas.

-Pas de problème, répondit-il dans un sourire : en plus j'avais envie de jouer aux échecs ce soir.

Riddle était le seul adversaire digne de lui parmi les Gryffondors. Il battait systématiquement Harry et Hermione (ce qui avait le don de décourager son meilleur ami et de rendre sa meilleure amie folle de rage) et il avait presque arrêté de jouer en voyant que personne ne représentait le moindre défi. Cela avait évidemment changé dès la première partie qu'il avait joué contre le Serpentard.

Ils étaient pratiquement au même niveau : impossible de prédire qui allait gagner la partie. Cela rendait les jeux bien plus intéressants puisque, pour la première fois, Ron devait se concentrer. Quant à Riddle, il semblait aussi n'avoir jamais joué contre un adversaire à sa taille et ne refusait jamais une partie.

Raison pour laquelle il répondit au roux :

-Je vais te détruire.

Piqué au vif Ron répondit :

-Il me semble que tu as oublié l'issue de la dernière partie -

-Issue qu'on ne peut imputer qu'à de la chance.

-De la chance ? J'ai piégé ton roi dans ses propres retranchements ! J'appelle ça un coup de maître, moi !

L'allure de Riddle s'accéléra légèrement. Il se redressa imperceptiblement alors que Ron calquait ses pas sur les siens :

-J'ai perdu parce que j'étais distrait.

-Non, j'ai gagné parce que je suis le meilleur.

Ginny et Hermione, qui marchaient quelques mètres derrière eux, échangèrent un regard en voyant Ron et Tom les distancier de leurs pas rapides. Elles ne prononcèrent pas un mot mais leur pensée transparut sur leur visage : Les hommes.


Bien entendu, s'affronter verbalement n'était qu'une tradition tout à fait bénigne. Il n'était pas question d'insulter l'autre sérieusement. Ces joutes participaient simplement à mettre de l'enjeu à leurs parties. Ron était pauvre et il était évident que c'était aussi le cas de Riddle. Son uniforme, comme le sien, était de seconde main. Du coup, ils ne pouvaient rien parier d'autre que leur honneur.

Il y avait eu une brève semaine où Riddle avait pu mettre en jeu les nombreuses friandises qui restaient de son séjour à l'infirmerie mais elles avaient bien vite disparu. Apparemment, soit Riddle avait une affinité particulière pour tout ce qui était sucré, soit il s'était empressé de les distribuer à tous ses camarades.

Ce serait probablement un mystère à jamais. En tout cas, Ron avait pu en profiter largement. Peut-être était-ce la motivation de pouvoir avoir un stock conséquent de chocogrenouilles mais, en tout cas, Ron avait gagné la majeur des parties lorsqu'elles étaient en jeu.

Malheureusement pour Ron - ou heureusement puisqu'il n'y avait rien en jeu - il avait bien l'impression que cette fois, la victoire reviendrait à Riddle. Il pouvait encore essayer de se sortir de la situation dans lequel l'autre garçon l'avait fourré mais… Mais toutes les stratégies pour y parvenir étaient évidentes. Riddle n'aurait aucun mal à les bloquer.

Il leva la tête. Le serpentard le regardait avec un sourire narquois. Ron serra les dents et s'intima de réfléchir. Bien sûr, c'était difficile, surtout en sachant qu'Harry était en train de faire il ne savait quoi avec Dumbledore. Il n'arrivait pas à s'empêcher d'y penser. Était-il en danger ? S'il s'agissait bien de localiser un horcruxe comme il le pensait alors… Alors il y aurait forcément des choses pour le protéger ?

Ron se souvenait particulièrement bien de son voyage en Egypte. Les guides avaient expliqué que les pièges étaient là pour punir les curieux qui avaient l'outrecuidance de vouloir s'approcher des reliques. Il avait un peu l'impression que ce serait la manière dont s'était comporté vous-savez-qui. Planquer ses propres reliques au fin fond d'il ne savait où, protégées par des malédictions et autres joyeusetés.

