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Au Corps et Aux Trousses – Chapitre 12

Septembre mourait en couvrant la ville entière de couleurs jaunes et rousses, permettant à Nagato et sa fille de s'accorder au paysage. Il était près de dix-neuf heures quand il passa la porte du café, les éclairages publics commençaient à grésiller et la foule d'anonymes se pressait pour s'engouffrer dans la rame du tramway qui traversait la ville d'est en ouest, faisant un arrêt par le centre.

Rin Nohara était assise à une table, seule, et il eut un coup au cœur quand il l'aperçut, attendant sans montrer le moindre signe d'impatience. Elle avait retiré son manteau de mi-saison en laine, abandonné un chapeau sur le dossier de sa chaise et elle consultait le journal devant une tasse de thé qui fumait encore.

S'avançant dans l'allée, signalant au barman qu'il était avec la jeune fille, Nagato s'arrêta devant la table, l'interpelant à voix basse. Elle leva les yeux vers lui, légèrement surprise, comme si elle avait oublié à quoi il ressemblait. Elle finit par dodeliner de la tête pour le saluer et il s'assit face à elle le temps qu'elle repliât le journal pour le déposer à côté d'elle sur la banquette.

La bague qu'elle portait en collier avait disparu de son cou pour réapparaître à son annulaire et il fit tourner sa propre alliance en se demandant quand ce bijou était devenu vide de sens pour Konan.

— Vous êtes drôlement en avance, murmura-t-il, je suis désolé de vous avoir fait attendre.

— J'étais impatiente, répondit-elle d'un air taquin qui fit pétiller ses yeux. Que pourrait bien me vouloir l'inspecteur Nagato Uzumaki ?

Surpris qu'elle connût quelle profession il exerçait, il scruta son visage avec davantage de force, épiant les moindres variations de son expression et une étincelle de tristesse fusa sur sa rétine quand elle prononça :

— Bien sûr que je sais qui vous êtes, inspecteur. Je l'ai toujours su. Il m'avait tant parlé de vous que je ne pouvais pas l'ignorer.

Honteux, il baissa les yeux pour contempler ses mains abimées, ses ongles inégaux.

— Alors vous savez que je suis venu pour vous parler d'Obito.

Elle mordilla ses lèvres en hochant la tête, comme déterminée à finalement entendre ce qu'il avait à dire.

— Ça fait sept ans que j'attends ce moment.

Il salua le courage de la jeune femme qui se tenait devant lui, prête à affronter les mots douloureux qu'il s'apprêtait à prononcer. Levant les rétines, il se plongea dans son regard brun, constatant une nouvelle fois combien elle était devenue jolie, puis il ouvrit la bouche pour se lancer enfin :

— Obito était un ami cher à mon cœur, commença-t-il d'une voix douce. Et il vous aimait tendrement.

Elle porta la main à sa poitrine, ses prunelles bien malgré elle embuées de larmes qu'elle pensait taries, après toutes ces années.

— Il vous aimait beaucoup également, répondit-elle, émue.

Elle attrapa ses doigts en souriant quand elle constata qu'elles étaient chaudes, autant que l'affection qui brillait dans les yeux violets de l'inspecteur qui entreprit à voix basse de lui raconter longuement ses souvenirs de l'homme qu'elle avait aimé.

Il lui détailla toutes les anecdotes d'Obito, toutes ses aspirations et n'omit bien entendu pas la façon merveilleuse dont il parlait d'elle, précisant qu'à chaque fois qu'Obito évoquait celle dont il était amoureux, lui-même avait l'impression de retomber amoureux de son épouse, parce que Rin était aussi douce que Konan était impétueuse, aussi patiente que l'autre impulsive, et que pourtant elles se ressemblaient dans cette façon de réveiller le bonheur au fond de leurs tripes.

Il fit une pause, le temps d'avaler une gorgée d'eau, puis il prononça :

— C'était quelqu'un d'exceptionnel.

