Note de l'auteur : Bonjour, bonjour ! Comme prévu, le nouveau chapitre de cette histoire. Comme l'indique le titre... "Révélations" (oui, je sais, c'est un peu facile comme teaser, mais bon) vous allez enfin finir par en savoir plus. En savoir plus sur quoi, vous allez le découvrir en lisant ;) Cela va vous faire une petite pause au niveau de l'action, mais enfin, j'espère que vous aimerez (et ceux qui en attendaient beaucoup de ces révélations, justement, j'espère que vous ne serez pas déçus). Quoi qu'il en soit, j'espère que ça vous plaira, évidemment.
En tout cas, merci à vous tous de me suivre jusqu'ici ! Et encore un grand grand merci à toutes les adorables personnes qui me laissent des reviews !
Bonne lecture à vous !
Chapitre 9 – Révélations
Cette nuit-là, des éclats de voix douloureux réveillèrent le mage une fois de plus. En les entendant, son sang ne fit qu'un tour. Camus ouvrit tout de suite les yeux, soudainement empli de détermination. Cette fois-ci, cela suffisait. Le chevalier faisait trop de cauchemars.
Il en avait marre. Marre, marre, marre, et marre. Milo souffrait, c'était évident. Et lui, il allait rester là sans rien faire ? C'était mal le connaître. Et cette situation commençait à l'énerver. Il détestait être impuissant face à la douleur des autres. Et particulièrement de celle de son coéquipier, qu'il appréciait beaucoup, c'était certain.
Dans le lit à côté de lui dans la pièce, Milo s'agitait, sans surprise. En fait, il criait, comprit Camus en se levant de son lit. Le chevalier criait comme s'il avait mal. Comme si on le battait sans merci. Le mage ne savait pas de quoi son ami rêvait, mais les sons qu'il produisait étaient glaçants. C'en était vraiment trop.
En contournant le lit de Milo, parce que ce dernier dans son sommeil lui tournait le dos, Camus se jura d'avoir le dernier mot de cette histoire. Mû avait raison. Cela ne pouvait plus durer, et il avait toutes les cartes en main pour comprendre.
Lorsqu'il se posta face à son ami, il l'agrippa par les épaules sans réfléchir. Le chevalier était en sueur, et son expression douloureuse. Camus raffermit la prise qu'il avait sur lui. Milo, qui sentit inconsciemment quelqu'un le retenir, paniqua ostensiblement et se débattit tout de suite.
« Lâchez-moi, gémit-il. Arrêtez de me faire du mal ! »
Camus, comprenant qu'il était potentiellement associé à une personne dangereuse dans l'esprit inconscient de son ami, radoucit la prise qu'il avait sur lui. Mais sans le lâcher pour autant. Il s'assit sur le bord du lit pour mieux faire face au chevalier. Et il le secoua gentiment.
« Milo, prononça-t-il d'une voix ferme. Milo. Réveillez-vous, ça suffit, maintenant. »
Lorsque Camus le secoua un peu plus fort, Milo se réveilla dans un sursaut et il se redressa subitement dans son lit, manquant de se cogner sur le mage au passage. Son regard chercha de partout où il était, le souffle court. Sous ses doigts, Camus sentit les bras de son vis-à-vis trembler.
« Camus ? Souffla le chevalier lorsque son regard se posa sur lui. Qu'est-ce que… »
Milo posa une main sur sa poitrine, tentant de reprendre sa respiration. Lorsque ses yeux croisèrent le regard sévère de Camus, il tressaillit. Oh non, pensa-t-il. Il avait rêvé que… Et il avait réveillé son ami.
« Un rêve… C'était un rêve », murmura-t-il d'un air absent.
Camus le détailla, impassible.
« Je suis désolé, reprit-il, clairement secoué. Je vous ai réveillé… Pardon… »
Milo se para d'une expression penaude et chagrine. Camus crut un instant qu'il allait se mettre à pleurer, mais il n'en fit rien.
« Je veux des explications, Milo, lui ordonna-t-il d'une voix ferme. Maintenant. »
Le chevalier revint croiser son regard, visiblement confus.
« Des… explications ? Répéta-t-il bêtement, sur un ton bizarrement monocorde. Je dois vous expliquer… Quoi ? »
Sentant que Milo était toujours en état de choc, Camus s'avança pour attraper le coussin sur lequel il dormait pour le poser contre la tête de lit. Et il le guida d'autorité en arrière, pour qu'il s'adosse dessus. Le chevalier se laissa faire, complètement confus. Camus fit glisser ses mains au niveau de ses bras. Mais il ne le lâcha pas.