Et dire qu'il était en train de jouer aux échecs contre lui. Sa main oscilla entre sa dernière tour et l'un de ses fous. Il se décida pour sa tour. Il comprit vite qu'il venait de faire une erreur lorsque Riddle tressaillit intégralement en voyant qu'il touchait la pièce. Mince.

-Tu es mat dans quatre tours, lui annonça l'autre garçon avec suffisance.

Ron étudia la configuration de l'échiquier. Effectivement, il voyait l'angle d'attaque de Riddle et il ne pouvait tout simplement plus rien faire. Enfin, il pouvait toujours essayer de rallonger la partie au maximum mais… ça ne valait pas la peine.

-Ouais… J'abdique, lâcha-t-il en soupirant.

Son roi se retourna et brandit son poing dans sa direction avant de lâcher son sceptre en direction de Riddle.

-Belle partie, commenta Riddle en lui tendant la main.

Ron la serra, peu convaincu de sa performance :

-Merci, bien joué.

L'autre inclina de la tête :

-Revanche ?

-Peut-être que tu devrais profiter d'avoir gagné un peu plus longtemps avant de perdre ton titre ?

Les pièces se placèrent à nouveau face à face.

-Ton obstination est presque triste, en sachant que tu -

La porte de la salle commune s'ouvrit sur Neville, à bout de souffle :

-Il y a - Il y a des Mangemorts !

Avec une uniformité impressionnante, Ron, Hermione et Ginny se levèrent d'un bond. Ron n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Des Mangemorts ? Dans le château ? ça paraissait tellement absurde et impossible - Poudlard était l'endroit le plus sûr d'Angleterre, Neville avait dû halluciner ou il leur faisait une blague parce qu'il sentait qu'ils étaient tous à cran ?

C'était forcément ça.

Ginny se précipita vers le nouvel arrivant et lui attrapa les épaules. Neville se redressa :

-J'ai juste eu le temps de courir, je ne sais pas ce qu'ils sont en train de faire mais -

-On y va, trancha Ginny.

Hermione s'avançait déjà vers elle. Ron hésita. Ce n'était pas qu'il n'avait pas l'intention d'y aller ; bon dieu non, il préférait mourir que de voir sa sœur et sa meilleure amie se battre sans lui mais…

Son regard glissa sur Tom, toujours assis devant le jeu d'échec. Il avait eu le temps d'engager son premier pion. C'était … troublant de voir à quel point sa position et son geste semblaient cohérent avec ce qu'il venait de se passer. Comme si, avec les Mangemorts dans le château, Voldemort avait avancé son premier pion.

Il chassa immédiatement ces pensées idiotes de sa tête. Tom était Tom.

-Peut-être que tu devrais rester ici, lui suggéra Hermione.

Il avait peur, évidemment, peur pour sa vie, peur pour celle d'Hermione et infiniment peur pour la vie de sa petite sœur. Il savait qu'il n'arriverait jamais à la dissuader d'aller se battre. L'année passée, elle avait déjà refusé de rester à Poudlard alors qu'ils allaient au Ministère.

-Dumbledore n'est pas dans le château, chuchota Ginny, la voix rauque. Elle était blafarde.

Ils étaient tous terrifiés.

-On y va, déclara Ron en s'avançant.

-Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Je pense que vous feriez tous mieux de rester ici.

Toutes les têtes, y compris celles des élèves qui étaient restés en retrait, ne sachant pas encore s'ils allaient finir par suivre ceux qui allaient protéger leur école, convergèrent vers Riddle.

-C'est hors de question, répondit Ginny : on ne va quand même pas les laisser dans le château alors qu'il y a des élèves -

-Je ne pense pas que le but soit d'attaquer des élèves, ajouta le serpentard : on ferait mieux de rester dans la salle commune, ils n'arriveront pas à nous atteindre si on attend.

Des murmures d'assentiments s'élevèrent autour d'eux. Ron voyait la peur transparaître sur les visages. Il avait envie de rester dans la tour, ou mieux, d'aller s'enfermer dans son dortoir et attendre que Dumbledore, Harry et l'Ordre du Phénix n'arrive.