— Oui, confirma-t-elle dans un sourire rayonnant. Il ne m'a jamais dit comment vous vous étiez rencontrés.

— À la laverie, répondit du tac au tac Nagato.

— Je vous demande pardon ?

Elle cligna des yeux alors qu'il éclatait de rire en se remémorant l'instant.

— Ma machine à laver était tombée en panne, donc pour laver mon linge, je devais aller à la laverie. Il venait d'aider une vieille dame à traverser la rue et une voiture l'avait éclaboussé alors qu'il avait un rendez-vous très important et pas le temps de faire le chemin en sens inverse pour se changer. Il est entré dans la laverie et m'a demandé s'il pouvait mettre sa chemise avec mes vêtements.

Elle éclata d'un rire incrédule qui résonna dans tout le café.

— C'est incroyable, répondit-elle, si je ne connaissais pas Obito, je vous aurais traité de menteur.

— Le pire, dans tout ça, c'est qu'un mouchoir rouge est malencontreusement resté accroché à sa chemise et a déteint sur tous mes vêtements. Je me suis fait engueuler par ma femme en rentrant chez moi. Elle ne m'a pas cru, quand je lui ai dit que ce n'était pas de ma faute.

Konan avait tempêté un long moment, se demandant comment il avait bien pu se débrouiller pour en arriver à un tel résultat, l'ensemble de ses habits ayant pris une teinte rosée qu'il avait dû assumer pendant des jours, avant de revoir l'homme qui, mortifié, lui avait repayé l'intégrale des vêtements abîmés.

Il raconta plusieurs autres des maladresses d'Obito, prenant plaisir à entendre la jeune femme s'en amuser. Elle avait un rire doux et communicatif.

Finalement, quand vint le temps de prendre congé, il soupira.

— Je suis désolé, affirma-t-il. De ne pas avoir pu le protéger.

— C'était pas votre faute, s'étonna-t-elle. Vous ne pouviez pas prévoir la défaillance de son avion, inspecteur. Comment auriez-vous pu empêcher ça ?

Nagato sourit avec difficulté et hocha mollement la tête. C'est vrai. Mort dans le crash de son avion biplace de loisir. C'était ça, la version officielle. Elle continua.

— Ne vous sentez pas coupable, certains événements sont implacables. Même si vous aviez eu un instinct disant que ça allait mal se passer, il y serait monté quand même, parce qu'il adorait voler.

Nagato hésita longuement à lui révéler la vérité, à lui expliquer tout ce qu'Obito avait fait, mais il choisit de respecter la volonté de son ami. Il avait voulu la maintenir à l'écart de tout ça et il aurait été injuste de faire peser sur elle la culpabilité avec laquelle il se débattait depuis tant d'années. Elle avait réussi à faire son deuil, c'était à lui de gérer ses propres soucis.

Il regretta ses moments passés avec son ami, regretta de ne pas avoir eu l'occasion d'organiser un dîner tous les quatre, puis il quitta le café en la saluant chaudement, lui promettant d'être là pour elle si jamais elle avait besoin.

Malgré lui, ses pensées revinrent vers son épouse, vers ce divorce qui s'annonçait douloureux, puis il grimpa dans la rame de tramway qui le ramènerait vers chez lui.


Depuis la cérémonie, le service courrier de la résidence Phénix explosait.

Asuma avait dû lutter pour savoir par où l'adresse d'Itachi avait filtré, deux années auparavant. Il avait soupçonné une communauté de fans en particulier, mais il n'avait pas réussi à trouver laquelle, pourtant, il avait passé du temps à éplucher les forums – quitte à se brûler les yeux sur des images qui n'avaient pas sa place dans son esprit.

De guerre lasse, il avait fini par appeler un contact, afin qu'il déterminât d'où sortait l'information, pour la supprimer, la traquer et l'éliminer à chaque fois qu'elle apparaîtrait en ligne.

Pour l'instant, aucun fan n'avait osé franchir le pas pour camper devant la résidence en attendant son idole et il espérait bien qu'il n'aurait pas une harde d'admirateurs à éconduire.

