Chapitre 9 - Drago

Mercredi 7 décembre 2005 - Poudlard

« Ça m'avait manqué, tout ça. » murmura-t-il.

Hermione ignora complètement sa remarque et continua de feindre de lire son parchemin. Feindre, car Drago savait avec certitude qu'elle faisait semblant. Après toutes ces années loin d'elle, il était encore capable de comprendre ce que cachaient réellement ses moindres gestes et expressions.

Ses yeux gris perle dévalèrent le visage de la brune.

Elle fronçait les sourcils, signe qu'elle était en train de se concentrer. Sans succès, car elle clignait rapidement des yeux, trop rapidement. Il parcourut son cou, ses épaules, ses bras, puis ses mains. Il put constater que de sa main droite, la professeure frottait son pouce contre son index. Drago savait qu'elle ne faisait cela que lorsqu'elle se sentait anxieuse.

Le jeune homme répéta ce qu'il venait de dire et Hermione releva enfin la tête, abandonnant ce simulacre de lecture. Elle planta ses orbes marron dans les siens.

« Quoi ? Qu'est-ce qui t'a manqué ? » demanda-t-elle sèchement.

Toi. Ton visage. Tes yeux. Ta voix.

Te parler et t'écouter. Te regarder aussi, tout simplement te regarder.

Toi. Toi, toute entière.

« Poudlard, répondit Drago sur le ton de l'évidence.

— Ah. Oui, à moi aussi. »

De nouveau, elle rompit leur lien visuel. Drago eut envie d'envoyer valser les parchemins dans lesquels Hermione se réfugiait. Il voulait qu'elle le regarde. Ne pouvant s'y résoudre, il voulait vérifier si c'était bien de la haine qui agitait de nouveau ses iris.

Drago attrapa l'un des parchemins de la professeure de Runes et le parcourut rapidement d'un air sérieux. Hermione le regarda faire, sans un mot.

« Je crois que… William, dit-il après avoir lu le nom inscrit en haut du parchemin, n'a pas très bien saisi la signification de Sowilo.

— Parce que toi tu t'en souviens de sa signification ? »

Chaque mot qu'elle acceptait de lui céder claquait dans l'air avec violence.

« Evidemment. »

Drago laissa discrètement traîner son regard autour du cou de la jeune femme et s'arrêta à la naissance de sa nuque. Il put alors apercevoir la fine chaîne au bout de laquelle ne pendait plus que le petit grenat rouge et dorée qu'Hermione aimait tant. Rien d'autre que cette petite pierre rouge et dorée. Drago étouffa la pointe de déception qui naissait en lui.

« Cette rune incarne et canalise le pouvoir du soleil, expliqua-t-il, elle symbolise l'énergie et la lumière. C'est la puissance que rien ne peut arrêter. Sowilo nous illumine, elle nous guide et nous promet des jours meilleurs. »

Devant l'étonnement de la jeune femme, il ajouta : « Je n'ai rien oublié de l'Etude des runes… »

Je n'ai rien oublié de l'Etude des runes mais surtout de toutes ces heures passées à tes côtés.

« Tu as continué à pratiquer les tirages ? » demanda-t-elle.

Pas vraiment, ça aurait été prendre le risque de penser encore plus à toi.

« Pas vraiment.

— Alors qu'est-ce que tu as fait, ces dernières années ? »

Drago ne put s'empêcher d'esquisser un début de sourire. Elle avait tenté de demander ça d'un ton détaché mais le blond sentit que là encore, elle faisait semblant. Le sujet l'intéressait, au moins un peu.

« Enfin, à part arrêter de te raser, visiblement, ajouta-t-elle.

— Tu n'aimes pas ? » dit-il, tout en passant sa main dans sa barbe, un sourire en coin. Drago avait effectivement abandonné le rasage quotidien il y a deux ans et arborait maintenant une barbe de quelques millimètres. Sa mère ne s'était pas gênée de lui faire remarquer que cela lui donnait un air négligé. Mais elle avait tout de même fini par admettre que cette légère barbe lui allait aussi très bien.