« Vos cauchemars, expliqua-t-il en le regardant intensément. Toutes les nuits c'est la même chose. Et je ne vous cache pas que je commence à en avoir marre, maintenant. Alors vous allez me dire ce qu'il se passe. »
Camus vit avec inquiétude la respiration de Milo se couper. Celui-ci sembla paniquer.
« Respirez, Milo, fit-il alors plus doucement. Vous n'êtes pas en danger, ici. Et je ne vous en veux pas. Je veux juste comprendre. »
Le chevalier baissa la tête et se passa une main sur le visage. Il avait une subite envie de pleurer. Une envie idiote. Ne pas craquer, ne pas craquer… Et surtout pas devant lui. Pas devant Camus. Il ne devait pas savoir.
Camus, ressentant parfaitement sa détresse, s'approcha de lui sur le matelas, et lui fit une caresse avec son pouce sur son bras, en cercles légers et réconfortants. Milo prit une respiration tremblante.
« Je vous réveille… Toutes les nuits ? S'informa-t-il finalement, d'une voix mal assurée.
- Oui, confirma Camus. Et cette fois, j'en ai marre, je vous le dis. Milo… Qu'est-ce qu'il vous arrive ? »
Le chevalier secoua la tête, dépité.
« J'espérais vraiment ne jamais en arriver là… Soupira-t-il d'une voix rauque. Je ne voulais pas que vous… Me voyiez ainsi.
- Mais c'est arrivé quand même », rétorqua Camus, stoïque.
L'expression de son ami se fit très malheureuse. Le mage avait du mal à faire la part des choses entre sa volonté rigide de savoir et sa compassion. Il ne voulait pas brusquer Milo. Là, il était trop froid, trop sévère. Il fallait qu'il fasse un effort. Le chevalier était très secoué, et il était inutile d'en rajouter une couche. Il fallait être ferme, mais doux. Voilà.
« Cette fois, lorsque vous m'avez réveillé, vous criiez, ajouta le mage plus doucement, en continuant sa caresse. On aurait dit… qu'on vous battait. »
Les beaux yeux de Milo s'embuèrent. Il hocha nerveusement de la tête, pour confirmer l'hypothèse de son ami, et il se mordit la lèvre instinctivement, dans une tentative de garder la face.
« Mon maître… » Murmura-t-il tout bas.
Une larme, qu'il n'avait pas réussi à retenir, coula sur sa joue lorsqu'il prononça ces deux mots. D'un geste rageur, il vint tout de suite l'essuyer. Mais une autre apparut silencieusement à sa place.
« Milo… » Prononça Camus, qui n'en croyait pas ce qu'il voyait. C'était bien la première fois que son ami affichait une telle fragilité devant lui. Cela lui brisa inexplicablement le cœur. Face à ce genre de manifestations émotionnelles, il se sentait complètement démuni.
Milo détourna le regard, visiblement honteux. Camus se rapprocha encore plus de lui, pour le rassurer de sa présence. Il lâcha le bras gauche du chevalier, et d'autorité, il posa une main sous son menton. Il ramena le visage triste de son ami vers lui et il plongea ses yeux dans les siens.
« Dites-moi, Milo, lui intima-t-il doucement. Racontez-moi. »
Le chevalier chercha à fuir son regard. Camus ne lui laissa pas le loisir de détourner la tête une nouvelle fois.
« Regardez-moi, Milo, lui ordonna-t-il. Ne me fuyez pas. »
Son ami ne lui opposa que le silence. Ses yeux coulaient toujours silencieusement.
« Je ne suis pas sûr que j'arriverai à vous raconter, finit-il par chuchoter sous le regard attentif du mage des glaces.
- Essayez tout de même… Lui intima Camus. Je vous en prie. Moi, je suis sûr que vous pouvez. »
Il y eut un silence.
« Vous venez de mentionner votre maître. Qui est-ce ? Est-ce lui qui vous battait dans votre rêve ? » L'incita-t-il gravement.
Milo poussa un soupir tremblant.
« Mon entraînement, prononça-t-il. Je rêvais de mon entraînement. »
Camus garda le silence. Une autre larme roula sur la joue de Milo.
« Je ne voulais pas vous réveiller, Camus, je vous le jure…
- Je vous ai dit que ce n'était pas grave, Milo, rétorqua tout de suite l'intéressé. Je sais bien que vous ne le faites pas exprès. Qui le voudrait, du reste… ? »
Le mage secoua la tête, dépité.
