Braalaka jeta un coup d'œil par dessus son épaule pour repérer une place où s'installer tout en finissant de remplir son bol de muesli. Une fois son plateau bien garnis elle se dirigea vers l'une des nombreuses chaises accessibles, aujourd'hui encore elle était arrivée au réfectoire assez tôt, il y avait l'embarras du choix. Parmi le peu de personnes qu'elle identifiait dans la salle elle aperçut Vista installé à la grande table où les commandants se retrouvaient parfois, dans la longueur du mur du fond, en face du banquet. L'épéiste entretenait une conversation animée avec d'autres capitaines que la jeune femme se concentra pour tenter de mettre un nom sur tout le monde. Elle reconnut Haruta, Blenheim, Fossa et Atmos. Ils étaient tous assis de dos à part Vista et Blenheim qui étaient assis de l'autre côté de la table. Elle hésita avant de finalement s'approcher, le commandant de la cinquième division leva les yeux vers elle et la salua d'un hochement de tête révérencieux tandis que son camarade la dévisagea.

« Bonjour, je peux m'asseoir ici ? demanda-t-elle au sabreur.

- Bonjour, oui bien sûr.

Tous les autres s'étaient retournés et les conversations cessèrent quand ils se rendirent compte qu'ils ne la connaissait pas. Des regards interrogateurs fusèrent entre les commandants.

- Je m'appelle Braalaka, ajouta-t-elle rapidement avec un petit signe de main pour les saluer.

Elle prit donc place à droite de Vista qui se retrouvait entre elle et Blenheim, et les trois autres étaient en face d'eux. Constatant qu'ils ne reprenaient par leur conversation la brune fixa son bol de muesli en y mélangeant un yaourt comme si le tourniquet qu'effectuait sa cuillère était soudainement la chose la plus passionnante du monde. Elle n'était pas spécialement à l'aise à l'idée d'être le centre de l'intention, elle qui voulait juste demander à Vista si elle pouvait emprunter quelques affaires dans le local des dortoirs. Elle jeta un coup d'œil par dessus son bol : ils avaient cessé de l'observer certainement par politesse même si leur curiosité imprégnait l'air. C'est Haruta qui relança le dialogue, il se tourna vers Fossa.

- Donc il y aura combien de candidats chez toi ?

- De sûr une trentaine, ou plus.

- Et vous ?

- Autant que la dernière fois, peut-être que les recrues récentes voudront participer aussi.

- Idem.

Atmos tapota la table des mains en dévoilant toutes ses dents comme si il semblait se réjouir, et la même jovialité fut palpable chez tous les autres. La jeune femme ne saisissit pas la cause d'une telle humeur et osa un regard vers Vista par dessus sa tasse de thé.

- On organise un tournois, précisa-t-il tandis que ses camarades commençaient à s'éparpiller sur des anecdotes d'épéistes.

- De ?

- De combats, toutes divisions confondues.

- Oh, ce sera quand ? fit-elle en se tournant d'un bloc.

- Après l'accostage à la prochaine île, on doit racheter des bokkens et un peu de matériel.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Des katanas en bois pour l'entrainement.

Il saisit son verre de jus de raisin et savoura une gorgée, puis remarqua l'air pensif que la brune avait affiché.

- Le tournois vous intéresse ?

- Mais je ne magne pas le sabre... bougonna-t-elle.

- Il y aura d'autre disciplines. En fait ça commencera avec des affrontements entre groupes : snipers contre snipers, épéiste contre épéiste, boxeurs contre boxeurs etc, et les gagnants de chaque groupe auront une finale interdisciplinaire.»

