Partie 10
22
— Hé, Zack ! Faut que tu me rendes un service !
Le combiné du téléphone à l'oreille, Kadaj se trouve dans le salon et s'est appuyé d'une main au meuble sur lequel l'appareil repose. Assis à terre, Loz fait face à la télévision – une manette de jeu entre ses mains. À l'entente du nom de Zack, il met sur pause sa partie et questionne :
— Je peux lui dire bonjour ?
Et à Kadaj de lui faire signe qu'il est occupé. Un peu déçu, Loz s'en retourne à son activité première, tandis que son frère reprend :
— Écoute, faut que tu me trouves des mecs. Tu dois bien avoir ça en réserve au SOLDAT, non ? Des mecs de l'âge de Yazoo. Célibataires. Et beaux gosses.
Loz tourne un regard rond en direction de Kadaj. À l'autre bout du fil, Zack pousse un soupir et demande à l'adolescent ce qu'il compte bien en faire, de ces mecs.
— C'est pour Yazoo. Y veut un copain, mais c'est compliqué. Alors je lui file un coup de main. (Puis, après une seconde de réflexion.) Du coup, faut pas qu'y soient hétéros, tes mecs. D'ailleurs, t'as une photo de lui à leur montrer ? Qu'ils pigent bien ce qu'ils vont rater, hein, s'ils disent non.
De plus en plus perturbé par ce qu'il entend, Loz a de nouveau mis sur pause son jeu et se trémousse. Genesis, qui passe au même moment dans le couloir et surprend les propos de Kadaj, pointe la tête dans le salon.
— C'est quoi cette histoire de copain ?
Et à Kadaj de lui décocher un regard agacé.
— T'occupes, toi ! (Avant de revenir à Zack.) Nan, je causais à Genesis. Mais sinon, t'as ça ou pas ?
Intrigué, Genesis vient s'appuyer de l'épaule contre l'encadrement de la porte et croise les bras. Un grognement échappe à Kadaj, qui ajoute :
— Pfff… tu crains ! Vas-y, passe-moi Kunsel. Lui, il doit savoir.
À l'autre bout du fil, Zack grommelle, se plaint de cette jeunesse qui ne respecte plus ses aînés, mais s'en va tout de même à la recherche de son ami. L'impatience le gagnant déjà, Kadaj tapote des doigts sur le meuble. Genesis, qui l'observe toujours, questionne :
— Et donc… qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
— J'ai dit t'occupes !
— Tu cherches un copain pour Yazoo, si j'ai bien compris. Mais j'ai du mal à saisir pourquoi tu passes par Zack pour…
— T'occupes !
Comprenant qu'il n'obtiendra rien de cette tête de mule, il tourne les yeux vers Loz – qui, un pli soucieux lui barrant le front, observe son frère la bouche entrouverte. Et c'est d'une voix contrariée que celui-ci, finalement, dit :
— Moi, ça me plaît pas.
Lui adressant un regard en coin, le combiné toujours vissé à son oreille, Kadaj questionne :
— Qu'est-ce qui te plaît pas ?
— Tout ça. J'ai pas envie que Yazoo s'en aille.
— Qu'est-ce que tu racontes ? grogne Kadaj. Il va pas partir, il…
— Tu veux lui trouver un copain, et je comprends pas pourquoi tu fais ça. En plus s'il est à Midgar, c'est loin d'ici. Et Yazoo, s'il a un copain là-bas, alors peut-être qu'il…
— Mais tais-toi, sérieux, s'agace Kadaj. Et puis ça te regarde pas, hein, c'est Yazoo que ça concerne !
— Oui, mais…
— Merde ! Laisse tomber, d'accord ?
Là-dessus, il tourne le dos à son frère et se met à pester contre Zack – qui tarde un peu trop à son goût.
Toujours aussi contrarié, Loz referme doucement la bouche, avant de tourner les yeux en direction de Genesis. Et dans son regard, une sorte de supplication dont le Banoran ne sait pas bien que faire. Il ne comprend pas encore toute l'histoire, mais si Kadaj essaye vraiment de trouver un petit ami pour son frère, alors il ne se voit pas s'en mêler. Car c'est clairement ce qu'il faut à Yazoo en ce moment, une relation extérieure à son cercle familial.