« Ça change. » éluda-t-elle après avoir parcouru des yeux le visage du jeune homme. Des yeux vides qui ne laissaient malheureusement rien deviner de ce qu'elle pensait.

S'apercevant qu'Hermione s'apprêtait encore une fois à retourner à ses corrections, Drago tenta de l'en empêcher : « J'ai voyagé. Pendant cinq ans, j'ai voyagé à travers le monde et je me suis formé aux potions. Et toi ?

— J'ai… travaillé au Ministère. Le reste, tu le connais. » Hermione regarda sa montre « Bon, il est 20h20. Ça ne leur ressemble pas d'être aussi en retard, je pense qu'il y a dû y avoir un imprévu. Je vais y aller. Bonne soirée Drago. »

Tout en parlant, Hermione empila maladroitement les parchemins qu'elle glissa sous son bras gauche. Elle lui lança un dernier regard furtif avant de s'éloigner et de quitter la Salle Professorale.

.

.

.

Quel con.

Combien de fois allait-il la laisser s'enfuir comme ça avant de réussir à avoir la conversation qu'il attendait tant ? Pourquoi était-ce si difficile ? De quoi avait-il peur ?

Quel con.

C'était évident.

Les premières années, Hermione l'avait regardé avec mépris, colère, rage, haine… Puis son regard s'était transformé, ces sentiments d'animosité s'étaient envolés et Drago se souvenait encore de la douceur de son regard. Cette douceur avait-elle été de l'amour ? Il n'en avait jamais eu la certitude.

Voilà ce qui lui faisait peur. Drago redoutait ce qu'Hermione pourrait lui dire. Penser qu'elle ne l'avait peut-être jamais véritablement aimé était une chose, l'entendre le dire en était une autre. Il n'était pas prêt à affronter la vérité.

Sa seule certitude était qu'il n'y avait plus ni douceur, ni haine dans les yeux de la jeune femme, il n'y avait plus rien du tout. Elle ne l'aimait pas, elle ne le détestait pas.

Alors, quoi ?

Drago remontait les couloirs du château, sans réelle destination en tête. Il savait simplement qu'il ne souhaitait pas rentrer tout de suite.

« Où allez-vous comme ça, Professeur Malefoy ? »

Drago s'arrêta soudainement, cherchant l'origine de cette voix. Il vit alors la directrice émerger d'un couloir adjacent.

« En tout cas, vous y allez d'un pas décidé, ajouta-t-elle d'un air amusé.

— Je… Nulle part. Pourquoi personne n'est venu à la réunion ? demanda-t-il sèchement. On a attendu mais…

— La réunion ? s'étonna McGonagall. Celle concernant la soirée du Nouvel-An ? Cette réunion a lieu demain soir.

— Demain ? Mais vous m'aviez pourtant dit que c'était ce soir.

— Vraiment ? C'est étrange, souffla la directrice d'un ton détaché tout en reprenant son chemin. Très, très étrange. Bonne soirée Professeur. »


- Dimanche 13 décembre 1998 -

« Mais puisque je te dis que ça n'a rien à voir. Rien, articula Granger.

— Et pourquoi ? demanda Drago. Explique-moi. »

Les deux élèves marchaient dans les couloirs du château en direction de leurs salles communes respectives. Ils venaient de quitter la bibliothèque après une énième journée de travail. Sans trop savoir comment, ils en étaient arrivés à comparer l'Etude des runes à une autre matière que la Gryffondor ne portait manifestement pas dans son cœur. Madame Pince avait dû plusieurs fois leur demander de baisser d'un ton.

« C'est fou ce que tu peux être de mauvaise foi, pesta la brune. C'est différent et tu le sais. Si tu accordais le moindre crédit à la Divination, tu suivrais encore ce cours. Ce qui n'est pas le cas. Tu as arrêté après les BUSE, parce que comme moi, tu sais que ce n'est que du vent.

