CHAPITRE XI - CODA
Ron était assis près du lit, observant le visage détendu de l'homme qui y était endormi.
-Nous sommes bientôt le trente-et-un, Harry, dit-il, la gorge nouée. Tu vas avoir vingt-huit ans. Depuis toutes ces années, je croyais te connaître, mais je réalise à présent à quel point j'avais tort.
Il s'interrompit, baissant la tête, reprenant une longue inspiration, avant de se redresser et de reporter son regard sur le patient.
-Je ne sais pas si tu pourras me pardonner. Je ne sais pas si je pourrais te pardonner... Même si rien ne sera plus comme avant, je veux juste que tu te réveilles, de tout mon cœur.
.
.
Tout en se dépêchant de rentrer chez lui sous la pluie battante, évitant les piétons sur le trottoir bondé, Harry ne pouvait s'empêcher de ressasser les dernières nouvelles que lui avait transmises Aslan.
Une cargaison entière de potions s'était volatilisée, sans qu'aucun suspect ne soit identifié. Ils avaient perdu trois de leurs hommes, retrouvés sur les bords de la Tamise par la police moldue. Ce qui préoccupait le plus l'Auror était le fait qu'il s'agissait déjà de la quatrième fois en peu de temps qu'un tel événement se produisait ; cela ne pouvait pas être une coïncidence. Il savait que Hammond en avait après l'organisation de Vassiliev et était prêt à tout pour lui faire du tort ; que ce soit par des moyens légaux en lâchant ses Aurors à leurs trousses, ou bien plus officieux, utilisant ses propres contacts dans le milieu du crime organisé.
De leur côté, les tentatives pour s'en prendre à l'empire de leur puissant ennemi s'étaient pour le moment soldées par des réussites mitigées voire des échecs cuisants.
.
Il arriva enfin à Square Grimmaurd, juste avant la tombée de la nuit, et s'empressa d'entrer se mettre au sec. Refermant la porte, il défit son manteau puis son écharpe, les suspendant dans l'entrée pour les faire sécher. La chaleur agréable de l'intérieur l'enveloppa et il s'approcha du salon, d'où lui parvenait le son de la télé allumée.
Assis sur le canapé, Lee et Kreattur étaient captivés par le petit écran, ne perdant aucun détail de l'épisode du jour de Coronation Street, Keats paisiblement endormi sur le tapis à leurs pieds. L'elfe de maison avait eu du mal à accepter la présence du procureur dans la maison jusqu'à ce que ce dernier lui fasse découvrir le soap-opera le plus ancien de la télévision britannique. Depuis, Kreattur ne ratait pas un seul épisode, interrompant ses tâches domestiques s'il le fallait.
Harry s'affala inélégamment dans le canapé à côté de Lee.
-Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il soudainement, touchant du bout du pied une boîte en carton posée au sol.
-Un colis envoyé par ma mère, répondit Lee, sans quitter l'écran des yeux.
Harry se pencha et commença à fouiller dedans. Il y trouva de la nourriture coréenne, des livres, un set de baguettes en acier et une enveloppe ; curieux, il l'ouvrit.
-Et ça ?
Lee le regarda, puis les photos dans ses mains. Ses yeux s'écarquillèrent et il tenta de les lui reprendre, Harry les tenant hors de sa portée.
-C'est rien ! C'est juste… Ma mère essaye de me convaincre de me marier. Avec chaque colis, elle m'envoie des photos de potentielles fiancées…
-Oh… Tu ne lui as pas dit ? Elle risque d'être déçue… Quoique je peux toujours lui envoyer des photos de moi.
-Fais ça et tu finiras au fond de la Tamise.
De l'autre côté du canapé, l'elfe se tapait la tête contre l'accoudoir du canapé.
-Il ne faut pas faire du mal au maître, même s'il empêche Kreattur de regarder Coronation Street, répétait-il.
-C'est bon, Kreattur, arrête, je m'en vais, dit-il, se levant pour aller dans la cuisine.
.
Harry se tenait devant la fenêtre du bureau du premier étage, totalement nu dans la pénombre. Ses yeux scrutaient frénétiquement la rue, à la recherche du moindre mouvement suspect. Il savait qu'on l'observait, il pouvait sentir leurs regards, tentant de percer ses secrets. Ils lui voulaient du mal, tous, eux, les Mangemorts, Hammond, Voldemort, les Aurors du Bureau qui ne lui faisaient pas confiance, il pouvait le voir dans leurs yeux à chaque fois qu'ils le regardaient, Sternwood et son horripilante moustache, tous autant qu'ils étaient, tous, tous, tous.
