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Le Département était désert à cette heure avancée de la nuit, les Aurors d'astreinte partis en patrouille dans les rues de la capitale. Jack et Harry, assis côte à côte dans le canapé de la salle de pause, profitaient du calme en attendant le Lieutenant. Il les avait questionnés à Sainte Mangouste, mais ils avaient promis de tout lui expliquer plus tard, après qu'il eut rendu visite à sa belle-mère souffrante.

-Quelle ironie du sort, soupira le vieil Auror. Nous nous retrouvons tous dans la Section des Crimes Violents. Je n'avais jamais fait le rapprochement avec Michael Corner. Merlin…

Harry repensait aux paroles du jeune officier concernant le meurtre de sa mère et son désir de voir le coupable puni, quelques jours auparavant.

-Il est devenu un Auror à cause de sa mère, déclara-t-il, son regard fixé droit devant lui.

-Pardon ?

-Gabriel. Il est devenu Auror pour attraper le coupable. J'aurais dû l'arrêter moi-même ce jour-là. Comme ça, il n'aurait jamais eu à rejoindre le Département.

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Le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvrit résonna dans le bureau et Harry se leva pour aller à la rencontre du Lieutenant, suivi par son supérieur.

-C'était quoi ça, là-bas ? demanda précipitamment le nouveau venu, en s'avançant vers eux, les sourcils froncés. Comment connais-tu mon père ?

Le jeune Auror expira longuement, fuyant son regard. Jack s'apprêtait à s'expliquer quand il prit la parole.

-Je suis Harry Potter. En 1986, j'ai enquêté sur le meurtre d'Elisabteh Bickford. Je ne sais pas pourq-

Le Lieutenant franchit la distance qui les séparait en une foulée et attrapa Harry par le col de sa veste.

-Ne te fous pas de moi ! s'agaça-t-il. Ça n'a aucun sens ! Comment connais-tu le nom de ma mère ?! Dis-moi la vérité !

-Il dit la vérité, intervint Jack en posant une main sur le bras de l'officier. C'est Harry Potter. Il était mon supérieur il y a trente ans.

-Je peux pas le croire, lâcha le Lieutenant en secouant la tête. Est-ce que vous avez planifié ça tous les deux ? Je crois qu'on aurait remarqué si c'était Harry Potter !

-On ne te ment pas ! cria son supérieur.

-Bon sang, Chef ! Il a dû vous jeter un sort de confusion !

-C'est la vérité ! rétorqua Harry en se libérant de la prise de son partenaire. Je peux te le prouver !

Il fit un signe à Jack qui s'était reculé quelques instants auparavant.

-Passe-moi une fiole vide, dit-il.

Son supérieur ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit une avant de la lui lancer. Après l'avoir attrapée, Harry tira sa baguette de sa poche et plaça celle-ci sur sa tempe. Il recueillit les filaments bleus translucides de ses souvenirs dans la petite fiole, puis se dirigea vers le grand tableau transparent utilisé pour leurs enquêtes. Il glissa ensuite la fiole dans l'encoche et fit apparaître les images sur le support.

Il n'avait pas fait de tri et des souvenirs de toutes les époques de sa vie apparurent, se succédant dans le désordre. Son premier jour à Poudlard, la bataille contre Voldemort, les visages de Ron et Hermione, une cérémonie quelconque au Ministère, les enquêtes de 1986, la Coupe du Monde de Quidditch, Michael et son fils, le tunnel, son arrivée en 2016.

Le Lieutenant s'approcha du tableau, les yeux rivés sur les images, et tendit la main, comme pour les toucher. Il tourna ensuite son regard incertain vers Harry.

-Tu as vraiment enquêté sur son meurtre ? demanda-t-il d'une voix tremblante. Je ne te crois pas. C'est impossible.

-Je suis désolé, murmura Harry. Je n'ai pas pu arrêter le coupable, Gabriel.

Le Lieutenant recula de quelques pas, tout en répétant à voix basse "c'est impossible", puis s'appuya contre le mur de verre le plus proche. Après quelques minutes de silence, il se redressa et sortit précipitamment du Département. Harry allait le suivre, quand Jack l'en empêcha en le retenant d'une main.

-Laisse-le. Il a besoin d'un peu de temps.

