Est-ce que les choses s'améliorent dans ce chapitre ? Absolument pas ! Mais gardez votre courage, Noël approche, et la résolution de cette fic avec ! Je vous remercie tous de toutes vos reviews, vous êtes fantastiques ! (au contraire de nos deux personnages, à qui on pourrait reprocher bien des choses... Mais ne soyez pas trop durs avec eux, ils sont ados, ils souffrent, et ce pauvre Sherlock est en pleine déréliction...)

Bonne lecture !

Sherlock - 20 ans - mai 2000

Sherlock avait arrêté d'aller en cours. Ça ne lui servait à rien, de son point de vue. Il était plus intelligent que ses professeurs. Mycroft avait désapprouvé, bien sûr. Ses parents n'avaient rien dit. Ils étaient habitués à ses frasques. À ses absences, à son insolence. Aux coups de fil de la police, qui leur signifiaient avoir trouvé leur fils dans un endroit peu fréquentable.

Sherlock s'en moquait. Il cherchait à aller plus bas, toujours plus bas. Il voulait oublier, éteindre son cerveau. Il plaignait Eurus, sans oser lui en parler. Comment pouvait-on vivre avec des pensées aussi bruyantes, tournoyant dans son esprit, encore et toujours ? Ça le broyait. Après avoir tant aimé son intellect supérieur, son esprit génial qui faisait de lui ce qu'il était, il avait réalisé qu'à côté de Eurus, parfois il n'était rien. Et son esprit avait commencé à le dominer et non l'inverse. Il ne savait plus éteindre ses pensées. Quand il avait John, tout était plus simple. John le touchait, John lui souriait, John l'embrassait, John le caressait, et le monde disparaissait. Il n'y avait rien d'autre que le calme et la tranquillité. Rien d'autre que John, et le sentiment immense d'amour qu'il ressentait pour lui.

Mais il n'avait plus John, et il s'interdisait d'y penser. 750 jours sans lui. Il avait vainement essayé d'arrêter de calculer, mais il le faisait sans effort.

John lui manquait. Deux ans et deux semaines d'absence, et sa colère lui paraissait presque vaine, inutile. Pourtant il lui en voulait toujours. De tout ce temps perdu, des mensonges, des serments d'amour inutiles gâchés par le départ pour l'armée. Mais il lui manquait.

– Sherlock ? On t'avait perdu ?

Il revint à la surface, émergea de ses pensées, perçant la surface et fit face au sourire étincelant de Seb.

Il leva un sourcil pour signifier qu'il écoutait, désormais.

– Je t'expliquais le prochain job, Sherlock. Tu pourrais être plus attentif.

Il haussa les épaules. Il avait besoin de moins de 50% de ses capacités pour satisfaire Seb. Comme disait Eurus quand il lui avait parlé de son nouvel « ami », il avait des idées d'enfant et des ambitions aussi restreintes. Seb aimait une seule chose plus que tout : l'argent. Et il avait compris mieux que quiconque que Sherlock pouvait lui en fournir facilement. Il ne s'offusquait pas de son mépris, de ses commentaires assassins, du fait qu'il affirmait haut et fort être le plus intelligent de la pièce et insultait ses interlocuteurs. Au contraire, il l'encourageait. Tout ce qui rendait Sherlock heureux lui convenait. Plus Sherlock était satisfait, plus il était performant dans son job. Il fournissait tout un tas d'informations utiles, n'avait pas son pareil pour analyser les gens, trouver les points faibles, les bons leviers pour les faire fléchir. Sherlock obtenait les informations et Seb les utilisait. Ce qu'il en faisait ne regardait pas Sherlock. Il avait son paiement, c'était tout ce qui lui convenait.

Seb continuait de pérorer sur leur future « cible ». Un étudiant du campus, de dernière année. Le boulot habituel : le filer, le déduire, récupérer tout élément utile pour le faire chanter, donner les infos à Seb. La notion même de briefing pour ses missions était absurde. C'était toujours la même chose.

– Oui, je t'écoute.

Sherlock n'écoutait absolument pas mais il savait quand et quoi dire pour faire semblant que si, et faire plaisir à Seb. Tout ce qu'il voulait, c'était sa récompense.

Sa cocaïne. Sa dose.

C'était Seb qui l'avait approché. Seb qui lui avait proposé, lui promettait monts et merveilles. Mieux que la cigarette. Mieux que les joints.