Le visage de Braalaka s'illumina et Vista reconnut sans mal ce que les connaisseurs nommaient "l'étincelle du combattant" qui venait d'enflammer sa prunelle. Il arqua un sourcil mais ne fut pas vraiment étonné de constater ce genre d'aura émaner d'elle : bien que dissimulée sous son large treillis et sa masse de cheveux impressionnante, sa musculature athlétique n'en restait pas moins discernable. Il aurait voulu la questionner mais la lueur guerrière dans ses yeux disparut aussi vite qu'elle était venue et son regard s'embruma de tristesse. Elle se recentra sur son plateau et reprit son repas sans grand enthousiasme, son attention semblait fixée ailleurs. Le sabreur se tut et se résigna à abandonner son interrogatoire, mais il nota dans un coin de sa tête de demander à l'occasion.

Comme chaque matin le réfectoire se remplissait doucement et la salle fut bientôt bercée d'un gentil brouhaha. Les effluves diffusées par les plateaux que transportaient les pirates aux quatre coins des tables imprégnèrent l'atmosphère tantôt d'un fumet de pain toasté, tantôt de bacon grillé, ou d'une association parfaitement alléchante des deux. On sentait même quelques arômes de chocolat chaud et de croissants tout juste sortis du four près de la porte qui menait aux cuisines, à côté du banquet. La jeune femme ne pu s'empêcher de se sentir nostalgique des boulangeries de son monde qui, de la même manière, embaumaient de bon matin les places des villages et les rues piétonnes des villes. Sans s'en rendre compte elle s'était accoudée contre son plateau et soutenait sa tête en l'appuyant entre ses mains, cette posture lui tirait les joues et lui donnait un air encore plus pensif que celui qu'elle avait revêtu en se laissant aller à sa mémoire. La dernière fois qu'elle était entrée dans une boulangerie il y a deux semaines de cela, c'était accompagnée de sa meilleure amie sur le chemin de la fac. Elles avaient tellement traîné ce matin-ci -la roue libre, comme à chaque fois qu'elles se retrouvaient l'une chez l'autre- qu'inévitablement elles s'étaient mises en retard et avaient acheté rapidement quelques pains aux raisins pour petit-déjeuner au fond de l'amphi. Non pas qu'elles mourraient de faim, c'était surtout l'intérêt ludique qui avait porté leur choix sur cette pâtisserie : la première qui arrivait à débarrasser le pâte de tous ses raisins avait gagnée.

Un mouvement ample dans le champ de vision de la jeune femme la tira de sa rêverie, elle se reconnecta au présent et tourna mollement la tête. Venaient d'entrer Barbe Blanche et le restant des commandants de divisions. Naturellement ces derniers virent s'installer à la table de leurs camarades et toute cette joyeuse cohue prit place, aussi bien qu'il ne resta presque plus de chaise de ce côté du banquet. Tandis-que l'Empereur traversait la salle pour les rejoindre, Braalaka le suivit des yeux. Ils échangèrent un regard. Il sembla esquisser un léger sourire, probablement que voir la brune ainsi perdue au milieu de ses fils comme un cheveu sur la soupe était une image amusante. Il s'assit en bout de table, imité par les derniers arrivants, et le brouhaha général s'intensifia. Les discutions allaient bon train dès le matin, elle entendait parler d'accostage, de la fameuse compétition, de ragots dont elle ignorait la teneur et d'anecdotes sur in tel ou in tel. D'une oreille elle les écouta tout en observant les visages de chacun pour y poser des noms et des voix. Elle saisit une tranche de pain, y étala une cuillère de beurre de cacahuète et se tourna vers l'épéiste.

«- Ça fait plusieurs fois que j'entends parler d'accostage, ce sera où ?

- Hand Island.

Elle plissa les paupières et farfouilla dans sa mémoire pour chercher une image du manga, car elle connaissait le nom.

- C'est une île d'artisans en forme de main, comme l'indique l'appellation. Il y a une ville central autours d'un fleuve, beaucoup de champs et de forêts autours, elle fait parti de nos territoires, éclaira-t-il.

- Ah oui ! se souvint-elle. Est-ce qu'il y a une bibliothèque là bas ?

