— Je suis chez moi dans tes bras.
Magnus sourit aux mots de son compagnon et resserra son étreinte, l'emprisonnant un peu plus dans l'écrin de son propre corps.
Après leur soirée anniversaire, il avait fallu se résigner à rentrer. Catarina avait accepté de garder Madzie pour la soirée, mais elle reprenait son tour de garde à l'hôpital tôt le lendemain matin.
Le trajet du retour se fit dans un silence paisible empli de tendresse qui contrasta affreusement avec la fougue qui habita le jeune policier quand les portes se refermèrent enfin sur l'amie de son petit-ami.
Bien vite, les chaussures volèrent dans un silence relatif et ils prirent tous deux la direction de la chambre en semant, tel un chemin vers l'amour, leurs vestes sur leur passage !
Magnus fut plaqué contre le mur avec une douceur approximative et son gémissement plaintif fut étouffé par les lèvres d'Alec qui se firent plus tendres, plus douces, plus suaves comme pour se faire pardonner sa brusquerie.
— Désolé, chuchota-t-il en s'écartant à peine de la bouche du trentenaire.
Son souffle se mélangea à celui de l'homme tandis que ses mains fraîches remontèrent sous le t-shirt, faisant couiner l'avocat de plus belle sous la sensation du froid contre sa peau, et tout aussi vite, celle-ci se recouvrit de petit picot de frisson.
Les muscles de son ventre se contractèrent de plaisir sous la caresse et son visage se perdit dans le cou de son compagnon. Les yeux mi-clos, il laissa sa bouche parcourir la peau fine et sensible en de petit baisers papillons.
Alexander plaça une jambe entre celles de son amant pour prendre place entre elles et colla sans plus de cérémonie son bassin à celui du brun. Leurs pantalons ne suffirent pas à camoufler la preuve de leurs désirs respectif et un gémissement sortit de leurs lèvres de concert.
Le haut de l'Asiatique rejoignit bientôt le sol et son dos s'arqua sous l'attaque des lèvres douces de son compagnon sur son torse. Ses mains tentèrent de suivre le mouvement pour continuer de câliner son partenaire, mais celui-ci ne cessait de descendre de plus en plus vers le Sud, et bientôt, seuls ses cheveux restèrent à sa portée.
Une langue taquine se perdit à la limite de son pantalon et ses doigts tirèrent légèrement sur les mèches brunes en réponse.
Alec grogna de douleur, mais n'en tint cependant pas rigueur à son compagnon. Il plongea ses prunelles aux reflets si particulier dans celles de son amant et entreprit de défaire très lentement la ceinture de celui-ci dans un tableau purement érotique et sensuel qui fit frissonner l'Indonésien d'anticipation.
Quand les pans du pantalon s'ouvrirent enfin, Alec ne perdit pas de temps avant de faire glisser le tissu épais et encombrant sur les cuisses fermes et halés.
Il suivit le chemin de la serge avec ses lèvres, parsemant de baisers la peau à sa portée, laissant sa langue taquiner les muscles tendus, ne se retenant pas à les mordiller pour faire gémir un peu plus fort sa victime consentante.
Enfin, le chino se retrouva au sol et Alexander reprit le chemin inverse ajoutant ses mains à sa bouche pour approfondir la caresse jusqu'à venir frôler et embrasser la bosse déformant le sous-vêtement bleu électrique de son compagnon.
— C'est mignon ça, se moqua gentiment le policier avec un sourire mutin en observant le boxer, se léchant les lèvres avec gourmandise.
—Tais-toi et continue, supplia son partenaire les joues rougis et le souffle court.
Avec un nouveau sourire triomphant, le jeune homme obéit et le dernier rempart de coton s'évapora sans plus de cérémonie.
Il taquina légèrement la hampe de plaisir tendue fièrement vers lui, faisant gémir plus fort son partenaire. La complainte se fit mécontente quand la langue s'éloigna durant les quelques secondes qui furent nécessaires afin que le policier se débarrasse de son propre haut.
Une fois fait, il engloutit l'entièreté de l'érection pour se faire pardonner.
Magnus ne put s'empêcher de crisper ses mains dans les mèches brunes une fois de plus, faisant grogner le jeune homme de douleur.
Le brun agenouillé lança un regard de reproche à son partenaire, mais celui-ci, la tête rejetée en arrière, ne le remarqua même pas.
Il approfondit, malgré tout, sa torture charnelle se délectant des gémissements que Magnus tentait d'étouffer derrière sa main ne les empêchant pas de résonner dans la chambre tel un hymne au plaisir et à la volupté.
Alec jeta un nouveau coup d'œil vers le visage de son compagnon et ne put réfréner un sourire à l'image de ce dernier s'auto-bâillonnant.
Il continua avec application le traitement qu'il faisait subir à son amant avant de perdre sa langue de plus en plus bas jusqu'à venir taquiner le petit anneau de chaire, promesse d'un voyage vers un paradis d'érotisme et de félicitée.
L'Asiatique pencha un peu plus la tête en arrière tandis que tout son corps se cambrait sous la sensation.
Une de ses mains lâcha la chevelure du policier pour tenter de se raccrocher à la réalité, mais le mur contre lequel il se trouvait n'offrait que peu de prise. Il n'était pas sûr de pouvoir tenir longtemps dans cette position tant ses jambes étaient flageolantes.
Alexander se concentra néanmoins sur cette zone et bientôt un doigt accompagna sa langue.
Magnus n'était plus que gémissements au plus grand contentement du jeune homme dont l'érection douloureuse ne pouvait plus être ignorée.
Aussi, sans cesser sa caresse, il ouvrit d'une main maladroite son pantalon et sa main se referma sur son membre le faisant gémir légèrement de contentement. Il se caressa doucement avant d'ajouter un deuxième doigt dans la tiédeur de son amant.
