Léo et Ciri passèrent la soirée enfermés dans leur suite. Skjall dormait mais les deux sorceleurs ne parvenaient pas à fermer l'œil, tant l'inquiétude quant aux événements de la journée les tiraillait. La jeune femme se dégagea de son étreinte mais alors qu'il voulait la retenir, elle grogna, signe qu'elle avait très envie de s'en aller mais qu'elle ne le ferait pas.
- Je suis désolé Ciri… Commença-t-il, je savais que j'aurais dû me débarrasser des membres restants…
Si Skjall n'avait pas été paisiblement endormi, elle se serait sûrement emportée tant elle était en colère contre elle-même. Mais voir son fils ainsi la calma instantanément elle ne pouvait piquer une crise maintenant. À la place, elle fit les cent pas dans la pièce, incapable de prononcer un seul mot. Son compagnon l'observait, attendant qu'elle prenne la parole, mais il savait qu'elle ne le ferait pas. Il ne savait pas quoi dire non plus, car rien n'aurait pu réconforter la jeune femme. Léo se leva, et attrapa son bras fermement pour l'attirer contre lui. Elle voulait être seule mais se laissa faire.
- J'ai vraiment cru que cette fois ça serait la bonne, que je pourrai enfin vivre une vie simple, avec toi, avec Skjall, mais je finis toujours par tout gâcher quoi que je fasse… !
Elle avait presque hurlé mais il avait plaqué sa main sur sa bouche. Le sorceleur la serra longuement contre lui.
- Tu sais que je ne laisserai personne te faire du mal… Dit-il pour essayer de la rassurer.
Ciri le regarda les yeux pleins de larmes, mais acquiesça, avant d'aller s'asseoir près du landau où dormait Skjall. Il la rejoignit et prit l'enfant, qui venait de se réveiller, dans ses bras. Après l'avoir bercé pour qu'il arrête de pleurer, il la déposa dans les bras de sa compagne. Elle lui donna le sein, et après s'être rhabillée l'enveloppa dans une fine couverture pour qu'il n'attrape pas froid.
Le couple descendit, et se rendit compte que tout le monde – Grieldan, Jaskier, Geralt, Zoltan, Triss, Yennefer, Taria, Barnabas-Basile, Marlène et Sac-à-Souris – les attendait autour de la table. Le majordome de Corvo Bianco avait rajouté des chaises afin que les deux sorceleurs puissent s'asseoir à leur côté.
- Je sais que ça ne va pas te plaire Ciri, commença Yen, mais nous devons parler de ce qu'il s'est passé, et de ce que nous devons faire pour te protéger.
- De toute façon, ai-je vraiment le choix ? Elle avait repris son ton perçant, et s'asseyant sur la chaise, elle croisa les bras. Vous voulez décider de ce que JE vais faire maintenant ? C'est hors de question Yen.
- Ciri… Continua Triss, nous sommes tous concernés, tu ne vas pas gérer ça toute seule tu le sais bien. Tu ne peux pas simplement t'enfuir loin en attendant que la tempête passe cette fois-ci… Tu as Léo et Skjall, tu ne peux pas fuir avec un enfant ou tout simplement le laisser seul !
- J'espère que tu ne l'as pas envisagé Ciri… répondit Geralt après que la rousse eut fini de parler. On peut très bien…
- Non je ne suis pas d'accord ! Explosa la jeune femme aux cheveux cendrés, vous ne déciderez pas pour moi je ne suis plus une enfant ! Et non je ne l'ai pas envisagé Geralt, de toute façon il ne me laisserait pas partir, dit-elle, furieuse, tout en désignant Léo du doigt.
Son compagnon parut soulagé, mais ce n'était pas forcément le cas de tous dans la pièce. Quand la jeune femme s'était emportée, Marlène et Barnabas-Basile avaient préféré s'éclipser pour les laisser discuter. Les deux magiciennes se regardèrent, perplexes, et ne sachant que faire. Fallait-il la cacher quelque part le temps de trouver les responsables ? Mais la région de Toussaint était vaste, et rien ne disait qu'ils s'y cachaient forcément. Elles exclurent donc cette possibilité.