« Je m'inquiète pour vous, Milo, lui avoua-t-il. Et je voudrais vous aider. Vous entendre vous agiter de la sorte, toutes les nuits, sur votre coussin… Ne me fait aucunement plaisir. »
Milo fronça les sourcils.
« Vous m'avez vu… M'agiter ? Répéta-t-il d'une voix incertaine.
- Je ne sais pas ce que vous voyez dans vos rêves, mais cela a l'air de vous rendre très malheureux, confirma Camus en hochant de la tête. J'ai voulu vous en parler, mais… Je n'y arrivais pas. J'avais peur que vous ne vous braquiez. »
Milo renifla seulement.
« C'est de votre entraînement, dont vous rêvez, chaque nuit ?
- Je ne me souviens pas de tous mes rêves, répondit le chevalier de mauvaise grâce.
- Ne vous moquez pas de moi, Milo, vous êtes en larmes. Il y a forcément quelque chose de précis qui vous arrive. »
Milo laissa un sanglot lui échapper en entendant les paroles plus sévères et sèches de Camus. Il était fatigué, il était très tard, et il voulait qu'on le laisse tranquille. Et cela n'avait pas l'air d'être du tout dans les projets du mage.
Camus, voyant qu'il avait augmenté la détresse de son ami, poussa un soupir résigné. Milo lui ferait tout faire…
« Ne pleurez pas… Lui intima-t-il plus doucement. Venez. »
En prononçant ces paroles, il s'approcha encore de Milo et passa lentement ses deux bras dans son dos pour l'enlacer. Le chevalier l'avait rassuré dans la forêt, la nuit précédente… Il lui devait bien ça.
Milo ne rendit pas l'étreinte. Il se contenta de pleurer le plus silencieusement possible, laissant échapper un sanglot de temps à autre.
« Si je vous explique… Ce qu'il se passe… Vous ne m'aimerez plus, Camus », murmura-t-il au bout de quelques minutes d'une voix brisée.
Le mage ne le lâcha pas pour autant.
« Qu'est-ce que vous racontez encore, Milo ? Répondit-t-il sur un ton plein de reproche.
- Je ne suis pas… Quelqu'un de bien, lui avoua le chevalier d'une voix sourde. Et j'ai cru, un instant, avec vous… Que j'avais le droit d'être autre chose. »
Camus desserra un peu son étreinte pour le regarder, complètement troublé. Il ne comprenait absolument rien à ce que disait son ami.
« C'est encore à moi de juger si je vous aime ou non, il me semble, décréta le mage. Et qu'est-ce que vous voulez dire… ? Vous n'auriez pas le droit d'être quoi ?
- Depuis que je vous ai rencontré, j'ai eu l'impression que tout ça ne comptait plus. Vous êtes le seul qui ne m'ait jamais regardé… Comme un être valeureux et méritant.
- Vous l'êtes, Milo, répondit tout de suite Camus. Et je commence à me dire que votre entourage ne l'est pas, vraiment. »
Milo laissa échapper un rire malheureux.
« Qui vous met dans la tête que vous n'êtes pas quelqu'un de bien ? » Résonna le timbre un peu irrité de Camus. Si le mage les tenait, les médisants, ils finiraient dans sa collection personnelle de statues de glace.
« Vous ne lâcherez pas l'affaire, soupira Milo d'une voix résignée.
- Hors de question, effectivement, convint l'intéressé. Milo… Dites-moi ce qu'il se passe. »
Le chevalier ferma les paupières, se préparant au pire.
« Vous vouliez en savoir plus sur ma vie avant la Tour de Garde, dans la forêt… Vous allez être servi.
- C'est de ce moment-là de votre vie dont vous cauchemardez ?
- Oui… Disons… Que je suis surpris de cauchemarder autant. Avant la mission… J'étais coutumier des insomnies. Depuis que je vous ai rencontré… Je dors. »
Il y eut un silence.
« C'est peut-être mieux que vous dormiez, l'encouragea le mage. Au moins, vous pouvez vous reposer.
- Je sais. Même si je… Je voudrais pouvoir oublier. »
Camus commençait à le croire. Il ne savait pas ce que Milo allait lui annoncer, mais comme Mû l'avait dit, cela risquait de ne pas lui plaire.
« Si je vous raconte… Promettez-moi de ne pas m'interrompre, et de me laisser parler jusqu'au bout, demanda Milo avec tout le sérieux du monde. Si vous me coupez… Je crains de ne pas arriver à finir. »
Le mage donna son assentiment en un hochement de tête muet. Il voulait bien faire ce que Milo voulait, tant qu'on lui expliquait. Voyant qu'il avait son attention, le chevalier passa une main sur ses yeux, pour les sécher une dernière fois. Sa mine s'assombrit.