Il chercha du bout de la pulpe le point P qui ferait voir des étoiles à son homme, analysant du regard les réactions de ce dernier afin d'aiguiller ses recherches.
Quand il le trouva enfin, il le massa doucement en faisant de petits cercles et sa bouche se referma à nouveau sur la lance de vie de l'avocat qui s'agrippa à ses épaules en gémissant de plus belle, se mordant la lèvre inférieure pour ne pas crier son contentement.
Il supplia pour qu'Alexander cesse : il allait finir par perdre la tête par tant de plaisir, et il avait beau ne plus être un débutant, il allait bientôt succomber.
Le policier ne se fit pas prier et remonta vers les lèvres gonflées d'avoir été trop mordues, étouffant le cri de protestation du trentenaire, frustré de la perte si brusque des sensations si douces.
Alec ne perdit pas de temps et attrapa le brun sous les cuisses, invitant ce dernier à enrouler ses jambes autour de sa taille. Il ne prit pas la peine de se défaire de son pantalon qu'il avait toujours sur les hanches, et prit possession de son amant, les liants charnellement dans un soupir de bien-être.
Le corps de Magnus fut plaqué un peu plus sûrement contre le mur.
Les bras enroulés autour des épaules du policier, Magnus ne pouvait que subir les assauts de plus en plus profond et rapide de son compagnon, mordant la peau du cou à sa disposition tandis qu'Alexander, les mains sous ses cuisses pour le maintenir en position, gémissait son plaisir le plus faiblement possible.
Déjà bien stimulé par son amant, Magnus ne tint pas longtemps et très vite la petite mort vint le faucher tandis que tout son corps se contractait dans de puissants spasmes, libérant son plaisir entre leurs deux corps parfaitement imbriqués.
Alec soupira de bien-être en sentant l'orgasme de son compagnon l'enserrer plus fortement, il continua son assaut, faisant durer le plaisir de son amant au maximum avant de se laisser aller à son tour au paradis tant désiré.
Quand la jouissance l'emporta à son tour, ses jambes le lâchèrent et ils tombèrent au sol. Leurs corps lovaient l'un contre l'autre ne se séparèrent pas : Alec assis sur ses talons et Magnus agrippé à lui comme un paresseux à sa branche.
Un rire, léger et fluet, s'échappa de la gorge de celui-ci. Son cœur battait toujours à un rythme endiablé, il flottait toujours sur son petit nuage post-orgasmique.
— Qu'est-ce qui te fait rire ? ronronna Alec contre son cou.
Malgré la position inconfortable, il n'avait aucune envie de bouger.
— Maintenant que tu as accepté de vivre ici, je vais pouvoir profiter de ton corps aussi souvent que je le souhaite, répondit Magnus d'une voix rauque et légèrement cassé. Tu es un amant divin, chaton !
Alec sourit à son tour sous le compliment.
— Pas autant que toi, mon amour !
— Oh, si ! Crois-moi, rit de nouveau Magnus. Bienvenue chez toi, ajouta-t-il quelques minutes plus tard.
— Je suis chez moi dans tes bras.
***********************************
— Jace m'a demandé de venir, il n'est pas là ?
Isabelle releva la tête de son puzzle géant pour croiser le regard de son amie. Elle ne l'avait jamais vu si froid.
Elle tressaillit légèrement et serra les lèvres sous la culpabilité qui l'assaillit.
— Il a dû se rendre d'urgence à Idris : Aldertree a été retrouvé.
La jeune nephilim n'attendit pas la suite avant de tourner les talons pour rejoindre la sortie.
— Clary attend, s'il te plaît.
La rouquine se stoppa net avant de se retourner vivement et de croiser les bras dans une attitude fermée pour faire face à celle qui était sa meilleure amie.
La brune poussa un soupir à fendre l'âme.
— On a peut-être une piste pour Alec, avança-t-elle avant de montrer un morceau plus grand de portail.
Clary fronça les sourcils et s'avança vers elle, plus détendue et totalement intriguée.
— Comment… ?
— C'est comme un immense puzzle, expliqua la chasseuse, en désignant les fragments tout autour d'elle. Malheureusement, les casse-têtes n'ont jamais été mon fort. Jace pensait que tu pourrais peut-être m'aider, mais… enfin, je comprends que tu ne veuilles pas me parler !
Clary se mordit la lèvre inférieure dans une lutte intérieure qui sembla vite pencher vers la résignation tandis qu'elle s'agenouillait à côté d'Izzy pour observer les pièces du puzzle géant qu'était le portail.
— Izzy…
La rouquine inspira bruyamment sans lever les yeux vers la fille Lightwood.
— Te voir embrasser Simon, même si j'ai réalisé que ce que je ressentais pour lui était purement fraternel… Ça m'a profondément blessée. Je te faisais confiance et…
— Clary, je comprends ! La vérité c'est que je ne sais pas ce qui m'a pris. Simon est si… gentil ! En réalité, il est parfait.
— Tu essais de te faire pardonner, là ? s'amusa la rouquine.
Isabelle se mortifia en se rendant compte de sa maladresse et la main rassurante de Clary se posa sur son avant-bras.
— Écoute, Simon m'a tout expliqué… On a beau être des nephilims on est humain. On fait tous des erreurs moi la première.
Isabelle se détendit aussitôt. Elle ne s'était pas rendu compte d'avoir été si crispée depuis l'arrivée de son amie. Rassurée de ne pas avoir perdu l'amitié de la jeune femme, elle la serra dans ses bras pour lui exprimer sa gratitude.
— Toi la première ? Tu veux parler de ton comportement vis-à-vis de Jace ?
