16 mai 2012 - 11 : 44

C'est plus qu'étrange de me faire ramener par la mère de Bella.

Elle est calme pendant toute la durée du trajet. Les deux mains posées sur le volant, elle me lance quelques regards et demeure impassible jusqu'à ce qu'elle tourne dans ma rue.

Je ne m'attends pas à ce qu'elle m'en dise beaucoup mais je suis choqué comme l'enfer quand elle passe ses bras autour de moi.

Elle sourit gentiment. La femme qui a donné une vie heureuse et saine à Brightside me serre dans ses bras comme si ce n'était vraiment rien.

Son étreinte est simple. Bienveillante. Et je ne sais pas ce que j'ai fait pour la mériter mais je l'accepte.

Elle me dit de l'appeler si j'ai besoin de parler, comme si nous pouvions être copains après tout ce qu'il s'est passé. Elle me demande si je veux qu'elle entre pour expliquer la situation à ma mère, ce qui aurait peut-être été une bonne idée si ma mère ressemblait plus à Carol Brady.

Avec la mâchoire relâchée et ma main sortant par la portière, je marmonne un rapide remerciement et me force à lui rendre son sourire avant de sortir du véhicule.

Le soleil de la mi-journée m'éblouit temporairement quand je me tourne vers l'allée et je vois Renée partir. L'engin rouillé de soleil est toujours stationné là où je l'ai laissé mais je ne peux pas me souvenir où j'ai mis mes clés alors que je paniquais pour Brightside.

Je reste devant la porte et fixe le mot Bienvenue qui pend d'un clou rouillé en hauteur. Mon cœur bat plus rapidement quand je pense à ce qui m'attend de l'autre côté de la porte.

Peut-être que je pourrais rentrer plus tard ?

Je recule et j'agrippe une poignée de mes cheveux en essayant de réfléchir, réfléchir, réfléchir.

Je ne peux pas faire ça.

Enfer qu'est-ce que je vais lui dire ?

Est-ce que je dois lui dire maintenant ?

Non.

Dois-je MENTIR ?

Et si elle le sait déjà ? Si quelqu'un de l'hôpital lui a raconté au sujet de Bella ? Et si un abruti lui a dit avant que j'aie une chance de le faire moi-même ?

Mon cœur accélère.

Merde… Enfer… PUTAIN.

La panique commence à danser en moi. Elle tourbillonne lentement jusqu'à ma poitrine et envoie des scénarios improbables à ma tête. Les nerfs me font tressaillir, ma respiration s'accélère alors que je fais un autre pas en arrière.

Je suis dans une merde si profonde.

Je suis tellement négatif parfois mais je suis convaincu que ma panique est plutôt justifiée.

Frottant mes mains sur mon visage, je prends de longues et profondes inspirations.

Pourquoi n'ai-je pas écrit une lettre ou quelque chose ?

Pourquoi n'ai-je pas préparé un putain de discours ?

Merde.

Il me faut une minute.

Il me faut un jour.

Il me faut un AN pour lui dire.

Mais d'ici là je n'aurai vraiment plus de raison de lui dire, si ?

Je fais deux pas en avant.

Prenant une inspiration tremblante, mes mains se tordent sur les côtés et je ferme les yeux et me dis que tout va bien.

"S'il ne plaît ne sois pas en colère."

Je serre le poing, un léger coup sur la porte moustiquaire suffit à me faire changer d'idée et à ma mère d'atteindre la porte.

J'aurai dû passer par la fenêtre pour récupérer mes clés et m'en aller.

Non. je n'aurais pas dû.

Parce qu'elle est clairement désemparée, son visage rouge et taché de larmes. Elle est debout devant moi, l'expression choquée, vêtu d'un des vieux t-shirts et short coupé de papa.

Et même si j'étais prêt à m'enfuir je n'avais pas réalisé à quel point j'ai vraiment besoin de ma mère jusqu'à maintenant.

Le soulagement parcourt son visage doucement, ses épaules se relâchent et ses yeux clignent une fois, deux fois et ensuite plus rapidement. "Seigneur, fils."

Si vite que je n'ai pas le temps de réagir, elle s'avance et laisse claquer la porte derrière elle. Je sursaute quand des bras chauds s'enveloppent, me serrent étroitement et que la panique se dissipe.

Maman sanglote et me serre tellement fort que j'arrive tout juste à respirer.

"Je sais que je suis une mère merdique, Edward mais tu ne peux peux pas t'enfuir comme ça." Les mots sortent avec des pleurs brisés mais tellement soulagés. "Tu ne peux simplement pas partir et faire ce que tu veux. Tu es toujours mon bébé. Tu es mon monde gamin. Je sais que je suis nulle pour te le montrer mais je t'aime et tu ne peux pas me fuir."

Mon visage s'enfonce dans la chemise de papa et j'essaie de m'éloigner et de me rapprocher en même temps.

Maman pleure, s'accroche à moi et je suis nul pour le timing.

Est-ce que je le dis ?

Je sais que je devrais le lui dire.

Ça me tue.

Non... Je devrais attendre.

"Maman, Bella est enceinte."

Ou pas.

Les sanglots s'arrêtent. Mes yeux se ferment. J'enfonce mes dents dans ma lèvre inférieure, je suis celui qui a peur alors que je sens ses bras se relâcher.

En rouvrant les yeux, elle a les mains sur mes épaules et elle me regarde avec des larmes dans les yeux et les lèvres tremblantes.