-Harry ?
Le plancher craqua sous les pieds de Lee qui s'approcha de lui lentement avant de lui poser une main hésitante sur le bras.
-Qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il, préoccupé.
Il ne lui répondit pas, continuant d'observer la rue déserte, la lueur orangée des lampadaires se reflétant sur son visage. Doucement, avec patience, Lee parvint à le ramener jusqu'à sa chambre et à l'allonger, se glissant sous les couvertures près de lui et l'entourant de ses bras tout en lui répétant qu'il n'y avait personne dehors, qu'il était en sécurité, que tout irait bien.
.
.
-Il faut vraiment que j'y aille, je suis assez en retard comme ça ! Je te redirais le jour pour le dîner !
Il échangèrent un signe de main et Ron sortit du bureau. Harry se redressa dans sa chaise, son sourire s'effaça et il soupira, passant une main sur son visage. Il était épuisé, ayant du mal à trouver le sommeil les nuits où il n'était pas occupé à gérer les problèmes de Bogdan. Leurs hommes tombaient comme des mouches et ils traquaient sans relâche les possibles taupes au sein de l'organisation.
Il repensa à la proposition de Ron. Un repas ? À quand remontait la dernière fois qu'ils avaient échangé plus de trois phrases ? Il avait beau chercher dans sa mémoire, rien ne lui venait à l'esprit. Son téléphone vibra et il le sortit de sa poche, l'ouvrant d'un seul geste. Il avait un message de Lee.
"smthrs aréT 7 nui. trsfrt ok pr 7 AM"
Merlin, pas besoin de code quand il écrivait, c'était bien assez incompréhensible comme ça. Wilbur Smithers, dealer de potions, arrêté à plusieurs reprises, était un possible témoin gênant et Bogdan voulait s'en débarrasser discrètement, mais ils avaient perdu sa trace quelques jours auparavant.
Il refermait son téléphone juste au moment où Paul entra dans le bureau. Voyant son air pensif, ce dernier demanda.
-Il s'est passé quelque chose ?
-Smithers a été arrêté cette nuit par la police moldue. Jae-son a signé l'accord de transfert pour cet après-midi.
-Le transfert de qui ? demanda Rosa, qui venait d'arriver à son tour, refermant la porte derrière elle.
Elle posa son sac sur son bureau et commença à s'activer autour de la petite cafetière située sur une table contre l'un des murs de la pièce.
-Notre bon ami Smithers, répondit Briggs, en lui passant les filtres rangés en haut de l'armoire.
-Il faut qu'on sache quelle équipe a été désignée pour s'en occuper. Je vais aussi prévenir Aslan, lui dire de se ramener ici avec le nécessaire.
Ils avaient une extraction de témoin à préparer.
.
À treize heures, Harry revint de son excursion jusqu'à l'atrium. À cette heure-ci, nombre de travailleurs étaient encore en pause déjeuner, y compris Patricia, la secrétaire du DIVCO, qui gardait les lieux tel un cerbère armé de petits biscuits.
-Proudfoot et son équipe ? demanda-t-il tout en tenant la porte ouverte derrière lui avant de la refermer quelques secondes plus tard.
-Hors d'état de nuire, ils devraient faire une bonne sieste jusqu'à ce soir avec la dose d'hippogriffe de sédatif qu'ils ont pris avec leur thé, répondit Briggs avec un grand sourire.
Peu à peu, les contours flous d'Aslan ainsi que deux autres hommes, Piotr et Sven, commencèrent à apparaître. Harry était allé les chercher dans le hall pour les guider discrètement jusqu'au bureau. Sauf qu'ils ressemblaient exactement à Harry, Paul et Rosa.
-Merlin, y'a pas à dire, il est sacrément efficace votre polynectar, dit Rosa, d'un air impressionné.
-Qualité Bureau des Aurors russe ! Durée d'action i-né-ga-la-ble, la recette est top-secrète ! Ça fait déjà deux jours qu'on vous ressemble, depuis la dernière mission, autant continuer à en profiter ! Surtout que c'étaient les dernières fioles de la réserve, on ne sait pas quand arrivera le prochain chargement.
-Dommage, ça nous aurait bien servi, commenta Harry.