- Vous pourriez venir à Skellige avec moi, proposa Sac-à-Souris, pour vous mettre en sécurité. Si nous partons discrètement, ils n'auront aucun moyen de savoir où vous êtes. Et nos magiciennes pourraient s'occuper de trouver les responsables, n'est-ce pas très chères ?
Triss haussa les épaules ce n'était pas une mauvaise idée. Cependant, Yennefer esquissa un rictus amer elle savait très bien pourquoi le druide lui parlait ainsi. Il faisait référence à l'épisode où, sur les îles de Skellige elle avait volé dans le laboratoire du druide le masque d'Ouroboros. Évidemment, elle avait fait les fruits de la colère des druides, même si elle savait qu'elle avait pris la bonne décision. Utiliser le masque leur avait permis avec Geralt d'en apprendre plus sur la situation de Ciri et de retrouver sa trace. Néanmoins, l'idée du druide n'était pas si mauvaise que ça, elle était même ingénieuse.
- Sac-à-Souris ! Répliqua Ciri, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ?!
- Je tiens à ta sécurité Ciri, et aussi à celle de cet enfant. De plus, il est très probable qu'il possède aussi le gène de Lara, même si nous savons qu'il ne perdure pas chez les individus de sexe masculin…
- Moi je ne savais pas… Répondit Jaskier, mais il fut immédiatement interrompu par Zoltan, qui lui asséna un coup dans le tibia. Le barde jura, mais resta stoïque par la suite.
- Je ne peux pas Sac-à-Souris, continua Ciri sans avoir prêté attention au numéro de son ami, je risque de vous attirer des ennuis, et je ne veux pas vous mettre en danger…
- Surtout qu'à priori, ils ont un mage à leur côté. Il pourra sûrement retrouver la trace de Ciri peu importe où elle ira, ajouta Taria, qui n'avait pas encore pris la parole.
- Et que proposes-tu alors, elfe ? Lança Triss, dans l'espoir de la provoquer pour qu'elle commette une erreur qui leur permettrait de la débusquer.
Geralt lui lança un regard noir qui la fit frissonner. Les magiciennes comptaient des elfes et ce n'était pas dans la nature de Triss de leur manquer de respect. Le sorceleur, qui la connaissait – ayant été son amant un temps – ne comprenait pas pourquoi elle avait parlé ainsi. La rousse croisa son regard mais ne réagit pas, se contentant d'hausser les épaules discrètement pour que seul celui-ci le remarque. Geralt se tourna vers Yennefer, qui avait parfaitement entendu et retenu la remarque déplacée de la magicienne afin d'y trouver du soutien, mais la brune était en accord avec sa consœur : elle voulait autant savoir qu'elle qui était réellement Taria. Le sorceleur lâcha donc l'affaire, et attendit de voir si Taria – néanmoins elle l'intriguait également – allait réagir.
- Et pourquoi ne pas demander à la duchesse et à sa garde royale de l'aide pour retrouver les coupables ? Proposa Grieldan, qui avait senti que Taria était au pied du mur à cause de la magicienne rousse. Vous semblez les connaître, dit-il à l'intention de Geralt.
- Mais stop à la fin, cria Ciri. On dirait que vous discutez entre vous, vous ne me consultez même pas avant !
Tous se figèrent de stupeur à sa remarque, et posèrent leurs yeux sur elle. La jeune femme rougit de honte, et se rassit à contre-cœur. Léo, qui était assis à côté d'elle posa sa main sur sa cuisse, ce qui la fit sursauter. Ils discutèrent un moment, essayant de trouver une solution. Ciri finit par partir, agacée qu'ils veuillent décider pour elle. Léo voulut la rattraper à la sortie de la maison, mais elle le poussa si violemment qu'il tomba à la renverse. Après l'avoir prié de ne pas la suivre, elle partit au triple galop avec Kelpie.