— Non, enfin oui en quelques sortes… Je veux dire… Je me suis jeté dans les bras de Simon tout en sachant que je n'étais pas vraiment amoureuse de lui. C'était égoïste de vouloir oublier Jace de cette manière et Simon ne méritait pas ça. Finalement, ce n'est peut-être pas plus mal que vous vous soyez embrassé ! Simon s'est rendu compte que ses sentiments pour moi n'étaient pas sincères ! On s'aime comme des frères et soeurs. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais perdu mon meilleur ami… Surtout en ce moment !
— Tu y seras, demain ?
— Je ne sais pas si j'en aurais le courage, avoua la rouquine, comprenant que la brune voulait parler de l'exécution de son géniteur.
Après un dernier soupire, les deux amies se concentrèrent sur leur tache.
Clary s'avéra bien plus douée qu'Isabelle et assembla plusieurs pièces assez rapidement.
Au bout d'une ou deux heures, la brune reprit la parole, mettant fin au silence paisible qui régnait dans le bureau de Magnus.
— Du coup…. Tu m'en voudrais beaucoup si je me rapprochais de Simon ?
Clary releva la tête et ses iris émeraude accrochèrent ceux chocolat.
Le silence s'installa à nouveau et Isabelle eut peur d'avoir poussé un peu trop loin sa chance, mais elle ne pensait plus qu'au vampire depuis des jours et ne pouvait se résoudre à faire une croix sur le fils de la nuit qui avait su guérir son cœur meurtri.
Finalement, un sourire mi-moqueur, mi-intéressé para les lèvres de Clarissa.
***********************************
Jace sortit de la chambre sous le choc. Quiconque l'aurait croisé en cet instant lui aurait trouvé un teint livide de celui qui a croisé la mort de trop près !
Pourtant, le jeune homme avait côtoyé la faucheuse plus qu'à son compte sans jamais réagir si violemment.
Il sentit un haut-le-cœur contracter son estomac et il se précipita tant bien que mal jusqu'aux toilettes du couloir où il laissa enfin les spasmes douloureux le délester de son dernier repas.
Il s'essuya la bouche d'un revers de main tandis qu'il reprenait son souffle.
Il croisa son regard vairon dans le miroir avant de se passer de l'eau fraîche sur le visage pour se remettre de ses émotions.
L'homme qu'il avait interrogé sous le contrôle de sa grand-mère était méconnaissable et si on ne lui avait pas dit qu'il s'agissait de Victor Aldertree, il ne l'aurait jamais reconnu.
— Qu'as-tu fait, Magnus ?
— Jace ?
Le nephilim sursauta légèrement avant de se constituer un visage imperturbable et neutre.
— J'arrive !
Imogène Herondale l'attendait de l'autre côté de la porte. Quand il la rejoignit, elle posa sur lui un regard compatissant avant de le prendre dans une étreinte toute maternelle qui surpris le blond.
— Qu'en disent les frères silencieux ?
L'inquisitrice pinça légèrement des lèvres et son regard se voila quelques secondes de peine et de douleur.
— Il ne passera pas la nuit. Mais, c'est tout ce que nous pouvons lui souhaiter à présent, Jace… Il n'aurait pas voulu devenir un autre… Il n'aurait pas voulu subir l'humiliation de devenir un loup… Il mourra en shadowhunter et rejoindra nos guerriers dans le royaume de Raziel où il recevra les honneurs.
Un silence suivit ses paroles avant qu'elle ne reprenne.
— Je sais que tu tiens à ce sorcier mais quand nous le retrouverons, il faudra qu'il affronte ses responsabilités. Victor a fauté, mais nous ne pouvons pas laisser le monde obscur penser qu'il peut être à la fois juge et bourreau. La loi existe pour une raison. Bane l'a enfreint, il serra condamné et je sais que Lorenzo Rey lui réservera un châtiment à la hauteur de son crime qui nuit à toute notre communauté.
Le guerrier hocha la tête de résignation et après avoir salué sa parente, se dirigea vers la salle où il attendrait son portail pour rentrer à New-York.
Avec lenteur, douleur et difficulté, l'ancien directeur de l'Institut leur avait raconté son histoire depuis sa disparition. Il avait d'ailleurs fait amende honorable on exposant tous ses griefs, certainement dans le but de se libérer l'âme de ses pêchés afin de quitter ce monde, serein.
Il n'avait rien caché de l'histoire du Yin-Fen qu'il avait procuré à Izzy tout en la maintenant dans l'ignorance de la nature du baume qu'il lui offrait.
Il avait également avoué les tortures qu'il avait fait subir à Alec ainsi que sa tentative de tuer Magnus.
Le sorcier l'avait alors entraîné en France provinciale pour l'abandonner au sort de la meute sauvage qui sévissait encore dans ce pays.
Les loups avaient vite retrouvé sa trace et avaient déchiqueté son corps jusqu'à le laissait à demi-mort, agonisant, afin de lui offrir la mort la plus lente et douloureuse possible.
L'homme n'avait pourtant pas baissé les bras dans l'espoir d'être retrouvé.
Il avait activé sa rune de guérison qui n'avait pourtant fait aucun miracle vu son état déplorable et s'était traîné difficilement, mètre par mètre vers le Nord-est, dans l'espoir dérisoire de rejoindre Alicante.
Lorenzo Rey l'avait finalement retrouvé à une centaine de kilomètres à peine du lieu de l'attaque — ce qui constituait déjà une prouesse immense aux vues de l'état du nephilim — près d'une semaine après sa disparition.
Ses plaies sanguinolentes et profondes s'étaient infectées et son organisme, affaibli par la perte de sang, avait été pris d'assaut par les germes qui avaient rongé son corps de l'intérieur.