« Camus… Avez-vous déjà entendu parler de la Place Militaire du Sanctuaire ? »
Le mage réfléchit. Le nom ne lui était pas inconnu.
« C'est un endroit qui est loin au Sud de la Tour de Garde, dans les Régions du Soleil, n'est-ce pas ? S'enquit-il doucement. On dit que c'est un lieu très strict.
- C'est là que j'ai reçu mon entraînement militaire, révéla Milo à voix basse, la mine grave. C'est cet endroit… Qui a fait de moi ce que je suis maintenant. »
Milo baissa la tête, sous le regard pensif de Camus.
« Quand ils m'ont recruté là-bas… J'étais un gamin, raconta-t-il. Les gens sur place… Ont très vite décrété que j'avais du potentiel. Et j'ai rapidement été assigné à l'entraînement du Chevalier au Scorpion. »
Le chevalier marqua une pause.
« L'entraînement était… difficile. Mon maître d'armes… trouvait que j'étais un incapable. Ce que j'étais. J'étais à peine plus intéressant qu'une crevette. »
Voyant que Camus respectait son temps de parole, et qu'il n'avait pas l'air de vouloir faire de commentaires, Milo continua.
« Mon maître… avait toutes sortes de méthodes pour m'endurcir, comme il disait, expliqua-t-il d'une voix tremblante. Et il avait raison. Je n'étais bon à rien. Les moins pires étaient les punitions physiques. Quand je me prenais le sol pendant un combat, et que je me cassais un bras, ou quand je me prenais des coups de fouet, c'était le moins terrible. »
Camus pâlit. Le moins terrible ?
« Mon maître aimait beaucoup… les supplices de l'épée, murmura Milo péniblement. Il se servait de l'Aiguille Ecarlate sur moi. Je vous ai dit… Que son poison était… Fulgurant. Et lui… Il voulait faire d'une pierre deux coups. Que j'apprenne la teneur de son poison. Que j'y sois plus résistant. Il me laissait avec cette horrible substance dans les veines… Plusieurs jours, parfois. J'agonisais longtemps, brûlant de fièvre… Jusqu'à ce qu'il me donne l'antidote. A force, j'ai fini par devenir plus fort. »
Il y eut un silence glacé. Voilà pourquoi Milo avait résisté plus longtemps que la moyenne au poison des griffeurs vénéneux, se dit Camus, horrifié. Il en avait vu bien d'autres.
« Le pire… a été quand il a commencé à m'entraîner à tuer, révéla Milo d'une voix rauque. Quand j'ai eu dans les dix ans… Il m'a fait assassiner une servante du camp. Qui n'avait rien fait. J'ai voulu résister, mais… C'était elle ou moi. J'ai lâchement sauvé ma peau. »
Milo avala sa salive avec une grimace dégoutée.
« J'en ai tué plein. Et puis un jour, il a fallu que je devienne à mon tour chevalier. C'était un combat à mort. Soit je perdais, soit je prenais le titre du chevalier. Et son épée. »
Une inspiration tremblante suivit cette déclaration.
« Il n'y a qu'une Aiguille Ecarlate, et qu'un seul Chevalier au Scorpion. Mon maître… »
Milo ne termina pas sa phrase.
« Après avoir décroché mon titre, on m'a rapidement assigné à la Tour de Garde. C'est là que j'ai rencontré Aiolia. Là-bas, c'est moi qui m'occupe souvent du sale boulot. Les mises à mort… Les assassinats. Croyez-le ou non, mais… J'ai la réputation de me délecter de la mort de mes victimes. Et… ce n'est pas une réputation entièrement infondée. »
Le chevalier détourna alors le regard et croisa les bras sur sa poitrine.
« La suite, vous la connaissez plus ou moins. »
Lorsque Milo recroisa le regard de son ami, ses larmes étaient revenues.
« Vous êtes ami avec un monstre, Camus », conclut-il d'une voix brisée.
Camus garda le silence, quelque peu sonné par ce que Milo venait de lui apprendre. Il avait du mal à digérer cette histoire. Comment pouvait-on être aussi cruel avec un enfant ?
Milo avait bien tous les droits de cauchemarder.
Alors, voyant qu'il était en train de se remettre à pleurer, le mage le reprit dans ses bras. Cette fois-ci, le chevalier s'agrippa fermement à lui, comme s'il avait peur qu'il ne se dérobe.