Alors qu'il voulait se relever, une main se tendit vers lui. Ne voyant pas qui c'était à cause des rayons du soleil, il la prit et se redressa. Il tomba nez à nez sur le druide. Celui-ci l'invita à marcher un peu, et le sorceleur décida de le suivre. Ils s'éloignèrent un peu du domaine, avant que le vieil homme – parce qu'il commençait quand même à avoir un certain âge – ne se mette à parler.
- Ne lui en veut pas, commença le druide. Elle a toujours été comme ça. Têtue, rebelle, c'est ce qui fait ce qu'elle est.
- Je sais répondit Léo, je l'ai connue comme ça, on ne s'entendait pas du tout au début.
- Et tu as finalement réussi à la dompter, je prends ça comme un exploit tu sais mon garçon… dit-il en esquissant un sourire. Elle a toujours eu du mal à accorder sa confiance aux personnes qu'elle ne connaissait pas, elle a perdu tous ceux qu'elle aimait quand elle était très jeune et s'est très vite retrouvée livrée à elle-même.
- Oui, elle a fini par me le raconter, je suis au courant de ce qui lui est arrivé par le passé.
- Il faut lui laisser du temps, c'est compliqué pour elle de se retrouver encore une fois dans cette situation, continua le druide. Même si je ne doute pas que tu seras à même de la protéger. Je pense qu'elle se sent faible, que nous pensons qu'elle ne peut pas se débrouiller seule… Je pense que tu vois ce que je veux dire.
- Oui, mais alors, que dois-je faire ? Je ne sais même pas comment la rassurer, et elle est à cran…
- Tu vas devoir faire avec, et je n'ai pas de conseils à te donner. Notre Ciri est si imprévisible ! Dit-il avec un sourire, c'est ce qu'on aime tous chez elle. Maintenant va la retrouver, je la connais par cœur elle est sûrement partie dans cette direction, termina-t-il en pointant la colline en face d'eux du doigt. Et n'oublie pas de lui dire que je ne vais pas tarder à m'en aller, mes responsabilités me rattrapent vite ahahah !
Le druide s'éloigna après lui avoir adressé un signe de la main, que Léo lui rendit avec un sourire. Après avoir inspiré un grand coup, il scella son cheval, et partit au trot dans la direction que Sac-à-Souris lui avait indiqué. Une demi-heure plus tard, il aperçut l'étalon de sa compagne, attaché à une branche d'arbre. Le sorceleur chercha la jeune femme des yeux, et la discerna entre les rochers du lac.
Il s'approcha assez près et la héla pour qu'elle puisse l'entendre. Elle tourna la tête vers lui et sourit. Léo enleva le gros de ses vêtements pour ne pas être gêné et plongea dans le lac pour la rejoindre. La sorceleuse l'éclaboussa quand il refit surface près d'elle.
- Je… Je suis désolé de… commença la jeune femme, mal à l'aise.
Il l'enlaça et l'embrassa, l'empêchant de finir sa phrase. Elle y répondit, et était heureuse qu'il soit venu la trouver. Elle le questionna du regard, et il lui répondit par un clin d'œil. Comment je t'ai trouvé ? C'est un secret ça…
- Ne t'excuse pas Ciri, je comprends que tu aies eu besoin d'air… Lui dit son compagnon. Mais ne pars pas seule la prochaine fois je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose…
Elle le poussa dans l'eau, l'air agacé. Quand il sortit la tête de l'eau, elle se jeta sur lui – toutes griffes dehors -, la sorceleuse semblait avoir besoin de se défouler. Ils se chamaillèrent longtemps, jusqu'à ce que Ciri s'écroule de fatigue sur le sable, bientôt rejoint par Léo. Le jeune homme la força à se blottir contre lui, malgré ses petits coups pour se dégager.