— Je trouve juste paradoxal de dénigrer la Divination mais de croire aux tirages de runes, c'est tout, rétorqua-t-il.

— Mais, enfin, Malefoy ! » s'écria la jeune fille. La Gryffondor s'était figée, stoppant leur avancée. « Les runes ont de réelles propriétés magiques. On est loin de la lecture subjective des feuilles de thé. Là où une personne verra un chien, un autre pourra y voir un loup. Et alors, la signification n'est plus du tout la même. Les runes, elles, sont objectives ! finit la Gryffondor, à bout de souffle.

— Tu me fais penser que ce matin au petit-déjeuner, je suis quasiment sûr d'avoir vu se dessiner une pieuvre dans celui de Blaise. Je devrais le mettre en garde, il est en danger.

— T-tu te moques de moi ? » s'étrangla-t-elle.

Drago fut flatté de constater que malgré tout ce qu'il avait pu raconter à Granger ces dernières semaines, elle le trouvait suffisamment sain d'esprit pour ne pas réellement croire qu'il puisse être sérieux. Evidemment qu'il se moquait d'elle. La Divination n'était qu'un ramassis de conneries pour ménagères désespérées.

« Oui, Granger, je me moque de toi. » fit-il dans un demi-sourire.

Il reçut pour toute réponse un douloureux coup de dictionnaire runique sur l'épaule.

« C'est dommage, t'aurais pu le voir venir dans une boule de cristal ça. J'espère que le bleu ne sera pas trop gros. Bonne soirée Malefoy. » jubila-t-elle avant de s'engager dans le couloir menant au tableau de la Grosse Dame.

Depuis les excuses de Drago, leurs échanges se faisaient plus riches. En plus de leurs matières communes, ils parlaient maintenant de littérature, de mythologie, des nouvelles formes de magie, ils débattaient de la politique du ministère, de la manière d'enseigner de leurs professeurs et même de l'affranchissement des Elfes de maison… Ce dernier sujet n'avait pas vraiment fait l'objet d'un débat. Hermione lui avait exposé point par point une quantité d'arguments que le Serpentard avait écoutée avec attention car tout bonnement incapable d'en placer une.

Certes, leurs échanges se faisaient plus riches mais ils se terminaient souvent ainsi. Drago ne pouvait s'en empêcher, il y avait quelque chose de grisant à la faire marcher comme ça.

Se massant l'épaule, le jeune homme la regarda s'éloigner avant de lui-même disparaitre dans le couloir opposé, celui menant aux cachots.

Le week-end, elle pouvait parfois être la seule personne à qui il parlait de la journée, ne croisant Blaise que le soir venu. Drago savait pourquoi il travaillait autant : tant qu'il le pouvait, il cherchait à s'occuper l'esprit. La raison pour laquelle Granger passait tout son temps libre à la bibliothèque restait encore un mystère.

Tandis que les pas du Serpentard se faisaient de moins en moins sonores, une silhouette apparut là où se tenaient précédemment les deux élèves.

Minerva McGonagall, dans l'ombre du quatrième couloir, n'avait rien loupé de leur petite joute verbale.


Samedi 17 décembre 2005 – Pré-au-lard

Trouver un cadeau à sa mère avait été assez simple. Il y a quelques jours, Drago avait dû se rendre à Londres afin d'assister à une conférence tenue par un célèbre Potionniste. Une fois celle-ci terminée, il avait flâné dans les rues londoniennes et, au détour d'une boutique d'objets de collection, il était tombé sur une magnifique broche en or blanc. Le bijou possédait une pierre centrale en opale noire. Tout à fait le genre d'objet que sa mère affectionnait.

Trouver un cadeau à son père était une toute autre histoire. Voilà pourquoi, à seulement quelques heures de quitter Poudlard pour les vacances, Drago se retrouvait à écumer les vitrines des boutiques de Pré-au-lard. Il était pourtant bien optimiste de sa part de croire qu'il trouverait quelque chose de potable ici alors que ses recherches à Londres avaient été infructueuses.