« Calmez-vous, Milo, chuchota Camus en passant une main dans sa belle chevelure bleu-violet. Calmez-vous, je vous en prie. Vous n'êtes pas un monstre. Je vous le promets.
- Comment pouvez-vous encore me dire ça, après ce que je viens de raconter… Résonna la voix tremblante du chevalier à son oreille.
- Je vous connais, Milo, déclara résolument Camus. J'ai rencontré quelqu'un de généreux, valeureux et loyal, et cela ne change pas. Les monstres sont toutes les personnes qui vont ont fait autant de mal. Croyez-moi. »
Milo enfouit simplement son visage dans la longue chevelure bleu-vert de Camus. Comment le mage faisait-il pour être aussi… gentil ? Aiolia ne l'était pas autant avec lui. C'était certain.
« Tout le monde a une part sombre, Milo, ajouta Camus à voix basse. Vous avez tué, et vous ne serez pas le premier militaire à l'avoir fait. Votre passé ne m'importe pas. La seule chose qui m'importe, c'est votre présent, et éventuellement, votre futur. Je souhaite seulement que vous alliez bien. Vous êtes mon ami. Et je suis heureux de vous avoir repêché de ce maudit torrent. »
Quelques secondes passèrent dans un silence confortable.
« Merci, Camus, souffla Milo. Je ne mérite pas votre gentillesse. »
L'intéressé accentua sa prise sur lui.
« Le mérite n'a rien à voir là-dedans, Milo, répondit-il simplement. Et arrêtez de vous dévaloriser, vous savez que je n'aime pas quand vous le faites.
- Pardon, s'amenda le chevalier.
- J'aime mieux ça, résonna la voix grave de Camus dans l'oreille de Milo. Et puis, c'est moi qui vous remercie. D'avoir bien voulu me parler de ces choses… Très personnelles. La confiance que vous placez en moi me touche, sachez-le. »
Camus sentit Milo hocher de la tête.
« Evidemment que je vous fais confiance, Camus, affirma-t-il au bout d'un moment. Je vous ai fait confiance dès le début. Et vous m'avez sauvé la vie deux fois. En mettant la vôtre en danger. Je vous l'ai dit : jamais je ne pourrai l'oublier. »
Le mage eut une envie folle d'embrasser le chevalier dans le cou depuis là où il était. L'odeur de Milo contre lui commençait à l'enivrer un peu. Puis il se réprimanda encore lui-même, mentalement. On n'avait pas idée de penser des choses pareilles… Il fallait vraiment qu'il imprime que Milo était un homme. De plus, ce dernier était en quête pour se marier à une princesse. Vraiment, le mage ne se comprenait plus.
« Milo… Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider à apaiser ces cauchemars ? Demanda-t-il, une fois ses idées éclaircies.
- Je n'en sais rien, admit Milo d'une voix lasse.
- J'ai réussi à vous calmer quelques fois, lui dévoila Camus. Mais… Je ne saurais prévenir vos visions…
- Vous avez réussi à me calmer ? » Releva Milo en fronçant les sourcils.
Camus devint pivoine.
« Euh… Vous vous imaginez bien que je n'allais pas vous laisser ainsi, tout de même, répondit-il timidement.
- Je ne m'imagine rien, affirma sincèrement Milo. Merci, Camus. Vous n'étiez pas obligé.
- N'allez pas croire que je suis un altruiste patenté, répliqua celui-ci sur un ton embarrassé. Vous m'auriez empêché de dormir si je ne vous avais pas calmé un peu.
- Mauvaise foi, s'amusa Milo.
- Peut-être, admit Camus. Que voulez-vous, Milo. Maintenant que je vous ai repêché, je fais face aux conséquences. »
Le rire amusé de Milo résonna contre son torse. Cela lui fit l'effet d'un rayon de soleil après une pluie orageuse.
« Vous vous sentez mieux, désormais ? L'interrogea Camus, sans bouger de l'étreinte.
- Oui, je me sens beaucoup mieux. Merci, Camus. Pour tout ce que vous faites. »
Camus desserra alors sa prise dans le dos de Milo pour se reculer un peu.
« Nous ferions mieux de nous reposer, cette fois, conseilla le mage. Demain, nous allons encore marcher des heures.
- Qu'est-ce que vous voudrez faire, à ce propos ? Lui demanda Milo. On n'a même pas décidé de vers où on voulait aller.
- Eh bien, qu'en dites-vous, Milo ? Il me semble que s'il y a bien un instinct à écouter, c'est le vôtre, le complimenta Camus.
- Je ne voudrais pas imposer un choix, s'embarrassa le chevalier.