Son contact avait réussi à trouver d'où émanait la fuite et à la supprimer sur quelques-uns des plus gros sites, limitant ainsi la propagation, donc la réception de ces courriers enflammés, mais l'information circulait toujours.

Exaltée, c'était le mot qu'il fallait utiliser pour qualifier la communauté qui s'articulait autour des films d'Itachi.

Asuma devait bien avouer en avoir regardé un ou deux, pour savoir de quoi il retournait, mais ce n'était pas exactement son genre préféré, donc il les avait vus d'un œil ennuyé, plus par conscience professionnelle que par envie.

Évidemment, Kurenai avait lancé un drôle d'air sur son écran, quand elle l'avait surpris devant. Elle lui avait tendu une moue étonnée et il avait expliqué « c'est pour le boulot, ce gars, c'est le propriétaire de l'appartement 1301 ».

Bien sûr, ça n'avait pas vraiment influencé le jugement que le gardien avait porté au nouvel habitant de la résidence quand Naruto le lui avait présenté : « vit pour son métier, tendance à l'esquive, craint les foules, foncièrement gentil, calme, ne posera que peu de soucis ».

Cependant, il devait admettre qu'il avait été un peu surpris. Alors, quand les premiers courriers de fans étaient arrivés, si suggestifs, il s'était vraiment demandé s'il devait s'enquiller la lecture de tout ce charabia.

Dans la tournée du jour, Asuma avait trouvé quelques demandes en mariage, un string en dentelle pour homme – il avait cligné des paupières plusieurs fois en portant l'objet au niveau de ses yeux pour l'examiner plus en détail –, pas mal de mots indignés de la victoire de Kimimaro, d'énormes colis emplis de cadeaux – du gadget inutile au carrément glauque, la communauté d'Itachi regorgeait de créativité quand il s'agissait d'essayer de lui montrer tout son amour. Et au milieu de ça, il y avait la lettre.

Il avait comparé avec l'autre, reçue plusieurs semaines plus tôt. C'était le même genre de couplets cryptiques et sentencieuses, le même assemblage de signes découpés dans des magazines, fixés pour former des phrases.

À l'odeur du papier, Asuma avait su qu'il n'en tirerait rien de plus : faible qualité, trouvable n'importe où, des traces de pince sur les caractères, l'arôme fort de cette colle à étaler au pinceau que sa fille utilisait à l'école. Pas de signature, bien évidemment.

Ce n'était pas la première fois, bien sûr que non, qu'Itachi recevait des lettres d'insultes, ou de menaces. Asuma en avait lus, des tissus d'horreurs, où les pires noms d'oiseaux étaient mal orthographiés, écrits à la va-vite avec une graphie maladroite et emplie de frustration, de colère, et de mal-être.

Mais tout ceci avait été passé à la corbeille, selon les ordres du destinataire des courriers, « je ne veux pas que ma vie professionnelle interfère avec ma vie privée ». Pourtant, cette horreur-là n'avait pas le même ton que les autres, elle était beaucoup plus soignée, beaucoup plus méticuleuse, ce n'était pas un coup de sang, elle n'était pas le fruit d'impulsivité.

Il contempla une nouvelle fois le morceau de papier, saluant au passage l'inspecteur Uzumaki qui rentrait tard, lui tendant le courrier qui lui était destiné et s'assurant que tout allait bien pour lui.

— Eh bien, s'amusa Nagato en jetant un regard sur les divers colis qui dévoraient l'espace de la loge du gardien, que se passe-t-il ?

— Quelqu'un a fait forte impression, le week-end dernier… Ça a été comme ça toute la semaine, je suis épuisé.

— Je vous souhaite bon courage, rit l'inspecteur en reprenant sa traversée du hall d'entrée.

Lorsque l'homme eut atteint l'ascenseur, Asuma baissa de nouveau les yeux sur la lettre et saisit un bâton de réglisse dans sa poche pour le porter à ses lèvres, habitude acquise quand il avait arrêté de fumer à la grossesse de Kurenai.