Jamais il n'oublierait le visage balafré ni même l'odeur de la mort…
Il ne pouvait souhaiter un sort similaire à son pire ennemi et il devait se convaincre qu'Imogène avait raison.
Il aurait voulu tuer Aldertree de ses mains pour ce qu'il avait osé faire à sa famille, mais jamais il ne lui aurait offert une fin si horrible.
— Alec ne pouvait pas savoir, il n'aurait pas accepté ça ! Il n'a pas pu suivre Magnus. Pas après ça… tenta de se convaincre le parabatai du disparu.
Serait-il possible que le sorcier l'ait kidnappé ou manipulé d'une manière ou d'une autre ?
Il regrettait amèrement d'avoir accordé sa confiance à l'Asiatique, ou même d'avoir approuvé sa relation avec son frère.
À présent, il en était sûr, tout était de la faute de Magnus !
Il fallait sauver Alec. Tout rentrerais dans l'ordre ensuite. Il devait y croire !
— Jace !
Il releva la tête pour croiser le regard de la seule femme qu'il avait jamais considéré comme sa mère.
Il se leva d'un bond et se jeta dans l'étreinte qu'elle lui offrait, se laissant, l'espace d'un instant, sombrer dans la peine et la douleur qui lui vrillait l'âme depuis la disparition de son frère d'armes et de cœur.
— J'ai appris pour Victor, confia la brune avant de s'installer à coté de son fils adoptif sans lâcher leurs mains jointes.
Le blond hocha la tête.
— Des avancées dans la recherche de Magnus, Madzie et Alexander ?
Le nephilim sursauta légèrement. Depuis le début de l'enquête ils avaient tous eu tendance à négliger ou oublier la présence de Madzie avec les deux hommes. Elle aussi avait disparu.
— Il aimait tellement cette gamine… réalisa-t-il comme une évidence. Magnus l'aura convaincu de le suivre grâce à Madzie !
Maryse fronça les sourcils, mais son sourire ne quitta pas ses lèvres.
— Alexander a toujours aimé les enfants. Il a été plus un père pour Max que Robert… Je suis heureuse de le savoir avec les personnes qu'il aime loin des tracas et des dangers qui règnent ici-bas… Où qu'ils soient… Les savoirs heureux ensemble me suffit !
Jace la dévisagea le cœur battant, son cerveau refusant d'assimiler les mots qu'ils venaient d'entendre.
— Magnus est un hors-la-loi… Il nous a pris Alec, comment peux-tu être heureuse ? se révolta-t-il en se levant d'un bon, lâchant la main douce de sa mère comme si son contact lui était insupportable.
Un voile de tristesse traversa le regard de la matriarche, mais une fois encore son sourire bienveillant ne la quitta pas.
— Je comprend que ce soit dur, Jace, commença-t-elle d'une voix douce et calme. Ne te trompe pas : mon fils me manquera et il me manque déjà… J'aurais aussi voulu partager sa vie — aussi égoïste que cela puisse être — jusqu'à la fin de la mienne… Mais il mérite sa part de bonheur et je sais que Magnus et Madzie le lui offriront ce que nous avons été incapable de lui donner en vingt ans.
— Alec ne nous aurait pas quittés, ni Izzy, ni moi ou encore Max… Il serait resté pour nous ! Magnus l'a emmené contre son gré, ou… ou pour protéger Madzie… Non… Alec n'aurait pas fait ça… Il ne m'aurait pas laissé.
La colère vive dans sa voix se transforma bien vite en plainte de douleur et Maryse l'emprisonna une fois de plus dans son étreinte maternelle en lui chuchotant des mots tendres et apaisants.
— Je le retrouverais… Je connaîtrais la vérité, ajouta-t-il comme une promesse tandis que derrière lui le portail s'ouvrait, annonçant l'heure du départ.
— Oui tu le trouveras, sourit Maryse et tu pourras lui faire tes adieux et lui souhaitaer d'être heureux avec toute ta bénédiction.
Jace laissa son regard flotter sur sa mère adoptive en retenant difficilement les larmes qui menaçaient de s'écouler.
Il n'ajouta rien et, le cœur lourd et totalement ébranlé par son voyage dans la cité de verre, rejoignit l'animation de la ville qui ne dormait jamais.
***********************************
Une tornade aux cheveux de jais pénétra dans la chambre en courant. Elle escalada le lit avant de se mettre à sauter sur le matelas entre les deux corps endormis, sa fidèle amie Elizabeth la licorne fermement agrippée dans sa main droite !
— Papa ! Baba ! Debbbouuuuutttttt !
Le grognement d'Alec lui répondit tandis que de son côté Magnus sortait son visage chiffonné de sous la couverture, un immense sourire égayant ses traits fin et doux.
— Bonjour, Rayon de Soleil !
— Bonjour Papa-chat, répondit la petite fille en se laissant tomber entre les bras ouverts de son papa pour un câlin matinal.
— Dis-moi, Sucre d'orge, que dirais-tu de gaufres pour le petit-déjeuner ?
— Avec du chocolat ?
— Et de la chantilly, surenchéri l'Asiatique en ouvrant un peu plus grand les yeux comme s'il offrait le Graal à son petite princesse.
— Ouaiiissss ! s'enthousiasma la petite métisse en sautant du lit pour courir hors de la chambre d'où sa voix retentit une fois de plus. Dépêche-toi, Papa, Lizzy à faim !
Magnus rit doucement avant de se tourner lentement vers son compagnon qui n'avait pas daigné bouger. Il n'était décidément pas du matin.
— Bonjour à toi, chaton, salua l'Indonésien avant de se blottir contre le corps chaud qui l'accueillit avec ravissement.
Un grognement plus doux lui fut offert en guise de bonjour !
— Café ?