Mais ils n'étaient pas là. Combien y'avait-il d'élèves dans l'école ? Combien étaient littéralement des enfants sans défense ? Si Voldemort était capable d'attaquer un bébé, il ne reculerait probablement pas devant des jeunes âgés de dix ans de plus.

-On y va -

-Je n'ai pas de baguette ! s'exclama Riddle.

Et Ron comprit - et cette fois sans qu'Hermione ne doive lui expliquer - ce que ressentait l'autre garçon. S'ils avaient tous peur, dans la tour, Riddle était terrifié. Est-ce que c'était parce qu'il était un serpentard ? Qu'il avait si peu de courage que le Choixpeau l'avait réparti dans la maison des lâches ? Ou plus qu'une peur standard de mourir, est-ce qu'il avait spécifiquement peur de se faire capturer ?

C'était difficile à dire d'autant plus qu'ils ne savaient absolument pas ce que Riddle savait de Voldemort. Assez, apparemment, pour ne pas avoir envie de devoir lui faire face.

Mais Ron n'arriverait pas à convaincre Ginny de rester en sécurité. Ni Hermione, ni Neville, ni -

-Est-ce que quelqu'un a une baguette à lui prêter ? demanda-t-il à la cantonade.

Les chuchotements se turent un instant. Jusqu'à ce qu'une première année s'avance vers lui et lui tende sa baguette. C'était un geste simple mais - Mais Ron eut envie de la serrer dans ses bras. Il y avait tout le courage des Gryffondors dans cet acte. Et Ron savait que si elle avait été un peu plus âgée, elle se serait jointe à eux.

-Merci, déclara-t-il simplement.

Il s'approcha ensuite de Riddle :

-Je te fais confiance.

Et il posa la baguette devant lui. La grande main de l'adolescent s'en approcha et saisit presque timidement le bout de bois. Ron doutait vraiment fortement que la baguette d'une gryffondor de onze-douze ans puisse convenir à un serpentard, futur mage noir.

Mais c'était toujours mieux que de courir au danger sans arme.

-Ron, tu es sûr que -, commença Hermione. Le roux la fit taire d'un regard.

Ils ne pouvaient pas se permettre de douter des intentions de Riddle. Surtout maintenant. Ron ne pouvait pas le délier, seul Dumbledore le pouvait. Et, encore une fois, il lui serait impossible de rester derrière.

-Allons-y, trancha Ginny en se retournant.

Et sans hésiter la moindre seconde, elle passa la porte de la tour. Neville qui avait repris son souffle la suivit. Hermione et Ron échangèrent un dernier regard avant, au pas de course, de se lancer à leur poursuite.

Des Mangemorts dans Poudlard, c'était tellement fou, tellement aberrant qu'il n'arrivait pas à accepter que ça soit vrai. Au fond, Ron s'attendait à une blague de Malfoy ou quelque chose dans ce genre. Pas à voir des assassins déambuler dans l'endroit qui était censé être le plus sûr du Royaume-Unis.


Les couloirs étaient silencieux - trop silencieux. Ils avançaient les cinq, Ginny en tête, leurs pas résonnaient trop évidemment sur la pierre. Ron, un peu en retrait, à côté de Riddle s'en effrayait à chaque fois. Dix pieds qui, même en essayant d'être discrets, remplissaient les murs de leurs échos.

Et c'était la seule chose qu'ils entendaient. C'était étrange et perturbant - ils auraient dû croiser d'autres élèves, un professeur ou un préfet essayant désespérément de faire rentrer les étudiants dans leur salle commune.

Un ou deux couples, profitant du soir pour se tripoter entre deux statues.

Poudlard semblait morte.

Quand Ron imaginait les affrontements qu'il savait inévitables, il les imaginait toujours comme dans un livre - ou comme dans les histoires qui passaient à la radio. Une ambiance survoltée, des cris, voire - dans le cas de la radio - une musique accompagnante chacun de leurs gestes.

Pas cette impression d'être dans un tombeau de la taille d'une école. En fait, ils auraient très bien pu visiter une ruine particulièrement bien conservée juste avant la fermeture des visites.