-Par contre de la potion d'invisibilité, on en a en stock, elle aussi est inimitable, ajouta le russe, tirant trois fioles de sa poche.
Briggs en attrapa une.
-"Fabriqué à Tchernobyl" ?!
-L'humour russe est aussi fourni avec !
À quatorze heures, après avoir bien répété le déroulement de l'opération et avalé leur dose de potion d'invisibilité, Harry, Rosa et Paul sortirent furtivement du Ministère. Dans leur bureau, leurs trois copies conformes s'installaient tranquillement, prêtes à jouer leurs rôles pendant l'après-midi. Piotr était bien content d'être la doublure de Rosa, partageant son amour des telenovelas, ce qui le rendait plus crédible selon lui. Aslan était Harry et Sven, Paul.
.
Une fois leur Honda Civic noire, véhicule passe-partout au milieu de la circulation londonienne, garée devant le poste de police, Harry regarda sa montre. Il était quinze heures, ils étaient dans les temps, il souffla et envoya un message rapide à Aslan sur son téléphone pour savoir si tout allait bien. Paul et Rosa étaient déjà sortis de la voiture quand il referma l'appareil, se disputant à propos de qui était le meilleur batteur de l'équipe de quidditch anglaise cette saison. Il les suivit, passant une main dans ses cheveux tout en refermant la portière de la voiture, surpris par la chaleur de l'après-midi.
Ils entrèrent dans le hall du commissariat, agréablement climatisé, et repérèrent immédiatement Lee, qui leur fit signe d'approcher.
-Smithers est dans la cellule de détention numéro trois, leur dit-il.
Puis tendant un dossier à Paul, il ajouta.
-Voici l'ordre de transfert, si on vous pose des questions.
-Pas de problème, Lee, on n'en est pas à notre premier rodéo, répondit l'Auror en lui faisant un clin d'œil.
Le procureur retint Harry par le bras avant qu'il ne puisse suivre ses collègues.
-Tu vois l'homme au costume noir là-bas, chuchota-t-il, le Man In Black absolument pas discret ?
-Mmh.
-Je suis prêt à parier que c'est l'un de vos Aurors.
Harry l'observa discrètement. Effectivement, l'homme en question semblait complètement hors de son élément au milieu des policiers et détectives moldus, se tenant raide comme un piquet et lançant des regards furtifs dans leur direction.
-Il ne faut pas qu'il se souvienne de nous. Fais-lui signe de te rejoindre dans ton bureau, dit-il froidement.
.
Le véhicule filait dans les rues de la capitale, Smithers suant à profusion entre Paul et Rosa sur le siège arrière.
-Tu savais qu'il y avait un Auror au poste, Wilbur ? demanda Harry, en lui lançant un regard dans le rétroviseur.
-Quoi ? Je… Non ! Je ne savais pas !
Il avait semblé extrêmement surpris de les voir arriver, encore plus lorsqu'ils l'avaient fait entrer dans la voiture. Peut-être était-ce vrai. Peut-être qu'il ne s'attendait vraiment pas à ce que Vassiliev s'en prenne à lui. Ou bien peut-être était-il un indicateur des Aurors.
Harry s'arrêta enfin et coupa le moteur de la Honda. Ils étaient près d'un pont, sur l'une des berges déserte de la Tamise, à l'abri des regards. Ils firent sortir Smithers, Paul et Rosa tenant leurs baguettes pointées sur lui.
-Tu es vraiment sûr que tu n'as rien dit, Smithers ? demanda une nouvelle fois le jeune Auror.
-Non ! Je le jure ! Ils m'ont arrêté pour un trafic de drogue moldu, rien à voir avec monsieur Vassiliev ! Ils ne m'ont rien demandé !
Il transpirait à grosses gouttes, s'agitant, visiblement paniqué.
-Qu'est-ce qu'il faisait là alors, cet Auror ? intervint Briggs.
-Je n'en sais rien, peut-être qu'il surveillait quelqu'un d'autre, peut-être que…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Harry s'était glissé derrière lui tout en lui saisissant le menton et le front, et, d'un geste vif, lui brisa la nuque. L'homme s'écroula, mort sur le coup.
-Il commençait à m'irriter, à geindre comme ça, offrit-il pour seule explication à ses coéquipiers.
Il se retourna et ouvrit son téléphone, cherchant le nom d'Aslan dans ses contacts, celui-ci décrocha après trois sonneries.