— Des litres, quémanda le brun d'une voix encore rocailleuse de sommeil.
— Je t'appelle quand il sera chaud, offrit son compagnon avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres et de quitter le lit conjugal et la chambre qui était désormais la leur.
Alec se retourna dans le lit et soupira dans l'oreiller.
Il avait encore fait un rêve étrange.
Un rêve emplit de créatures surnaturelles.
Loups-garous, vampires, sorciers, et même des démons plus horribles les uns que les autres.
Son coéquipier, Jace l'aidait à combattre, comme dans la vraie vie.
Un psy y aurait vu une très belle métaphore de lutte du bien contre le mal.
Jace et lui, en tant que gardien de la paix, représentant fièrement le camp de la lumière dans cette lutte toute manichéenne anges contre démons.
Il se réveillait toujours angoissé de ses songes. Ils étaient saisissants de réalisme et le laissaient toujours hagard et perdu au réveil.
Bientôt, la voix de son amant s'éleva et il rejoignit son compagnon et sa fille à la table familiale en chassant les vestiges oniriques de son esprit. Ce n'était après tout, que des rêves.
***********************************
— Alors ? s'enquit Isabelle en voyant son frère entrer dans le loft du sorcier.
— Magnus est bien responsable de sa disparition, annonça le blond de but en blanc.
— On ne peut pas prendre la parole de cet homme comme argent comptant, il passe son temps à manipuler tout le monde, riposta Clary approuvé par la brune.
— Pas cette fois, soupira Jace qui aurait aimé pouvoir lui aussi vouer une foi aveugle en Magnus.
Il avança un peu plus dans le bureau, contournant les deux femmes pour prendre part de l'avancer de la reconstitution du portail, mais aussi pour se donner une certaine contenance.
— Aldertree a tout avoué. L'Enclave est au courant pour ton addiction au Yin-Fen, pour ce qu'il a fait à Alec… Tout !
— Il a sûrement une idée derrière la tête, décréta la rousse les bras toujours croisé sur sa poitrine tandis qu'Izzy, elle, semblait plus tendue d'apprendre que son sombre secret n'en était plus un.
— Clary… soupira Jace d'une voix basse et défaitiste.
Des images de l'homme, du moins, ce qu'il restait de lui, lui revint en mémoire et il ferma les yeux pour tenter d'endiguer cette vision qui hanterait sûrement ses cauchemars jusqu'à la fin de ses jours.
— Il… Il ne va pas survivre. Il ne lui reste que quelques heures, annonça-t-il dans un souffle.
Clary plaqua sa main sur sa bouche comme choquée d'avoir remis en cause les paroles d'un mourant.
Izzy, quant à elle, resta inexpressive. Était-elle soulagée d'apprendre que justice avait été faite ?
— Vous avez bien avancé, lança Jace d'une voix forte afin de faire dévier la conversation sur un sujet plus réjouissant.
D'un commun accord silencieux, ils se mirent tous les trois à la tâche, aucun d'eux n'ouvrit la bouche de toute la nuit.
Quand l'aube se leva sur le pont de Brooklyn, le portail s'acheva finalement dans un éclat de lumière violet aveuglant.
Le corps du blond se redressa violemment dans un lit qu'il ne connaissait pas.
Le cœur battant à tout rompre, il avisa le corps endormi à côté de lui et se reconcentra sur la petite chambre dans laquelle il se trouvait.
Il n'avait pourtant pas de temps à perdre.
Avant qu'il n'emprunte le portail avec Izzy, Clary — qui était restée sur place afin de s'assurer qu'il n'arrive rien au portail — les avait mis en garde : ils allaient se retrouver dans le corps de leurs doubles et, s'ils n'y prenaient pas garde, oublieraient leurs propres souvenirs pour endosser pleinement ceux de l'univers alternatif.
Il se leva donc, le plus silencieusement possible, ce qui s'avéra plus difficile que prévu sans ses runes.
Il se prit le pied dans un objet non identifié qui fit un bruit assourdissant dans la quiétude paisible du petit matin.
La lampe de chevet s'alluma et il se figea comme un voleur prit sur le fait.
— Qu'est-ce que tu fais ? s'amusa Clary avec un petit rire moqueur !
Jace écarquilla les yeux en découvrant la rouquine en petite nuisette dans le lit qu'il venait de quitter ! Le rire redoubla.
— Tu as une urgence au poste ? Je t'ai déjà dit que je préfère que tu me réveilles pour me faire un bisou d'au revoir. Je n'aime pas me réveiller et découvrir que tu as disparu, expliqua la jeune femme en se levant, un air ensommeillé sur le visage avant de venir déposer un chaste et tendre baiser sur les lèvres du blond qui ne put contenir un gémissement de contentement.
Cela faisait des semaines qu'il n'avait plus eut l'occasion de savourer les lèvres fraîches et douce de celle qu'il aimait, et il avait beau savoir que la femme devant lui n'était pas vraiment SA Clary, il n'avait pas pu résister à l'envie de transformer le pieu baiser en un échange torride, faisant basculer la rousse en arrière, une main dans le creux de ses reins.
— Désolé, bébé ! sourit-il contre ses lèvres. Je ne le ferais plus, c'est promis.
Elle lui offrit un sourire langoureux auquel il répondit avant de récupérer ses vêtements et de quitter la chambre. S'il restait une seconde de plus il n'était pas sûr de pouvoir contenir ses ardeurs.
Il fut rassuré d'avoir réussi à sortir de l'appartement familial sans se faire pincer par la mère de cette dernière. Clary habitait encore chez elle d'après les photos et la décoration de l'appartement. Son coeur se serra quand il réalisa que, de la d'où il venait, la femme était morte et que Clarissa serait orpheline à partir d'aujourd'hui.