- Je pense oui, les services et commerces sont développés, vous devriez trouver. Vous cherchez un livre particulier ?

- Pas vraiment, c'est pour faire du repérage. Vous y resterez combien de temps ?

- En général on stationne au moins une petite semaine sur les îles amicales comme celle-là.

- D'accord, ça a l'air paisible en effet.

- C'est votre destination ?

- Comment ça ?

- Eh bien... C'est là bas que vous vouliez vous arrêter ? avança-t-il avec prudence.»

Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Elle avait oublié qu'elle était 'passagère' et les paroles du Yonko lui revinrent en tête par bourrasques : il avait précisé l'héberger jusqu'à la prochaine île. L'appréhension fit pulser ses tempes : déjà qu'elle était toujours dans One Piece, alors allait-elle en plus se retrouver bloquée sur une île qu'elle ne connaissait pas ? Le Moby Dick et ses occupants, bien que beaucoup lui soient encore étrangers, étaient ses seuls repères dans ce monde. D'ailleurs qu'allait-elle pouvoir faire ? La seule information qu'elle avait obtenu en trois jours de réflexion était que d'autres éléments de son monde ont été téléportés avant elle : c'était toujours bien de le savoir, mais ça ne la sortait pas du cambouis. Elle eu comme un petit sursaut nerveux et se tourna vivement vers Barbe Blanche. Siégeant fièrement en bout de table il écoutait ses fils bavarder intervenait parfois d'un ton paternel, engendrant l'hilarité du petit commité autours de lui. La discussion ne lui avait pas échappée et il accrocha immédiatement son regard à celui de la brune lorsqu'elle le chercha.

« On en discutera, ne t'en fais pas, lança-t-il depuis le bout du banquet.»

Elle hocha la tête. La question la tracassait tout de même et elle décida qu'elle irait le voir dans la matinée pour lui demander le plus rapidement possible. Une main vint soudainement tapoter l'épaule de Braalaka. Elle se retourna.

« Je t'avais demandé de passer à jeun avant le petit-déjeuner, gronda Artie qui passait derrière et avait reconnu la tignasse.

- Je t'assure que ça va.

Elle croqua dans sa tartine de beurre de cacahuète avec impassibilité sous le regard réprobateur de l'infirmière qui continuait à la fixer.

- Qu'est-ce qu'il se passe, si ce n'est pas trop indiscret ? s'enquit Vista.

- Il se passe que cette mule refuse de se laisser examiner.

- Je vais bien, affirma-t-elle pour la énième fois.

- Il faut juste vérifier que tu n'aies pas de séquelles à l'oreille interne, martela la rousse. C'est la procédure médicale.

- Mon sens de l'équilibre est excellent : j'ai traversé le réfectoire en slalomant entre les chaises sans me manger les tables, plaisanta-t-elle.

- Tu ne tenais pas ce discours hier quand tu avais un bout de chiffon dans le pif ! singea Artie.

Braalaka roula des yeux en souriant.

- Ok, je vais le faire ton teste, céda-t-elle.

- Sage idée !On peut y aller maintenant, ce sera fait.»

La jeune femme termina son restant de pain en quelques bouchées, se leva et saisit son plateau en prenant garde de ne pas y laisser traîner ses cheveux en se penchant -chose qu'elle avait maintes fois regretté-. Elle adressa un signe de main à Vista ainsi qu'à Marco assit quelques chaises plus loin qui papotait avec Joz et Rakuyo, et emboîta le pas à l'infirmière qui s'éloignait vers la remise des couverts.

« Tu as réussis à te reposer un peu après ? questionna-t-elle.

- Oui, heureusement que la tempête n'a pas durée jusqu'au soir.

- Il faudra t'y faire, parfois on a des climats comme ça pendant plusieurs jours.

- Ça arrive souvent ?

- Oui et non, soit c'est anticipable en passant sur des mers cartographiées tumultueuses, soit ça arrive d'un coup et ça repart totalement au hasard, comme hier, expliqua-t-elle.