Comprenant qu'il n'obtiendra pas d'aide de son côté, Loz abandonne sa manette sur la console et se met debout.
— C'est pas bien ce que tu fais, Kadaj.
Et à Kadaj de rejeter la tête en arrière et de pousser un soupir agacé. Il ne cesse de basculer son poids d'une jambe sur l'autre, comme si celles-ci désespéraient que son propriétaire daigne enfin aller les dégourdir.
— J'ai pas envie que Yazoo parte. Et s'il part, moi je…
— Mais puisque j'te dis qu'il va pas partir !
— Et puis s'il a quelqu'un d'autre, il va peut-être nous oublier. Et j'ai pas envie de ça non plus, et…
— Merde, t'es lourd à la fin !
Sentant que la situation ne va pas tarder à dégénérer; que Kadaj, comme Loz, commencent tous deux à s'énerver et qu'il y en a bien un, à ce rythme, qui va monter en crise, Genesis s'écarte de l'encadrement de la porte pour faire un pas dans le salon.
— Les garçons…, commence-t-il.
Mais au même instant, la voix de Kunsel se fait entendre à l'oreille de Kadaj.
— Ah, enfin ! fait celui-ci. Je croyais qu'il te trouverait plus ! Écoute, j'ai besoin de toi et…
Il n'a toutefois pas le temps d'en dire plus que Loz appuie sur le crochet du téléphone, coupant la communication.
— Putain, mais t'es sérieux là ?! s'emporte Kadaj en se tournant vivement vers lui.
— D'accord, on se calme…, veut intervenir Genesis.
— Vas-y dégage de là ! Faut que je le rappelle maintenant !
Mais Loz, le doigt toujours sur le crochet, ne semble pas décidé à bouger d'un iota. L'expression butée et les sourcils froncés, il est bien trop costaud pour que Kadaj puisse espérer le faire reculer, ce qui décuple la colère de l'adolescent. Serrant les poings, celui-ci ignore Genesis qui tente de se faire entendre d'eux.
— Loz, barre-toi sérieux !
Et à l'expression de son frère de se crisper davantage encore.
— Merde, t'es sourd ?!
— J'aime pas ce que tu fais, c'est tout.
— C'est pas tes oignons !
— Mais je veux pas que Yazoo parte. Et je veux pas non plus qu'il nous oublie et…
— Mais ta gueule avec ça ! Je te dis que ça n'arrivera pas, alors arrête de m'emmerder et…
— Bon, allez, ça suffit, fait Genesis. Si vous continuez de vous énerver, vous savez très bien ce qu'il risque d'arriver.
D'autant que Kadaj commence sérieusement à l'inquiéter. Son regard s'est transformé – signe qu'il est à deux doigts d'exploser – et son corps, sous la pression de ses émotions, est pris de légers tremblements. Il hésite d'ailleurs à aller chercher Sephiroth en vitesse pour qu'il le calme, mais n'en a malheureusement pas le temps. Car dans son dos, Loz, qui arrive lui aussi à sa limite, laisse entendre un gémissement.
L'instant d'après, sa main a balayé avec force le téléphone, qui part voler, sa prise s'arrachant par la même occasion du mur. Surpris, Kadaj en lâche le combiné du téléphone, permettant à l'appareil d'aller s'écraser contre le mur. Genesis se tourne vivement vers Loz.
Les mains appuyées contre ses yeux, celui-ci laisse entendre un nouveau gémissement, avant de dodeliner de la tête et de commencer à pleurer. Des sanglots douloureux, affolés, qui ne tardent pas à rougir son visage.
— Je veux pas. Je veux pas !
Et comme il continue de gémir, secouant la tête pour pleurer plus fort encore, Kadaj lance :
— Mais qu'est-ce que t'as aujourd'hui ?!
Loz ne lui répond pas. Marche d'un côté, revient sur ses pas, l'air complètement sonné et de plus en plus en panique. Genesis, qui comprend qu'il aura du mal à l'aider à se calmer, dit :
— Kadaj, va chercher Yazoo !
En réponse, l'adolescent se mord la lèvre, avant de filer. Les mains levées devant lui, Genesis s'approche de Loz qui, continuant de pleurer, a maintenant la respiration hachée.