Il avait eu raison. Rien n'avait rendu l'esprit de Sherlock à la fois aussi affûté et aussi calme. Il en avait réclamé une nouvelle dose à peine redescendu du trip de la première. S'il avait pu, il se serait défoncé ainsi en permanence. Mais Seb contrôlait ses doses, et Sherlock le laissait faire. Par pure flemme de se trouver un autre fournisseur. Au moins, avec Seb, il savait à quoi s'attendre. Et quand Sherlock revenait sur terre, il ne s'appesantissait pas sur les propos incohérents que Sherlock avait pu tenir durant son trip.

– Si tu fais bien ce boulot, tu seras encore mieux récompensé, promit Seb.

Sherlock tendit l'oreille. Plus de cocaïne ? C'était intéressant. Le chimiste en lui avait pris le pas sur l'accro, une fois, et avait travaillé le produit. Sherlock était en passe de l'améliorer grandement pour sa consommation personnelle, mais pour ça il fallait des doses qu'il mettait de côté, et c'était compliqué.

– Non, le détrompa son dealer. Pas de cocaïne. Ça.

Il désigna une seringue. Sherlock fit la moue. L'héroïne ne l'avait pas spécialement intéressé, jusque-là. Mais, au demeurant, il ne s'intéressait pas à la cocaïne avant que Seb ne lui offre son premier fix. Alors pourquoi pas.


Il rentra à sa chambre par ennui. Il était miraculeux que le campus le laisse encore vivre à l'Imperial. Il soupçonnait vaguement Mycroft d'y être pour quelque chose. Ces derniers temps, le poste de son frère avait pris de l'ampleur, beaucoup d'ampleur. Il continuait de nier, mais Sherlock n'était pas idiot, et Eurus avait confirmé. Il avait bien assez de pouvoir pour faire pression sur le doyen, du coup. Et laisser Sherlock tranquille dans sa chambre, alors même qu'il ne se présentait plus en cours, et plus vraiment à ses examens non plus.

Son frère semblait cependant ignorer que son cadet se défonçait à la cocaïne régulièrement. Sherlock n'était pas sûr qu'il aurait les mêmes largesses à son égard s'il le savait.

La porte de sa chambre refermée derrière lui, il s'effondra sur son lit, se roulant en position fœtale. Toute énergie l'avait abandonné depuis tellement longtemps. La seule chose qui lui restait, c'était la drogue, et ses visites à sa sœur, qu'envers et contre tout, il continuait d'apprécier. Eurus lui faisait pourtant de plus en plus peur, parfois.

Machinalement, il tira de sous le lit une boîte en carton.

Il l'avait récupérée de chez ses parents, les avait toutes relues. Les lettres de John. De la première, quand son ami savait et que Sherlock était un imbécile naïf. Il avait été presque impressionné. Ils avaient échangé des courriers pendant plusieurs années, plus de cinq ans avant que Sherlock ne le rejoigne à la fac et qu'ils arrêtent de s'écrire régulièrement, et John n'avait jamais commis le moindre impair. Il était intelligent, quand il s'agissait de manipuler Sherlock.

Mais quand Sherlock relisait les plusieurs centaines de lettres qu'ils s'étaient échangé au cours de ces années, il n'arrivait plus à en vouloir à John. La seule chose qu'il lisait était la douceur, la gentillesse, la compréhension, la tendresse, l'acceptation, le pardon, l'amusement, l'amitié qu'il lui avait portés. L'amitié qui avait basculé vers l'amour, sans qu'il ne sache pourquoi.

Comme souvent, Sherlock en prit une au hasard, et ne put s'empêcher de la lire :

« Salut Génie »

(C'était une récente, John était à la fac, Sherlock travaillait activement à le rejoindre)

« J'ai eu une bonne note à mon dernier exam blanc, c'est encourageant ! Mike m'a bien aidé à réviser, il est doué, plus que moi, il apprend à une vitesse de dingue... Bon, il est pas aussi efficace que toi non plus. Personne n'est plus efficace que toi, pour apprendre, pour réfléchir, et pour m'aider à réviser. »

Voilà, ce genre de propos qui exsudait l'amour, la confiance en Sherlock, les lettres de John en étaient pleines. Ça faisait mal. C'était un fix, comme la cocaïne. Une nouvelle drogue. Qui ne fonctionnait que sur Sherlock, mais c'était tout l'intérêt. Il refusait de partager John avec un autre.