Jusqu'à ce qu'ils tombent presque littéralement sur un indice permettant d'affirmer qu'il s'agissait bien de leur école. Et que quelque chose d'horrible s'y était produit. Ginny fut la première à la voir. Elle s'arrêta net, plaqua une de ses mains sur sa bouche. Hermione se figea et Neville se retourna brusquement. Comme si, en détournant son regard, il pouvait prétendre que la chose n'existait pas. Curieux et affolé, Ron se dressa sur la pointe des pieds.

Dans l'angle de couloir se trouvait un bras.

La paume, trop blanche, faisait face au plafond. Elle était suivie par un bras bien vite recouvert par une manche noire. C'était sans erreur possible le bras d'une ou d'un élève. Hermione fut la première à reprendre ses esprits. Elle s'avança, se dirigea vers le corps qui était caché par l'angle du mur.

Ron la suivit, sentit le lien se tendre alors que Tom ne bougeait pas. Il le força à se mettre en route. Il dépassa sa sœur sans la regarder. Son attention était focalisée sur la personne à terre. Il avait l'espoir - un espoir ridicule, il le savait au fond - que la personne n'était qu'inconsciente. Qu'il ne suffirait que d'un sort pour qu'elle se relève.

C'était une fille. Septième année à Poufsouffle. Ron remarqua tout de suite l'insigne de préfet sur sa robe. Elle avait les yeux ouverts, sa baguette gisait à quelques centimètres de son autre main qui était le long de son corps. C'était une position bizarre pour mourir, se dit-il.

-Oh non, gémit Neville derrière lui.

Autour d'elle, les murs tâchés d'éclats sombres. Comme s'ils avaient brûlés à des endroits très précis, formant des cercles noirs de suie. Elle avait dû essayer de se battre. Les murs étaient les seuls témoins de l'affrontement. Les armures du couloir n'avaient pas été touchées.

Au moins, ça avait dû être rapide.

Ginny s'agenouilla à côté d'elle et ferma doucement ses yeux. C'était terrifiant de voir sa sœur, une des personnes à qui il tenait le plus, faire un geste aussi lourd de sens. Fermer les yeux d'une adolescente assassinée.

Peut-être pour la première fois depuis que Dumbledore avait évoqué ces mots, Ron réalisa qu'ils étaient réellement en guerre. Que cette Poufsouffle dont il ne connaissait même pas le nom n'était que la première élève de Poudlard à mourir bêtement parce qu'elle s'était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

-Il faut que nous retournions dans la tour de Gryffondor.

C'était à nouveau Riddle. Il évitait obstinément de regarder le cadavre.

-Et laisser d'autres gens mourir ? demanda Ginny avec force.

-Parce que tu penses vraiment que tu peux empêcher ceux qui ont fait ça de recommencer ? Est-ce que tu es une imbécile ?

Ginny se redressa complètement. La rage qui luisait dans ses yeux était impressionnante :

-Peut-être, peut-être pas mais c'est hors de question que je reste les bras croisés !

-Qu'on reste les bras croisés, ajouta doucement Neville.

Riddle fit quelques pas, s'avança dans le couloir et se tourna vers eux. Il leur barrait la route. Ron constata qu'il avait la baguette dans les mains – est-ce qu'il avait l'intention de les attaquer ?

-C'est une idée complètement stupide, on va tous se faire assassiner, il chercha le regard de Ron : ou pire. Si je suis ici et qu'il – que je me vois - nous seulement vous serez tous morts mais en plus -

-mais en plus quoi ? Rester sans rien faire n'est pas une option.

Et, l'allure encore plus décidée qu'avant, Hermione dépassa Riddle (en le poussant au passage) et se remit à marcher - plus vite - en direction du centre du château.

Sans un mot, ils se mirent tous à la suivre. Ron sentait toujours la pression du lien entre Riddle et lui. Il avait baissé sa baguette même si sa réticence était flagrante : il n'avait réellement pas envie d'y aller. C'était dingue de penser que le plus grand mage noir de tous les temps puisse... être à ce point paralysé par la peur.