La vie ici semblait effectivement plus douce, pensa-t-il alors que les paroles de Maryse lui revenaient en tête.
Il espérait qu'Isabelle — où qu'elle ait atterri — le rejoindrait très vite.
Il prit le chemin du loft du sorcier. C'était le premier, lieu qu'ils avaient décidé d'inspecter.
***********************************
— Tu verras elle est ravissante, et célibataire, sourit Maryse.
— Laisse-moi une chance Alexander. Laisse-nous une chance…
— Papa, Maman… J'ai quelque chose à vous dire !
Les souvenirs s'enchaînaient dans l'étrange rêve que le policier faisait. Il avait bien conscience qu'il dormait, mais ne parvenait pas à se réveiller pour autant. Une fois de plus, la scène changea, mais cette fois, l'événement ne lui était pas familier.
Il était debout en face de Lydia en robe de mariée et il tressaillit en avisant le… la créature aux yeux et à la bouche cousus qui faisait leurs servait d'officiant !
Il commença à paniquer légèrement sans savoir bien pourquoi.
Dans la salle, il repéra ses parents, Jace, Izzy et d'autres personnes de sa connaissance comme s'il assistait réellement à son propre mariage.
Il repéra aisément les tatouages similaires que chacun arborait. Ces mêmes tatouages qu'il imaginait partout, et même sur son propre corps, depuis un moment.
Il sursauta, comme l'ensemble de l'assistance quand un homme entra précipitamment au milieu de la cérémonie.
Magnus !
Il se sentit tout de suite plus calme et apaisé par la présence de son compagnon et sous le regard courroucé et choqué de sa mère, il rejoignit l'homme en quelques enjambées pour l'embrasser passionnément.
Puis l'atmosphère changea à nouveau. Tous les regards qui le fixaient se firent sombres et menaçants. Le froid s'abattit sur sa peau et il frissonna. Jace s'avança enfin vers lui, une lame à la main avant de l'attaquer.
Le brun se défendit du mieux qu'il put, parant les coups sans oser attaquer en retour jusqu'à ce que le blond ne le fasse tomber au sol et qu'il ne pointe sa lame sur sa gorge !
— Réveille-toi, Alec… Ce n'est pas toi ! Alec ! Alec, réveille-toi !
Il haleta en ouvrant les yeux brusquement, incapable de se redresser dans le lit, son petit-ami, sur lui, l'empêchant de bouger. Son souffle était court, il était paniqué.
— Tout va bien, rassura Magnus en se laissant tomber sur lui, tout aussi essoufflé que son partenaire. Ce n'était qu'un cauchemar… Tout va bien, répéta-t-il.
Alec laissa sa tête retomber en arrière et enroula ses bras autour des épaules musclés et nus de l'avocat et ils reprirent tous deux leur souffle.
— Je n'arrivais pas à te réveiller, expliqua l'homme sans bouger sa tête du torse du brun. Tu avais l'air terrorisé…
— C'était juste un cauchemar, tenta de se convaincre le jeune homme.
— Tu veux en parler ?
Alexander hésita, il avait caché ses étranges visions à Magnus depuis son séjour à l'hôpital. Il avait l'impression de devenir fou… Rapidement, il se décida à mettre fin à ses mensonges. Il ne pouvait rien cacher bien longtemps à cet homme qui avait pris possession de sa vie et de son cœur depuis quelques mois.
Il se montra le plus synthétique possible, mais remarqua bien la tension qui s'empara de son amant au fur et à mesure de sa confidence.
— Alexander… Il y a quelque chose qu'il faut que je te dise, annonça l'Asiatique en se redressant pour plonger son regard chocolat dans celui aux mille reflets de son compagnon.
Des coups puissants et impatients résonnèrent contre la porte d'entrée, les faisant sursauter tous les deux.
Ils se dévisagèrent moins d'une seconde avant de se lever précipitamment.
Leur réveil affichait à peine sept heures du matin !
Alec ouvrit la porte pendant que Magnus s'habillait rapidement.
— Jace ? Izzy ? Mais qu'est-ce qui vous….
Les deux invités lui sautèrent au cou sans qu'il n'ait eu le temps de finir sa phrase, le plongeant dans le désarroi le plus complet.
— Alec, par l'Ange, nous t'avons enfin retrouvé, sanglota sa petite sœur, sans se défaire de son étreinte.
— De quoi tu parles, on s'est vu il y a deux jours, répliqua le brun septique.
Magnus les rejoignit, mais, à peine fut-il sorti de la chambre, Jace lui sauta dessus avec un air menaçant.
— Toi !
L'Indonésien se retrouva bien vite plaqué au mur par le blond et Alec tenta de les séparer. Le ton monta de toute part et bientôt, une petite voix s'éleva au milieu de tout ce désordre.
— Pourquoi t'es fâché contre papa, tonton ?
Tous se figèrent et Jace lâcha même Magnus.
— Viens ma puce, je vais te mettre un dessin-animé. Tu as faim ? proposa Isabelle en entraînant la petite métisse vers le salon.
La menace de voir sa sœur préparer à manger à celle qu'il considérait comme sa propre fille, fit tressaillir Alec, mais il ne put se résoudre à sauver l'enfant du repas infecte qui l'attendait. Il ne voulait pas laisser Magnus seul avec Jace.
— Qu'est-ce qui te prend ? chuchota-t-il énergiquement.
— Alexander, calme toi, tenta Magnus en défendant le blond.
Alec se prit la tête entre les mains. Pourquoi son petit-ami défendait-il Jace alors que celui-ci venait de l'attaquer ? Et pourquoi Jace et Izzy étaient-ils là pour commencer ?
Tout ça n'avait aucun sens !