- Vous ne m'imposez rien du tout, le contredit tout de suite Camus. Je veux simplement connaître votre avis.
- D'accord, si vous insistez… Hésita Milo. Personnellement, je serais pour passer par la Cité des Glaces. Je serais rassuré d'avoir plus de vivres… Et puis, le voyage serait plus confortable. Je ne sais pas vous, mais je n'en peux plus, de cette Forêt Noire. Dans la mesure du possible, j'aimerais ne pas passer une autre nuit dedans.
- Je dois bien admettre que je suis d'accord avec vous, admit Camus. Même si j'aurais aimé ne pas avoir à faire de détour, je ne suis pas contre un changement de décor…
- Alors, nous irons à la Cité des Glaces ?
- Si tel est votre choix, je vous suivrai », déclara Camus en hochant la tête.
Milo lui fit un léger sourire.
« Vous n'avez plus besoin de rien, Milo ? S'assura Camus en commençant à se redresser. Vous arriverez à vous rendormir ?
- Je crois, oui, acquiesça l'intéressé. Avec vous dans les parages, je dors toujours inexplicablement mieux.
- Vous m'en voyez ravi, lui affirma Camus sur un ton uni. Je serais bien resté auprès de vous, mais je tiens à ce que nous dormions confortablement.
- Ne vous inquiétez pas, Camus. Vous en faites déjà vraiment beaucoup.
- Réveillez-moi au moindre problème, Milo », lui offrit le mage en rejoignant son lit.
Celui-ci ajusta ses couvertures et il s'allongea en se calant dans la direction de Milo, qui s'était de nouveau étendu dans son propre lit.
« J'ai bien peur de le faire déjà contre mon gré, soupira le chevalier.
- Je vous ai déjà dit que ce n'était pas grave, répliqua Camus calmement. En revanche, si vous trouviez une idée pour réduire la fréquence vos visions désagréables… Je serai toute ouïe.
- D'accord », murmura Milo.
Camus le gratifia d'un sourire doux.
« Reposez-vous bien, Milo.
- Vous aussi Camus. Et merci… »
Le lendemain matin, comme prévu, les deux hommes se levèrent de bonne heure. Camus demanda immédiatement à Milo comment il avait dormi. Le chevalier haussa les épaules devant la question. Il ne se souvenait pas vraiment de son rêve. Il ne savait pas dire.
Lorsqu'ils mirent tous les deux les pieds dans la salle à manger de la maison, Shaka et Mû étaient déjà devant une table de petit déjeuner, sirotant un thé dans un bel ensemble. Ils s'échangeaient quelques paroles calmes. Mû aperçut les deux voyageurs, et il leur fit signe de se joindre à eux. Le mage de l'esprit n'avait pas encore réveillé Kiki. Il donnait à l'enfant le droit de dormir une heure ou deux de plus que lui. Après tout, il était encore jeune, et son sommeil était très important.
« Alors, les interrogea Mû en finissant sa tasse de thé, est-ce que vous avez pris votre décision ? Vous savez quelle direction vous allez prendre ?
- Oui, confirma Milo en le dévisageant. Finalement, nous allons faire escale à la Cité des Glaces. »
Camus opina du chef pour appuyer les propos de son ami.
« C'est une bonne décision, approuva Mû en souriant à la ronde. Lorsque vous y serez, allez à l'auberge de la Grande Corne. Je connais bien le patron, c'est un ami. L'établissement est confortable, vous verrez. Là-bas, mon ami vous conseillera pour trouver un traîneau.
- D'accord. Merci, Mû. Nous y penserons, promit Camus, reconnaissant.
- J'ai des artefacts à vous donner, intervint alors Shaka dans la discussion. Vous en aurez besoin pour vous repérer et sortir de la Forêt Noire. »
Le mage de lumière n'attendit pas qu'on lui réponde quoi que ce soit. Sous les yeux complètement ébahis de Milo, Shaka ouvrit ses deux mains, paumes vers le ciel. Un éclat doré apparut dans chacune d'elles. Au moment où le mage de lumière ouvrit les paupières, deux objets se matérialisèrent dans ses mains. Le chevalier en eut le souffle coupé. De la magie, comme ça, au petit déjeuner… Il fallait avoir le cœur bien accroché.
« Ces objets sont pour vous, déclara Shaka en les regardant droit dans les yeux. Ils sont conçus pour vous aider dans votre quête. »
Les yeux de Shaka étaient magnifiques. Deux iris d'un bleu plus pur que n'importe quels cieux. Ils semblaient transpercer l'âme de quiconque les croisait. Milo en fut soufflé. Et Camus, à côté de lui, même s'il restait calme, avait sincèrement l'air impressionné.