Drago pénétra dans la dernière boutique du village, la librairie Tomes & Scrolls. Offrir un livre à son père n'était pas ce qu'il avait envisagé lorsqu'il s'était mis en tête d'organiser, pour la première fois dans l'histoire de la famille Malefoy, un véritable réveillon de Noël. C'était la première fois qu'il passait les fêtes au manoir depuis l'année où Hermione lui avait appris toutes ces traditions.

Drago errait dans les rayons, sans vraiment regarder les tranches des livres. Peut-être attendait-il qu'un ouvrage lui saute directement dans les mains pour enfin passer à la caisse. Cela aurait été plus simple, n'ayant absolument aucune idée de ce que son père aimait lire. Et même de ce que son père aimait, point.

Après tout, ce cadeau au pied du sapin, c'était plus par principe qu'autre chose, n'importe quel livre ferait l'affaire. Drago essayait de s'en convaincre mais au fond de lui, il savait pourquoi il était aussi difficile de choisir un cadeau pour son père. Il ne supporterait pas le regard empreint de déception que celui-ci risquait de lui lancer en l'ouvrant. Malheureusement, les traumas d'enfance sont des choses tenaces qui demeurent toujours enfouies quelque part, même lorsqu'on pense les avoir réglés.

Arrivé au bout d'une allée, le jeune homme fit demi-tour et avant de pouvoir faire quoi que ce soit percuta une autre personne ayant les bras chargés d'une montagne de livres qui finirent tous sur le sol. Elle se baissa précipitamment afin de les ramasser, tout en se confondant en excuses : « Je suis désolée, je ne vous avais pas vu avec tous ces livres. Pardon, c'est ma faute. »

A cet instant, Drago put constater que le monde pouvait parfois être très bien fait.

« Tu comptes lire tout ça pendant les vacances, Hermione ? Pense à dormir entre chaque livre. »

A l'entente de sa voix, la brune cessa d'empiler ses livres et se releva immédiatement.

« Drago, dit-elle froidement. Décidemment, même ici… Qu'est-ce que tu fais là ?

— Et bien, arrête-moi si jamais je me trompe, mais dans une librairie, on achète des livres. Donc c'est ce que je fais, j'achète des livres. Si tu en as laissé quelques-uns dans les rayons, évidemment. »

Hermione leva les yeux au ciel et se baissa de nouveau pour ramasser les derniers ouvrages qui jonchaient toujours le sol. Drago l'imita.

« J'en cherche un pour mon père. Pour Noël, fit-il, tout en attrapant un des romans d'Hermione. Mais je ne vais pas te mentir, j'ai un peu de mal. Il est bien celui-ci ?

— Alors celui-là, rougit légèrement la brune, c'est une histoire d'amour entre une sorcière et un vampire… Mielleuse et prévisible. Je l'offre à une amie.

— Une amie, bien sûr.

— Oui, une amie, se défendit-elle en récupérant le livre des mains du jeune homme. Bref, je ne pense pas que ça conviendra à ton père.

— Non, en effet, sourit Drago. Une autre idée ? »

Hermione parcourut les allées des yeux, et, comme si elle connaissait par cœur tous les ouvrages qui composaient les étagères de la librairie, s'élança sans hésitation vers l'une d'elle. Elle revint quelques secondes plus tard et tendit à Drago sa trouvaille.

« Celui-ci devrait plus lui convenir. Édition originale. Roman historique, très noir, très bien écrit. Des vampires, mais pas d'histoire d'amour.

— Parfait. Merci. »

Hermione lui adressa un bref sourire poli. Les bras de nouveau chargés de sa pile de livres, elle se dirigea vers la caisse. Drago lui emboita le pas.

Leurs achats réglés, les deux professeurs quittèrent Tomes & Scrolls.

