Chapitre 8
GREY
- L'éval' de maths était une torture ! gémit l'adolescent à la chevelure de barbapapa, à peine sorti de la salle.
- Ce ne serait pas plutôt parce que tu n'as rien révisé ?
- Je faisais confiance à mon talent, Luce.
- Tu m'en dira tant.
Je leur emboîte le pas, écoutant que d'une oreille le duo converser à propos du contrôle que nous venions tout juste de passer. A titre personnel, je ne l'ai pas trouvé si dur.
- On est pas tous égaux face aux multiplications, soupire la surnommée « Luce ». Tiens, Grey par exemple. Figure toi que vingt minutes avant la sonnerie il ne touchait déjà plus à sa copie.
Je m'arrête subitement tandis que le rosé suit le doigt de la blonde qui me pointe avec une admiration désabusée. Je grimace.
A peine étais-je arrivé à Magnolia que Loki avait tenu à me présenter à ses deux plus proches amis, bien que je les connaissais déjà vaguement de nom – ma position et mes activités ne m'offraient pas une possibilité de les rencontrer un jour. Ces trois-là sont inséparables depuis la fin du collège, ses meilleurs amis en somme, même si l'une est bien plus qu'une simple amie.
Lucy Hearthfilia, faisant partie des filles les plus populaires du lycée - si ce n'est pas la plus populaire - sait se démarquer de par ses des notes brillantes, son attitude exemplaire et sans oublier son physique capable d'en ébranler plus d'un. Or, j'ai très vite appris que sous cette enveloppe de jeune adolescente parfaite cache en réalité une fille bourrée de défauts, un peu trop gourmande et capricieuse sur les bords. A son extrême opposé - ou presque - se trouve Natsu Dragneel. Bien qu'assez populaire aussi, dû à son statut de capitaine de l'équipe de basket, il est surtout un élève turbulent avec d'assez bonnes notes, juste assez pour sauver sa scolarité. C'est un genre de je-m'en-foutiste tête en l'air avec un sourire aussi indélébile qu'un marqueur noir.
- Je vous avait dit qu'il allait tout déchirer !
La voix de Loki retentit dans mon dos, et je jette un regard par-dessus mon épaule pour le voir se diriger vers nous. Le sans-gêne qu'il est passe un bras autour de mes épaules en affichant un sourire plein de fierté, comme si tout le mérite lui revenait de droit.
- Ces gênes ne sont pas de famille à ce que je vois, souligne la blonde un brin moqueuse.
- C'est bas ça, chérie, répond l'échec scolaire en s'écartant.
A leur yeux, je suis ni plus ni moins que le cousin germain de cette tête de citrouille. D'après lui, ils seraient moins enclin à mes questionner sur mes origines ainsi. Même si pour moi, ce mensonge n'en est pas vraiment un. Malgré les apparences, j'ai toujours considéré Loki comme un membre à part entière de ma famille. Il sait quasiment tout de moi, et moi de lui.
- C'est quoi le prochain cours ? demande Natsu à Lucy.
- Toi et moi avons économie et les cousins, littérature, déclare-t-elle sans faute ne manquant pas de nous éblouir de son impressionnante mémoire d'éléphant.
J'allais me diriger vers mon prochain cours quand un adolescent de notre âge nous passe devant, manquant de nous bousculer. Je le reconnais c'est le garçon qui harcelait Juvia l'autre jour. Je pose une main sur l'épaule de Loki, le forçant à enfin quitter des yeux sa bien-aimée qui s'éloigne déjà.
- C'est qui, lui ?
- Bora ? Me dit pas que t'as pas retenu son nom, Grey enfin ! me sermonne le Léo. Ca fait quand même plus de deux semaines que vous partagez la même classe.
- Connecte tes deux neurones bouffon, je grogne. Je m'en fou de son nom. C'est qui ce mec ?
- Bah… je le connais pas vraiment, en fait, il admet après un bref temps de réflexion. Il faut dire qu'il traîne plus souvent avec des mecs louches. Il a refait sa terminale cette année, aussi.
Rien de bien concluant alors. Je soupire et me dirige vers notre prochaine classe.
- Pourquoi tu voulais savoir ?
- Pour rien.
Je me dirige d'un pas nonchalant vers la sortie du lycée. Le soleil décline déjà à l'horizon, m'indiquant qu'il est plus que temps que je rentre. J'aurais sans doute été plus rapide si je n'avais pas décidé d'emprunter à la dernière minute le livre que nous devions étudier au centre de documentation du lycée.
(...)
La cour est quasiment déserte, si bien que je manque de sursauter lorsque je vois une tête bleue, le dos appuyé contre le mur près du portail. Juvia me sourit de toutes ses dents, ce que je peine à lui rendre.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Un bref coup d'œil me conforte sur l'absence de son frère aîné, Gajeel. Pourtant, j'aurais juré l'avoir vu sortir il y a une bonne demi-heure. Ils ne rentrent pas ensemble d'habitude ?
- Je t'attendais, répond-t-elle comme une évidence.
- Et… Pourquoi ?
- Pour te raccompagner chez toi !
Bien que la déclaration reflète toute l'innocence du monde, je reste tout de même assez sceptique.
- Euh, pas la peine. Et puis, on s'était déjà mis d'accord pour que tu n'aies plus à me suivre.