- Je peux me défendre toute seule Léo, je n'ai besoin de personne !
- On ne sait pas de quoi le mage qui accompagne le culte du Lis est capable. Et s'il était dangereux ? Et s'il t'arrivait malheur ? Tu sais que je ne me le pardonnerai jamais, je t'aime trop pour ça. Lui-répondit-il tout en caressant sa joue du revers de sa main. Je ne veux que ta sécurité Ciri, je n'ai jamais pensé une seule seconde que tu étais faible ou que tu ne savais pas de débrouiller seule.
Ciri grogna et se retourna… Mais éclata de rire quand elle sentit son compagnon la chatouiller de partout. Elle le supplia d'arrêter, ce qu'il fit quand il la vit se tordre de rire et se tenir le ventre. Ils se relevèrent et décidèrent de rentrer car le soleil commençait à se coucher. La sorceleuse proposa une course de chevaux à son compagnon, mais il refusa, préférant profiter du crépuscule pour rentrer tranquillement.
- Ah oui Ciri, j'avais oublié… Sac-à-Souris part bientôt, et il m'a chargé de le faire savoir, bredouilla-t-il alors qu'il finissait d'enfiler son haut.
- Oh non, avec tout ça j'avais complètement oublié ! S'écria-t-elle avant de sauter sur Kelpie. Dépêche-toi Léo je ne veux pas rater son départ !
Elle partit au triple galop mais se força à attendre son compagnon qui ne pouvait pas pousser aussi loin son étalon, qui était beaucoup moins rapide que la jument de Ciri. Lorsqu'ils arrivèrent au domaine, Sac-à-Souris avait fini de rassembler ses affaires, et se préparait à partir par le portail ouvert par Merigold.
- Ah Ciri, tu tombes à point nommé ! S'exclama-t-il, Léo, je vois que tu as tardé à lui annoncer mon départ, je vous attendais plus tôt. Mais bon tant pis, vous semblez réconcilié c'est ce qui compte.
Ciri se jeta dans les bras du druide pour l'étreindre. Le vieil homme chancela légèrement, mais serra fort la jeune fille contre lui. Comme elle avait grandi ! L'époque où elle jouait avec Hjalmar et Cerys lui sembla bien lointaine. Il s'écarta et l'embrassa sur le front. Il s'excusa auprès de Léo de ne pas avoir pu faire plus ample connaissance, et de ne pas pouvoir rester auprès d'eux pour leur apporter son aide. Léo acquiesça, il comprenait parfaitement qu'il ait des responsabilités qui l'appelaient ailleurs.
- Ça m'a vraiment fait plaisir de te voir Ciri, dit Sac-à-Souris. Et ton petit Skjall te ressemble beaucoup, vous avez les mêmes yeux… Une pointe de tristesse traversa sa voix. J'espère que j'aurai la chance de le voir grandir.
- Bien sûr que tu l'auras, répondit Ciri en laissant échapper quelques larmes. Quand tout sera fini je te promets que nous viendrons à Skellige tous les trois vous voir, Cerys, Hjalmar et toi.
Ils s'étreignirent une dernière fois, et le druide, après avoir salué son vieil ami Geralt, les magiciennes et les autres, s'approcha de Taria. Malgré une concentration extrême, ni Triss, ni Yennefer, ni aucun autre n'entendit ce qu'il lui dit à ce moment-là. L'elfe acquiesça aussi discrètement, et le regarda traverser le portail, qui se referma instantanément juste après.
- Il a raison Taria, il vaudrait mieux que nous fassions profil bas. On n'a pas besoin d'un nouveau problème maintenant… chuchota Grieldan à son intention. Les magiciennes se doutent déjà de quelque chose…
Elle perçut la crainte dans sa voix, se concentra et lui répondit par télépathie. Je sais bien Grieldan, je sais bien...