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Lorsque le Lieutenant revint quelques dizaines de minutes plus tard, Harry se leva du bureau sur lequel il s'était assis et s'avança à sa rencontre. Celui-ci avait les yeux baissés, visiblement rougis, et semblait perdu dans ses pensées. Il leva la tête en sentant le jeune Auror approcher.

-Gabriel, dit-il d'une voix basse. Suis-moi, j'ai quelque chose à te montrer.

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Harry le fit transplaner avec lui et relâcha son bras une fois arrivés à destination. Devant eux, au bout du chemin faiblement éclairé, se trouvait le tunnel. Harry se dirigea vers l'entrée, faisant signe à son partenaire de le suivre, puis sortit sa baguette. Il lança un rapide Lumos et s'arrêta devant la grande voûte en pierre, le regard plongé vers l'obscurité.

-C'est ici, déclara-t-il. Je suis arrivé du passé par ce tunnel.

-Mais pourquoi ? demanda le Lieutenant en observant les lieux avant de se tourner vers lui. Pour quelle raison ?

-J'essayais d'appréhender le coupable.

-Quel coupable ?

Harry soupira puis croisa le regard de son partenaire.

-L'ordure qui a tué six femmes, y compris ta mère. Viens, ajouta-t-il en pénétrant dans le long couloir sombre.

Ils marchèrent quelques minutes dans la pénombre illuminée par leurs baguettes, l'écho de leurs pas résonnant contre la roche humide. Harry s'arrêta de nouveau, cette fois-ci à l'endroit où avait été retrouvé le corps de la sixième victime. L'endroit où il avait vu le meurtrier.

-Ici, dit-il en pointant sa baguette vers le sol. C'est là que Briony Talbot est morte.

-Alors c'était un tueur en série ? demanda le Lieutenant en fronçant les sourcils.

-On ne connaissait pas ce terme, à l'époque, soupira Harry. Quand on a retrouvé le premier corps, on a pensé que le tueur pouvait être une connaissance de la victime. On a interrogé toutes les personnes de son entourage.

Le jeune Auror secoua la tête en se rappelant le désordre qui avait régné au Département à ce moment-là, ainsi que les interrogatoires interminables qui n'avaient été qu'une perte de temps.

-Nous n'avons jamais trouvé de suspect, poursuivit-il. Normalement, il nous faut environ trois jours pour coincer le coupable. Mais dans ce cas-là, même après plus d'un mois, nous n'avions aucune piste. Et puis les corps ont commencé à se multiplier.

Chacun des visages des jeunes femmes lui apparaissait clairement en mémoire, comme s'il les avait devant lui à cet instant.

-Mindy Pinfield, Emily Browning, Lena Culbert, El… , énuméra-t-il avant de s'interrompre et de lancer un coup d'œil furtif vers son partenaire, qui l'écoutait avec attention. Elisabeth Bickford, Claire Tenenbaum et enfin Briony Talbot.

-Attends, attends, l'interrompit le Lieutenant avec un geste de main. Claire Tenenbaum ?

-Mh, acquiesça Harry. Comment crois-tu que je l'ai identifiée juste à partir de sa jambe ? C'était à cause des points tatoués sur son talon. Le taré marquait toutes ses victimes d'un tatouage. Un point, deux points, trois, quatre, cinq et six. J'ai su que c'était le même coupable en voyant ces points.

-J'ai cherché sans relâche le meurtrier de ma mère, murmura le Lieutenant. Mais il n'y avait aucune trace, car les dossiers ont été détruits dans un incendie et je n'ai jamais su qui avait été en charge de l'enquête. Je n'ai jamais trouvé d'articles de presse non plus.

Il releva la tête et scruta le visage de Harry.

-Des marques sur les talons ? continua-t-il. Ce que tu me racontes, c'est quelque chose dont je n'ai jamais entendu parler.

-Parce que nous ne l'avons jamais divulgué au public. Des jeunes femmes continuaient à mourir, mais nous n'avions aucun suspect. Nos supérieurs étaient furieux. Jack a enquêté sur l'affaire avec moi, il est courant des détails. Il est le seul.

-Le Chef Sloper… J'ai encore du mal à y croire, souffla l'officier en balayant la pénombre alentour du regard avant de se tourner subitement vers Harry. Claire Tenenbaum. Vous ne saviez pas qu'elle était en vie ?

-Nous n'avons jamais imaginé que ça aurait pu être le cas, avoua le jeune Auror en grattant le sol du bout de sa chaussure. On avait remarqué un numéro manquant et on a cherché les environs pour le cinquième corps. Sans succès, parce qu'elle était vivante.