— Loz, calme-toi. Assieds-toi, d'accord ? Yazoo arrive.
Et tant bien que mal, il le guide jusqu'au canapé en question – ce sans même l'effleurer, Loz détestant le contact quand il est dans cet état. S'y risquer, c'est l'assurance d'aggraver son mal-être et même Sephiroth, qu'il tolère à peu près dans ces moments-là, préfère l'éviter. Il n'y a en vérité que Yazoo dont il accepte la proximité et qui parvient à le calmer facilement.
Les bras fermement croisés pour s'empêcher de le toucher par mégarde, Genesis fronce les sourcils. Courbé en avant, Loz a écrasé ses poings contre ses yeux. Ses sanglots sont toujours-là, et entre deux reniflements, une petite plainte lui échappe. La crise n'est pas encore trop violente et c'est une chance qu'il ait été présent dans la pièce, car seul, Kadaj aurait sans doute aggravé la situation plutôt que de l'apaiser.
Encore heureux qu'il n'ait pas craqué lui aussi…
Au même instant, il peut entendre des pas précipités dans l'escalier, qui se poursuivent dans le couloir. La seconde d'après, Yazoo fait son apparition dans le salon, Kadaj sur ses talons, et fonce aussitôt en direction de Loz.
— C'est pas ma faute, j'te jure, lui lance Kadaj comme il se penche en direction de Loz. C'est lui qui s'est énervé tout seul !
Sans faire attention à lui, Yazoo pose une main sur l'épaule de son frère.
— Loz, allez, calme-toi.
Et comme il comprend qu'il ne va pas s'apaiser aussi facilement, il s'assied à ses côtés et lui passe un bras en travers des épaules pour l'attirer à lui. Tout en continuant de pleurer, Loz vient nicher son visage dans le creux de son cou. Lui passant une main dans les cheveux, Yazoo laisse entendre un bruit de gorge et tourne les yeux en direction de Kadaj.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Aussitôt sur la défensive, le questionné serre les poings.
— Je t'ai dit que c'était pas ma faute !
— J'ai pas dit que c'était ta faute, je t'ai seulement demandé ce qu'il s'était passé.
— Mais je suis sûr que tu penses que j'ai fait quelque chose. C'est toujours pareil, de toute façon, à chaque fois qu'y a un truc c'est moi qu'on accuse et…
— Kadaj, bon sang !
— Ils se sont juste mal compris, intervient Genesis en gardant un œil sur Kadaj, qui continue de l'inquiéter. Et vu leurs incroyables capacités de communication…
— La ferme !
Et face au regard agressif que lui décoche l'adolescent, Genesis se contente de hausser les épaules. Tout en continuant de caresser les cheveux de Loz, Yazoo pince les lèvres. Semble l'espace d'un instant pris d'un sursaut d'agacement, avant de répéter :
— Ils se sont mal compris ?
— C'est lui qui s'est monté la tête connement, réplique Kadaj, qui a replié ses bras autour de lui. Il a cru que t'allais partir ou je sais pas trop quoi. Tout ça parce que j'ai demandé à Zack s'il connaissait pas des mecs pour toi.
Clignant des paupières, Yazoo se tourne à nouveau vers Kadaj. Un peu surpris d'apprendre que son frère a déjà commencé les recherches, alors que pour sa part – et si l'idée continue de lui trotter dans la tête – il ne s'y est pas encore vraiment attardé, n'étant pas certain de savoir comment rencontrer qui que ce soit par le biais du téléphone.
À croire que j'ai eu tort de ne pas me confier à lui plus tôt…
Et voyant que Kadaj a lui aussi besoin d'un peu de réconfort après ce qu'il vient de se passer, il tend finalement une main dans sa direction pour l'inviter à le rejoindre. En réponse, l'adolescent se crispe de plus belle.
— Quoi ?
— Viens là, idiot. Ne reste pas dans ton coin, comme ça.
— C'est bon, je suis plus un gamin.
— Y a pas d'âge pour les câlins, Kadaj.
— Mais j'ai pas envie quand même !
Et à Yazoo de laisser retomber sa main et de soupirer :
— Je te jure… qu'est-ce que tu peux être pénible, des fois.
Avant de revenir à Loz, qui lui semble à présent suffisamment calmé.