« Tu as d'autres achats à faire j'imagine. Je rentre au château, bonnes vacances, lança-t-elle tout en s'éloignant d'un pas pressé.

— Non, il ne me fallait que ça. Je rentre aussi, s'exclama-t-il tout en revenant aux côtés de la jeune femme. On va faire le chemin ensemble. » Drago marqua une pause. « Si tu supportes ma présence. »

Hermione ne releva pas sa remarque et resta muette. Drago n'y comprenait rien. Parfois, le jeune homme croyait entrevoir une petite amélioration dans son comportement mais le plus souvent, il se retrouvait face à une foutue carapace impossible à percer. A quoi pensait-elle lorsqu'elle restait silencieuse comme ça ?

« Quoi de prévu pour les fêtes ? » l'interrogea-t-il. S'il l'assaillait de questions, son silence ne pourrait pas durer.

« Je rentre à Londres, chez mes parents. Puis je passe quelques jours chez Harry et Ginny. Et toi ? demanda-t-elle, probablement plus par politesse et habitude que par curiosité.

— Je rentre aussi chez mes parents.

— Et vous fêtez Noël ? fit-elle en pointant du doigt le sac contenant le livre qu'il venait d'acheter. C'est nouveau.

— Cette année, comme je serai au manoir, j'ai décidé d'organiser un vrai réveillon de Noël. J'ai appris de la meilleure, je voudrais mettre tout ça en pratique, sourit Drago.

Et de nouveau, Hermione se mura dans le silence. Les deux professeurs approchaient du château. Bientôt, leur chemin se sépareraient. Encore une fois.

« Hermione, regarde-moi. » Drago agrippa l'avant-bras de la jeune femme, la forçant à s'arrêter. « Regarde-moi ». Les yeux de la brune restaient fixés sur l'horizon, fixés sur le château qu'elle souhaitait visiblement rejoindre coûte que coûte. « Regarde-moi, s'il-te-plait. » insista-t-il.

Hermione céda. La chaleur de ses iris tranchait avec la froideur émanant de son regard.

« Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Tu ne m'as jamais regardé comme ça, même à l'époque où je me comportais comme le dernier des connards, ton regard était différent. Il y avait de la colère, de la haine. Là, je ne sais pas, il n'y a plus rien. »

D'un geste sec, Hermione dégagea son bras des doigts de Drago.

« Tu veux savoir pourquoi ? C'est marrant parce que des "pourquoi", je m'en suis posé plein il y a six ans et je n'ai jamais eu aucune réponse. Absolument aucune. Alors tes "pourquoi", je pense que tu peux te les garder. Je ne te dois rien, Drago. Rien du tout. »


- Mercredi 16 décembre 1998 -

« … Je m'arrête là, cette rune en particulier fera l'objet de notre prochaine séance, la dernière avant les vacances. A vendredi. » ponctua la Professeure Babbling, signalant aux élèves qu'ils pouvaient enfin quitter la salle de classe. La plupart d'entre eux se leva avec une tel rapidité qu'on aurait pu croire que leur pupitre venait de prendre feu.

« Bibliothèque ? » lança Hermione à Drago, tandis qu'elle rangeait la multitude d'ouvrages qu'elle avait petit à petit étalée devant elle tout au long de la séance.

« Oui. Tu pourras m'y rejoindre dans une heure, quand tu auras fini de ranger tout ça.

— Hilarant, Malefoy. Je tâcherai de te rappeler ces moqueries la prochaine fois que tu voudras m'en emprunter un. Tu pourras aller te faire voir, se réjouit-elle tout en attrapant le dernier grimoire qu'elle fourra dans son sac déjà bien rempli.

— Avec plaisir, Granger. »

Les deux élèves s'éloignèrent de la table qu'ils partageaient maintenant à chaque cours de runes. Ensemble, ils remontèrent les couloirs du château. Le froid hivernal s'y était immiscé, mais à travers les fenêtres, le soleil de décembre brillait tout de même. Les grains de poussière virevoltaient tout autour d'eux. Depuis sa discussion avec Luna, Drago les remarquait à chaque fois. Il y avait quelque chose d'apaisant à les observer danser.