C'était peut-être comme ça qu'on devenait tout puissant, cela dit. En se protégeant au maximum. C'était vrai qu'ils courraient potentiellement tous à la mort. Ils n'avaient aucun moyen de contacter Harry ou Dumbledore et à eux cinq contre des Mangemorts… Ils avaient eu de la chance au Ministère. Rien n'indiquait qu'ils en auraient encore.

Ils entendirent un cri plus loin. Le genre de cri de joie sinistre qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Bellatrix Lestrange, contre qui aucun d'entre eux ne faisait le poids.

-Restons groupés, déclara Hermione le souffle court.

Ils entendaient effectivement d'autres cris, des gens hurlant divers sorts, certains que Ron ne connaissait pas. Le lien lui fit terriblement mal. Il se retourna vivement, Riddle était collé contre le mur, les mains agrippés contre les pierres. Comme s'il espérait que ses ongles seraient assez longs pour se glisser dans les interstices de la roche et que cet appui empêcherait le lien de l'entraîner à la suite des Gryffondors.

-Tom, on y va, essaya-t-il.

Le serpentard, blanc comme un linge, secoua vivement la tête.

-Riddle, on y va, reprit-il, en se mettant à marcher. Il entendit le Serpentard émettre un bruit de protestation. Mais il n'avait pas d'autre choix que de suivre les autres.

Leurs baguettes prêtes, ils débouchèrent sur le hall d'entrée. Celui qui menait d'un côté au parc et de l'autre à la grande salle.

C'était là que se déroulait l'affrontement. Il vit tout d'abord son grand-frère, Bill qui se battait contre un homme défiguré à l'extrême. Ron sut instinctivement de qui il s'agissait, on lui avait souvent parlé de lui. Fenrir Greyback. Si Bill était là, c'était que l'Ordre avait été mis au courant. Ça ne pouvait être qu'une bonne nouvelle -

Lupin et Tonks se battaient contre Bellatrix Lestrange qui riait plus qu'elle ne lançait de sorts. Ron ne comprenait pas ce qu'ils faisaient là - surtout qu'ils étaient peu nombreux.

Une poignée de Mangemorts, tout au plus. Comme si leur présence dans Poudlard n'était qu'un avertissement ou un avant-goût. Ron chercha du regard quelqu'un qu'ils pouvaient aider - ou un adversaire à confronter.

Mais, en fait, il avait l'impression qu'ils seraient plus des fardeaux qu'autre chose. Il n'osait pas s'immiscer dans un duel, de peur de déconcentrer ceux qui le livraient. Au vu de l'immobilité de ses amis, ils étaient tous parvenu à la même conclusion. Si cela pouvait porter préjudice à un Mangemort - tant mieux mais... Mais si c'était pour mettre en danger son frère ou Lupin, il n'avait pas du tout envie d'être responsable de ...quoique ce soit.

-Qu'est-ce qu'on fait ? demanda vivement Ginny.

Elle était bien arrivée aux mêmes conclusions que lui. Ron se tourna vers Tom qui avait obstinément tourné le dos au combat :

-Riddle - essaya Ron qui commençait à perdre patience.

-Wealsey, répondit sèchement le serpentard : s'ils savent que j'existe, vous perdez un avantage de taille. Est-ce que tu ne penses pas que je pourrais me rendre utile d'une manière ou d'une autre si Voldemort ne sait pas qu'il y a une deuxième version de lui ?

À côté de lui, Hermione fronça des sourcils. Évidemment, ce n'était probablement qu'un beau discours pour ne pas être impliqué dans le combat. En même temps….

-Il n'a pas tort, Ron..., déclara-t-elle : Peut-être que vous devriez – peut-être que vous feriez mieux de voir s'il y a des blessés que vous pouvez aid-

Un sort s'écrasa contre le mur à quelques centimètres de là où ils se tenaient. Ils se retournèrent dans un sursaut. Un Mangemort masqué se tenait devant eux. Il était trapu, large d'épaule - Ron ne savait pas du tout quelle pouvait être son identité.