- Tu ne me fais pas confiance ? Pourtant, je te promets que ce n'est pas une idée saugrenue pour pouvoir localiser où tu habites !
Elle fait preuve d'une telle indignation et d'insistance que je pourrais presque la croire. Et comme pour éliminer mon doute persistant, elle pose ses mains sur ses paupières fermées et ajoute, d'une voix plus sûre d'elle :
- Je suis prête à me boucher la vue durant tout le trajet !
Je soupire avant d'écarter ses mains de son visage. Tout ça est ridicule.
- Je ne veux pas d'une morte sur la conscience. Dépêche-toi de rentrer chez toi, il va faire sombre.
Et dans un dernier signe nonchalant, je m'éloigne de la jeune adolescente en prenant la direction opposée. Quelques mètres plus loin, je risque un coup d'œil par- dessus mon épaule et la vois, les épaules voûtées, lentement disparaître. Je crois que je m'en veux un peu.
(...)
Le lendemain, nous nous sommes à peine installés sur nos sièges que le professeur de mathématiques déclare devoir nous rendre nos copies. Je ne cache pas ma surprise à Loki, qui me chuchote, dissimulant sa nervosité à travers un léger sourire crispé :
- Ce mec à une dizaine d'années d'ancienneté, et il a toujours été connu pour être très actif. Il pue le boulot à des kilomètres.
Lorsqu'il s'écarte, le prof a déjà commencé à distribuer. Il ne laisse rien paraître, le visage froid et dur. S'il ne portait pas cette expression continuellement, je jurerais que les notes sont catastrophiques. Mais à en juger le sourire rempli de fierté de Natsu, une rangée plus loin, la moyenne de la classe a l'air brillante.
En suivant le chemin du professeur, je le vois donner sa copie à Juvia. Cette dernière prend la copie et la retourne sur le plat de sa table, comme si elle ne souhaitait pas avoir connaissance de ses résultats. Son geste m'interpelle. Sa voisine, une fille aux long cheveux roux, accepte silencieusement la sienne, la couvant d'un regard presque désolé.
(...)
Je suis l'un des derniers à sortir de la salle, peinant à réveiller mon soi-disant cousin qui avait décidé de piquer un somme après avoir appris que sa note était inférieur à celle de son ami aux cheveux roses. – Au diable les cours ! avait-il déclaré sur un ton dramatique, la voix camouflée par le brouhaha habituel du fond de la classe de mathématique (visiblement, le professeur ne porte attention qu'à ceux qui écoutent). Je préfère dormir, et rêver d'avenir. Je l'ai alors laissé à sa petite amie, qui a fait preuve de bien moins de douceur que moi.
Mon prochain cours était celui d'espagnol, le seul où je suis entièrement livré à moi-même. Or, je n'ai aucune idée d'où peut se trouver la salle, et ne voulant pas risquer un retard, je me hâte pour trouver quelqu'un qui pourrait me renseigner.
C'est alors que je tombe sur Juvia, assise sur un banc dans la cour. Elle est penchée sur un paquet de feuille, celui que viens de nous rendre le professeur de mathématiques. Elle est si concentrée qu'elle ne m'entend pas m'approcher, si bien qu'elle sursaute lorsque je me laisse tomber sur le banc, à sa droite. Je relève ma monture sur mon nez et plonge mon regard dans le sien, tandis qu'elle reprend ses esprits.
- Quelque chose ne va pas ?
On pourra croire ce que l'on voudra sur moi, je ne suis pas un enfant au cœur de pierre. Il m'arrive d'être empathique, plus souvent qu'on ne pourrait le penser. Et il faudrait être aveugle pour oser contredire le fait que Juvia n'est pas dans son assiette.
- Si… si ! Tout va bien, elle fait avec un sourire en détournant les yeux.
Un bref regard oblique sur sa copie et les nombreuses traces et marques rouges qu'elle arbore tendent à vouloir me dire le contraire. Mais la bleue range ses affaires avant que j'ai le temps d'en voir plus.
- Mais toi, tu n'as pas cours ? elle me questionne avec plus d'assurance.
- Ah merde, c'est vrai, je réalise soudainement. En fait, tu sais où se trouve la salle d'Espagnol ? C'est la…
- La salle vingt-six, complète la bleue en m'indiquant une direction dans son dos. Mme. Aquarius est toujours dans la même salle, c'est près de la vie scolaire, vers la gauche. Tu ne peux normalement pas la rater.
- Euh, ok. Merci.
Je me lève, et reste debout quelques secondes de trop. On échange de nouveau un regard, plongés dans un silence gênant.
- Quoi ?
- Rien.
Je me décide enfin à m'éloigner, ignorant sa mine interloquée. C'est étonnant qu'elle ne me suive pas. Mais tant mieux.
BONNE ANNÉE (don't mind le retard mddr)
Un chapitre d'exposition si je puis dire vu l'absence d'enjeu important. J'avoue le trouver un peu ennuyant aussi mais montrer le quotidien de nos personnages ainsi que la nature de leur relation me semblait important so voici la Grey et sa jolie bande de mousquetaires !
Pour ce qui du Gruvia, je pense qu'on en aura plus dans le prochain chapitre. Après tout, on revient sur le pdv de Juvia ;)