« Je ne m'y habituerai jamais, c'est magnifique, dit Hermione.

— Oui… Attends, de quoi tu parles ? s'étonna le Serpentard.

— Tout ça ! s'exclama la jeune fille en pointant les guirlandes, bougies et décorations de Noël qui paraient les couloirs de Poudlard depuis plusieurs jours.

— Ah oui, ça, se contenta de répondre Drago qui ne les avait pas vraiment remarquées.

— Très bien… Je peux rajouter ça à la liste des choses qui n'impressionnent pas Malefoy. Liste qui commence à être longue, par contre.

— C'est juste que je n'ai jamais été un grand fan de Noël. Je n'ai pas vraiment de bons souvenirs de cette fête. Noël, chez les Malefoy, c'est un soir comme un autre. Un repas préparé par un Elfe de maison accompagné des mêmes discussions stériles. On est juste un peu mieux habillé. J'imagine que chez les Granger, c'est différent. »

Sur cette dernière phrase, le visage d'Hermione se décomposa. Visiblement, Drago venait de toucher un point sensible.

« J'ai dit une connerie ?

— Non, pas du tout. » glissa-t-elle.

Le reste du chemin se fit dans le silence. Depuis quelques jours, Drago s'amusait à la faire sortir volontairement de ses gonds. Mais c'était avec une phrase innocente que la Gryffondor s'avouait vaincue.

Arrivés à la table du renfoncement, Hermione s'installa et proposa de s'avancer sur un devoir de Défenses.

« Tiens, tu peux commencer avec ce livre, il devrait nous aider pour l'introduction. Je m'occupe de celui-ci » marmonna la jeune fille, le visage toujours aussi fermé.

Drago accepta sans broncher. Les minutes passèrent, mais, incapable de se concentrer, il referma le livre.

« Tu m'expliques, Granger ? Des conneries, j'en dis, mais toujours consciemment. Là, je ne vois pas ce que j'ai pu dire pour mériter un traitement de silence. »

La Gryffondor releva la tête, dévoilant ses yeux humides.

« C'est rien, répondit-elle. Laisse tomber.

— … C'est fascinant de mentir aussi mal. »

Le Serpentard continua de la fixer. Après tout, pourquoi devait-il être le seul à se dévoiler comme il l'avait fait ?

« Granger ? Ce n'est pas rien et je ne laisserai pas tomber. » insista-t-il.

La Gryffondor referma lentement son livre.

« Ce sera le premier Noël sans mes parents. Ils ne se souviennent toujours pas de moi… »

Drago n'avait absolument aucune idée de ce que cela signifiait. Son air perplexe la poussa à s'expliquer davantage.

« Avant la guerre, pour les protéger, je leur ai lancé un sortilège de Faux-souvenirs. Ils ont oublié leur véritable identité, ils m'ont oublié moi. »

Sa gorge se serra sur ce dernier mot. L'humidité des yeux d'Hermione se transforma en une larme qui dévala sa joue. Drago n'avait jamais eu connaissance de son geste, il ignorait tout de son sacrifice. Maintenant, il comprenait mieux la raison de sa présence à cette table. Elle aussi cherchait à s'occuper l'esprit en fuyant une cruelle réalité. Il la regarda, ne sachant quoi lui dire. Réconforter n'avait jamais été sa plus grande qualité, étant plutôt un adepte du "ravale ta tristesse, relève la tête et ça ira mieux" qui, par ailleurs, fonctionnait très bien avec Blaise.

Hermione s'essuya la joue. « Voilà. Ce n'est pas contre toi, tu ne savais pas. Et puis, Noël à Poudlard, ça ne doit pas être si terrible que ça. Bon, on s'y remet ? » dit-elle en rouvrant son livre.

Noël, à Poudlard ? Là, Drago était réellement perdu.