« Même si tu te caches sous de beaux atours, je sais qui tu es. Tu ne pourras pas toujours te dissimuler. Je viendrai pour toi. Tu auras ce que tu mérites. »


— J-je s-s-serai absente demain, annonça Hinata, faisant se tourner Itachi.

Ils s'étaient rejoints à la résidence Phénix, profitant d'avoir terminé leurs scènes de la journée suffisamment tôt pour pouvoir se libérer du temps et commencer à discuter véritablement d'Un flic à Vice-city sans avoir besoin de jouer de sous-entendus – il s'agissait de ne pas donner le ton du scénario à leurs collègues, pour créer un peu de surprise, quand le film sortirait.

Dans le bureau d'Itachi, il y avait suffisamment de place pour pouvoir travailler confortablement et, grâce à ses accès, il avait pu revenir sur la plateforme en streaming d'Akatsuki Productions pour faire un point rapide avec sa future partenaire sur leurs performances antérieures.

Ça n'arrivait pas souvent, mais ils aimaient travailler ensemble, parce qu'ils partageaient le même amour du métier, la même détermination à faire au mieux pour servir leur art.

Pivotant sur sa chaise, il l'observa, une question muette imprimée sur la rétine.

— M-mon orthoph-phoniste v-veut me v-voir t-tôt.

— Oh bien sûr, je comprends.

Les bégaiements d'Hinata étaient en grande partie psychologiques. Quand elle passait sur les plateaux de tournage, les mots parvenaient à sortir, fluides, elle ne butait plus sur les syllabes et c'était principalement pour ça qu'elle avait choisi de rester dans le métier.

Kiba et elle étaient venus à une audition, sans doute pour faire plaisir au jeune homme, mais c'était elle qui s'était sentie libre quand elle était entrée dans la peau d'un personnage, libérée de ce problème d'élocution qui l'avait rendue renfermée et timide.

Itachi sourit.

— Alors essayons d'en faire le plus possible aujourd'hui.

Retournant vers l'écran de son ordinateur portable, il regarda quelques secondes l'arrêt sur image, examinant le décor, la position des acteurs, puis il soupira.

— Sincèrement, tu penses que je dois le dire à Nagato ?

Hinata hocha la tête, portant sa main à sa frange pour s'assurer qu'elle était bien placée.

— J-je pense que o-oui. Il a le d-droit de s-savoir.

— Ça m'inquiète, avoua-t-il à voix basse. Je…

Il se tut une seconde, fronçant légèrement les sourcils pour réfléchir à comment il allait tourner son explication.

— J'aime mon métier, mais tout le monde ne le comprend pas.

— Et tu c-crains que N-Nagato soit… comme t-tout le monde…

Baissant les yeux, il approuva doucement.

— Ça me décevrait, soupira-t-il. Je l'apprécie beaucoup.

L'aveu fit sourire Hinata qui lui jeta un regard amusé, mais ne rajouta aucun commentaire supplémentaire, se contentant de le scruter en silence, alors qu'il saisissait de nouveau le scénario pour le feuilleter, laissant l'image figée sur son écran.

— Idéalement, il faudrait que tu lises quelques ouvrages qui parlent d'infiltration, des témoignages de policiers, par exemple, suggéra-t-il en ignorant l'œillade qu'elle lui portait.

Approuvant avec grâce, Hinata nota patiemment toutes les références dont l'inondait Itachi, lui promettant de ne pas la laisser partir sans une collection complète de films et de livres à consulter le plus rapidement possible.

C'était aussi pour ça que l'actrice adorait travailler avec Itachi : il était doué pour donner des directives faciles à suivre et il l'aidait à merveille pour préparer ses rôles.