Le mage noir leva sa baguette une nouvelle fois. Son masque empêchait de voir quelle était son expression, s'il était apeuré ou au contraire triomphant. Un instant plus tard, un sort d'une couleur verte en jaillissait. Ron vit avec horreur que sa sœur était exactement dans la trajectoire du sort de la mort.

Il ne parvint pas à bouger, condamné à rester impuissant alors que sa sœur -

Riddle tira brusquement Ginny contre lui. Le jet vert passa là où elle se tenait la seconde d'avant pour s'écraser lui aussi contre le mur.

-Stupéfix ! s'écria Ron.

Le Mangemort balaya son sort d'un petit geste de baguette. Il profita de son élan pour recommencer une incantation mais -

Mais il s'écroula subitement. Son corps se mit à trembler avant même qu'il ne touche le sol. Une fois par terre, il se mit à se tordre dans de terribles convulsions. Ron tourna de la tête - Riddle avait sa baguette devant lui.

Il était capable de lancer des sors sans prononcer l'incantation. C'était le genre de magie avancée qui aurait dû le rendre jaloux mais en voyant qu'il tenait toujours fermement Ginny contre lui, qu'il venait probablement de leur sauver la vie à tous, il hocha silencieusement de la tête. Peu importe que le sort qu'il avait employé soit vraisemblablement de la magie noire.

Ginny s'écarta et le contempla un instant. Ron remarqua avec horreur qu'elle avait les larmes aux yeux :

-Merci.

-Pas de quoi, répondit automatiquement Riddle.

Il avait le même air terrifié.

Les affrontements battaient toujours leur plein au milieu du couloir. Ron vit avec fierté son frère repousser une énième attaque de Fenrir avant que Bellatrix ne profite d'un moment de battement – Lupin et Tonks se débarrassaient d'un gigantesque serpent de fumée qu'elle avait invoqué - pour lui lancer un sort dans ses jambes.

Bill perdit l'équilibre. Le temps qu'il parvienne à se stabiliser, Fenrir avait déjà arraché une partie de son visage.

-Non ! hurla Ginny à côté de lui.

Ron se serait joint à son cri si, au même moment il... Il n'avait pas ressenti le lien se dissoudre. Il entendit Tom prendre une grande inspiration derrière lui.

-Dumbledore, déclara le Serpentard.

Comme s'ils avaient appris la nouvelle en même temps, les quelques Mangemorts se mirent manifestement à battre en retraite. Chacun de leurs pas étaient effectués à reculons pour atteindre la sortie de l'école.

Même Fenrir, qui n'avait eu le temps de s'attaquer à sa proie fraîchement abattue que partiellement, lâcha avec regret le corps de Bill Weasley pour quitter le château.

Lupin se lança à leur poursuite. Ginny se précipita vers Bill. Elle s'agenouilla à côté de lui et prit son pouls.

C'était sans aucun doute la seconde la plus longue de la vie de Ron. Étrangement il eut le temps de penser à tous les moments où il avait admiré son grand-frère, l'aîné de sa famille qui réussissait tout ce qu'il entreprenait. Les anniversaires, les moments où Bill l'avait emmené avec lui au chemin de Travers - Son estomac se serra – il donnerait n'importe quoi pour que –

Ginny leva les yeux et il comprit immédiatement que Bill n'était pas (encore) mort. Son soulagement fut de courte durée. Il s'était fait lacérer par un loup-garou. Il n'osait même pas s'avancer pour voir l'état de son visage. Quelle vie attendait son frère ? Lui qui était supposé se marier pendant l'été –

Il décida d'interrompre ces pensées en abordant le point le plus urgent :

-Le lien a été rompu, dit-il a Hermione qui était toujours figée à côté de lui.

L'air horrifié de sa meilleure amie lui confirma ce qu'il pensait. Il n'y avait qu'une seule façon de défaire le lien qui l'unissait à Riddle. Soit par Dumbledore en personne soit...

Soit parce que celui qui avait créé le lien était mort.

Et le regard d'Hermione et l'air perturbé de Riddle le lui confirmaient mieux que n'importe quel discours.

Le directeur de Poudlard était mort.