-Aslan ? Tout va bien ?
-Da ! lui répondit une voix similaire à la sienne. Juste ton ami, l'Auror, Weasley, qui vient de passer comme une furie. Je n'ai pas su ce qu'il voulait…
-Il faut que vous quittiez immédiatement le Ministère, tous les trois. J'ai un mauvais pressentiment.
Toujours au téléphone, il leva les yeux vers Paul et Rosa, qui écoutaient aussi la conversation.
-Je crois que les Aurors nous ont repérés.
.
.
Vassiliev ne faisait pas entièrement confiance à Dimitri Loujine. Il avait demandé à Harry d'être présent lors du deal, afin de surveiller le tchétchène, qu'il suspectait de vouloir récupérer le marché du trafic d'armes en son propre nom.
Aslan n'étant pas disponible ce soir-là, il avait demandé à Paul et Rosa de l'accompagner, ce qu'il faisait rarement pour ce genre de mission. Surtout depuis qu'il savait que les Aurors les suspectaient. Les semaines suivant l'élimination de Smithers, ils avaient fait profil bas, gardant leurs contacts strictement professionnels, restant continuellement sur leur garde.
Harry sortait toujours la nuit, via le réseau des cheminées. Sa tactique consistant à éteindre toutes les lumières à vingt-et-une heures semblait convaincante, s'il en croyait les tentatives désespérées d'Hermione de lui trouver quelqu'un ou les rumeurs sur lui et son absence de vie sociale circulant au bureau.
Debout dans le grand hangar numéro cinq du port de Tilbury, il était encore plus anxieux que d'ordinaire, se tenant le dos droit, transpirant, observant nerveusement autour de lui, à l'affût du moindre mouvement. Devant lui, Loujine proposait à son acheteur de tenir l'une des armes qu'il voulait lui vendre, les deux hommes entourés chacun de leurs gardes personnels.
Soudain, il aperçut Rosa lui faire un geste de main presque imperceptible. Les Aurors étaient là. Quelques instants plus tard, le chaos éclata à l'intérieur du grand bâtiment.
.
Il venait d'envoyer la jeune femme au sol et s'approcha d'elle pour lui décrocher un coup de pied dans la mâchoire avant qu'elle ne puisse faire le moindre geste. Il était furieux, bien que son visage gardait une expression impassible. Les Aurors, aux ordres d'Hammond, osaient s'en prendre à eux ? Il leur ferait payer, à tous, jusqu'au dernier. Il se retourna, sentant la sueur couler sur son front et ses joues, et son regard croisa celui d'un autre agent, qui se relevait avec difficulté à quelques mètres de lui.
Ron ? Ses yeux s'écarquillèrent légèrement. Que faisait-il là, lui aussi ? Travaillait-il pour Hammond ? Bien sûr, tous les Aurors du Bureau étaient à sa botte. Son ami n'était pas différent, il était comme eux, obéissant docilement à ses ordres, et à ceux de Sternwood. Ron le fixait, haletant, l'incompréhension claire sur les traits de son visage, et il soutint son regard.
-Harry !
Briggs l'appela, de l'autre côté du hangar, le portoloin de secours à la main, rejoint quelques instants plus tard par Rosa.
Il fallait qu'il sorte d'ici ; il ne pouvait pas se faire capturer, pas ici, pas maintenant, pas par eux. L'Auror bloquait son chemin. Il leva sa baguette, un sortilège sur le bout de la langue, quand il eut une seconde d'hésitation. Ron, c'était Ron, son meilleur ami, son frère d'armes, il ne pouvait pas… Quelqu'un se jeta violemment sur son côté, le projetant au sol, son arme lui échappant des mains. C'était fini, il avait perdu.
.
Assis sur sa chaise, il regarda la porte se refermer derrière Ron. L'écho de ses paroles résonnaient encore dans sa tête. Comment peux-tu travailler pour ce monstre ? Bogdan n'était pas un monstre. Le monstre, il était au cœur même du Ministère. Harry fixa son regard noir sur le miroir sans tain en face de lui. Ils voulaient des réponses ? Il s'assurerait qu'ils n'obtiennent rien de lui. Sur son avant-bras, il sentit la brûlure fantôme du serment qu'il avait juré à Vassiliev. Quelles qu'en soient les conséquences. Il fallait qu'il sorte d'ici. Il les tuerait tous s'il le fallait.