« Tu adorerais le campus, je crois. L'Imperial est spécialisé en sciences. Tu trouverais peut-être même des professeurs qui pourraient t'apprendre quelque chose, pour une fois ! (Mais je n'y crois pas vraiment, hein Génie ?) »

Ça faisait du mal à lire. C'était tellement bon que ça faisait mal.

Sherlock laissa retomber la lettre, la remit dans l'enveloppe qui portait l'écriture soignée de son ami, loin de ses ambitions de médecin. Il la rangea convenablement, à sa place, dans le carton où elles étaient serrées. Elles étaient toutes triées par date.

Et parce qu'il aimait se faire du mal, il alla aux plus récentes, comme d'habitude.

Un bout de papier, presque un post-it : « T'es trop beau quand tu dors pour être réveillé. J'ai dû partir pour aller en cours. Sois sage en m'attendant, je reviens vite. Je t'aime, Sherlock. »

Il avait trouvé ce mot sur l'oreiller après leur première nuit, quand il s'était réveillé seul. Il n'avait pas dormi aussi bien et longtemps depuis des années. La solitude, à son réveil, l'avait paniqué, puis il avait trouvé le mot, preuve que John le connaissait par cœur, et qu'il ne voulait pas qu'il s'inquiète, et son cœur avait explosé sous le trop plein de sentiments qu'il ressentait pour cet homme. Sherlock avait chéri ce bout de papier comme le plus précieux des trésors.

John en avait laissé d'autres, par la suite, quelques je t'aime, à ce soir, tu trouveras à manger dans le frigo, émaillés de visages souriants et de cœurs. Sherlock aurait dû détester ça. Il détestait ça. Mais quand c'était John, il souriait bêtement et les rajoutait dans sa boîte. Il n'en laissait pas en retour, parce qu'il était incapable de verbaliser comme le faisait John ses sentiments, mais ce dernier ne semblait pas en souffrir. Parce qu'il savait exactement qui était Sherlock, ce qu'il pouvait attendre de lui ou non.

Puis, lentement, Sherlock prit la dernière lettre. Il avait mis trois semaines complètes à la regarder, sans savoir s'il devait la brûler ou la lire. Il avait fini par la lire, et la connaissait par cœur désormais, mais il recommençait.

« Sherlock,

Je n'ose plus t'appeler Génie, comme je le faisais depuis toujours. Depuis avant notre rencontre épistolaire. J'ai peur que tu le prennes mal (et tu aurais raison), mais pour moi, tu es et tu seras toujours mon Génie.

J'espère que tu es en train de lire ces mots, et que mon courrier n'a pas fini dans un feu de joie. Te connaissant, je dirais que la curiosité l'a emporté, mais je sais aussi que ça fait des semaines et que je ne te connais plus.

Je sais que tu ne veux pas entendre d'explications, mais je veux m'excuser, Sherlock. Pour tous les mensonges de ma part qui t'ont blessé. Je me suis laissé enfermer dans une spirale de non-dits qui me rongeaient, et l'idée de te faire du mal était à chaque seconde plus intolérable.

Je ne te demande pas ton pardon. Je peux vivre avec l'idée que tu ne me pardonnes jamais, même si ça fait mal, tant que je sais que tu vas bien. Alors prends soin de toi, Sherlock. Sois heureux, s'il te plaît.

Je ne pense pas être un jour capable d'arrêter de t'aimer. C'est en moi depuis beaucoup trop longtemps désormais. Un jour, je reviendrai de l'armée, et j'aimerais te voir, si tu le veux aussi.

Si tu veux m'écrire, comme nous en avions l'habitude, tu le peux aussi. Si tu ne réponds pas, je comprendrais aussi.

Je t'aime, Sherlock. Je suis désolé, terriblement désolé pour tout.

Prends soin de toi, je t'en supplie, sois heureux.

John Watson »

Après ça, il avait arrêté d'appeler Mycroft, les parents Holmes, Sherlock lui-même qui fuyait les appels. Il avait envoyé une dernière bouteille à la mer, et attendait depuis. Il attendait en vain. Sherlock ne voulait pas lui répondre. Il ne lui avait pas répondu. Mais tous les jours, il relisait la lettre, et ressentait une violente envie de pleurer.

750 jours sans John.


Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - décembre 2001