"Tu souffres de TPB."
Au début, Gon n'avait pas compris.
Mais comment voulez-vous faire comprendre à un enfant de huit ans qu'il n'était pas normal ?
Il ne s'était jamais senti comme les autres non plus.
Pour lui, il n'avait pas d'importance, n'était pas spécial, une tâche dans ce monde, une erreur commise par dame nature.
En milieu social, ce sentiment avait tendance à accroître.
Sa tante l'avait bien vite retirer du système scolaire normal quand il a mit les pieds au collège.
Il faisait des crises de panique incontrôlables, les autres le harcelaient moralement à cause de sa tête de "Tarlouze" et sa timidité datant n'arrangeait rien.
Cependant au lieu de l'aider, la solitude lui fit plus de mal.
Gon se renfermait sur lui-même.
Les cours en ligne et l'exploration de la forêt aux abords de son ancienne maison à Wale où il était tombé amoureux des fleurs, tenaient parfois son esprit occupé.
Mais la réalité le rattrapait toujours avec férocité.
Il n'avait personne en ce bas monde si ce n'est cette femme qui l'a vu grandir et son grand frère absent, trop absent.
Ses parents, il ne les avait jamais connu.
Son père était un militaire instable, son unité se voyait attribuer les missions les plus périlleuses et lointaines à cause de son efficacité redoutable.
Mais il aura perdu la vie pendant l'une d'entre elle.
Rien n'avait été confirmé, mais les lettres que son géniteur lui envoyait avaient du jour au lendemain cessé d'apparaître dans la boîte aux lettres.
Son mal être grossissait de jour en jour.
Ses cours par correspondance lui parurent fades, sa vie aussi.
Son corps changeant avec le temps le dégoûtait, il n'était pas comme il l'aurait voulu.
Les disputes entre sa tante et son frère devinrent plus fréquentes.
Ils étaient en désaccord sur tout et la présumée mort de leur père avait énormément affecté son frère.
Son comportement devenait problématique.
Kaito n'était plus le même mais personne ne lui avait bien expliquer ce que son frère faisait exactement.
Cela l'avait achevé.
Son attitude était passée d'inquiétante à dangereuse.
Désormais il se détestait lui, plus que tout.
Son existence était vaine et sans fondements.
Les autres avaient raison, il était une erreur.
Gon aimait les fleurs parce qu'elles avaient cette perfection et cette beauté qui manquaient cruellement à son monde.
Elles étaient son échappatoire, son univers coloré où il avait enfin le droit de rêver.
Il avait bien vite appris le langage de ses plantes par le biais d'internet et de sa tante qui avait un passif de fleuriste amatrice.
Quand il avait appris que les fleurs pouvaient parler, il en avait fait ses amies.
Des amies et confidentes silencieuses qui gardaient les plus sombres secrets de son âme brisée sous leurs pétales si beaux.
Mais voilà, les fleurs ne sont pas des personnes.
Les fleurs ne comprenaient pas tout.
Les fleurs ne ramenaient pas les gens à la vie.
Les fleurs ne l'empêchaient pas d'entendre les disputes de ses deux seuls parents.
Les fleurs étaient un échappatoire mais la réalité subsistait encore.
Et c'est de cette façon là qu'il su que les fleurs étaient juste des plantes.
Magnifiques, intéressantes, loquaces à leur façon mais juste des plantes qui poussent sur terre malgré leur beauté digne du paradis.
Il était toujours une erreur, un être inutile et gênant.
Son reflet dans le miroir était difforme, son corps l'oeuvre d'un de ces démons qui naissent dans l'imaginaire des enfants.
Ses monstres impitoyables qui les attendent cachés sous leurs lits ou dans leurs placards.
Voilà ce que son reflet lui renvoyait.
La première fois qu'un objet coupant passa sur sa peau, c'était un mardi soir lambda.
Il revenait d'une énième balade dans la forêt qui abritait son jardin secret, sans métaphore.
Son regard était tombé sur l'une des nombreuses surfaces réfléchissante qui occupaient sa maison d'avant.
Il s'était trouvé bien laid.
Son regard trop innocent le rendait malade, sa taille était en dessous de la moyenne, les courbes masculines qui déformaient sa silhouette le dégoûtaient.
Les mots des autres lui revenaient en tête dans ce genre de moment.