Depuis combien de temps était-il là ? Il jeta un coup d'œil vers son poignet avant de se rappeler qu'il avait prêté sa montre à Lee, celui-ci ayant perdu la sienne quelques jours auparavant. Il soupira, faisant pivoter sa tête de gauche à droite, puis de haut en bas, pour tenter de détendre ses muscles endoloris. Quelque chose le mettait mal à l'aise, le silence était trop pesant, pourquoi personne ne venait l'interroger ?
Soudain, la porte s'ouvrit et il tourna la tête vers le nouvel arrivant avant de se figer. Sternwood se tenait devant lui, échevelé, ayant visiblement été prévenu en urgence de la présence de Harry au Ministère et de sa potentielle implication avec Vassiliev.
-Alors les rumeurs disaient vraies, Potter ? Tu travailles vraiment pour cette ordure venue du froid ?
-Tu devrais faire attention à qui tu traites d'ordure, Sternwood, tu risques de t'insulter toi-même, rétorqua Harry.
-Tu oses cracher sur la clémence que t'a montrée le Directeur Hammond ?
-"Clémence" ? Clémence ? répéta l'Auror dans un rire sarcastique, à la limite de l'hystérie.
Ses yeux brûlant de haine se posèrent sur son interlocuteur.
-Tu pourras lui dire où il peut se la mettre, sa clémence, ton maître !
D'un geste brusque, Sternwood sortit sa baguette et la pointa vers Harry.
-Je doute que ça soit recevable à la cour, Sternwood.
-Tu ne penses tout de même pas que tu iras jusqu'à la cour, Potter ? Tu crois qu'on va te laisser la chance de leur dire quoi que ce soit ?
Harry se leva précipitamment, sa chaise basculant au sol avec fracas, et au même moment le sous-secrétaire lança son sortilège.
-Mens Carcerio !
Le jet de lumière blanche l'atteignit en pleine poitrine et il tomba à genoux. Il releva la tête, une alarme retentit dans les couloirs, et il put voir Sternwood prendre la fuite. Tentant de se mettre debout, il fut frappé par une intense vague de douleur, déferlant dans son corps entier et s'écroula, se mordant la langue dans sa chute. Son corps entier brûlait, ses mâchoires crispées ne lui laissaient pas la possibilité de crier, la souffrance obscurcissant totalement ses pensées, le goût métallique du sang emplissant sa bouche.
-Harry ! Harry ! Regarde-moi ! cria une voix familière.
Il croisa le regard paniqué de Ron et essaya de lui dire "Mens Carcerio" "Sternwood" mais les sons se bloquaient dans sa gorge, refusant de sortir. Sa vue se troubla et, soudainement, tout s'arrêta.
.
.
Tout autour de lui était blanc. Un immense espace vide, blanc et totalement plongé dans le silence. Ron tourna la tête, et il le vit, à quelques pas de lui, le regard porté vers un horizon qu'il semblait seul à percevoir, l'ignorant totalement.
Il l'appela, tendant son bras vers lui, comme pour le toucher. Harry se retourna, son regard sans la moindre trace de chaleur se plongeant dans le sien, l'empêchant de bouger.
-As-tu satisfait ta curiosité ?
-Harry ! Ce n'était pas… C'était pour t'aider ! Pour trouver quel sort avait été utilisé contre toi, pour pouvoir te réveiller.
Il s'arrêta de parler un instant, avant de reprendre.
-Je suis désolé. Sincèrement. Tout ce que tu as vécu, ta douleur... Je ne peux pas dire que je ne condamne pas tes actions, mais je comprends.
Le jeune homme ne répondit pas, continuant de le fixer.
-Écoute, il est encore possible de t'arrêter là, de …
-Si tu prononces les mots "revenir dans le droit chemin", je jure de te tuer de mes propres mains, Ron, dit il froidement.
Complètement désemparé face à lui, le jeune homme ne savait que répondre. Harry s'avança lentement vers lui, sa posture semblable à celle d'un prédateur scrutant sa proie.
-Crois-tu vraiment, après avoir vu mes souvenirs, que je vais les laisser s'en tirer ainsi ? Que je vais me rendre docilement, sans lutter ?
Il se pencha pour murmurer dans son oreille.
-Je crois qu'il est temps que tu t'en ailles, maintenant, Auror.
Il eut la sensation d'être projeté dans le vide et de tomber, longtemps, avant de heurter douloureusement le sol et de perdre connaissance.