— Ça va mieux ? questionne-t-il en revenant lui caresser les cheveux.
En réponse, Loz renifle et opine du chef. Puis il se redresse et, le bras de Yazoo toujours passé autour de ses épaules, vient s'essuyer le visage sur son avant-bras. Genesis, qui a récupéré un paquet de mouchoirs qui traînait près de la télé, le jette à Yazoo qui le réceptionne d'une main.
— Allez, mouche-toi, tu veux ? (Et comme Loz s'exécute, son frère reprend :) Qu'est-ce que tu as encore été te mettre en tête ? Tu crois vraiment que je vous quitterais, dis ?
En réponse, Loz se contente de hausser les épaules. Ne semble pas forcément fier de son comportement, tout en n'étant pas encore tout à fait rassuré non plus. Genesis, qui s'est approché du téléphone, ne peut que constater que celui-ci est à présent bon pour la poubelle. En miettes, il a laissé une trace dans le mur – de quoi faire encore râler Angeal quand il apprendra la nouvelle.
— Je ne pars nulle part, d'accord ? poursuit Yazoo. Ni maintenant, ni jamais.
— Et puis surtout, il va pas aller vivre à Midgar, grogne Kadaj. Qu'est-ce que tu veux qu'il aille foutre là-bas ?
Se passant la langue sur les lèvres, Loz relève les yeux sur Yazoo. Et après un reniflement, il dit :
— Mais peut-être qu'un jour, si t'as un copain ou si…
— Je ne partirai pas, Loz. Quoi qu'il arrive, je reste avec vous.
Et à Loz de pincer les lèvres, encore un peu hésitant. Détournant les yeux, il baisse la tête.
— Promis ?
— Promis, lui répond Yazoo, avant d'ajouter : De toute façon, moi, sans vous, je ne pourrai pas être heureux.
Et si ses paroles semblent avoir raison des dernières inquiétudes de Loz, Genesis, lui, ne peut s'empêcher de ressentir un léger malaise. Comme il l'a dit il y a deux jours à Angeal, il est certain que ni Yazoo, ni ses frères, ne quitteront jamais cette maison et ce même si leur santé le leur permettait. Néanmoins, il ne peut s'empêcher de s'interroger sur les sentiments que cette réalité engendre chez eux. Et plus particulièrement, sur la façon dont Yazoo la vit au quotidien.
S'il se trouve quelqu'un un jour et qu'ils envisagent de construire quelque chose d'un peu sérieux, alors cette personne sera obligée de venir vivre ici elle aussi…
Ce qui, il en a peur, risque de créer quelques complications. Car si lui-même et le reste de leur famille ont l'habitude de vivre en communauté, cette existence pourrait bien rebuter quelqu'un d'extérieur à leur cercle.
Son bras toujours passé autour des épaules de Loz, Yazoo propose :
— On ne va pas tarder à aller chercher ma moto en ville. Tu veux venir avec nous ?
À cette nouvelle, Genesis fronce les sourcils. Loz, lui, voit fleurir un petit sourire sur ses lèvres.
— Je veux bien…
— Dans ce cas, lui répond Yazoo en lui donnant une tape sur l'épaule. Va te préparer. Grand frère va bientôt venir nous chercher.
Opinant du chef, Loz se lève. Se mouche en passant devant Genesis, avant de disparaître dans le couloir. Le Banoran, lui, n'a toujours pas lâché Yazoo des yeux. Et comme celui-ci se remet debout en se passant une main dans les cheveux, il questionne :
— Tu es sûr que c'est prudent pour toi, d'aller en ville ? Je te rappelle que tu as passé la journée au lit pas plus tard qu'avant-hier.
Et bien que ça lui en coûte de jouer le rôle du rabat-joie de service, sur ce coup, il a du mal à comprendre pourquoi Sephiroth a accepté de le prendre avec eux.
— Je me recoucherai, c'est tout, lui répond Yazoo avec un haussement d'épaules.
— Ou tu pourrais t'éviter d'être encore malade et…
— C'est bon !
Et dans la voix de Yazoo, un soupçon d'agressivité. Un peu piqué au vif, Genesis réplique :
— D'accord, excuse-moi de m'inquiéter pour toi !