« Tu ne vas pas chez les Weasley ? Depuis la 1ère année, Potter et toi vous passez votre vie là-bas. Ils doivent probablement s'attendre à ce que tu débarques à... Où ça déjà, la Tanière ?

— Le Terrier, sourit-elle. Et non, je n'y vais pas. »

Hermione sembla un peu gênée par sa question.

« Pourquoi ? »

La gêne laissa place à l'agacement.

« Parce que. Ça ne te regarde pas. Je n'y vais pas, c'est tout.

— Weasley va être déçu. Vous sortez ensemble, non ?

Hermione étouffa un rire dépité.

« Oui… Parlons d'autre chose si tu veux bien. Vivement samedi que tu montes dans le train, j'aurai enfin cette table pour moi toute seule, tu prends vraiment trop de place, dit-elle tout en poussant une partie des affaires de Drago.

— Navré de te décevoir Granger, répondit le Serpentard en replaçant ses affaires une à une, mais moi aussi, je reste.

— Pourquoi ? s'étonna Hermione.

— Disons que l'ambiance au Manoir est… Ce n'est pas ce dont j'ai besoin en ce moment. Alors, je préfère rester ici.

— Je comprends. Tu fais encore des cauchemars ?

— Oui, toujours. Mais, j'en fais un peu moins. »

Depuis quelques jours, il parvenait à dormir deux ou trois heures par nuit sans être réveillé par des cris. C'était peu mais après des mois sans sommeil, Drago accueillait volontiers ce semblant d'apaisement.

La Gryffondor lui adressa un sourire empreint d'optimisme avant de se replonger dans son livre. Il l'observa un instant. Elle tentait désespérément de se concentrer en étouffant les nombreuses pensées qui s'agitaient en elle. Obnubilé par ses propres démons, il n'avait pas pensé qu'elle aussi pouvait en avoir.

Ayant finalement trouvé les mots qui pourraient la réconforter, il lui souffla :

« Ils se souviendront de toi, j'en suis certain. Tu es quelque part dans leur esprit, je pense que tu parviendras à retrouver le chemin. »


Samedi 24 décembre 2005 - Wiltshire

En repensant à cette conversation d'il y a six ans, Drago était certain que, quelques minutes avant, il hésitait encore à rentrer passer les vacances au manoir familial. Mais à l'instant où il avait appris qu'Hermione restait à Poudlard, il avait choisi lui aussi de rester. A l'époque, il n'avait pas encore conscience des raisons qui avaient motivé ce choix.

« M. Malefoy, j'insiste, laissez-moi vous aider. Je suis payé pour ça, suppliait Carby. En plus, M. Malefoy fait n'importe quoi avec ce fouet et ces blancs d'œufs, ajouta-t-il, gêné de le reconnaitre.

Drago s'avoua vaincu et accepta de céder le fouet à l'Elfe de maison de ses parents. Voir Hermione monter des blancs en neige à la main avec une telle facilité lui avait laissé croire qu'il en était lui aussi capable.

« Qu'est-ce qui a pris à M. Malefoy de préparer tout ça ? On dirait qu'un troll a traversé la cuisine. »

Ce n'était pas loin d'être le cas, Drago n'était pas un cuisinier très organisé. La cuisine du manoir était méconnaissable, il y en avait partout. Un coup de baguette lui permit d'y voir plus clair. Il acceptait de cuisiner sans magie, mais ranger, certainement pas.

« Je me lance dans quelque chose de nouveau, confia le blond. Le premier vrai Noël de la famille Malefoy. »

Carby laissa échapper un rire avant de se reconcentrer sur les blancs d'œufs.

Il y a quelques années, Drago avait insisté auprès de ses parents pour affranchir leur Elfe et lui proposer un véritable salaire. Ils avaient agréé à la seule condition que Drago prenne en charge ce salaire et que cela ne s'ébruite pas trop. Carby avait également accepté, non sans réticence. Plus de « maitre » donc, et une certaine familiarité que le jeune homme avait volontiers laissé s'installer entre eux. Carby s'obstinait cependant à l'appeler par son nom de famille.