Il soupira et secoua la tête, s'interrompant quelques secondes.

-Si je l'avais su à cette époque, j'aurais pu obtenir son témoignage, regretta-t-il.

-Tu as dit que tu avais rencontré le meurtrier. Tu as dû voir son visage, non ? demanda désespérément son partenaire.

-C'est que… hésita Harry, son corps parcouru d'un frisson en se remémorant cette nuit-là. Il m'a frappé à l'arrière du crâne…

-Réfléchis, tu dois bien te rappeler de quelque chose ?

Harry tourna la tête vers la sortie du tunnel tout en levant sa baguette pour l'illuminer. Il passa inconsciemment sa main libre sur son cou et sentit son pouls s'accélérer.

-Il faisait trop sombre. Je n'arrivais pas à me défendre, murmura-t-il d'une voix faible. Il a serré ses mains autour de mon cou et… Je ne sais pas, je ne me rappelle pas.

Des souvenirs saccadés lui revenaient en mémoire, des images floues et des sensations, ainsi qu'un sentiment de panique latente. La voix de son partenaire à ses côtés le ramena au moment présent.

-Alors tu n'as aucune idée de qui pourrait être le coupable ?

-Si je le savais, je l'aurais déjà arrêté, rétorqua-t-il. D'après Jack, il n'y a plus eu de meurtres semblables après ma disparition. Ils ont pensé que le tueur était sans doute mort. Mais maintenant je suis persuadé que cette ordure est en vie. Je pense que la raison pour laquelle je suis ici est liée à cette affaire. J'en suis certain, à cause de toi. Parce que tu es le fils d'Elisabeth Bickford et parce que nous nous sommes rencontrés à cette époque.

-D'accord. Si tu viens réellement de 1986, et que tu es Harry Potter, pourquoi est-ce que tu ressembles à ça ? demanda le Lieutenant en agrémentant sa question d'un geste de main vers Harry. Qui est Henry Cooper ?

-Ça, c'est une bonne question. Quand je suis sorti du tunnel en arrivant, j'étais moi-même. Cooper m'est rentré dedans par accident et depuis, je suis dans son corps. Mais je n'ai trouvé aucune trace de lui après cette nuit-là.

-Est-ce que tu… , commença le Lieutenant en lui lançant un regard calculateur avant de s'interrompre. Non, oublie ça.

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-C'est anormalement paisible, ce matin, murmura Rose en se penchant vers Liam.

Assise à son bureau, elle observait d'un œil suspicieux ses deux autres collègues face à elle. Harry et le Lieutenant étaient en train de rédiger diligemment leurs rapports sur l'enquête de la veille, ne s'interrompant que pour se demander l'un à l'autre des précisions, le tout avec politesse et courtoisie.

-Je n'aime pas ça. Hé, Lieutenant, interpella-t-elle. Il se passe quelque chose, non ?

Ce dernier redressa la tête et la regarda avec perplexité. Jack, occupé à feuilleter l'édition du jour de la Gazette, répondit à sa place.

-Il ne se passe rien du tout, Rose.

Le téléphone du Lieutenant se mit soudainement à vibrer et il décrocha.

-Professeur Wellick ? Qu'est-ce qu- ? Où ça ?

Il se tourna vers Harry qui lui lança un regard interrogateur.

-D'accord, poursuivit l'officier au téléphone. Tout de suite.

Il raccrocha et se leva, tapant sur l'épaule de son partenaire.

-Viens, on y va.

-Quoi ? Où ? Pourquoi ? Il se passe quoi ? demanda précipitamment Harry avant de le suivre tout en enfilant son K-way.

-Dépêche-toi, lança son partenaire pour seule réponse.

Rose et Liam les regardèrent partir impassiblement et Harry put entendre Liam déclarer "pas une seule insulte. Quelque chose de terrible va arriver, ce n'est pas normal".

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Le Lieutenant transmit à Harry les coordonnées que lui avait données le professeur et ils apparurent ensemble dans la rue principale d'un quartier résidentiel. Passées les quelques secondes de désorientation induites par le transplanage, le jeune Auror ne put s'empêcher de remarquer que les alentours lui paraissaient familiers. Il les observa tout en suivant son partenaire jusqu'au portail blanc d'une maison apparement abandonnée. Il en était désormais certain, il connaissait cet endroit.