En réponse, Yazoo lui décoche un regard qu'il n'est pas certain d'apprécier, avant de se tourner vers Kadaj. Ayant suivi leur échange, celui-ci laisse son regard aller de l'un à l'autre. Mais avant qu'il n'ait pu leur demander ce qui ne va pas, Yazoo lance à l'intention du Banoran :
— Tu peux nous laisser ?
— Et en plus je dérange. De mieux en mieux, vraiment !
Et tout en grommelant et en se plaignant du fait qu'il suffit d'une erreur, une seule, dans votre vie pour qu'on vous traite ensuite n'importe comment, il quitte le salon. Les sourcils froncés, Kadaj questionne :
— Qu'est-ce qu'il a, celui-là ?
— Rien, lui répond Yazoo en lui attrapant une mèche de cheveux qu'il s'amuse à triturer entre deux doigts. Et si tu m'expliquais plutôt ce que c'est que cette histoire avec Zack.
Et à Kadaj de lever les yeux dans sa direction, avant de hausser les épaules.
— Ben… ce que je t'ai dit ! Je l'ai appelé pour savoir s'il aurait pas des mecs, au SOLDAT, qui pourraient être bien pour toi. (Puis il renifle, agacé.) Mais forcément, il en savait rien. Y sait jamais rien, de toute façon. Alors je lui ai demandé de me passer Kunsel, mais il a mis des plombes à le trouver et finalement, Loz a raccroché avant que je puisse vraiment lui parler.
Puis, avec un grognement, il ajoute :
— Qu'est-ce qu'il peut être lourd, celui-là, des fois. Quand ça te concerne, faut toujours qu'il en fasse des caisses !
— Tu n'es pas vraiment le mieux placé pour le critiquer, Kadaj, lui rappelle Yazoo. Je veux dire que toi, quand ça concerne grand frère…
Et voyant l'adolescent se rembrunir, il laisse entendre un petit rire avant de relâcher sa mèche de cheveux.
— N'empêche que je suis plutôt étonné, ajoute-t-il. Je ne pensais pas que tu t'en chargerais toi-même… ni encore moins que tu t'y prendrais aussi tôt.
— Ben, je me suis dit que ce serait trop compliqué pour toi de le faire, alors…
— Donc, tu as décidé de prendre les devants.
En réponse, Kadaj opine du chef. Et sur son visage, l'expression un peu agressive de l'adolescent qui est déjà prêt à se défendre si on vient lui reprocher d'avoir voulu se mêler de choses qui ne le regardaient pas. Mais Yazoo, au contraire, se sent touché par son geste. Et c'est pourquoi tend-il la main dans sa direction pour l'attirer à lui. Peut sentir Kadaj se débattre, comme il referme ses bras autour de lui, avant de l'entendre pester :
— Merde, je t'ai dit que j'avais passé l'âge !
— Dommage pour toi, moi, j'ai encore l'âge des câlins.
— 'tain, tu fais chier !
Mais bien qu'il continue de grommeler, Kadaj ne cherche déjà plus à se dégager et, au contraire, vient lui passer les bras autour de la taille. Sa joue posée contre son crâne, Yazoo dit :
— Merci, Kadaj.
Et à celui-ci de hausser les épaules.
— J'ai pas envie que tu sois malheureux, c'est tout.
De plus en plus touché, mais bien conscient que Kadaj va s'énerver s'il commence à se montrer un peu trop sentimentale, Yazoo préfère le taquiner en retour :
— Quelle surprise ! Je vais finir par croire que tu peux encore être mignon, quand tu le veux.
— N'importe quoi !
Son rire revenant envahir le salon, Yazoo s'écarte de Kadaj. Et une main toujours posée sur l'épaule de celui-ci, il questionne :
— Tu veux venir en ville avec nous, toi aussi ?
L'espace d'un instant, il peut voir son frère hésiter. Ça fait en effet un moment qu'ils ne sont pas tous rendus en ville et, même s'il s'agit d'un simple aller-retour pour aller lui chercher une vieille moto qui fait certainement peine à voir, ça leur fera toujours une sortie en famille. Kadaj, néanmoins, semble changer d'avis au dernier moment et répond :
— Non, c'est bon. Et puis j'ai dit à Todd de passer, de toute façon.
Et bien qu'un peu déçu, Yazoo préfère ne pas insister…