— Alors, j'avais raison, tu l'as manipulé pour qu'il reste avec toi, accusa son coéquipier en pointant l'avocat d'un doigt menaçant.
— Ce n'est pas ce que tu crois, Jace !
— De quoi parlez-vous ? s'interposa le brun en dévisageant les deux hommes tour à tour.
— Je voulais t'en parler, mon amour, je te le jure…
— Il te manipule, Alec, ouvre les yeux ! Ici, ce n'est pas réel, ce n'est pas toi ! Réveille-toi, bon sang !
Jace avait été un peu méfiant envers Magnus au tout début de leur relation, mais leurs rapports s'étaient nettement améliorés depuis quelques semaines.
Voir le blond débarquer à l'improviste à l'appartement n'avait donc aucun sens.
Était-ce en lien avec l'installation, certes un peu précipité, d'Alec chez l'avocat ?
— Qu'est-ce qu'il raconte, Magnus ? demanda le brun incertain en se tournant vers son compagnon.
Celui-ci arborait un air coupable qui finit d'achever le jeune homme qui sentit son cœur tomber dans ses pieds.
Et si Jace et Izzy avaient surpris Magnus avec un autre homme ? Ou une femme, qui sait ? Magnus l'aurait-il trompé ? C'était impossible, il refusait d'y croire.
— Il y a eu un accident, commença l'avocat d'un ton qu'il voulait calme. Tu as reçu un mauvais coup sur la tête. J'ai hésité à te révéler la vérité, mais… J'avais trop peur de te perdre !
— Arrête de mentir ! s'agaça Jace en tournant son regard noir vers l'autre homme. Et pour Aldertree, tu vas inventer quelle excuse ?
Cette fois, Alec sentit un vertige l'envahir… Il y avait bien un autre homme alors. Son univers semblait voler en éclats. Sa vie n'aurait plus aucun sens sans Magnus. Il était la deuxième partie de son âme… Il était tout son monde !
— Alexander !
Il se laissa tomber sur le sol, hagard, il n'était pas sûr de vouloir affronter le reste de la conversation. Il releva ses yeux tristes vers ceux inquiet de l'homme duquel il avait voulu croire en l'amour inconditionnel.
— Tu es tout pâle, s'inquiéta encore l'Asiatique. Je vais te préparer une boisson chaude, allons nous installer en cuisine, invita le maître des lieux en aidant le plus jeune à se relever.
Jace mit sa rancœur de côté pour aider le compagnon de son frère à le relever et le soutenir jusqu'à ce qu'il soit assis sur une chaise de la table à manger.
En arrière-plan, on pouvait entendre le son de la télévision devant laquelle Madzie était installée.
Isabelle les rejoignit et ils s'installèrent tous les quatre à table dans un silence devenu pesant.
— Pourquoi être parti Magnus ? commença la jeune femme, d'une voix calme et douce. Pourquoi avoir fui ?
Alec commençait à se faire un scénario assez précis dans son esprit à présent.
Jace et elle avaient découvert son petit-ami dans les bras du dénommé Aldertree et Magnus avait pris la fuite pour ne pas avoir à assumer son infidélité auprès de son frère et de sa sœur.
— Je… Je ne voulais plus revivre ça ! Plus jamais ! énonça l'avocat en posant son regard sur celui de son partenaire. Voir Alexander à l'article de la mort, le voir souffrir… C'était inconcevable. Il fallait que je m'assure qu'il n'aurait plus jamais à affronter ça…
Cette fois le policier ne comprenait plus rien, il releva la tête et prit conscience qu'il était complètement avachi sur sa chaise.
— De quoi tu … ?
— Alors dans ce cas pourquoi il ne se souvient de rien ? contra le blond avec colère. Tu l'as kidnappé contre sa volonté, pour TE mettre à l'abri des conséquences de TES actes. N'essais-pas de passer pour un héros. Je n'y crois pas !
— Jace…
Isabelle posa sa main sur celle de son frère adoptif pour essayer de calmer ce dernier.
— Non, Izzy ! Tu n'as pas vu Aldertree complètement défiguré, le corps déchiqueté…
Magnus tressaillit et ses mains se mirent à trembler imperceptiblement.
— Il a survécu ? s'étonna-t-il d'une voix éteinte qui était loin de ses intonations chaudes et théâtrales habituelles.
— On ne peut pas vraiment appeler ça de la survie, renifla hargneusement le blond.
— Est-ce que quelqu'un va se décider à me dire ce qui se passe ? s'emporta Alec en frappant des deux mains sur la table. Magnus ? De quoi ils parlent ?
Le concerné soupira légèrement de désespoir et son regard se fit plus triste.
— Je pense que tu commences à t'en souvenir… Tous ces rêves que tu fais… tu sais au fond de toi que ce ne sont pas vraiment des rêves, n'est-ce pas ?
Alexander se leva en fronçant les sourcils et se mit à faire les cent pas.
— Ça n'a aucun sens, tenta-t-il de se convaincre… Ça ne peut pas être des souvenirs… C'est…c'est impossible.
— Alexander, c'est ce que tu es… Tu es un shadowhunter !
Le brun releva la tête et des bribes de souvenirs prirent possession de son esprit. Ce mot… Il était comme une clé déverrouillant ses souvenirs perdus…
— Parabatai, chuchota-t-il en regardant son frère se rappelant de son vieux rêve.
Jace se releva à son tour et l'étreignit fraternellement.
La mémoire lui revint doucement comme un puzzle complexe et inachevé, il y avait tant de chose qu'il ne comprenait pas encore…
— Mais, comment avez-vous fait pour nous retrouver ? Pour nous rejoindre ici ?
— C'est sans importance, déclara Izzy en se redressant un sourire aux lèvres. Le plus important, c'est qu'on vous ait retrouvé, et maintenant on va tous pouvoir rentrer chez nous… Tous ensembles ! insista-t-elle en plongeant son regard dans celui de Magnus.