-Il t'a dit de le rencontrer ici ? interrogea-t-il le Lieutenant.

-Pourquoi tu dis ça ? Tu es déjà venu ici ?

-L'un de nos suspects vivait là. Un lycéen.

-Qu'est-ce que tu racontes ? C'est la maison de Spencer.

-Spencer ?

D'un seul coup, tout s'éclaira. Spencer. Donnie Spencer. Bien sûr qu'il connaissait ce nom. "J'ai bien tué les chiens, monsieur, mais je n'ai tué aucun humain". C'était ce qu'il lui avait dit ce jour-là.

-Je me souviens maintenant ! s'écria-t-il, faisant sursauter son partenaire. Le nom de cette ordure était Donnie Spencer ! C'est lui que tu traques ?!

-Sois plus clair, je ne comprends pas où tu veux en venir.

-Il y a trente ans, j'ai arrêté Donnie Spencer en tant que suspect pour les meurtres des jeunes femmes. Il avait dix-sept ans.

-Attends une minute. Alors tu l'as rencontré dans le passé ?

-Si c'est le même Spencer que tu essaies désespérément d'attraper, comment es-tu certain que c'est lui le coupable ?

Leur conversation fut interrompue par l'ouverture soudaine du portail et l'apparition du professeur Wellick. Il marqua une seconde de pause en observant la tenue de Harry puis leur fit signe d'entrer accompagné d'un "suivez-moi !" en guise de seul salut.

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Les trois hommes s'avancèrent dans la propriété et, sans s'en rendre compte, Harry avait pris la tête de leur petite équipe. Ils contournèrent la maison pour arriver dans le jardin arrière. Le jeune Auror pouvait encore voir les cadavres des chiens déterrés et alignés sur la pelouse éparse.

-Il avait tué tous les chiens du quartier et les avait enterrés ici, déclara-t-il sombrement. J'avais un mauvais pressentiment à propos de lui. Mais comment t'as découvert cet endroit ? demanda-t-il au professeur en se tournant vers lui.

-J'ai fait quelques recherches. Donnie Spencer a commis son premier meurtre officiel il y a dix ans, sa propre femme, en l'étranglant. Mais j'ai trouvé quelque chose d'intéressant. Vous vous souvenez de Plaskitt ? Le patient retrouvé mort à Sainte Mangouste ?

Il marqua une brève pause, attendant que les deux Aurors remettent un visage sur le nom, avant de poursuivre.

-Il y a une sorcière internée là-bas qui me parlait parfois de son amie. Elle me disait qu'elle s'habillait toujours en robe ou en jupe, même le jour où elle a été tuée, en 1985. Ce n'est peut-être qu'un détail, mais je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que toutes les victimes de Spencer portaient des jupes.

-Alors il ne traquait que des femmes en jupes ? demanda Harry en fronçant les sourcils, sans trop comprendre où voulait en venir le professeur.

-J'ai vérifié parce que je trouvais que l'affaire semblait similaire à celle de Spencer, poursuivit Wellick en fouillant dans son sac. Je n'ai trouvé aucun dossier ou rapport d'enquête mentionnant l'affaire, mais aux archives de la bibliothèque du Ministère, j'ai trouvé ces coupures de la Gazette. Les articles datent de 1985. La patiente disait la vérité.

Il sortit plusieurs feuilles de papier et tendit la première aux Aurors. Harry attrapa la feuille et la tendit devant lui pour permettre au Lieutenant de la lire avec lui.

-C'est Mindy Pinfield ! s'exclama le jeune Auror.

-C'est bien ça, acquiesça Wellick. Mais comment est-ce que tu le sais ?

-Qu'est-ce que tu sous-entends en disant "l'affaire semblait similaire à celle de Spencer" ? intervint Gabriel.

-Je me demandais juste… répondit l'universitaire en se tournant vers lui. Peut-être que le premier meurtre de Spencer remonte en fait à trente ans. Il habitait ici quand les faits se sont produits. C'est à côté de l'endroit où a été tuée Pinfield. J'ai aussi trouvé deux articles datant de la même année.

Il les tendit aux enquêteurs.

-On dirait des affaires complètement différentes, mais le profil des victimes est similaire et les meurtres ont eu lieu sur les bords de la Tamise, même si certains détails dans le mode opératoire diffèrent.