« Pour vous, Camus, une bague de lumière », indiqua-t-il en lui tendant l'objet. Camus l'attrapa délicatement et le détailla avec attention. « Cette bague vous aidera à vous éclairer dans l'obscurité. Puisse-t-elle illuminer votre chemin, s'il se remplit d'ombre et d'incertitudes. »
Camus garda un instant le silence. « Merci », fut ce qu'il répondit au bout de quelques instants.
« Lorsque vous aurez besoin de sa lumière, formulez simplement cette pensée, et la bague s'illuminera aussitôt. »
Puis Shaka se tourna vers Milo.
« Pour vous, Milo, un pendentif de lumière. Allez-y, vous pouvez le prendre », rassura-t-il un Milo très timide, d'un seul coup. Le chevalier tendit la main pour attraper l'objet, et il le fit tourner un peu entre ses doigts. Ceci fait, il reporta son attention sur Shaka.
« Ce pendentif vous indiquera d'un trait de lumière la direction à suivre. Vous n'aurez qu'à penser profondément à votre objectif, et le pendentif vous l'indiquera. Votre volonté fera briller l'objet. Puisse-t-il vous montrer la voie dans les moments de doute. »
Milo déglutit, intimidé.
« Merci, prononça-t-il d'une petite voix.
- Je vous souhaite détermination et courage pour votre quête. J'espère que vous irez en paix, quel que soit votre objectif », déclara-t-il sur un ton solennel.
Lorsqu'il referma les paupières, Shaka se leva silencieusement et alla reprendre sa position de lotus sur le tapis du salon.
« Ouah… Lâcha Milo en sentant la tension se dissiper. La vache, c'était intense. »
Mû éclata franchement de rire. Camus, de son côté, fit l'esquisse d'un sourire amusé.
« Avec les artefacts de Shaka, vous devriez rapidement trouver votre chemin à travers les arbres. Est-ce que vous comptez vous arrêter avant d'atteindre la Cité ?
- Il serait préférable que nous ne le fassions pas, non, le renseigna Camus.
- Dans ce cas, les avertit Mû, vous feriez mieux de ne pas tarder à vous mettre en route. La Cité des Glaces est à un jour de marche, et vous risquez d'avancer quelques heures dans le noir pour l'atteindre, si vous ne voulez pas vous arrêter avant la nuit. »
Milo et Camus échangèrent un regard.
« Nous allons essayer de presser le pas, fit Camus avec détermination. Je n'ai pas envie de m'éterniser dans la forêt, et dormir dans le Désert du Gel à trois kilomètres de la Cité me semble idiot et dangereux.
- Je suis bien d'accord, agréa Milo tout de suite. Nous n'allons pas traîner. »
Ces belles paroles prononcées, les deux compagnons terminèrent néanmoins tranquillement leur petit déjeuner. Avec la marche qu'ils étaient sur le point d'entreprendre, avoir l'estomac rempli était éminemment essentiel.
Sur le pas de la porte de la petite demeure, Milo et Camus, leurs sacs de voyage sur le dos, s'apprêtaient à dire adieu à leurs hôtes généreux.
« Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous, déclara sincèrement le mage des glaces en les regardant tour à tour. Vous nous avez été d'une grande aide. Nous ne l'oublierons pas.
- Oui, merci beaucoup, renchérit Milo. Vous avez été d'une générosité exemplaire. Et je suis rassuré de savoir qu'il y a des gens comme vous dans cette forêt pour aider les gens perdus.
- C'était un plaisir, sourit Mû d'un air entendu.
- Mû, je suis désolé de vous avoir menacé de mon arme, lorsque nous nous sommes rencontrés », s'amenda Milo, la mine coupable.
L'intéressé pouffa.
« Au moins, ce sont des rencontres que l'on n'oublie pas », s'amusa-t-il.
Milo lui fit un sourire en retour.
« Et merci, Shaka, pour l'hospitalité, et les objets de lumière. Vos pouvoirs sont impressionnants. »
Shaka lui rendit un simple hochement de tête. Milo se tourna une nouvelle fois vers Mû.
« Je suis désolé que votre disciple dorme encore, fit-il, un air un peu triste au visage. J'aurais aimé lui dire au revoir de vive voix. C'est un bon gamin. Vous lui transmettrez pour moi ?
- Ne vous inquiétez pas, Milo. Je lui dirai au revoir pour vous, le rassura Mû.