"Erreur, erreur, pédale, créature de l'enfer, suppôt de Satan, dégueulasse, retourne à ta vraie place en enfer, hideux."
Il avait voulu se poignarder, prendre une lame et déchirer sa peau jusqu'à en mourrir, s'arracher les organes un par un pour ne plus à avoir à supporter cette vision, pourtant erronée, qu'il avait de lui-même.
Il se souvenait s'être réfugier dans sa chambre, un couteau de cuisine en main.
Il avait testé le tranchant de celui-ci sur ses bras avant de finir par ses avant-bras.
Cela avait été satisfaisant de voir le sang couler de ses plaies superficielles.
Il s'était senti plus vivant que jamais.
Cette impression de corriger une erreur, de redessiner ce corps horrible que la nature lui avait fourni, de retailler une erreur pour la transformer en quelque chose de plus beau, il l'avait ressentit jusqu'au plus profond de son être.
"Putain ça fait du bien."
À chaque passage de la lame, son cerveau émettait un genre de dopamine.
Il en était rapidement devenu accro, en faisant une habitude.
Mais bien sûr, il n'était pas comme tout le monde, se retracer les bras avec chaque objet tranchant qu'il avait sous la main ne lui avait pas suffit.
Il voulait plus, il voulait que cela est plus de signification.
Et c'est ainsi qu'il se retrouva à graver des pétales de fleurs sur le bas de ses jambes.
Des pétales puis des racines, il voulait ressembler à ses merveilles de la nature.
Il voulait avoir la sensation d'être quelque chose.
Il voulait ressentir, quelque chose, n'importe quoi.
La première tentative de suicide arriva bien vite.
Les choses s'étaient précipitées après elle.
Le déménagement, le psy, encore et toujours la solitude, la crainte des autres, un frère encore plus absent et une tante trop protectrice, son univers en avait été perturbé.
Mais ses mauvaises habitudes, elles étaient encore là.
Gon ne s'était jamais fait d'ami.
Il n'en avait eu aucun depuis son enfance.
En arrivant à York-shin, il s'était juré d'essayer au moins une fois.
Malheureusement les mêmes regards de travers qu'il avait laissé derrière lui à Wale s'étaient aussi ramenés, l'enfermant dans sa bulle de solitude qui l'asphyxiait de jour en jour.
Il avait néanmoins rencontré une personne cool, Kurapika
Ils partageaient la même passion pour les fleurs.
Mais celui-ci a été un simple passager dans sa vie.
Un amour des fleurs en commun, une âme libre et l'autre perturbée , voilà leur amitié.
Après le départ de son seul ami, il s'était dit qu'il devait retenter une nouvelle fois de quitter cette terre.
Il n'avait plus rien à perdre.
Il n'avait jamais rien eu de toute façon.
Et le jour où il comptait enfin quitter cette planète pour de bon, son renard, dernier cadeau de son ami parti, avait décidé de s'enfuir de l'appartement alors qu'il le refermait.
Son plan de s'échapper en douce avait foiré.
Mais ce jour-là, il a rencontré celui qui est devenu son premier ami, amour et la seule fleur capable de parler et de ressentir.
Il a rencontré la seule personne à voir du bon en lui.
Ce jour-là, Gon a rencontré Kirua.
Au début celui-ci l'avait un peu intimidé.
Son comportement détaché et froid, l'absence d'expression sur son visage pâle sans imperfections et ses yeux bleus blasés, l'avaient un peu dépassé.
Ce garçon lui avait d'abord paru inaccessible.
Enfermé quelque part dans un château de glace d'où il dominait un monde chimérique.
Il fut très surpris quand le garçon aux cheveux blancs a ouvert la bouche pour la première fois.
Sa voix grave l'avait fait frissonner, elle correspondait parfaitement à l'image qu'il avait de lui, froid et détaché.
Seulement en apprenant à le connaître dans un étrange concours de circonstances, il réalisa que le garçon et lui étaient presque pareils.
Terriblement seuls, ne trouvant pas leurs places en ce bas monde et plus encore...
Et plus les jours passaient et plus il tombait.
Oui il était désespérément tombé amoureux de Kirua.
Il s'en était voulu puis avait finalement laissé le destin faire.
Le destin les avait rapprochés, puis mis en couple.