Le Lieutenant leva la tête vers Harry et croisa son regard.

-Hé Henry-

-Attends un peu, répondit celui-ci, réfléchissant à toute vitesse. Alors ce type était le vrai coupable ?!

"Y a-t-il besoin d'avoir une raison pour tuer quelqu'un ?". Les paroles de l'adolescent résonnaient dans sa mémoire. Il ferma les yeux, secoua la tête en soufflant puis reporta son attention vers son partenaire.

-Admettons que Spencer soit le coupable, dit-il. Nous devons l'attraper pour confirmer cette théorie.

-Je veux bien, mais comment trouver quelqu'un qui est en cavale depuis deux ans ?

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Harry pouvait sentir une goutte de sueur couler le long de sa tempe. Il bascula son poids sur sa jambe droite et tira sur sa veste avec un geste d'impatience. À ses côtés, ses voisins semblaient tout aussi agacés par le temps que cela prenait, l'un d'entre eux laissant échapper un soupir exagéré.

Ils étaient six en tout, debout les uns à côté des autres dans la petite salle dont l'air surchauffé commençait à devenir étouffant, chacun ayant un numéro luminescent flottant au-dessus de sa tête. Le jeune Auror glissa un coup d'œil sur ses camarades, tous jeunes et de petite stature. Il remarqua que le numéro deux ne paraissait même pas avoir plus de seize ans.

La porte de la salle s'ouvrit soudainement et un Auror apparut.

-Henry ! l'appela-t-il en lui faisant signe de le suivre.

Harry se hâta à sa suite hors de la pièce, lançant un dernier salut à ses temporaires compagnons d'infortune.

-Alors ? s'enquit-il. La victime a pu identifier le coupable ? Je suis sûr que c'est le numéro quatre. Sa tête me revient pas.

-Non, c'est toi qui a été désigné, déclara l'Auror en tentant de contenir son rire.

-Encore ?! s'écria le jeune homme. Mais pourquoi ?

-Ça n'arriverait pas si tu faisais un effort pour ne pas ressembler à une petite frappe, intervint Jack en s'avançant vers eux. Je t'ai déjà dit d'arrêter de participer aux tapissages, tu te fais choisir à chaque fois.

Ils saluèrent leur collègue et continuèrent à marcher vers la sortie.

-J'avais jamais pu en faire avant, statut de célébrité oblige. Je trouve ça amusant.

-La réputation de notre Section en pâtit à chaque fois. Tu sais que les collègues font des paris sur les résultats ?

-Comment osent-ils ? lâcha Harry, absolument outré.

-Tu fais bien de t'indi-

-Ils empochent de l'argent grâce à moi ! Je mérite au moins une part des gains !

Ils sortirent du Ministère et se mirent en quête d'un pub pour y déjeuner. Malgré le temps froid et humide, les rues du Chemin de Traverse étaient relativement animées, sorciers et sorcières profitant des derniers jours des vacances d'hiver pour se promener et faire des emplettes.

Alors que les deux Aurors s'apprêtaient à entrer dans l'établissement sur lequel ils avaient arrêté leur choix, un rire sonore résonna plus loin dans la rue. Harry se retourna vivement à l'écoute de cet éclat de voix si familier. À quelques boutiques de là, il aperçut Rose en compagnie de deux autres personnes qu'il reconnut immédiatement.

Ron et Hermione, plus âgés mais toujours égaux, de larges sourires éclairant leurs visages. Le jeune Auror sentit son cœur se serrer et il dû résister à la tentation de se précipiter vers eux et de les prendre dans ses bras ; il doutait qu'ils apprécient de se faire enlacer agressivement par un parfait inconnu. Il se contenta de les observer de loin pendant quelques minutes, jusqu'à ce que Jack vienne le chercher en lui lançant impatiemment "bon tu viens ou quoi ?".

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La semaine touchait à sa fin et les Aurors de la Section des Crimes Violents se préparaient à rentrer chez eux pour le week-end, lorsqu'ils furent appelés à se rendre non loin d'un quartier résidentiel, à la bordure de la capitale.

Harry transplana sur le petit chemin rocailleux, dans la nuit noire et sous une pluie battante, suivi de près par le Lieutenant. Ils appliquèrent leurs enchantements anti-pluie et se dirigèrent vers leurs collègues qu'ils pouvaient apercevoir quelques mètres plus loin. Plusieurs Aurors se trouvaient légèrement en contrebas du chemin, dans un champ d'herbes hautes éclairé par leurs baguettes et des sphères lumineuses.