— Dis, Hinata…

La voix enfantine les fit tous deux sursauter : aucun d'eux n'avait entendu la porte s'ouvrir derrière eux. Leur réaction fut immédiate, Itachi s'empressa de refermer son ordinateur pour cacher l'image qui se trouvait à l'écran, ses joues chauffant un peu, alors qu'Hinata se déplaçait pour se mettre en travers du champ de vision de la petite fille qui venait d'entrer.

— M-Mikan ? demanda l'actrice.

— C'est quoi, une salope ? chuchota-t-elle.

Devant les échanges de regards des deux adultes, Mikan baissa les yeux, triturant l'ourlet de son pull avec minutie.

— C'est une salopette en plus grand ?

Hinata sourit, s'accroupissant devant l'enfant, laissant à Itachi le soin de dissimuler pendant ce temps tout ce qu'il ne voulait pas que la petite vît.

— N-non, c'est un v-vilain mot pour d-décrire les f-femmes qui ont eu p-plusieurs amoureux. Q-qui te l'a d-dit ?

Mikan leva ses yeux bleus pour dévisager Hinata.

— C'est Papa… Il a ouvert une lettre et il a dit « Ah la salope ! » et il m'a demandé d'aller dans ma chambre, mais je m'ennuyais, alors je suis venue voir ce que vous faisez.

Immédiatement, Itachi se redressa pour observer, à travers la fenêtre qui donnait sur le salon. Par-delà le canapé, Nagato fulminait de rage en faisant les cent pas, la main crispée sur un document qu'il devina être la seconde mouture de l'accord amiable pour le divorce.

Comprenant très bien qu'Itachi souhaitait aller s'enquérir de l'état de son locataire, Hinata saisit Mikan dans ses bras pour la conduire jusqu'à sa chambre, lui chuchotant doucement qu'elles allaient s'occuper de trouver une activité toutes les deux et la gamine, ne se rendant pas compte à quel point la situation était tendue, s'empressa de lister tous les jeux qu'elle avait.

Itachi les suivit, en refermant la porte de son bureau, effleurant suavement la peau d'Hinata pour la remercier, puis il descendit jusqu'à Nagato qui enrageait toujours, prononçant une série d'insultes à l'encontre de son ex-femme.

Quand il remarqua enfin qu'il n'était plus seul dans l'espace commun, il arrêta sa marche colérique, puis il tendit le document à son propriétaire qui le consulta du regard, sentant ses mains se crisper aussi lorsqu'il arriva aux exigences révisées. Ses rétines sautèrent d'un mot à l'autre, saisissant « 50% », « garde totale », « droit de visite », puis il ricana sourdement.

La page suivante décrivait les prochaines étapes de la procédure en cas de refus. La première audience chez le juge statuerait le type de divorce dont il s'agissait, fixant la seconde qui permettrait aux deux avocats d'exposer la situation du mariage afin de présenter au magistrat leurs clients respectifs, ce qui donnerait une première vision d'ensemble et le ton du procès.

Deidara, lorsqu'il était encore étudiant, avait longuement décrit ces procédures. Il avait été acteur, avant d'être avocat, il avait choisi ce métier pour financer son école de droit et il n'était pas rare, entre deux scènes, de le voir déambuler en arrière-plan du studio, récitant ses cours. À vrai dire, les spectateurs attentifs pouvaient même distinguer des livres de droit dans le décor de leurs films.

De ce qu'Itachi pouvait se souvenir, la première audience était déterminante dans un procès pour divorce. Le juge avait quasiment tranché, à ce moment, qui obtiendrait gain de cause et cela ennuyait beaucoup celui qui deviendrait l'avocat d'Akatsuki Productions : pour lui, un procès dans lequel il n'y avait pas de suspens, c'était aussi plaisant que des élections avec un unique candidat, sans intérêt aucun.

Nagato suffoqua d'indignation une nouvelle fois quand il tenta de s'exprimer sur la proposition de l'avocat de son ex-femme et la seule chose qui franchit ses lèvres fut :

— Mais quelle connasse ! Quinze ans de mariage pour en arriver à ça ?