— C'est impossible, répliqua le brun.
— Bien sûr que si, insista la jeune femme, rassurante. Nous te défendrons devant l'Enclave, devant Lorenzo Rey… Tout s'arrangera, tu verras !
— Tu ne comprends pas, Isabelle, répliqua Magnus en hochant la tête négativement. Ce monde… On n'ouvre pas un portail vers une autre réalité sans user une grande quantité de magie !
— Qu'est-ce que ça change ? demanda la brune incertaine.
Une petite ombre que personne n'avait remarquée avança dans la pièce en sautillant d'une jambe sur l'autre un immense sourire aux lèvres.
— Tu écoutes aux portes, Têtard ? interrogea Alexander en prenant l'ancienne petite sorcière dans ses bras.
Il avait retrouvé le sourire.
Finalement, il n'était pas fou, et s'il lui manquait encore quelques souvenirs pour reconstituer le puzzle en entier, tout semblait à présent plus clair, et mieux encore… Magnus ne l'avait pas trompé !
— Papa et moi, on peut plus faire de magie, expliqua la petite fille sans répondre à l'accusation de son deuxième papa. Moi, je veux rester là. Je suis comme tout le monde, j'ai deux papas qui m'aiment et j'ai même des copines… Tu restes avec nous, hein dit, Baba ?
— Alec, ta place est avec nous… tenta Jace à son tour. Magnus t'a caché la vérité… Il t'a menti !
Alec douta le temps d'un battement de cils. Pourquoi son petit-ami ne lui avait-il pas avoué la vérité depuis plus d'une semaine ? Il en avait eu l'occasion, pourtant !
— Alec, rentre à la maison, s'il te plaît ! J'ai encore besoin de toi ! supplia sa jeune sœur avec un regard qui se voulait attendrissant.
— Je ne peux pas, soupira Alexander le cœur déchiré de refuser quoi que ce soit à sa sœur.
Il sentit les larmes lui piquer les yeux, mais il se refusa à se laisser aller à l'émotion.
— Je suis désolé, Izzy… Toute ma vie, j'ai essayé de vous protéger Jace, Max et toi… Mais… Tu ne peux pas me demander de choisir entre vous et eux.
Il jeta un regard vers Magnus et Madzie et son sourire s'agrandit.
— Alec, s'il te plaît !
— Tu ne comprends pas ? chuchota-t-il. Ils sont mon monde, ils sont ma vie… Je ne peux pas vivre sans eux !
— Et moi je ne peux pas vivre sans toi, riposta Isabelle en laissant couler ses larmes. Ne m'abandonne pas Alec… Tu es mon frère… Comment pourrais-je avancer dans ma vie sans mon ange gardien pour veiller sur moi ?
Jace n'avait pas ouvert la bouche depuis un moment et observait la scène tout aussi ému que son parabatai, il secoua finalement la tête dans la résignation, les yeux brillants de larmes contenues.
Il se mordit la lèvre et s'avança doucement vers son frère jusqu'à ce qu'un fin sourire ne soulève ses lèvres.
— Je comprends mieux ce que maman à voulu me dire… Je voulais trouver un coupable ! Pouvoir haïr quelqu'un de t'avoir arraché à moi, mais… je dois juste me réjouir de te savoir heureux et en sécurité même si ça signifie que je dois te perdre pour ça…
— Tu seras à jamais mon parabatai, répondit le jeune homme avant d'étreindre le blond. Et tu seras à jamais ma seule et unique sœur, continua le brun en serrant la jeune femme en larme dans ses bras. Je vous aimerez toujours et maintenant que je me souviens, je vous promets de ne jamais vous oublier !
Les adieux s'éternisèrent quelques instants, les larmes roulèrent, des promesses et des souvenirs furent échangés et finalement avec une dernière étreinte, les deux voyageurs se positionnèrent devant le pan de mur où se trouvait le portail, parfaitement invisible depuis cette réalité, mais bien présent.
— Alexander… Il faut que tu sois sûr de ta décision, annonça Magnus en emmêlant ses doigts à ceux de son amant. Le portail ne résistera pas à un deuxième voyage, il n'y aura pas d'autre chance de retrouver notre monde.
— Mon monde c'est toi, riposta Alec avec un sourire. Tu n'es pas prêt à te débarrasser de moi, tu te souviens ?
Magnus sourit amoureusement, le cœur soulagé et sans un mot de plus, le blond et la brune disparurent définitivement.
Alec ne put retenir ses larmes davantage, le cœur lourd de sa décision sans réussir à la regretter pour autant.
Magnus le prit dans ses bras et Madzie se joignit à eux. Ils restèrent un long moment ainsi à fixer le mur vide.
***********************************
Jace se retourna, mais il n'y avait plus rien… Le portail venait de voler en milliard d'éclats, pas plus gros que la pointe de sa stèle. Plus jamais ils ne pourraient le reconstituer à présent.
— Que s'est-il passé ? Où sont Alec et Magnus ? s'inquiéta Clary avant d'accueillir sa meilleure amie qui se jeta dans ses bras pour y pleurer bruyamment.
Les yeux émeraude croisèrent ceux vairon et Jace hocha la tête négativement pour seule explication.
Ils venaient de perdre Alec, jamais plus il ne reverrait son frère, mais… au fond de lui, il était heureux, car son frère de cœur aurait enfin la vie qu'il méritait, loin du danger que l'Enclave faisait peser sur lui à cause de son orientation sexuelle. Il était enfin libre.
Un léger sourire éclaira son visage. Il souleva doucement son t-shirt… Sur sa peau, la rune parabatai avait définitivement disparue.