Une fois parvenu à leur hauteur, Harry discerna la forme de la victime. Il sentit son sang se glacer dans ses veines devant cette scène déjà vue. Il s'agissait d'une jeune femme allongée sur le côté, sa jupe pastel collée à ses cuisses par la pluie, tout comme ses cheveux blonds sur son visage. Ses yeux étaient ouverts et sa bouche couverte par un bâillon. Ses mains étaient attachées dans son dos, ses pieds également liés étaient nus, et un morceau de tissu enserrait son cou.

Les techniciens qui s'activaient sur la scène de crime pour la préserver firent signe à Harry et au Lieutenant qu'ils pouvaient s'approcher sans craindre de détruire les indices. Le jeune Auror sursauta en entendant la voix de Liam et s'aperçut que ce dernier et Rose les avaient rejoints entre-temps.

Un agent tendit un sachet contenant les effets personnels de la victime à Rose au même moment où Jack apparaissait et se dirigeait vers eux.

-Est-ce qu'on l'a identifiée ? demanda celui-ci après avoir observé la scène.

-Oona Simpson, répondit Rose en lisant la carte d'identité à travers le sachet, avant d'ajouter d'une voix tremblante. Elle a dix-sept ans.

Harry s'accroupit à côté du corps, ferma les yeux et passa sa main sur son visage. Il les rouvrit et observa la jeune fille.

-Est-ce qu'elle a un téléphone ? demanda Jack. Sa famille a-t-elle été contactée ?

-Pas encore, répondit Rose en lui tendant le téléphone, lui aussi dans un sachet.

Harry aperçut l'écran au moment où Jack l'alluma et put lire "20 appels manqués de Maman". Il reporta son attention vers la jeune fille.

-Oona, s'adressa-t-il doucement à elle. Ta maman t'attend. Nous allons te ramener chez toi.

Derrière lui, Jack se tourna vers Gabriel.

-Tu penses que c'est Spencer ? lui demanda-t-il d'une voix basse.

-C'est le même mode opératoire. C'est lui.

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Harry se releva et s'approcha de son partenaire qui observait la scène légèrement en retrait, seul. Le téléphone de ce dernier se mit soudain à vibrer et il le sortit de sa poche puis le mit sur haut-parleur après avoir vu l'identité de l'appelant.

Avant qu'il ne puisse dire le moindre mot, la voix du professeur Wellick s'éleva de l'appareil.

-C'est à cause de toi, Gabriel, déclara-t-il sans cérémonie.

-Pardon ? demanda le Lieutenant en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que tu veux dire ?

-L'autre jour, je t'ai dit que le mode opératoire semblait légèrement différent entre les affaires. Je me suis demandé pourquoi Spencer n'enterrait plus ses victimes, comme il avait l'habitude de le faire. Pourquoi avait-il laissé le corps à la vue de tous à Édimbourg ? C'est le premier meurtre qu'il a commis après son arrestation.

-Où est-ce que tu veux en venir ?

-Je pense qu'il voulait que tu voies le corps, affirma le professeur d'une voix certaine. Tu te souviens de son interrogatoire ? Tu as essayé de le provoquer et, en le faisant, tu as déclenché un souvenir qu'il avait oublié, il y a trente ans. Spencer va encore tuer, si ce n'est pas déjà fait, parce qu'il veut te faire réagir. Il attend que tu fasses quelque chose. Cette fois il aura fait attention à ce que le meurtre ait lieu dans ta juridiction.

-Attends, intervint Harry en le coupant. Tu es en train de dire qu'il a tué quelqu'un et laissé le corps ainsi juste pour Gabriel ? Pourquoi ferait-il ça ?

-Je pense que Gabriel a déclenché quelque chose chez lui quand il l'a provoqué.

Harry se souvenait de ce que leur avait raconté son partenaire, ce soir-là au pub. Comment lors de l'interrogation de Spencer, l'officier lui avait demandé ce qu'il ressentait lorsqu'il tuait, si cela l'excitait.

-Il reprend ce qu'il avait commencé il y a trente ans, poursuivit Wellick.

-Il recommence à tuer des gens à cause de moi ? demanda le Lieutenant, un air de détresse dans le regard qu'il adressa à Harry.