Quoi demander de plus ?
Il était enfin heureux, les disputes dans la cuisine lui passaient au dessus.
Il avait même réaprit à rêver.
Néanmoins les rêves pouvaient virer aux cauchemars.
Cela se confirma en l'instant présent.
Le regard choqué du garçon qu'il aimait, l'objet souillé de sang, de son sang, dans les mains.
L'univers venait encore de l'abattre, de lui arracher sa seule chance d'être heureux.
Les larmes refusaient de couler.
Non, il n'en avait plus du tout.
"- Bordel de merde ! Gon c'est quoi ça !?
- Je..."
À un moment dans la vie, il faut faire face à ses erreurs, sa tante le lui avait inculqué.
Parfois, il était impossible de fuir ou de se cacher, la dernière solution était de se battre une dernière fois, quitte à perdre.
Gon ne savait s'il pouvait mener ce combat là jusqu'à la fin.
Il était beaucoup trop faible.
"- Réponds moi ! C'est quoi ça !?
- Pardon..."
Son cerveau avait arrêté de fonctionner correctement.
Cette sensation horrible qu'il avait voulu abandonner à Wale faisait son grand retour.
"- Tu me hais pas vrai ? Je te dégoûte n'est ce pas ?"
Il ria, sans joie.
Un goût salé qu'il connaissait bien se glissa dans sa bouche.
Ah, il avait encore des larmes à verser au final.
Il n'osait plus relever la tête vers Kirua.
Il avait tout gâcher une nouvelle fois.
Putain, quel boulet.
"- Je t'aime."
Pourquoi mens-tu ?
"- Tu ne me dégoûte pas. Excuse moi d'avoir mal réagi. Non ne pleure pas..."
Tu m'aimes vraiment...?
"- Je me suis emporté. J...je voulais te connaître, je ne voulais pas te mettre dans cet état... pardonne moi. Je t'en supplie, arrête de pleurer..."
Il pleure aussi. Pourquoi ?
"- Je suis là. Dis moi tout. Je vais t'aider. Arrête de te faire du mal."
Il s'inquiète pour moi ?
"- Je t'aime, tu ne sais pas à quel point...je...je ferais tout pour toi. Pardonne moi, je ne voulais pas te faire souffrir. Je sais que je ne suis pas le mec idéal..mais...je ferai tout pour toi Gon.
- Je t'aime Kiru..."
Quand Kirua le prit dans ses bras, il comprit qu'il avait enfin trouvé quelqu'un qui l'aimait.
Quelqu'un qu'il n'écoeurait pas de sa simple présence.
Quelqu'un pour qui il avait de l'importance.
Quelqu'un qui voyait quelque chose en lui.
Trop beau pour être vrai.
Et pourtant c'est vrai.
"- Promets-moi une chose Kirua, juste une.
- Tout ce que tu veux.
- Ne m'oublie jamais, ne me laisse jamais partir de ta mémoire.
- Je te le jure sur ma propre vie, je ne t'oublirai jamais."
Dehors, la pluie ne tombait plus.
TPB: type de personnalité borderline.
Le trouble de la personnalité borderline (TPB), ou trouble de la personnalité limite(TPL), est un trouble de la personnalité caractérisé par une impulsivité majeure et une instabilité marquée des émotions, des relation interpersonnelles et de l'image de soi.
Les personnes atteintes souffrent fréquemment de dysphorie.
Les relations interpersonnelles sont particulièrement instables et intenses pouvant facilement passer de l'idéalisation à la dévalorisation de l'autre. Les modalités défensives permettant de décharger l'angoisse ressentie comprennent : réactions impulsives voire agressives, troubles alimentaires, comportements et sexualité à risque, conduites addictives, voire dans les cas les plus extrêmes automutilation ou tentatives de suicide. Ces comportements peuvent provoquer par la suite une phase de culpabilité et de honte qui peut engendrer à son tour une nouvelle phase de comportements impulsifs.
Dysphorie : ou humeur dysphorique, généralement labile désigne une perturbation de l'humeur caractérisée par un sentiment déplaisant et dérangeant d'inconfort émotionnel ou mental, symptôme de la tristesse, de l'anxiété, de l'insatisfaction, de la tension, de l'irritabilité, ou de l'indifférence.