Est-ce qu'Hermione savait à quel point elle avait eu un impact positif sur sa vie ? Il n'en était pas certain, les paroles qu'elle avait eues après la librairie le hantaient encore. Pourquoi semblait-elle lui en vouloir autant ? Il ne lui avait rien imposé, au contraire, il l'avait laissé choisir la vie qu'elle souhaitait.

Plongé dans ses pensées, les yeux rivés sur le fouet que Carby agitait, Drago sentit la main de sa mère se glisser dans son dos.

« Carby, pourriez-vous nous laisser un instant ? » demanda Narcissa.

L'Elfe de maison reposa le fouet en acquiesçant et disparut par l'encadrement de la porte.

« Encore en pleine réflexion à ce que je vois. Figé, les yeux dans le vague… Depuis que tu es arrivé, tu ne fais que ça.

— Réfléchir ? Je te remercie mais je le faisais déjà avant, sourit-il tout en attrapant le fouet afin de continuer ce que l'Elfe avait commencé.

Narcissa se rapprocha et le lui prit délicatement des mains. « Drago, parle-moi. » glissa-t-elle en le forçant à la regarder.

Le jeune homme soupira tout en s'adossant au plan de travail.

« Elle est à Poudlard. Hermione est à Poudlard. Elle enseigne aussi là-bas. » souffla-t-il.

Narcissa esquissa un léger sourire, presque comme si elle connaissait déjà la raison derrière les rêveries de son fils et n'attendait de lui qu'une simple confirmation. Elle vint s'adosser à ses côtés.

« Je me souviens des vacances de Pâques, lors de ta 7ème année, commença-t-elle. Tu rentrais pour la première fois depuis le début de l'année scolaire. Tu avais quitté le manoir, complètement meurtri et je ne t'avais pas vu depuis des mois. Je pensais te retrouver dans le même état. Mais lorsque tu es descendu du train, que tu t'es avancé vers moi et que j'ai vu ton regard… Bon sang, ton regard. Il y avait cette étincelle, cet éclat que je n'avais jamais vu avant. Sans elle, j'ignore si tu t'en serais sorti et pour ça, je lui en serai toujours reconnaissante. Évidemment sur le moment tu ne m'as rien dit, j'ignorais la raison d'un tel changement. Tu ne me l'as donnée que quelques mois plus tard, lorsque je t'ai retrouvé devant la porte du manoir, complètement effondré. Je ne connais pas les détails de ce qu'il s'est passé entre vous, tu as préféré les taire. Je sais juste que ce merveilleux regard, je ne l'ai plus jamais revu. Finalement, je lui en veux peut-être autant que je lui suis reconnaissante. Elle m'a rendu mon fils pour me le reprendre aussitôt. Je sais qu'elle est la raison de ton départ à l'autre bout du monde. Mais avec un simple article de journal, elle a été la raison de ton retour. Est-ce qu'elle sera la raison pour laquelle tu repartiras ?

— Je ne sais pas.

— Je ne l'espère pas. Drago, je suis heureuse que tu sois rentré. Même si tu es à Poudlard, je te sais plus près de moi. Ton père aussi est heureux.

— Vraiment ? Son bonheur ne m'a pas submergé.

— Tu sais comme il est.

— Je ne le sais que trop bien. »

Narcissa se rapprocha de son fils et vint déposer sa tête sur son épaule.

« Tu as besoin d'aide ? demanda-t-elle. Je crois que dans une vraie famille, on cuisine ensemble. »

x

x

x

J'ai voulu terminer sur un peu de douceur qui résonnera avec le prochain chapitre.

Je laisse des indices ici et là sur ce qui a bien pu se passer en 98-99...

N'hésitez pas à me laisser un petit mot !

Je vais de ce pas répondre en MP aux reviews du chapitre précédent !

A dimanche prochain :)