Elle ne parle pas, ne réprimande pas et ne gronde pas. Son silence me tue momentanément et je me demande si c'est ça. Ma mère me déteste. Elle est dégoûtée. Elle ne veut rien avoir à faire avec moi.

En portant sa main à sa bouche, elle n'a même pas l'air déçue. Les yeux vert pâle brillent et se ferment et j'avale le goût amer et piquant de la panique qui s'installe dans ma bouche alors qu'une larme coule du coin de son œil.

Elle garde ses yeux bien fermés, j'attends. Et j'attends. Et j'attends.

"Oh, bébé." En étouffant les mots dans sa main, j'essaie de penser à quelque chose à dire qui rendrait tout cela meilleur.

Nous allons l'abandonner de toute façon, alors ne panique pas.

Non.

Je suis là à regarder ma mère pleurer et je ne sais pas vraiment quoi dire ou faire, alors je laisse le tout me pénétrer une minute.

Une main sur mon épaule et l'autre sur son visage, elle se retourne vers moi, confuse et en conflit mais ...

Ce n'est pas une salope au cœur de pierre. C'est une alcoolique, pas un monstre. Parfois, elle n'est pas elle-même et elle croit fermement à la force de l'amour mais elle n'a jamais été la personne que j'ai dépeinte dans ma tête. Elle n'était jamais méchante ou malveillante et elle n'a jamais vraiment fait quoi que ce soit pour me faire croire qu'elle pourrait l'être.

Lentement, si lentement que je pense que quelque chose ne va pas, elle met sa main sur son cœur.

"Est-ce... est-ce pour cela que Bella est partie ?"

Je hoche la tête une fois et sa bouche s'ouvre sans mot. Elle fait un pas vers moi et je tressaille, comme un idiot, jusqu'à ce qu'elle me prenne dans ses bras.

"Oh, Edward."

Mes épaules se voûtent, mon cœur s'ouvre un peu et je n'ai plus vraiment peur.

"Je suis tellement en colère contre toi, Edward Anthony." Elle renifle et serre plus fort, trop fort.

Je hoche la tête contre son épaule. Je comprends ça.

Ses mots sont tendus. "Je suis tellement en colère contre toi en ce moment."

Je hoche à nouveau la tête. Je comprends ça aussi.

"Tu es tellement puni, ce n'est même pas drôle."

Je hoche la tête. Je ne pensais pas que ça l'était.

"Je suis désolé, maman."

Je sens sa joue frôler mon épaule alors qu'elle hoche la tête, me serrant plus fort dans son étreinte.

"Tu vas aller dans ce salon, t'asseoir et tout m'expliquer du début à la fin. J'écouterai et j'essaierai de ne pas te crier dessus avant que tu aies fini. Est-ce que c'est clair ?"

"Oui, madame."

Maman me crie dessus.

Elle est tellement énervée que je crois voir le diable dans ses yeux plusieurs fois.

Elle pleure beaucoup et ça me noue l'estomac chaque fois qu'elle me regarde avec ces yeux rouges.

Quand je finis de lui raconter la première fois que j'ai rencontré Brightside, elle est tellement en colère qu'elle crie entre ses mains. Elle me demande comment j'ai pu être aussi stupide et je hausse les épaules, comme si je ne savais pas.

Parce que c'est la femme qui m'a mis au monde, je n'oublie rien. Je n'ai même pas… pensé à lui dire à quel point j'ai paniqué, ça m'échappe.

"Je ne sais pas ce que je fais." C'est mon leitmotiv.

Elle prend ma main, en secouant la tête. "Personne ne sait ce qu'il fait. C'est la vie. Tu es… trop dur envers toi-même, Edward. Tu as seize ans, bébé."

Quand je lui parle de la mère et du père d'Alice, elle se tait et écoute simplement quand je lui explique que je ne pense pas que l'adoption soit une mauvaise idée et Bella semble être d'accord. Cela fait un peu mal mais il se peut que ce soit ce qu'il y ait de mieux. Pour nous tous.

Elle se mord la lèvre et n'a pas besoin de dire quoi que ce soit pour que je puisse affirmer qu'elle est d'accord. Et bien que maman traite dix fois Bella de traînée, quand j'ai fini de tout expliquer, elle m'encourage à faire savoir à Brightside qu'elle peut venir vers elle avec n'importe quoi.

Quand ses larmes se sont asséchées et que sa voix est endolorie par les cris, elle m'embrasse encore une fois et tient ma tête dans ses mains.

Je sais qu'elle est de mon côté. Je ne sais pas combien de temps elle sera en colère contre moi mais elle ne me déteste pas.

Mes épaules sont un peu plus légères quand elle embrasse mes cheveux et fait un commentaire sur le fait que j'ai besoin d'une coupe et je sais que tout va bien se passer.

"Je sais que ce n'est pas ce qu'on peut ressentir en ce moment." Des yeux fatigués mais compatissants me regardent, voulant que j'écoute. "Ça va s'arranger, Edward. Je sais que tu as peur mais ce n'est pas la fin du monde. On a cette impression mais ce n'est pas le cas. Bella n'est pas seule et toi non plus. Le bébé ira bien aussi. Tu verras. Donne du temps au temps, et garde la tête haute."

En regardant ma mère, je sais que je ne suis pas seul.

J'ai seize ans et j'ai encore tellement peur que j'oublie parfois de respirer. J'ai fait l'erreur d'une vie avec une fille qui a bouleversé tout mon monde avec un sourire simple et sans effort.

Tout le monde l'aime, même ma mère. Je ne suis pas seul et ma Brightside non plus.

Je dois prendre du temps.

Je vais prendre du temps.