- Merci, lui sourit Milo, très soulagé. Au revoir, Mû. »
Le chevalier serra chaleureusement la main du mage de l'esprit.
« Au revoir, Milo », fit-il en rendant la poignée de main. Puis Mû la tendit ensuite à Camus, et lui serra la main à son tour. « Au revoir, Camus », prononça-t-il en le regardant dans les yeux. Vous voyez, je vous avais dit que vous parler était la meilleure solution, résonna ensuite sa voix dans son esprit. Je vous souhaite le meilleur à tous les deux.
« Au revoir, Mû, et merci pour tout », répondit le mage des glaces avec un mince sourire. Mû utilisait vraiment beaucoup plus ses pouvoirs qu'il ne voulait bien le dire, pensa Camus, un peu amusé malgré lui.
Le mage des glaces tendit sa main à Shaka et la serra aussi.
« Allez en paix, lui souhaita le mage de lumière.
- Merci. Vous aussi, Shaka. »
Milo serra lui aussi la main du blond.
« Au revoir, Shaka, fit-il avec un sourire.
- J'espère que vous trouverez la paix intérieure, Milo », annonça le mage solennellement.
Le chevalier étira un sourire amusé et attendri. Finalement, il aimait bien ce type. Il était très… dramatique, quelque part. Son côté loufoque lui manquerait un peu.
« Bonne chance » leur souhaita Mû pour la dernière fois.
Camus et Milo hochèrent de la tête dans un même ensemble, et avec un dernier signe de la main, ils tournèrent les talons pour s'éloigner de la bâtisse d'un pas commun et énergique.
Shaka et Mû les regardèrent disparaître derrière les arbres sombres de la Forêt Noire.
« Ils s'aiment, affirma Shaka, lorsque leurs silhouettes ne furent plus visibles.
- Oui, cela saute aux yeux, agréa Mû. Mais ne t'en fais pas. J'ai la certitude qu'ils le comprendront très bientôt. »
Une fois de plus sous le couvert des arbres, Milo et Camus allumèrent leurs artefacts. Comme promis, la lumière de la bague de Camus éclaira parfaitement les environs, et le pendentif de Milo émit un rai de lumière horizontal entre les arbres.
« Vous qui ne connaissiez rien des mages, vous avez eu de quoi faire une sacrée comparaison, avec cette rencontre, affirma Camus au moment où ils reprirent leur marche.
- C'était probablement la soirée et la matinée les plus étranges que j'aie pu vivre jusque-là, admit le chevalier dans un sourire. Je me suis jamais senti aussi normal… »
Camus pouffa. Milo tourna un visage surpris vers lui.
« Parce que vous trouvez que vous êtes normal, vous ? S'amusa le mage. Première nouvelle. »
Milo lui rendit un sourire espiègle.
« Dites donc, vous, vous ne seriez pas en train de vous payer ma tête, par hasard ? Fit-il semblant de se vexer.
- Oh, je ne vois pas de quoi vous voulez parler, affirma tranquillement Camus.
- C'est pas mage des glaces que vous devriez être, mais mage de la mauvaise foi, se moqua Milo.
- Il n'y a pas de magie pour cela, le contredit tout de suite son ami.
- Vous devriez l'inventer, je sens que vous êtes sur la bonne voie. »
Les deux hommes éclatèrent de rire dans un même ensemble.
« Enfin, reprit Milo en se calmant. C'est vrai que leurs pouvoirs étaient impressionnants. Ils vont étrangement bien ensemble, les deux illuminés, vous ne trouvez pas ?
- Si, lui avoua Camus avec un sourire. Mais vous savez, Mû m'a dit la même chose sur nous deux.
- C'est vrai ? S'étonna Milo. On en apprend tous les jours. Quoique… Je ne sais pas si je peux vraiment lui donner tort. »
Il adressa au mage un regard complice.
« Non, je ne pense pas qu'il ait tort, agréa Camus en lui rendant un léger sourire.
- Comme quoi, c'est efficace, la magie de l'esprit.
- Oui. Ce sont des pouvoirs très singuliers. Je n'avais jamais rencontré de personne comme Mû avant.
- Ouais… Mais en tout cas, moi… Je préfère quand même vos pouvoirs.
- Ah bon ? S'étonna Camus. Et pour quelle raison ?
- Ce sont les plus beaux de tous, voilà pourquoi. Même si ces deux types étaient doués, je trouve que vous êtes un mage encore plus formidable.
- Merci, Milo… Vous êtes gentil. »
Milo lui fit un sourire charmeur.
« Je suis sincère, voilà tout. »