Pas vraiment sûr de ce que le policier attendait comme réponse, Itachi demeura silencieux, se contentant de suivre le parcours des pas de Nagato qui traduisait tout de la sidération qui l'empêchait de réfléchir convenablement.

Pourtant, son esprit tournait à cent à l'heure, il avait déjà considéré cinq fois l'idée d'enfiler son manteau, de saisir ses clés et d'aller lui faire bouffer sa paperasse pour lui signifier qu'elle pouvait cordialement aller se faire foutre. Il avait tout autant imaginé prendre le même chemin, mais se rendre chez l'avocat pour ravager son visage ou son bureau. L'option de la fuite du pays avec son enfant sous le bras avait aussi eu sa place dans son processus de réflexion.

Aucune de ces solutions ne paraissait acceptable, pourtant.

Il arrêta de parcourir son chemin pour porter son attention sur son colocataire qui restait figé au pied du canapé, l'air de quelqu'un qui ne voit pas vraiment de sortie convenable, puis il soupira :

— Je n'ai pas envie de signer cette merde.

— Tu m'étonnes, grommela Itachi. Elle n'a rien changé du tout.

Se forçant à souffler le plus fortement possible, glissant ses mains dans ses mèches roux foncé, Nagato ferma les paupières pour se calmer, au moins un peu. À la place, il visualisa l'air satisfait de Konan et la colère fit de nouveau battre son cœur, envoyant une décharge de haine dans ses veines. Il saisit finalement son manteau en disant « je vais aller directement chez moi, on va s'expliquer en face à face et pas par courrier interposé » et Itachi bougea pour se mettre devant la porte.

— Non. Je ne vous laisse pas sortir dans cet état de rage. Ne lui donnez pas le plaisir de vous voir perdre le contrôle de vous, parce que le moindre signe de violence risque de vous coûter réellement la garde de Mikan.

Le ton calme, la voix grave, la respiration lente et mesurée, l'attitude entière d'Itachi incitait à la fois à lui dire de dégager promptement du chemin s'il ne voulait pas se retrouver dans les dommages collatéraux et à écouter ce qu'il venait d'énoncer avec autant d'assurance que de self-control.

C'était particulièrement pertinent et, sa veste à moitié passée, Nagato baissa la tête, accordant ce fait à Itachi. À vrai dire, il était même probable que ça lui coûtât autrement plus cher qu'uniquement la possibilité de vivre avec sa fille, si jamais cette menace n'était pas suffisante pour doucher ses ardeurs.

Et Konan le savait très bien. Il ne pouvait pas croire qu'elle comptât sur une violence de sa part, qu'elle espérât qu'il finirait par traverser la ville pour venir la chercher et cela acheva de le calmer. Cela ne ressemblait pas une seule seconde à la femme qu'il avait épousée, à la femme qu'il aimait et il déglutit doucement.

— C'est vrai, lâcha Nagato avant de retirer sa veste qu'il jeta par-dessus le dossier du canapé. C'est vrai, ça peut tout me coûter, je ne peux pas me le permettre.

Considérant son colocataire déjà plus serein en constatant qu'il s'appuyait contre le sofa, la tension dans ses épaules se réduisant petit à petit pour qu'il achevât par se voûter, Itachi s'écarta de la porte pour s'approcher.

— Ça va être la guerre, alors, accepta Nagato d'un air abattu. Je ne voulais pas ça.

Itachi avisa les escaliers puis il s'avança encore pour essayer de saisir le regard de Nagato, qu'il finit par trouver voilé de tristesse.

— Voilà ce qu'on va faire : vous allez appeler Yahiko et Zetsu pour écumer votre rage. Et moi, je vais prendre Mikan, l'amener manger des frites et voir le dernier dessin animé au cinéma. Je cherchais justement une excuse pour y aller.

Nagato sourit dans le maelström d'émotions négatives qu'il ressentait, tendant une œillade chargée de reconnaissance à son colocataire, puis il se força à dissimuler toute sa colère pour appeler sa fille et lui annoncer l'excellente nouvelle.


À bientôt !