- La fameuse météo imprévisible du Nouveau Monde ?

- Exacte.

Elles sortirent du réfectoire et remontèrent sur le pont pour rejoindre l'infirmerie. Les soignantes s'activaient dans le grand couloir, il y avait de l'afflux entre les différents locaux et les deux arrivantes durent longer le mur pour ne pas gêner le passage d'un long paravent de chambre. Les infirmières transportait des cartons, des lessive, ou toutes sortes du matériel plus ou moins identifiable.

- Il y a des blessés ? demanda Braalaka.

- Pas tant que ça, pour une fois aucun zouave n'est passé par-dessus la rambarde !

La brune la regarda avec de gros yeux, elle éclata de rire.

- Ils sont toujours repêchés ne t'inquiète pas.

Elle désigna du doigt le petit chantier qui s'entreprenait dans une salle dont la porte était ouverte.

- On se prépare simplement pour les tournois des divisions, c'est mieux de s'y prendre à l'avance.

- Oh, d'accord.

Artie s'arrêta et déverrouilla une pièce, elles entrèrent.

- Assied-toi là.

La brune s'exécuta et prit place sur un divan protégé d'une housse blanche, exactement comme ceux dans les cabinets terrestres, tandis que la rousse fouilla le plan de travail et ouvrit les tiroirs d'une commode pour en sortir le matériel nécessaire. Braalaka fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Ça ? Un 'den den thermo', c'est pour la température.

Elle brandit un mollusque ressemblant fortement à un den den mushi à la différence de la carapace qui était plus ovale et allongée, presque plate, comportant une sorte de petit écran. Le mouvement incita l'animal à ouvrir les paupière puis il se mit à fixer Braalaka avec des yeux vitreux et inexpressifs.

-... Ne me colle pas ça sur la tronche, prévint-elle.

- Mais nan, ça scanne juste l'enveloppe thermique à distance.

En démonstration elle l'approcha du front de sa patiente qui laissa échapper une grimace farrouche : les pupilles de l'escargot changèrent de couleur et un petit faisceau lumineux en sortit pour effectuer un balayage comme les rayons d'une imprimante. Lorsqu'il eu finit il émit un petit 'bip' et referma ses paupières; l'écran sur la coquille afficha un chiffre.

- 36,8°C rien d'anormal.»

Elle reposa le petit mollusque sur la commode et installa un stéthoscope autour de son cou. Braalaka eu l'impression de subir l'examen bateau qu'elle devait passer tous les ans pour obtenir sa licence de boxe. Elle laissa Artie l'ausculter : d'abord le rythme cardiaque, puis un teste d'audition et enfin un exercice d'équilibre.

« Tu vois je t'avais dit qu'il n'y a rien, taquina la brune d'un air triomphant.

- Roooh c'était pas la mer à boire hein !... Bon, j'ai pas finis mes heures de service, j'm'y remet sinon les collègues vont m'incendier.»

L'infirmière commença à trier le plan de travail et agita une main dans sa direction pour lui indiquer qu'elle pouvait déguerpir. Elles se souhaitèrent bonne journée et Braalaka ressortit du cabinet pour faire chemin inverse. Elle hésita à bifurquer en sortant des locaux pour retourner au réfectoire, mais elle trouva plus judicieux de rejoindre sa cabine en effectuant quelques détours le long des rambardes pour profiter de la bise et refaire un point sur sa situation. Sa première pensée fut pour la conversation imminente avec Barbe Blanche : elle-même n'avait aucune idée de quoi faire, d'où aller sur le globe de One Piece pour arranger l'histoire : 'elle était bien dans la sauce' comme aurait dit sa meilleure amie.


Note de l'auteur

Hello, merci d'avoir lu, j'espère que le chapitre vous a intéressé, n'hésitez pas à commenter. A la prochaine, oubliez pas la ptite review ;p,

biz biz